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vendredi 29 octobre 2010

Karabakh : Commentaires sur la rencontre trilatérale d'Astrakhan

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Après seize ans, et une trentaine de navettes des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE auprès des belligérants, la situation reste toujours bloquée. Comme le dit le représentant de la FRA-D, il est préférable de s'asseoir autour d'une table même si aucun progrès n'est réalisé, que de ne pas se voir du tout.

A noter toutefois, que depuis deux ans c'est Moscou qui prend l'initiative des rencontres entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, le rôle des médiateurs s'étant notablement affaibli depuis qu'ils ont fait leurs propositions de base, dites propositions de Madrid actualisées. Propositions appuyées par la communauté internationale et théoriquement acceptées par les parties en conflit. Seul hic et de taille, Erevan et Bakou en font une lecture différente, chacun se focalisant sur la partie qui l'intéresse, avec le risque majeur que la guerre reprenne vu le surarmement excessif de Bakou grâce aux pétrodollars.

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Trois brèves avant de clore ce chapitre :

Deux poids, deux mesures : Le 28 octobre, le ministre britannique aux Affaires européennes David Lidington s'est contenté de téléphoner au ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, pour échanger des points de vue sur la situation au Sud-Caucase ; alors qu'il s'était déplacé à Ankara et à Bakou pour rencontrer des officiels turcophones. Ce qui confirme une fois de plus, dans quelle estime Londres tient Erevan.

Le débat sur la reconnaissance de la RHK repoussé : La coalition au pouvoir avait déjà publié une déclaration, disant que la reconnaissance du Haut-Karabakh par la République d'Arménie n'était pas appropriée alors que se déroulait la réunion trilatérale à Astrakhan. Conscient qu'il s'agit d'une question qui doit être adoptée de manière non unilatérale, l'opposition a accepté la proposition de la coalition gouvernementale de débattre du projet de loi après le sommet de l'OSCE à Astana.

"Il n'y aura guère de changement ni avant ni après le sommet d'Astana, mais si la majorité a besoin de temps, pourquoi pas. Nous sommes d'accord pour reporter le moment de vérité au jeudi 9 Décembre, conformément aux propositions de la majorité présidentielle," a déclaré le chef du Parti Jarankoutioun (Héritage), Raffi Hovannissian.

Un nouvel ambassadeur français : Henri Reynaud vient d'être nommé ambassadeur de France en Arménie en remplacement de Serge Smessow, pressenti pour remplacer son collègue Bernard Fassier à la coprésidence du Groupe de Minsk de l'OSCE.

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"Des outils pour mettre en œuvre les accords conclus précédemment doit être développés. La Russie a mûrement médité le règlement du conflit du Karabakh, mais il est important de poursuivre les consultations pour apaiser les tensions, plus spécialement une démilitarisation partielle de la zone de conflit, avec tout d'abord le retrait des tireurs d'élite," a déclaré le directeur général adjoint de la Fondation de la Culture stratégique de Moscou, Andrei Areshev. Toutefois, il a souligné que tout discours sur la conclusion d'un accord global n'aura pas de sens tant qu'un mécanisme efficace de prévention des hostilités n'aura pas été élaboré.

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Les dirigeants de Washington et Paris ont salué les efforts déployés par le président russe Dmitri Medvedev dans le processus de paix au Karabakh.


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Lors d'une conférence de presse jeudi à Washington le secrétaire d'Etat adjoint aux Affaires Publiques, Philip Crowley, s'est félicité de la déclaration commune des présidents du 27 Octobre, la qualifiant de ‘développement positif'.

"Nous apprécions les efforts personnels du président Medvedev pour parvenir à cet accord, qui vise à renforcer la confiance entre les parties et renforce le cessez de 1994. Cette déclaration commune représente une évolution positive dans le processus en cours piloté par le Groupe de Minsk pour trouver une solution pacifique au conflit du Haut-Karabakh et nous sommes impatients de voir sa mise en œuvre dès que possible."

La coprésidence française du groupe de Minsk a également salué la déclaration signée par la médiation de Moscou.

