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lundi 12 juillet 2010

L'Arménie et ses voisins

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Lorsqu'on vit avec quatre pays, dont l'un est en guerre larvée avec vous, l'autre en plus d'un très lourd contentieux a par solidarité a fermé sa frontière, le troisième entretint des relations plus ou moins ambigües en surtaxant vos imports-exports, et que c'est le quatrième qui a des relations normales, alors c'est une république islamique décriée par la communauté internationale, il est dur de rester serein.

Depuis quelques années, la communauté internationale a adopté sur la région (hors Iran) un profil bas, faisant des déclarations générales sur ce qui est bien et ce qui l'est pas, caressant les uns et les autres dans le sens du poil, positivant au maximum mais surtout protégeant avant tout ses propres intérêts.

Il n'en demeure pas moins, que l'irascibilité de certains dirigeants, de surcroîts surarmés, risque de plonger la région dans la désolation. Il sera alors un peu tard pour ‘les autruches' de sortir leur tète de sous le sable et se rendre compte de ce qu'il aurait fallu faire pour prévenir tout cela.

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La politique largement annoncée du ministère turc des Affaires étrangères - "zéro problème avec les voisins » - est, en fait, plus applicable à l'Arménie qu'à la Turquie. Sauf pour l'Azerbaïdjan où il y a une absence totale de relations, l'Arménie est relativement mieux lotie avec ses autres voisins que sont : l'Iran, la Géorgie et la Turquie. En outre, l'Arménie a réussi à maintenir des relations normales avec les grandes puissances, ce qui en soi est très important. Pour un si petit pays sans ressources naturelles et ayant des problèmes avec deux de ses voisins, il est difficile de survivre, avec sans cesse l'ingérence dans les affaires régionales, de la Turquie entre autres.

Ce n'est même pas l'absence d'effet de levier contre les pays voisins ou de la supériorité militaire - deux d'entre eux viendront en son temps. C'est plutôt la sélection précise des priorités et l'absence d'une histoire chargée d'un passé sombre.

Les choses sont assez compliquées dans le cas de la Turquie – l'effondrement de l'Empire ottoman a joué un mauvais tour à Kemal Atatürk et à ses disciples. Il se trouve que toutes les visites actuelles du Président et de son Premier ministre dans les pays voisins sont destinées à rappeler au monde arabe et aux Juifs l'état dans lequel ils vivaient. À cet égard, la politique étrangère de la Turquie n'est pas orientée comme elle se doit. À notre avis, ni le monde arabe, dont Erdogan est si désireux d'obtenir l'appui, ni les Balkans et pas plus Israël ne veulent entendre parler de l'Empire ottoman, dans lequel ils ont vécu comme des citoyens de seconde zone. Pire que les Arabes, vivaient les Chrétiens et les Juifs, qui encore aujourd'hui ne sont pas très à l'aise dans la Turquie moderne, malgré les assurances données par le Parti de la Justice et du Développement (AKP). Bénéficiant du soutien de la Turquie pour son programme nucléaire, l'Iran n'approuve pas cette activité. Mais, comme nous l'avons déjà mentionné, ce n'est pas pour autant qu'il reconnaîtra la Turquie comme un leader régional.

En ce qui concerne l'Arménie, tout n'est pas si mauvais, et ça pourrait être pire. De tous les pays voisins, l'Arménie jouit de la meilleure relation avec l'Iran, malgré la différence d'appartenance religieuse. Il convient de rappeler que les Arméniens et les Perses ne sont pas des étrangers sur le Plateau arménien et dans Moyen-Orient, ce sont des nations locales ; ce qui n'est pas le cas des Ottomans, dont la patrie, comme ils disent eux-mêmes, est originaire de l'Altaï. Pour l'Arménie, l'Iran est la seule voie terrestre fonctionnant normalement vers monde extérieur. En outre, l'Iran considère la communauté arménienne comme une composante de la société, ce qui n'est pas le cas de la Turquie, où la communauté arménienne d'Istanbul risque tout simplement d'être massacrée à tout moment.

La Géorgie reste un voisin quelque peu problématique, mais pas au point de fermer sa frontière ou, qu'à Dieu ne plaise, rompre ses relations diplomatiques avec sa voisine. L'Arménie n'est pas dans une position où vous pouvez faire tout ce que vous voulez sans vous soucier des conséquences. Au passage, tous les pays, même les plus puissants, n'ont pas le droit de prendre des mesures qui peuvent conduire à une dégradation indésirable des relations avec les voisins. Il faut admettre qu'il aurait été plus avantageux pour les dirigeants géorgiens s'ils n'avaient pas parlé contre « l'avant-poste russe ». La rhétorique géorgienne envers la Russie ressemble de plus en plus à une farce, voire frise le ridicule. Même les dirigeants arméniens ne font pas de telles déclarations lorsqu'ils s'adressent à la Turquie.

Reste l'Azerbaïdjan. En vérité, écrire sur la politique azérie est ennuyeux et sans intérêt, sinon dire que Bakou est engagé dans rien d'autre qu'une propagande anti-arménienne extrême et à exporter son pétrole et son gaz. Avec, de temps à autre, les menaces de ‘libérer les territoires'. Il faut admettre qu'il n'y a aucune raison pour parler d'une politique intelligente avec notre voisin.

Il est difficile de vivre avec des voisins problématiques, mais il faut faire avec. Et bien que cela soit difficile, c'est toujours possible, et c'est exactement ce que l'Arménie essaie de faire. Tout le monde dans la région joue leur jeu : les États-Unis, la Russie, l'Union européenne. La chose la plus importante est de ne pas être écrasée ou vivre sous perfusion. On se demande ce que fera Aliev, lorsque ses ressources d'énergie seront épuisées. Car tôt ou tard, ce moment arrivera et peut-être beaucoup plus tôt qu'Aliev s'y attend.

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Karine Ter-Sahakian – PanArmenian – Département Analyse



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