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jeudi 25 août 2011

Bakou mécontent de la réunion de Sotchi

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
On s'en doutait un peu. Alors que les médiateurs, Russie en tête, attendaient un début d'accord général, Aliev a présenté dix nouvelles propositions à ses homologues Russe et Arménien à la réunion trilatérale de Kazan. Après un communiqué laconique cachant difficilement l'échec de la rencontre, le président Medvedev pour ne pas perdre la face, a amendé le texte initial. Les réponses des antagonistes n'ont pas varié, ce qui a eu pour effet une rencontre face à face Medvedev-Aliev quelques jours après, à Sotchi.
Il est clair que le président russe a ‘remonté les bretelles' de son interlocuteur, qui joue depuis plusieurs années les empêcheurs de tourner en rond. Autant l'Arménie est une alliée fidèle dans la région, autant l'Azerbaïdjan, avec la manne pétrolière et gazifière, ne cesse de regarder vers l'Occident et les Etats-Unis plus particulièrement.
Aliev ne veut pas entendre parler d'une quelconque sécession du Haut-Karabakh. Or accepter les principes de Madrid signifie pour lui perdre ce territoire à court terme. Aliev se fiche royalement du Haut-Karabakh, qui n'est pas une région stratégique, ni militairement et encore moins économiquement. Mais perdre ce territoire quand on est un homme politique azéri signifie tout bonnement perdre à jamais la possibilité de garder son poste de président de la République. Et ça c'est dur à avaler ! Il faut dire que dans les Républiques ex-soviétiques ce poste est loin d'être qu'honorifique, et quand de surcroit il y a des richesses dans le sous-sol ….
Après la rencontre de Sotchi, Aliev a bien reçu le message de Medvedev que choisir l'option militaire pour régler le problème n'est vraiment pas la bonne solution, l'exemple géorgien étant encore dans les mémoires. Bakou va continuer donc comme avant : Contre-information et propagande anti-arménienne dans les milieux internationaux, menaces d'usage de la force, et tirs intensifs de snippers sur la ligne de contact.
* Brève *
L'Ambassade d'Azerbaïdjan avait présenté une note de protestation au Ministère des AE français après la visite de quatre parlementaires français en Artsakh.
La France a répondu : "La visite des parlementaires français en Artsakh n'était pas officielle, et a été réalisée sur l'initiative d'un groupe de parlementaires."
Tout étranger, touriste mis à part, qui visite l'Artsakh sans la permission de Bakou devient ‘persona non grata' et se retrouve d'office sur une ‘liste noire'.

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Le directeur du Département azerbaidjanais des Affaires Etrangères de l'administration présidentielle, Novruz Amamedov, avait annoncé la semaine dernière que le président azerbaïdjanais Ilham Aliev ne participerait pas au Sommet de la CEI des 2-3 Septembre, et qu'il serait représenté par le Premier ministre, Arthur Rasizade.
La plupart des experts pense qu'Aliev boude le 20e anniversaire de la CEI parce qu'il n'a pas accepté les propositions de Medvedev concernant le règlement du conflit du Haut-Karabakh.
Il est très important pour Medvedev de faire avancer les négociations qui sont au point mort. Il a obtenu les mandats nécessaires de la France et les Etats-Unis lors du sommet du G8 de Deauville. De plus, son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'est rendu à Erevan et à Bakou pour présenter aux deux présidents ses propositions pour le règlement du conflit.
L'élite politique russe s'était bien rendu compte que les parties étaient suffisamment prêtes afin de signer une ‘feuille de route' le 24 Juin à Kazan. Mais Ilham Aliev au dernier moment a rejeté le document et a présenté dix nouvelles propositions, ce qui a conduit à l'échec de la rencontre et a remis en cause l'autorité de Medvedev.
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La seule ‘réussite' de la dernière rencontre Medvedev-Aliev à Sotchi, a été l'annonce faite par Novruz Mamedov, comme quoi : "les approches arménien et azerbaïdjanais vers un règlement du conflit du Haut-Karabakh reposent sur les principes de Madrid, ce qui justifie les efforts du président russe". Et d'jouter que le processus de négociation doit être poursuivi.
David Babayan, le directeur du département central d'information du bureau du Président de la RHK, a répondu à cette annonce en disant que le processus de négociation va ralentir dans les deux prochaines années vu qu'il va y avoir des élections, non seulement en Arménie, en Artsakh et en Azerbaïdjan, mais aussi aux Etats-Unis, en Russie et en France. La RHK compte utiliser ce laps de temps pour développer l'économie du pays et renforcer sa protection.
L'absence d'Aliev à l'anniversaire de la CEI suspend la reprise des négociations arméno-azerbaïdjanaises. Du coup, les relations russo-azerbaïdjanaises deviennent le principal problème pour la région. Personne ne sait pourquoi, mais toujours est-il que les Azéris ont décidé que le chantage va inciter Moscou à changer d'attitude envers le problème du Karabakh et qu'il protégera les intérêts de l'Azerbaïdjan. Les amis politiques de Moscou qui défendent les intérêts de Bakou, ont commencé leur propagande pour les mois à venir. Selon eux, la Russie perdra non seulement l'Azerbaïdjan, mais la CEI s'effondrera et l'influence russe baissera dans le monde entier.
Alexei Malachenko, expert au Centre Carnegie, est le premier à répandre cette idée : "Cette démarche d'Aliev a affaibli la Russie, qui a cessé d'être médiateur du conflit, pour devenir protecteur de l'Arménie. Aliev a agit en politicien habile et prudent. Cela montre le niveau atteint. C'est triste également pour la CEI, qui va fêtera son 20e anniversaire, sans l'Azerbaïdjan."
Mais il est évident que le Kremlin ne restera pas silencieux face à ce chantage, et tous les projets antirusses dans lesquels l'Azerbaïdjan est présent, sont revenus sur le devant de la scène. Et cette liste ne se limite pas à VUAM ou à Nabucco.
(…)
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* Israël et le génocide arménien *
"Je tiens à noter que il y a toujours eu en Israël des forces qui ont poussé à la reconnaissance du génocide arménien. Je suis sûr que nation juive qui a subi l'Holocauste n'a pas le droit d'ignorer la tragédie d'une autre nation. Mais mon attitude personnelle n'est l'attitude officielle d'Israël. Elle a été et reste inchangée. Selon Israël, les deux nations (Arméniens et Turcs) doivent arriver à un consensus commun sur les événements sanglants de 1915 et Israël acceptera ce consensus," a déclaré le directeur de l'Institut d'Europe de l'Est et des pays de la CEI de Tel-Aviv, Alexander Tsinker.
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"Quand les relations avec la Turquie se sont refroidies, certains journaux ont annoncé que le génocide arménien doit être reconnu comme une réponse à Ankara aux actions anti-israéliennes. Mais aucun politicien sérieux israélien, ni un militant important public n'ont soutenu ces publications et toutes ces annonces sont restées au stade d'annonces. Et je pense qu'ils avaient raison. Cette question est trop grave pour en faire un instrument de pression."
"Je peux dire combien ces événements de 1915 ont été discutés en Israël et pourquoi le génocide arménien n'a pas été reconnu. C'est un autre sujet et c'est très compliqué. En un mot : l'élite politique israélienne et la société n'ont pas encore atteint le point de pouvoir franchir cette étape. Et je pense qu'ils ne le seront pas encore pour longtemps. Mais cela ne signifie que moi ou d'autres partisans, devons attendre et ne rien faire. Non, nous continuons à influencer la société israélienne et la préparer pour la reconnaissance du génocide arménien," a-t-il conclu.
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Extrait de Times.am


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