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mardi 21 septembre 2010

La messe est dite

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Traduction libre Gérard Merdjanian – commentaires

Qu'il y ait 1000 ou 2000 personnes sur l'île d'Akhtamar ce dimanche, n'était pas le plus important.

Hormis le patriarcat d'Istanbul, tous les religieux arméniens d'Arménie et de la diaspora avaient mis en avant l'absence de la croix coiffant la coupole qui donne au bâtiment sa vocation religieuse. De même toute la classe politique arménienne déclinait l'offre d'Ankara, mettant en avant le côté théâtral. Restaient donc les Arméniens de Turquie pour qui, le moindre geste des dirigeants turcs à leur égard est pris au premier degré.

La Turquie qui voulait réitérer le coup médiatique du monastère grec de Sumele de la mi-août, a cette fois-ci fait un flop. Si les médias étaient effectivement présents, ce n'est pas le geste ‘généreux' d'Ankara qui a été mis en avant mais le contexte de la rénovation d'une église datant du Xème siècle transformée en Musée, l'absence de la croix, le refus d'ouvrir, même pour un jour, la frontière arménienne pour la célébration d'une messe annuelle.

Si Paris valait bien une messe, Akhtamar en vaut certainement plus d'une.

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** Ruben Melkonian **


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"La messe d'hier à l'église Sainte-Croix et tout le spectacle turc, ont été un échec. Le scénario prévu par la Turquie ne s'est pas réalisé, car seulement 700 à 800 pèlerins arméniens - la plupart Arméniens d'Istanbul - ont participé à la liturgie," a déclaré le turcologue Ruben Melkonian lors d'une conférence de presse.

"Les hommes d'affaires de Van s'avouaient déçus. Tous les préparatifs ont été en vain, 90% des hôtels sont restés vides. Même les invitations envoyées par le Premier ministre turc à la classe politique arménienne, n'ont pas atteint donné les résultats escomptés." Ruben Melkonian était du nombre.

Pour le politologue, le spectacle monté par la Turquie a mis en avant l'écart existant entre les Arméniens d'Istanbul et les Arméniens de la diaspora.

"En organisant cette manifestation, la Turquie souhaitait montrer sa tolérance, mais les manifestations organisées en Arménie ont fortement jeté un doute sur cette ‘tolérance'. Désormais, les Arméniens doivent démontrer à la communauté internationale, que les Turcs ne jouent pas franc jeu. En outre, la question du statut des monuments historiques et culturels arméniens doit être soulevée," a-t-il souligné.

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** Kiro Manoyan **


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"La Turquie a raté son objectif en raison de ses diverses prises de position durant l'année," a déclaré le directeur du Bureau Hay Dat et des Affaires politiques de la FRA-Dachnaktsoutioun, Kiro Manoyan. Selon lui, les agences de presse du monde entier ont plus présenté la position arménienne que l'événement lui-même. La plupart des médias de premier plan, tels CNN ou BBC, ont indiqué que la Turquie a évité de rendre l'église Ste. Croix à sa vocation première, craignant que les Arméniens puissent revendiquer leurs terres.

Kiro Manoyan estime qu'il est temps pour les Arméniens de prendre le contrôle du processus de développement de ces événements. Il note cependant que ce processus va poser de nombreuses questions. Tout d'abord, la Turquie a clairement fait savoir qu'elle est le maître des lieux, et que c'est elle qui décide si une messe doit avoir lieu ou pas. Selon Manoyan, l'Eglise apostolique arménienne devrait lancer une série d'actions de grâce que ce soit à Akhtamar ou dans d'autres églises disséminées sur le territoire turc. Pour ce faire, la FRA apportera son soutien au Saint-Siège d'Etchmiadzine.

"L'Arménie doit clairement indiquer que l'autorisation d'Ankara d'organiser une messe annuelle à l'église Ste. Croix d'Akhtamar, était une concession faite à la minorité nationale, et non à l'Arménie. Les droits de la minorité arménienne sont tellement violés que l'autorisation d'organiser une messe est considérée comme de la générosité," a-t-il souligné.

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** Hraïr Garabédian **


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"Les protocoles arméno-turcs, qui sont toujours sur l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, ne sont plus importants. Très peu de gens croient encore que la Turquie va ouvrir sa frontière. Les diverses déclarations ont montré, et montrent toujours, que la Turquie tente de négocier cette question au prix de nos intérêts nationaux et d'État. Nous pensons que les protocoles devraient être retirés de l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale, parce qu'il est évident que la Turquie n'a aucune envie de discuter de cette question aujourd'hui. La Turquie maintient toujours sa position traditionnelle. Les mesures qui étaient sensées accompagner la célébration de la messe sur l'île d'Akhtamar en sont une nouvelle preuve," a déclaré le député dachnak, Hraïr Garabédian.

Extraits de la Radio Publique d'Arménie



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