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samedi 18 septembre 2010

La politique des Etats-Unis dans la région du Sud-Caucase

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Même si elle est beaucoup mois visible depuis quelques temps, la politique de Washington n'a pas pour autant changé. Elle soutient toujours la Turquie qu'elle considère comme son allié, tant politique que militaire (OTAN), et ce en évitant d'utiliser le mot génocide pour les crimes commis envers les Arméniens, en la ménageant malgré ses propos contre Israël, en fermant les yeux sur les multiples atteintes aux libertés et aux droits de l'homme. Sa position géostratégique joue toujours pour elle, et même si la guerre froide est finie, il y a maintenant l'Irak et surtout l'Iran, sans compter bien sûr le pétrole et le gaz de la Caspienne.

Il est aussi clair qu'en cas de conflit au Karabakh, les Etats-Unis n'interviendront pas, pas plus d'ailleurs que les autres grandes puissances. Si les sentiments des Américains penchent plutôt vers l'Arménie et les Arméniens, leurs intérêts se trouvent côté Azerbaïdjan ; Et en politique, ce ne sont pas les sentiments qui priment. Tout ce que l'Arménie souhaite, c'est que ces puissances ne faussent pas l'équilibre qui règne, même si elle est instable.

Le risque réel est et reste la Turquie, dont le rêve secret est d'étouffer politiquement et économiquement sa voisine, malgré ses discours angéliques de zéro quelque shose.

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** Philip Gordon **


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S'exprimant à la Fondation allemande Marshall, le Sous-secrétaire d'État aux Affaires européennes et eurasiatiques des États-Unis, Philip Gordon, a indiqué que : "La Turquie et les États-Unis ont un dialogue permanent, ils ont de nombreux intérêts communs, même si leurs politiques diffèrent sur certains points."

Il a qualifié les relations entre la Turquie et l'Arménie comme un autre point de vue entre la Turquie et les États-Unis, mettant l'accent sur le soutien américain au processus de normalisation, déclarant que la réconciliation sera bénéfique aux deux pays et à la région.

Il a souligné l'importance d'encourager la Turquie, soulignant que : "l'UE devrait prendre des mesures pour inciter la Turquie à réactiver le processus" ; indique l'agence Anatolie.

PanArmenian

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** Robert Gates **


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De son côté, le Secrétaire à la Défense, Robert Gates, estime que les efforts doivent s'intensifier "pour prévenir la violence dans le Haut-Karabakh," indique l'agence Itar-Tass suite à la réunion entre les ministres de la Défense russe et américain.

Et de préciser : "Les parties ont tenu une brève discussion sur les récentes tensions entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Gates a souligné la nécessité de respecter l'accord de cessez-le-feu signé en août 2008 et a demandé à la partie russe d'être plus transparente concernant leurs forces armées dans la région."

Radio Publique d'Arménie

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** PanArmenian - Département Analyse **

La semaine dernière, la Turquie a organisé un référendum sur des amendements à la Constitution. Après une analyse rapide, les États-Unis et certains pays de l'UE ont immédiatement déclaré que le pays se dirigerait vers l'Union européenne et, selon Département d'Etat américain, les États-Unis restent très favorables à l'adhésion de la Turquie à l'UE.

L'administration Obama ne va pas aussi loin que celle de George Bush, mais pousse la Turquie vers l'Europe malgré le fait que la politique d'Ankara à l'égard des États-Unis, et c'est un euphémisme, n'est pas celle que d'un allié. Cependant, il arrive que des élections n'importe où dans le monde, soient traitées par les États-Unis comme une étape vers la démocratie, même si elles aboutissent à renforcer le régime autoritaire. C'est exactement ce qui s'est passé en Turquie.
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Selon le porte-parole du département d'Etat, Philip Crowley, Washington estime que le plébiscite donnera à la population turque l'occasion de parler d'une voix forte quant à la direction future de sa solide démocratie. Il est clair que la déclaration de Crowley n'est rien d'autre que de simples mots, la simple déclaration d'un fait. Nous pouvons supposer que c'est exactement de cette façon que seront décrites les prochaines élections parlementaires en Azerbaïdjan. Ainsi, l'autre jour, Istanbul a prouvé que ce n'était que des mots, en essayant de refouler les journalistes arméniens à la conférence organisée par la Fondation Hrant Dink.

Les lauriers de Mustafa Kemal Atatürk seraient maintenant évidemment bien utiles pour le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Bien qu'il soit encore loin d'acquérir le titre de ‘Père de la nation', il a beaucoup fait pour faire de la Turquie un pays islamique. Et c'est très surprenant de voir combien un Etat régi par la charia (certes sous couvert) peut devenir membre de l'UE. Ce sont ces mêmes lois qui ne permettent pas la fixation d'une croix sur le dôme de l'église Sainte-Croix sur l'île d'Akhtamar. Le point le plus important du plébiscite a été l'exclusion des coups d'État militaires qui ont eu lieu en Turquie depuis 1960. La dernière modification de la constitution date du coup d'Etat du 12 septembre 1980. Bref, le Parti Justice et Développement est prêt pour les prochaines (ou très proches) élections nationales.

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À la fin de la semaine la Sous-secrétaire d'État adjoint aux Affaires européennes et eurasiatiques, Tina Kaidanow, va arriver dans le Sud-Caucase. Il semble que la région a commencé à agir comme un quelqu'un de dépassé. L'avancée de la Russie rend les États-Unis nerveux, compte-tenu du fait que la récente politique de Barack Obama a été confuse.

(…)

Cette visite est essentiellement axée sur le soutien du Groupe de Minsk, plutôt que sur autre chose. Les États-Unis semblent avoir accepté le fait que la République du Haut-Karabakh existe et continuera d'exister, que les élections en Azerbaïdjan se dérouleront de la façon dont elles se sont toujours déroulées, et que l'Arménie ne compte pas détériorer ses relations avec les États-Unis et la Russie. Il s'avère que le statu quo dans le Sud-Caucase convienne à tout le monde. Et si c'est le cas, c'est une excellente nouvelle.

Karine Ter-Sahakian



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