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samedi 17 décembre 2011

Génocide arménien : La Turquie monte au créneau



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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Dès que le mot génocide arménien est prononcé, Ankara réagit de façon épidermique et passe rapidement aux menaces, d’abord économiques sur les contrats en cours ou à venir, puis politiques avec l’envoi d’une délégation de parlementaires de tous bords pour expliciter l’erreur à ne pas commettre, et enfin rappel de l’ambassadeur. Depuis deux ans et demi, un argument supplémentaire est venu enrichir le dispositif turc : le risque de faire échouer les négociations de normalisation des relations arméno-turques si vote il y a, négociations qui sont gelées pour ne pas dire mortes. Le prochain débat à l’Assemblée nationale française ne déroge pas à la règle.

Pendant que la main droite caresse les Occidentaux dans le sens du poil en faisant miroiter des contrats mirifiques, de la nécessité d’avoir un pont entre l’Orient et l’Occident, d’être le bras armé de l’OTAN dans la région, etc, etc, la main gauche rassure les dirigeants azéris que rien ne sera fait avec l’Arménie, et certainement pas la levée du blocus, avant que l’Azerbaïdjan ne récupère l’intégrité de son territoire, sans les Arméniens autant que faire se peut. Et les Occidentaux de gober tout cru ce discours, pensant que ce faisant, le cœur d’Erdogan va pencher vers l’Ouest, alors que depuis la mise en œuvre de la politique du ‘zéro problème avec les voisins’ du sieur Davutoglu, les regards d’Ankara se tournent essentiellement vers l’Est et le Sud.

Voulant se rapprocher des pays arabes, les dirigeants turcs ont tout simplement oublié qu’en écriture arabe le chiffre ‘0’ signifie ‘5’, d’où un nombre de problèmes croissant avec les voisins.



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Jeudi, la Turquie a menacé de rappeler son ambassadeur en France et de geler les liens avec Paris si le Parlement français vote la semaine prochaine un projet de loi criminalisant la négation du génocide arménien.
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, s’adressant aux parlementaires turcs, a déclaré : "Il est hors de question de laisser sans réponse une tentative faite par un président, un gouvernement ou un parlement, de déshonneur notre pays et notre nation. Si cette proposition est votée, la France sera la pionnière du retour d'une mentalité du Moyen-âge en Europe."

"Il y aura des conséquences irréparables dans toutes les relations bilatérales. La Turquie considère que c'est un acte hostile de l'exécutif français. Toute coopération avec le gouvernement français, et tous les projets communs, seront gelés," a déclaré l'ambassadeur turc Engin Solakoglu à l'AFP, ajoutant qu'il s'attend à être rappelé à Ankara pour une durée indéterminée.

Le ministère français des Affaires étrangères a refusé de commenter directement ces propos. "La Turquie est une amie et un allié important", a déclaré le porte-parole Bernard Valero.

En attendant le Parlement turc envoie une délégation à Paris. La délégation, composée également des partis d’opposition, sera conduite par le président de la Commission des relations étrangères, Volkan Bozkir, un ancien diplomate de carrière. Les parlementaires turcs doivent expliquer à leurs interlocuteurs français  "les dégâts que peut causer cette disposition sur les rapports franco-turcs", a-t-on appris de source sûre.

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Le ministre Ahmet Davutoglu a déclaré que la politique menée ces derniers temps par la Turquie au Moyen-Orient "a fait plier Israël" devant la Turquie, et isoler l'Etat juif dans la région.

S'exprimant au cours des débats budgétaires au Parlement turc, Davutoglu a poursuivi en indiquant : "La politique étrangère de la Turquie est dépendante des pays occidentaux et qu'il y a un décalage de l'axe de la politique étrangère de la Turquie vers l'Est. De plus, la Turquie n'était jamais restée silencieuse face à ‘l'oppression’. C'est notre politique, qui fait qu'Israël s'est agenouillé face à nous dans la région. Nous avons toujours pris le parti des gens qui réclament la démocratie, et non celui des régimes autoritaires et oppressifs."

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* Brève Grande-Bretagne *

"Je respecte l'opinion de la population du Haut-Karabakh, leur droit de libre expression de la volonté. Je pense qu'ils doivent devenir des participants du processus de paix », a déclaré à Erevan le membre de la Chambre des Lords britannique, Caroline Cox.

La baronne évalue positivement l'approche de l'Artsakh au processus de règlement. "Je regrette que l'Azerbaïdjan réponde de temps en temps dans une manière très agressive et parle de l'accumulation de son arsenal militaire. J’espère beaucoup que l'Azerbaïdjan adoptera une approche plus civilisée et la plus rationnelle et surtout la mettra en action, car il a souvent dit une chose et fait autre chose," a déclaré la baronne Cox.

* Brèves Etats-Unis *

Les élus, Frank Pallone, Jr. et Adam Schiff,  ardents défenseurs de la Cause arménien au Congrès, ont rencontré le secrétaire d'Etat adjoint Philip Gordon pour résoudre les problèmes liés à l'Arménie et au Haut-Karabakh. La rencontre rentre dans le cadre du dialogue continu entre ces représentants du lobby arménien et le Département d'État sur l'importance des relations Etats-Unis-Arménie, selon le quotidien Asbarez.

Lors de la réunion, ont été abordés : - l'importance de la diaspora arménienne aux Etats-Unis ; - la nécessité de continuer à soutenir l'Arménie comme une alliée solide ; - l'importance de l'aide financière accordée l'Arménie ; - la nécessité de la parité entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie sur l'aide militaire octroyée ; - et l'importance du soutien des Etats-Unis au Haut-Karabakh.

