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vendredi 7 janvier 2011

La Turquie à l'aube de 2011

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ՇՆՈՐՀԱՒՈՐ ՆՈՐ ՏԱՐԻ ԵՒ ՍՈՒՐԲ ԾՆՈՒՆԴ

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Tout comme avec l'Azerbaïdjan, la Turquie ne compte modifier en rien ses relations avec sa voisine l'Arménie. Ankara comme Bakou mettent comme pré-condition à toute évolution positive des relations avec Erevan la restitution des sept districts entourant le Haut-Karabakh, pour commencer.

Si la stratégie reste identique, la tactique diffère.

Les dirigeants azéris, Ilham Aliev en tête, durcissent le ton et ne manquent pas une occasion de violer le cessez-le-feu sur la ligne de contact au Karabakh. Leurs actes sont en totale contradiction avec leurs engagements pris lors des Sommets internationaux. Les grandes puissances, médiatrices du conflit, ferment les yeux et se contentent de sortir des communiqués de recommandations.

Les dirigeants turcs travaillent eux tout en finesse, forts de leur expérience diplomatique pluriséculaire. La tâche de fond reste la négation du génocide arménien et pour ce faire tout les moyens sont bons : intimidations, pression, menaces, et le nec : fausses promesses.

Les protocoles rentrent dans ce dernier cas de figure : Faire croire aux Occidentaux que les relations avec l'Arménie vont se normaliser et que la paix régnera dans la région ; alors que l'exemple de l'occupation armée de Chypre est toujours là. Et pour ce faire, Ankara n'hésite à faire des coups d'éclat, comme autoriser une messe dans l'église-musée Sainte Croix sur l'île d'Akhtamar. Quel levier magnifique cet Accord du 10 Octobre 2009 pour contrer la reconnaissance par des pays tiers du génocide arménien.

Comme chacun sait, le génocide arménien n'est plus depuis longtemps un fait historique à démontrer, mais une arme politique dont les Etats se servent vis-à-vis d'Ankara suivant les tensions relationnelles.

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** Frontière Turquie-Arménie **


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Un sondage national a été réalisé par le Centre de Recherches Social et Stratégique d'Ankara sur un échantillon représentatif de la société turque en collaboration avec le quotidien "Today's Zaman". Il en ressort que seulement un Turc sur quatre (27%) est favorable à une ouverture rapide et inconditionnelle de la frontière avec l'Arménie. La moitié des sondés (50,3%) sont contre.

Ces résultats sont comparables avec ceux relevés en Arménie début 2010. Le sondage effectué par l'Association Arménienne Marketing (AMA), non-gouvernementale, avait montré que seulement un tiers des Arméniens désirait que la frontière avec la Turquie soit ouverte, alors qu'un autre tiers était fermement opposé.

Selon l'AMA, la plupart des personnes interrogées ne partageaient pas l'optimisme des gouvernements occidentaux et des établissements financiers, sur le fait que l'ouverture de la frontière aurait un impact rapide et très positif sur l'économie arménienne. Le sondage montrait également que l'opinion publique arménienne restait divisée (50-50) quant à la mise en œuvre des "protocoles" signés par Ankara et Erevan en Octobre 2009. Moins de quatre Arméniens sur dix (36,3%) estimaient que les protocoles auraient un effet bénéfique pour l'Arménie. Le reste était indécis ou déclarait que les protocoles, sensés normaliser totalement et inconditionnellement les relations arméno-turques, ne favoriseraient que la partie turque.

L'AMA avait interrogé 2500 personnes à travers l'Arménie entre fin Janvier et début Février 2010. Déjà, il devenait de plus en plus clair que le Parlement turc, contrôlé par l'AKP, ne ratifierait pas les protocoles sans une percée dans les pourparlers de paix arméno-azerbaïdjanais sur le Haut-Karabakh. Cette condition préalable avait conduit Erevan à geler le processus de ratification parlementaire en Avril.

Un sondage effectué en Septembre 2009 par l'Association Sociologique Arménienne (ASA) à la demande du gouvernement, indiquait que 52,4% des citadins interrogés étaient insatisfaits de l'accord turco-arménien contre seulement 39% de satisfaits.

Le sondage turc reste imprécis quant aux sentiments de la population vis à vis du processus global de normalisation et des protocoles en particulier.

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** Relations Turquie-OSCE **


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La Turquie, qui préside déjà de nombreuses organisations internationales, a désigné l'ambassadeur Ersin Erçin comme candidat pour le poste de Secrétaire général de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Le Premier ministre grec George Papandreou a apporté son soutien à Erçin, actuellement ambassadeur de Turquie au Brésil. Il n'y a pas d'autres candidats à ce jour, selon le quotidien Sabah.

Ndlt : C'est l'ambassadeur Marc Perrin de Brichambaut qui assure le S.G. depuis Juin 2005. Le mandat est de trois ans reconductible, donc il prendra fin cette année.
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** Relations Turquie-UE **


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Le ministre d'Etat turc et négociateur en chef pour les pourparlers avec l'UE, Egemen Bagis, a indiqué : "L'UE ne peut pas prendre toutes les mesures politiques en raison des impacts de la crise financière mondiale. Nous avons un programme national. Et nous serons prêts à devenir un membre à part entière de l'UE en 2014. Ce qui est important pour nous pour le moment, est de captures normes de l'Union" ; rapporte le quotidien Yeni Safak.

Ndlt : Depuis le 3 octobre 2005, date d'ouverture des négociations, sur les 35 chapitres que comporte le processus de négociations avec l'UE, treize ont été ouverts :
- un en 2006 : chapitre 25 « science et recherche » ;
- cinq en 2007 : chapitre 18 « statistiques », chapitre 20 « politique d'entreprise et politique industrielle » et chapitre 32 « contrôle financier », chapitre 21 « réseaux transeuropéens » et chapitre 28 « protection des consommateurs et de la santé » ;
- quatre en 2008 : chapitre 6 « droit des sociétés » et chapitre 7 « droit de la propriété intellectuelle », chapitre 10 « information et médias » et chapitre 28 « libre circulation des capitaux » ;
- deux en 2009 : chapitre 16 « taxation », chapitre 27 « environnement » ;
- un en 2010 : chapitre 12 « sécurité alimentaire, vétérinaire et phytosanitaire ».

Jusqu'à présent un seul chapitre a été refermé (le premier chapitre ouvert, « science et recherche »). 8 chapitres ont été gelés, en décembre 2006, à titre de sanction par l'UE, à la suite du refus de la Turquie d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre comme elle devrait le faire en vertu de l'accord d'union douanière qu'elle a signé en 1995. Depuis juillet 2007, suite à l'élection de Nicolas Sarkozy, à la présidence de la République en France, 5 chapitres (dont 1 inclus dans les 8 précédemment gelés) sont bloqués, parce qu'ils impliquent inéluctablement l'adhésion pleine entière de la Turquie à laquelle Paris est opposé. 6 chapitres sont enfin sous la menace d'un blocage chypriote, depuis décembre 2009. Fin Juin 2010, un treizième chapitre sur les 35 a été ouvert.

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Extrait de Armenialiberty et de PanArmenian.net



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