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mercredi 11 août 2010

Il y a 90 ans était signé le traité de Sèvres.

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Quelques rappels

Le 10 août 1920 était signé dans la banlieue parisienne avec le sultan Mehmet VI, l'un des traités entre les puissances alliées et les Empires Centraux, qui mettait fin à la Grande Guerre de 1914-1918.

Le traité de Sèvres dépeçait littéralement les restes de l'Empire ottoman :

- Il détache de l'empire ses parties arabophones qui deviennent théoriquement indépendantes, mais passent de la tutelle des Turcs à celle des Européens. La Société des Nations octroie à la France un mandat sur la Syrie et le Liban pour conduire progressivement ces nouveaux Etats à l'indépendance. La Grande-Bretagne reçoit quant à elle un mandat sur les nouveaux Etats de Palestine, Transjordanie et Irak. L'Arabie devient virtuellement indépendante.

- Il confirme à l'Italie la possession de l'archipel du Dodécanèse, dont l'île de Rhodes.
- Il impose la démilitarisation des détroits qui unissent la mer Egée à la mer Noire, sous la supervision d'une commission internationale.
- Il offre à la Grèce la côte occidentale de l'Anatolie, y compris la grande ville de Smyrne.
- Il prévoit aussi un Kurdistan autonome dans les parties orientales de l'Anatolie.
- Il prévoit la création d'une Grande Arménie indépendante par le regroupement des territoires arméniens de Russie et de Turquie. Les contours du nouvel état ont été confiés au président américain Woodrow Wilson qui fixa le 22 novembre, la frontière de l'Arménie, portant la superficie de la République des 70.000 existants à 161.000 km² !
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Une République arménienne qui se relevait difficilement de la période la plus sanglante de son histoire. Une République enfantée dans la douleur le 28 mai 1918, après les victoires de Karakilissé, Bach-Abaran et Sadarabad sur l'armée ottomane. Ces quelques années furent riches en rebondissements multiples mais hélas néfastes pour la jeune République. Lorsque le traité de Sèvres est signé, l'Arménie est en train de vivre ses derniers mois de liberté, menacée de toutes parts qu'elle est, aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur. Les ennemis se nomment : Turcs et Bolcheviks. Alors ce traité était le bienvenu. Il légitimait la jeune République, délimitait clairement ses frontières, rendait justice aux arméniens en reconnaissant et faisant reconnaître les auteurs les crimes commis quelques années auparavant. [1] Malheureusement si ce traité est juridiquement valable il ne fut jamais ratifié et encore moins appliqué. Il y a 3 raisons majeures à cela. :

1- Le 10 août 1920, il y a 2 gouvernements dans l'empire. L'un est le gouvernement Ottoman qui se trouve à Istanbul, l'autre est le gouvernement d'Assemblée Nationale à Ankara. C'est le gouvernement Ottoman qui a signé le traité de Sèvres. Le gouvernement d'Ankara, formé par Mustafa Kemal Atatürk résoudra, à sa manière la "question arménienne". Ainsi, quelques semaines plus tard le 23 septembre, les troupes Kémalistes envahissent l'Arménie, aidés par les azéris et les bolcheviks.

2- En novembre l'armée rouge pénètre en Arménie, le 2 décembre le gouvernement arménien capitule, c'est la soviétisation de l'Arménie.

3- Le 16 mars 1920, la Turquie signe le traité de Moscou avec l'Union soviétique qui fixe les frontières turco-soviétiques, complété par le traité de Kars avec les bolcheviks arméniens le 13 octobre 1921. Ces 2 traités contiennent des clauses annulant le traité de Sèvres. [2] Le traité de Lausanne signé le 24 juillet 1923 entre la Turquie et les grandes puissances vient compléter l'ensemble, traité où les arméniens ne sont même pas cités.

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Discours prononcé le 11 Avril 2010 par Hilda Tchoboian, présidente de la Fédération Euro-arménienne au Musée nationale de Céramique, dans la salle où fut signé le traité de Sèvres, à l'occasion de l'inauguration d'une stèle commémorative du génocide arménien.

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** Youri Hovsepian **


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Le Traité signé à Sèvres le 10 août 1920 est un document juridique international, selon lequel le territoire de l'Arménie sera de 161.000 km, comprenant les villes d'Erzurum, Van, Bitlis, Trabzon et donc un accès à la mer.

