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lundi 7 mars 2011

Turquie-UE : Négociations d'adhésion

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Deux points importants bloquent l'avancée des négociations d'adhésion :

Un refus de principe : C'est la position défendue par le couple franco-allemand, pour qui la Turquie avec ses 70 millions d'habitants, musulmans à 95%, n'a pas sa place dans l'UE. Par contre, la Turquie est très bien placée pour jouer un rôle important en tant que pont entre l'UE et le Proche-et-Moyen-Orient. De plus le président Nicolas Sarkozy verrait très bien Ankara dans son projet d'Union pour la Méditerranée. Proposition refusée catégoriquement par Erdogan.

Un refus du au non-respect : Après d'âpres négociations, Ankara a débuté les négociations d'adhésion en Octobre 2005. Dans les divers Accords signés, la Turquie doit se plier à certaines règles pour converger vers les valeurs de l'UE mais elle doit également respecter ses engagements vis-à-vis envers les vingt-sept pays membre, dont Chypre. C'est là que le bât blesse, car la Turquie occupe militairement 37% de l'île et y a créé un Etat (RTCN), qu'elle seule a reconnu. La situation chypriote entraine le gel de nombreux chapitres. Il est vrai qu'au moment de l'invasion turque en 1974, Ankara ne comptait pas adhérer à la CEE.

Depuis l'ouverture des négociations, sur les 35 chapitres que comporte le processus de négociations avec l'UE, treize ont été ouverts et seulement un a été fermé. [1]

Avec la crise économique, suivie de la crise financière et depuis le début de l'année les révolutions dans le Sud méditerranéen, l'UE n'est pas du tout chaude pour repousser sa frontière vers le Sud-est.

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Davutoglu-Bildt-Frattini_me
Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a appelé les membres de l'Union européenne à trouver une "vision stratégique" concernant la candidature de la Turquie.

Davutoglu a formulé ces remarques lors d'une conférence de presse conjointe tenue samedi avec les ministres des Affaires étrangères italien et suédois, Franco Frattini et Carl Bildt, et les a remercié pour leur soutien constant de la candidature de son pays à l'UE.

"Malheureusement, nous sommes confrontés à une impasse très grave dans les relations Turquie-UE concernant l'ouverture de nouveaux chapitres. Mais au-delà, à partir de maintenant nous voulons avoir une vision stratégique sur le devenir des négociations UE-Turquie. Peut-être que les deux pays qui partagent le plus cette vision stratégique avec nous, sont l'Italie et la Suède. Aujourd'hui, nous avons trouvé l'occasion de discuter à nouveau de cette vision.

Depuis l'été dernier, aucun nouveau chapitre de négociation n'a été ouvert, c'est la plus longue période depuis le début des négociations d'adhésion en 2005. Encore une fois je partage avec eux la déception que nous avons ressentie suite à la décision prise par la Commission ‘Justice et Affaires intérieures' de l'UE concernant les visas. Vos deux pays nous ont fortement soutenu, mais la décision de lancer des pourparlers sur l'immunité des visas n'a malheureusement pas pu être prise en raison de l'intervention de certains pays," a déclaré le ministre turc.

C.Bildt a réitéré le soutien de son pays à l'adhésion de la Turquie, et F.Frattini a exprimé sa "déception sur le double standard de l'UE" envers la Turquie.

Rappelons que la Turquie demandait aux vingt-sept d'accorder des exemptions de visa pour ses ressortissants désirant se déplacer dans les Etats membres, avançant que l'UE a déjà offert de tels privilèges à de nombreux pays ; rapporte le quotidien Today's Zaman.

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Extrait de PanArmenian.net




[1]
- un en 2006 : chapitre 25 « science et recherche » ;
- cinq en 2007 : chapitre 18 « statistiques », chapitre 20 « politique d'entreprise et politique industrielle » et chapitre 32 « contrôle financier », chapitre 21 « réseaux transeuropéens » et chapitre 28 « protection des consommateurs et de la santé » ;
- quatre en 2008 : chapitre 6 « droit des sociétés » et chapitre 7 « droit de la propriété intellectuelle », chapitre 10 « information et médias » et chapitre 28 « libre circulation des capitaux » ;
- deux en 2009 : chapitre 16 « taxation », chapitre 27 « environnement » ;
- un en 2010 : chapitre 12 « sécurité alimentaire, vétérinaire et phytosanitaire ».

Jusqu'à présent un seul chapitre a été refermé (le premier chapitre ouvert, « science et recherche »). 8 chapitres ont été gelés, en décembre 2006, à titre de sanction par l'UE, à la suite du refus de la Turquie d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre comme elle devrait le faire en vertu de l'accord d'union douanière qu'elle a signé en 1995. Depuis juillet 2007, suite à l'élection de Nicolas Sarkozy, à la présidence de la République en France, 5 chapitres (dont 1 inclus dans les 8 précédemment gelés) sont bloqués, parce qu'ils impliquent inéluctablement l'adhésion pleine entière de la Turquie à laquelle Paris est opposé. 6 chapitres sont enfin sous la menace d'un blocage chypriote, depuis décembre 2009. Fin Juin 2010, un treizième chapitre sur les 35 a été ouvert.


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