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lundi 20 décembre 2010

Génocide arménien : La Turquie refait le forcing sur les dirigeants américains

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Dès que la température politique risque d'atteindre un niveau d'alerte, la réaction turque ne se fait pas attendre.

Dès que la communauté arméno-américaine lance une campagne liée à la reconnaissance du génocide par le Congrès, Ankara contrattaque avec ses armes favorites : - La menace de détérioration des relations Ankara-Washington ; - Les mesures de rétorsions sur les échanges commerciaux et les contrats éventuels ; - Un engagement tiède dans les projets de l'OTAN vis à vis de l'Iran ; - un fort rapprochement avec la cause palestinienne ; - et depuis peu, la normalisation en cours entre Ankara et Erevan par protocoles interposés.

Choisir entre, la justice et les droits de l'homme en reconnaissant le génocide arménien, et maintenir le second allié dans la région du Caucase et du Proche-Orient, le choix de Washington, quelque soit la couleur politique de ses dirigeants, est arrêté depuis les années cinquante.

Cela dit presque tous les politiciens américains sont pour la reconnaissance du génocide arménien, ... du moins tant qu'ils ne sont pas au pouvoir. Après cela dépend essentiellement de la Turquie et de ses choix stratégiques ; la reconnaissance du génocide arménien devient alors une arme aux mains des Occidentaux - Washington, Bruxelles, voire Tel-Aviv.

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** Ahmet Davutoglu - Hillary Clinton **


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Lors d'une intervention devant les membres de son parti (l'AKP), le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a confirmé qu'il avait eu une conversation téléphonique avec la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, au cours de laquelle il lui a instamment demandé de n'épargner aucun effort pour empêcher le passage de la résolution H.Res.252 sur le génocide arménien, à la Chambre des Représentants.
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"J'ai ouvertement déclaré que les relations entre les États-Unis et la Turquie ne feraient qu'empirer si la Résolution était mise sur l'ordre du jour. Mme Clinton a promis de faire de son mieux pour l'empêcher. Le cas échéant, le monde verra la réaction de la Turquie si la résolution était adoptée. Cependant, j'espère que cela n'arrivera pas", a précisé Davutoglu.

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** Barack Obama - Recep Tayyip Erdogan **


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"La relation entre la Turquie et les États-Unis demeure solide et ‘plus importante que jamais' malgré les fuites de dépêches diplomatiques des États-Unis sur certains responsables à Ankara," a déclaré le président américain.

Suite à une récente conversation avec le Premier ministre turc, Barack Obama a déclaré dans une interview au quotidien Hurriyet que les deux dirigeants ont réaffirmé les "relations fortes américano-turques", malgré quelques différences "de temps en temps."
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"Notre partenariat est élastique, et nous avons convenu que les actes irresponsables de Wikileaks ne le menacent pas. Compte tenu des défis de plus en plus complexes auxquels le monde est confronté, je crois que la coopération américano-turque est plus importante que jamais," a souligné Barack Obama.

Répondant à une question sur les relations diplomatiques tendues entre la Turquie et Israël, Obama a encouragé les deux alliés régionaux américains à "trouver une voie acceptable et faire tout leur possible pour améliorer leurs relations, tout en félicitant la décision du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, d'envoyer des avions turcs pour aider le gouvernement israélien dans la lutte contre les incendies de forêt dévastateurs au début du mois."

Obama a également abordé la spéculation sur le vote de la Turquie en Juin pour s'opposer à une nouvelle série de sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l'Iran indiquant qu'Ankara déplaçait sa politique étrangère vers le Moyen-Orient et se détachait de l'Ouest.

"La Turquie a poursuivi une politique étrangère active qui l'a fait interagir de façon plus intensive que jamais avec les pays de son voisinage, voire au-delà. Je reconnais ce rôle nouveau et important pour la Turquie. La Turquie partage l'objectif d'empêcher d'avoir un Iran nucléaire."

Obama a également réaffirmé le soutien de Washington à l'adhésion turque à l'UE et a exhorté Ankara "à poursuivre les réformes nécessaires pour achever le processus d'adhésion. Je reste convaincu que la Turquie satisfera aux critères d'adhésion de l'UE, que cela sera une bonne chose pour l'UE, et que les efforts de la Turquie pour répondre à ces critères seront également bénéfiques pour la Turquie. L'Europe gagnera par la diversité des origines ethniques, par la tradition et la foi - elle ne sera pas diminuée. L'adhésion de la Turquie à l'UE permettra d'élargir et de renforcer les fondements de l'Europe une fois de plus."

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** Philip Crowley **


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"Nous sommes conscients du potentiel de la Résolution 252 de la Chambre des Représentants, et nous nous opposons fermement à cette Résolution," a déclaré le Secrétaire d'Etat adjoint Philip Crowley, lors de sa conférence de presse quotidienne.

En outre, Crowley a indiqué que les États-Unis estiment que l'Arménie et la Turquie doivent faire face à leur passé commun à travers "des efforts visant à normaliser leurs relations".

Cette précision arrive après que le chef de la majorité de la Chambre, Steny Hoyer, ait annoncé vendredi que la Chambre ajournait ses travaux jusqu'au mardi 21 Décembre pour terminer les Affaires législatives de la 111e Session du Congrès.

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** Roupen Mehrabian **


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"La situation de la résolution sur le génocide arménien au Congrès américain n'est pas nouveau, c'est une sorte de déjà-vu. Elle sera un sujet de discussion dans la Chambre des Représentants encore longtemps," a déclaré le politologue Roupen Mehrabian

"Le Moyen-Orient est la principale source de menaces pour les Etats-Unis et la possible discussion de la Résolution par le Congrès sera conditionnée par les intérêts régionaux américains. Cependant, je ne crois pas que les États-Unis veuillent gâcher leurs relations avec la Turquie ou changer leur politique étrangère", a-t-il souligné, ajoutant que l'adoption de la dite Résolution peut avoir des conséquences imprévisibles dans la région.

Le 17 Décembre, la porte-parole du Comité National Arménien d'Amérique (ANCA), Elizabeth S. Chouldjian, avait déclaré que la Résolution H.Res.252 sur le génocide arménien, peut être mis à l'ordre du jour à la Chambre des Représentants dans les prochaines 48 heures. L'ANCA invitait les Arméno-américains à appeler leur député et leur demander de voter ‘oui' à la Résolution. L'ANCA et des célébrités du show-business d'origine arménienne ont lancé une campagne exhortant la Présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, d'inscrire le vote de la Résolution H.Res.252 avant la fin de la session parlementaire.

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** Sergueï Minassian **


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"Les États-Unis sont un pays démocratique. Si la Chambre des Représentants se résout à engager des discussions sur la Résolution du génocide arménien, l'Administration ne sera pas en mesure d'éviter le débat, tout au plus elle cherchera à influencer la décision," a déclaré pour sa part le politologue, Sergueï Minassian.

L'expert commentait les récents rapports selon lesquels la Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a promis de lutter contre le vote de la Résolution lors d'une conversation avec le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu.

Minassian n'exclue pas le recours à des menaces ou du bluff politique de la part d'Ankara afin d'éviter la discussion en séance plénière. L'expert a également relevé que la discussion de la Résolution H.Res.252 pourrait être liée à l'aggravation récente des relations Turquie-Israël.

Extraits de PanArmenian



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