"Les mesures énoncées dans la résolution adoptée à Astrakhan peuvent aider à réduire les tensions et les violations du cessez-le-feu, qui sont devenus fréquents ces derniers mois. Par conséquent, la France attend que les mesures soient exécutées immédiatement," indique le communiqué du ministère français des Affaires étrangères.

Les premières réactions en provenance d'Erevan sur la déclaration ont également été positives pour la plupart avec toutefois un optimisme prudent quant à l'avenir des pourparlers de paix.

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Levon Zurabian, un membre éminent du principal parti d'opposition, le Congrès National Arménien (HAK), estime que la fréquence des pourparlers arméno-azerbaïdjanais sous la médiation de la Russie, montre que ce format trilatéral a acquis ‘plus de contenu' comparativement au processus de médiation directement piloté par le Groupe de Minsk de l'OSCE.
"La dernière déclaration de Medvedev montre que la Russie prend des mesures sérieuses pour résoudre le conflit. Une telle déclaration est une autre preuve que la question est importante sur l'ordre du jour international, et je pense qu'il y a une forte probabilité qu'il y ait des progrès à Astana", a déclaré le député HAK.

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Il sera possible de parvenir à un accord avant le sommet Astana si l'Azerbaïdjan démontre une attitude constructive, a déclaré le porte-parole du Parti Républicain, Edouard Charmazanov.

Il a noté que : "Cela ne dépend pas seulement de la position constructive de l'Azerbaïdjan et de son engagement à tenir ses promesses, mais aussi de la position du Haut-Karabakh sans lequel il est impossible de parvenir à une décision définitive."

"Nous avons vu que les pays coprésidents du groupe Minsk de l'OSCE, y compris la Russie, estiment que le conflit doit être réglé à titre non exceptionnel d'une manière pacifique. Le côté humanitaire, à savoir l'échange des prisonniers de guerre, est également très important."

Parlant de la possibilité de reprise de la guerre, il a ajouté : "théoriquement la guerre est possible dans le Sud-Caucase, qui est plein de conflits. Cependant, en pratique, il est exclu parce que celui qui commence la guerre est condamné à la perdre."

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La Russie n'est pas intéressée par le règlement du conflit du Karabakh, a déclaré le politologue Levon Chirinian en parlant de la réunion d'Astrakhan entre les trois Présidents.

"Nous devons comprendre ce que la Russie désire. Veut-elle que le conflit soit résolu ? Je pense que non. Si les soldats Arméniens continuent de mourir sur la ligne de contact suite aux tirs des snippers ennemis, alors l'Arménie devrait se retirer du processus de négociation."

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Le Directeur du Bureau du Hay Dat et des Affaires Politiques de la FRA-Dachnaktsoutioun, Giro Manoyan, estime que l'accord entre les présidents arménien et azerbaïdjanais sur l'échange de prisonniers de guerre sera rapidement mis en œuvre.

"Dans tous les cas, les parties travailleront à cette fin jusqu'au Sommet de l'OSCE à Astana en Décembre, pour donner impression qu'ils font des progrès. L'Azerbaïdjan a déjà déclaré que la réunion était importante pour lui, et que grâce à cet accord, les corps de leurs militaires seront retournés. De plus, cela permettra à Aliev de se vanter d'un certain succès dans les négociations avec l'Arménie."

Selon Giro Manoyan, l'objectif principal de la réunion présidentielle à Astrakhan était de soulager les tensions, qui ont vu le jour à la suite d'une vague régulière des menaces venant d'Azerbaïdjan et les incidents sur la ligne de contact. Aussi, cette réunion peut être considérée comme un succès pour le président russe. Toutefois, Manoyan a noté que les gens ne devraient pas mettre un trop grand espoir sur le prochain Sommet de l'OSCE à Astana.

Lorsqu'on lui a demandé pourquoi les présidents arménien et azerbaidjanais continuent de répondre qu'ils ne peuvent pas tomber d'accord, Giro Manoyan a répondu : "Plus les présidents se rencontrent et moins fréquents sont les incidents sur la ligne de front. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux se rencontrer que ne pas se parler du tout."

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie, de Armenialiberty et de PanArmenian.



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