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lundi 9 mai 2011

Il y a vingt ans, la guerre débutait au Karabakh

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Si l'on célèbre ces jours-ci le 19ème anniversaire de la prise de Chouchi (9 mai 1992), un an auparavant Bakou débutait la guerre aux frontières du Haut-Karabakh avec son lot de morts et de déplacés. Si l'on est arrivé aujourd'hui à une situation quasi-inextricable malgré les pourparlers de paix, c'est du essentiellement à la rigidité des dirigeants azéris qui n'ont jamais voulu prendre en compte les demandes des habitants de la Région (Oblast) Automne du Haut-Karabakh, et encore moins entendre parler d'une quelconque modification administrative de la RSS d'Azerbaïdjan, bien que conforme à la constitution soviétique.

Le président Ilham Aliev, encouragé en sous-main par son grand frère ottoman et fort de ses revenus pétroliers, n'a fait qu'accentuer cet état de fait. Passant outre ses engagements, il ne rêve qu'à reconquérir les territoires perdus. N'étant retenu que par les mises en garde des Etats-Unis et de la Russie, vue qu'une nouvelle guerre arméno-azerbaidjanaise ne rentre absolument pas dans leurs projets régionaux, il est obligé de se contenter de mitrailler tout ce qui bouge de l'autre côté de la ligne de contact. Et pour ce faire, les grandes puissances, associées en cela avec la Turquie et Israël, font marcher à fond le commerce d'armes, le tout bien sûr en jouant les modérateurs dans le conflit du Karabakh.

* Brève *

Le service de presse du ministère azerbaïdjanais de la Défense continue de diffuser des informations stipulant que le Karabakh viole régulièrement le cessez-le-feu à différents endroits de la ligne de contact entre les forces armées de la RHK et celles de l'Azerbaïdjan. Suite à quoi, l'armée de Défense de la RHK a décidé de faire la mise au point suivante.

"Il est vrai que les cas de violation du cessez-le-feu ont récemment augmenté sur la ligne de contact. Toutefois, il convient de préciser de quel côté viennent ces violations et quel genre de mesures sont prises.

Ainsi, l'Azerbaïdjan a violé le cessez-le-feu 950 fois en avril dernier, avec 6500 tirs provenant d'armes de divers calibres. Il est à noter que les forces armées azerbaïdjanaises utilisent des armes de sniper, tel que les SVD, Black Arrow et fusils ISTIGAL, produites par la Turquie. Ce n'est pas un secret pour personne, qu'en plus de ses propres forces, l'Azerbaïdjan utilise des tireurs d'élite étrangers, moyennant finance.

Un tel comportement de Bakou prouve que l'Azerbaïdjan viole volontairement les accords conclus dans le cadre des négociations pour le règlement du conflit du Karabakh et diffuse cyniquement de faux renseignements.

Depuis le début de l'année, avec 3200 violations comptabilisées par Stépanaguerd, 17 militaires azerbaïdjanais ont été tués, alors que la RHK déplorait la mort de 5 militaires arméniens et de quatre autres, blessés. Sur la même période, Bakou relève 150 cas de violation du cessez-le-feu par la partie arménienne faisant 51 tués et 29 blessés."

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L'Opération Anneau et l'implication de l'armée soviétique

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Il y a vint ans, le 30 avril 1991, une opération militaire de grande envergure visant à chasser les populations arméniennes du Haut-Karabakh était lancée.

L'armée soviétique avait donné à cette action militaire comme nom de code ‘Opération Anneau', parce que sa stratégie de base consistait à encercler les villages avec des chars et des véhicules blindés et les bombarder. L'étape suivante de l'opération impliquait l'entrée de différentes troupes (un mixte d'unités de la IVe Armée et les Troupes Internes du Ministère de l'Intérieur (MVD)), suivie par les OMON azerbaïdjanais, qui devaient interroger les villageois, les regrouper, puis les arrêter et emmener les hommes dans des prisons disséminées à travers le pays. Et pour terminer, les villageois azerbaïdjanais étaient autorisés à entrer et à piller les maisons vides des Arméniens.

Ainsi, plus de dix mille villageois arméniens ont été contraints de quitter l'Azerbaïdjan. Quarante personnes sont mortes, plus de la moitié des civils arméniens. L'ONG ‘Helsinki Watch' a relevé plusieurs cas de brutalités, y compris de viols, par les forces armées (en particulier par les troupes OMON azéris) tandis que les unités de l'armée soviétique restaient les bras croisés. Des dizaines d'Arméniens sont toujours détenus dans les prisons d'Azerbaïdjan, bien qu'il existe des échanges réguliers de prisonniers et d'otages avec les Azerbaïdjanais. Les officiels arméniens prétendent que de nombreux détenus sont passés à tabac et maltraités. L'Opération Anneau a été particulièrement violent dans les villages de Mardunachene et Gedachene au début de mai. Selon l'ONG, qui a rencontré des déportés arméniens et des officiels, dix-huit villageois ont été tués, et Mardunachene a été totalement rasé. Selon les autorités arméniennes, les déportations à la mi-juillet à partir des villages azerbaidjanais de Erkedj, Manachide et Bouzloukh ont entraîné trois décès parmi les MVD d'Azerbaïdjan, de nombreux blessés, et la dispersion totale de la population. Lors de ces combats en Septembre, quatorze OMON azéris et un combattant arménien paramilitaire ont été tués.
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Le 19 août, la 23ème Division de l'armée soviétique - qui comptait dans ses rangs un pourcentage élevé de soldats azerbaïdjanais - accompagnée par les troupes OMON d'Azerbaïdjan, a mené des attaques à la roquette à partir d'hélicoptères, d'artilleries lourdes et légères sur le gros village arménien de Verichene, près du Karabakh. Deux enfants arméniens ont été tués, il y a eu quelques morts parmi les soldats azerbaïdjanais, et des dizaines de maisons ont été incendiées. Le 27 août, les villages arméniens de Karachinar et Verichene furent de nouveau la cible de missiles et de tirs d'artillerie, blessant quatre Arméniens.

La lutte n'a pas pris fin en Septembre malgré le bouche à oreille de possibles pourparlers de paix, décrites ci-après. Deux groupes d'OMON azerbaïdjanais et un combattant arménien ont été tués dans Verachene le 14 Septembre. Le lendemain, les OMON azéris ont ouvert un feu nourri sur Karachinar, tuant un civil arménien. Alors que les négociations avaient atteint une phase finale vers le 25 Septembre, les troupes OMON ont attaqué le village de Chapar, tuant six civils arméniens, dont un garçon de quatorze ans.

Gedachene, qui autrefois comptait 5000 personnes, est resté pendant un certain temps le dernier bastion Arménien. Malgré que les attaques soient repoussées, les troupes soviétiques ont finalement investi les villages de Azad et de Kamo et ont chassé les habitants, les Azerbaïdjanais ont aussitôt occupé les maisons ainsi vidées. Ce n'est pas par hasard que la population de quatre villages dans la région de Chouchi et celle d'une quinzaine de villages dans la région de Hadrout, ont été expulsées.

Jusqu'à aujourd'hui, les organisations internationales, APCE, OSCE et autres, ne mentionnent pas ces épisodes tragiques dans leurs comptes-rendus sur le Haut Karabakh, mentionnant exclusivement les victimes et les réfugiés azerbaidjanais.

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PanArmenian



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