"Le Traité de Sèvres n'a pas été ratifié pour plusieurs raisons. D'abord, il a été signé non pas avec le gouvernement de Mustapha Kemal mais avec le sultan, qui a été poussé à le faire par les Etats vainqueurs ; d'autre part aucun de ces pays n'avait d'armée en Arménie occidentale et au lieu de la soutenir militairement ils n'ont donné que de la nourriture et des vêtements ; et troisièmement, après la signature du Traité, la France et l'Italie ont retiré des points de l'Accord, vu qu'ils n'avaient pas reçu ce qui leur revenait," a déclaré l'historien Youri Hovsepian lors d'une conférence de presse.

Aujourd'hui, l'historien pense qu'il est difficile de réactiver ce Traité. "La Turquie est un sujet de droit international, les Arméniens de l'Arménie occidental n'ont pas de statu quo et un référendum dans ce territoire ne sera pas en notre faveur. Cependant, il faut continuer à soumettre la question à la communauté internationale," a-t-il ajouté.

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** Achod Melkonian **


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"Au cours de la période soviétique, le Traité de Sèvres a été présenté comme un morceau de papier inutile. Les temps ont changé et aujourd'hui les historiens et les politiciens doivent discuter de la question," a déclaré le directeur de l'Institut d'Histoire de l'Académie nationale des Sciences, Achod Melkonian, lors d'une conférence de presse.

Selon lui, le Traité de Sèvres constitue un précédent original de type ‘Nuremberg' pour solutionner le problème arménien, où enfin la justice l'emportera. De plus il ne partage pas l'idée que s'accrocher au Traité de Sèvres est aventuriste.

"Aujourd'hui, parler de quelque chose qui a été légalement enregistré en 1920 par les grandes puissances sous-entend de parler de la sécurité de la République d'Arménie, et de présenter au monde le fait que, l'Arménie a à faire avec le pays massacreur et que la politique de déni des Turcs mise en œuvre depuis de longues décennies est la poursuite du même génocide," a-t-il précisé.

Selon l'historien, les questions sont interdépendantes et il ne faut pas se méfier de la contemporanéité du Traité de Sèvres. "En vertu de la politique de négation du génocide, la Turquie va faire appel à la Cour internationale comme quoi elle est injustement accusée de crime de génocide. La question sera alors examinée très bientôt par la Cour internationale et nous devons nous tenir prêts."

A l'occasion du 90ème anniversaire du Traité de Sèvres, l'union des jeunes ‘Hayazn' a organisé une marche à Erevan, le cortège a rendu visite aux ambassades des pays signataires et leur a remis des lettres de rappel de l'événement.

"Le but de ce marche est de montrer que la jeunesse arménienne se souvient, elle demande et croit en la victoire. Nous sommes en attente de la réactivation du Traité de Sèvres dans un proche avenir," a déclaré Armen Mkrtchian, membre de l'union des jeunes ‘Hayazn'.

Extraits de la radio Publique d'Arménie




[1] A l'issue de la Première Guerre Mondiale, plutôt que de laisser aux Puissances victorieuses comme à Nuremberg 25 ans plus tard le soin de juger les responsables du génocide des Arméniens, les libéraux turcs décidèrent de prendre les devants et d'entamer une procédure judiciaire. Le gouvernement libéral turc qui succéda au gouvernement unioniste décida le 16 décembre 1918 la création de Commissions d'enquête pour l'instruction et le jugement des massacres des Arméniens ainsi que pour la recherche des responsabilités d'entrée en guerre. Le 8 mars 1919, par ordonnance impériale du Sultan Mehmet VI, les responsables et chefs du parti Progrès et certains ministres sont arrêtés et déférés devant la Cour Martiale de Constantinople. Les principaux responsables sont cependant en fuite en Allemagne et d'autres ont été exilés sur l'île de Malte par les Britanniques dans l'attente d'un jugement. Dès le 8 janvier 1919, trois Cours Martiales furent formées à Constantinople. Après la victoire des forces kémalistes, les procès furent suspendus le 13 janvier 1921.
— Procès des membres du Comité central du parti Union et Progrès, des ministres et d'autres responsables centraux Le jugement est rendu le 5 Juillet 1919. L'accent étant placé sur les massacres des Arméniens et la confiscation de leurs biens, la responsabilité des membres du gouvernement et du parti en ce qui concerne les entorses a la Constitution et l'entrée en guerre de la Turquie à coté de l'Allemagne sans prendre l'avis du Parlement. Furent condamnés à la mort Talât pacha, Enver pacha, Djemal pacha et Dr. Nazim, sur la base du 1er paragraphe de l'art 45 du code pénal turc. et sur la base du par 2 du même article et l'article 55, furent condamnés à l'exil pour 15 années, Cavid, Mustafa Cheref et Moussa Kiazim.

[2] C'est la frontière actuelle. Frontière que la République arménienne remet en cause, puisque fixée par l'état soviétique et non par une République indépendante.


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