Les membres ont également exprimé leur préoccupation sur la posture agressive de l'Azerbaïdjan. Les membres ont préconisé des politiques montrant le soutien des Etats-Unis à l’Artsakh, tels un développement accru de l’assistance humanitaire ou la participation des Karabakhis au processus de paix du Groupe de Minsk de l’OSCE. Une préoccupation constante des membres concerne le manque de subvention au Haut-Karabakh, malgré l'approbation du Congrès.

"L'Arménie est une alliée essentielle pour les Etats-Unis et la politique de l'Administration doit refléter l'importance de cette relation. Bien que les militants de la Cause arménienne, continuent de se battre pour des niveaux plus élevés de l'aide étrangère à l'Arménie et au Haut-Karabakh, pour la reconnaissance officielle du génocide arménien et d'autres questions importantes pour la communauté arménienne, le Département d'Etat doit savoir qu’une action forte est nécessaire en leur nom," a déclaré Franck Pallone.

Les membres de l'administration sont appelés à prendre des mesures significatives pour montrer leur soutien à l'Arménie et contester la politique hostile de la Turquie et de l'Azerbaïdjan envers leur voisin.

"Il est plus important que jamais que les Etats-Unis soutiennent le droit à l'autodétermination du peuple du Haut-Karabakh. Fournir ces ressources au Haut-Karabakh n’est pas seulement pour aider les Karabakhis face aux crises humanitaires résultant du double blocus imposé par la Turquie et l'Azerbaïdjan, mais elles aideront aussi à stabiliser la région en démontrant notre engagement continu à une résolution pacifique du conflit. Je continuerai à me battre pour que des ressources adéquates soient versées à l’Artsakh, ainsi que pour la reconnaissance officielle du génocide arménien," a déclaré pour sa part Adam Schiff

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"Il n'y a pas de solution militaire à ce conflit, tout comme le statu quo est inadmissible. Les deux parties ne doivent pas épargner leurs efforts pour parvenir à un accord final. Il est de la responsabilité des présidents arménien et azerbaïdjanais de prendre des décisions difficiles et à rapprocher les deux communautés pour s'entendre sur la paix," a déclaré l’ambassadeur américain en Azerbaïdjan, Matthew Bryza.

"Je crois que les deux présidents peuvent parvenir à un consensus sur les bases d'un accord-cadre, parce que nous ne pouvons pas mettre de côté les questions de fond", a-t-il ajouté, et qu'il était sûr que, grâce à des mesures de confiance, les présidents seront en mesure de créer la confiance entre eux, et entre les deux peuples.

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"Comme coprésidents du Groupe de Minsk, les Etats-Unis et la Russie coordonnent étroitement, avec la France, les efforts pour aboutir à un règlement pacifique et négocié du conflit au Haut-Karabakh", a déclaré le secrétaire d'Etat adjoint, Philip H. Gordon, au Sénat concernant la Russie.

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Le conseiller à l'ambassade de l'Azerbaïdjan aux Etats-Unis, Nasimi Aghaiev, a envoyé une lettre à l'éditeur du New York Times, pour protester contre la couverture récente duNew York Times sur le Haut-Karabakh.


L'auteur Anastasia Taylor-Lind, rappelle que le 2 Septembre, le Haut-Karabakh a fêté ses 20 ans d'indépendance, même si il reste méconnu par la communauté internationale.

En réponse à l'article, Nasimi Aghaiev réitère sa longue liste d’arguments "Le Haut-Karabakh n'est ni une ‘région contestée’, ni une ‘république’, mais plutôt une partie intégrante et internationalement reconnues de l'Azerbaïdjan, sous l'occupation illégale par l'Arménie voisine. Le caractère illégal de l'occupation et l'expulsion de 750.000 citoyens azerbaidjanais des territoires occupés, c’est-à-dire le Haut-Karabakh et les sept districts adjacents, est largement reconnu et a été condamné notamment par le Conseil de sécurité des Nations Unies."

* Le coin des experts

"Le retrait des troupes américaines d'Irak est un signe avant-coureur d’une future guerre contre l'Iran. Si les forces américaines restent en Irak, cela entrainerait inévitablement des conséquences imprévisibles, et notamment des frappes sévères sur les bases américaines," a déclaré le directeur du Centre de Recherche Stratégique dans les domaines religieux et politiques contemporains, Maxime Chevtchenko.

"Avant d'attaquer l'Iran, l'Occident devra renverser le régime de Bachar al-Assad en Syrie et régler le problème du Hezbollah au Liban, qui ne manquera pas d’envoyer des missiles sur Israël en cas de guerre contre Téhéran. Ainsi, une conclusion se dégage que l'Iran sera attaqué, apparemment à partir du territoire de la Géorgie, étant donné que des forces aériennes israéliennes sont déployées dans les aérodromes géorgien," a-t-il souligné.

Le politologue et député de la Chambre basse conseille Bakou de s'abstenir de toute solution militaire dans le conflit du Haut Karabakh, en cas de guerre en Iran : "Une telle démarche aura automatiquement un impact négatif sur le développement économique de l'Azerbaïdjan, compte tenu du partenariat stratégique entre l'Arménie et l'Iran."

L’expert russe appelle en outre à une résolution pacifique du conflit.

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Extrait de Armenialiberty, de Radiolour et de PanArmenian

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