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mercredi 21 décembre 2011

Relations France-Turquie : La pression monte de plus en plus.


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Ankara ne sait plus à quel Aziz(1) se fier. Le scénario est identique à celui du dernier passage d’une loi semblable devant le Sénat le 6 Mai dernier.

Toute l’artillerie de campagne (députés et hommes d’affaires) est là, les pièces lourdes (Gül, Erdogan, Davutoglu, etc.) tirent des obus longues portée à partir du territoire turc, les troupes à pied (entendez par là les manifestants) seront à pied d’œuvre demain matin ; par contre interdiction absolue de crier ‘Allahou Akbar’.

Tout comme les opposants aux lois mémorielles s’attaquant à la reconnaissance d’un fait historique, il ne s’agit pas ici de savoir si les événements de 1915 sont un génocide ou pas. La question a été tranchée par la France il y a dix avec la loi du 19 Janvier 2001. Le problème posé est de savoir s’il faut ou non pénaliser les négationnistes ?

Par cet acte législatif, la France se met en conformité avec le Droit européen : elle ne fait que transposer dans sa législation nationale les dispositions juridiques arrêtées par la Décision-Cadre 2008/913/JAI “sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie” adoptée par le Conseil de l’Union européenne le 28 novembre 2008 ; hélas avec trois ans de retard, par rapport aux deux stipulés. Rappelle l’Observatoirearménien.

Quant à  ceux qui craignent que la foudre leur tombe sur la tête parce que ils auront voté pour, rappelons que : de 1998 à 2002, en dépit des menaces qui suivirent la reconnaissance par la France du Génocide des Arméniens, le commerce franco-turc est passé de 4,3 à 5,2 milliards de dollars. L’Observatoire arménien tient à la disposition de la presse ces données issues des services turcs de la statistique.





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Le président Nicolas Sarkozy a refusé de parler au téléphone au président turc Abdullah Gül, qui voulait l’entretenir sur le projet de loi criminalisant la négation du génocide arménien.

"Nous n'avons pas reçu de réponse du président Sarkozy depuis deux jours. Sarkozy n'a pas eu le courage de parler à Gül sur la question," a indiqué le palais présidentiel.

Après ce refus de l’Elysée, une déclaration appelant le Parlement français "à abandonner immédiatement le projet" a été mis en ligne sur le site présidentiel turc : "J'espère que cette initiative qui compromet profondément les relations bilatérales, qui bafoue la liberté d'expression et bloque même le chemin de la recherche scientifique objective, sera abandonnée dans les plus brefs délais. C'est étrange et dérangeant que de telles initiatives coïncident toujours avec les périodes pré-électorales. Juger l'histoire d'un pays par la voie parlementaire et fausser l’histoire à des fins politiques sont, pour le moins du monde, inconsidérés. Ankara attend que la raison et le bon sens prévalent en France."

(…)

"Le projet de loi criminalisant la négation du génocide arménien s’inscrit dans le cadre de  la protection des droits de l'homme et non pas contre un pays donné. Je suis choquée par le comportement de la Turquie sur le sujet. Aujourd'hui, la base de la diplomatie turque consistant à menacer, est déjà une pratique désuète dans la diplomatie. Les récentes démarches de la Turquie sont considérées comme une tentative d'ingérence dans la politique de la France. Elles ne peuvent que renforcer l'opinion et la détermination des députés pour adopter le projet de loi," a déclaré la députée Valérie Boyer à l’origine du projet de loi.

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Le parlement turc a adopté un texte appelant les autorités françaises à rejeter le projet de loi : "L’adoption d'une telle loi serait une erreur historique car l'étude des événements passés est du domaine strict de l'historien."

Par ailleurs, les députés turcs ont appelés leurs homologues français à abandonner la "politique des doubles standards" et à "s'abstenir de mesures potentiellement dangereuses pour les relations turco-françaises."


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* Brève Etats-Unis *

Le Sénat et la Chambre ont finalisé les aides étrangères des Etats-Unis pour l'année fiscale 2012 (FY12). 40 millions de dollars ont été octroyés à l'Arménie, les niveaux actuels de financement du Haut-Karabakh ont été maintenus (environ 2 millions), ainsi que la parité de l'assistance militaire entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, indique le Comité National Arménien d'Amérique (ANCA).

"Les Américano-arméniens tiennent à remercier tous nos amis nous ayant soutenus à la fois à la Chambre et au Sénat. (…) Nous allons, dans les prochains mois, travailler pour aider matériellement les familles dans la mère patrie, avec une aide accrue pour l'Arménie et un mandat clair pour un programme d'aide au développement élargi pour le Karabakh dans le projet FY13 d’aide à l’étranger, l'octroi d'un deuxième paquet Millenium Challenge pour l'Arménie, ainsi que la négociation d'accords commerciaux bilatéraux pour développer les échanges et favoriser la création d'emplois," a déclaré le directeur exécutif de l'ANCA, Aram Hamparian

Le Congrès a également approuvé la provision de 16,6 millions pour l'Azerbaïdjan et 66 millions pour la Géorgie.

* Brève UE *

Le Conseil de l'Union européenne du 19 Décembre a adopté une décision autorisant la Commission européenne à lancer des négociations sur la réadmission et de facilitation de visas pour l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Toutefois, la facilitation des visas ne signifie pas l'abolition totale du régime des visas avec l'Arménie, mais plutôt la diminution du nombre de documents et la réduction des frais de visa, la simplification des procédures de visa pour la réception de certains groupes tels - athlètes, journalistes ou entrepreneurs.

* Brève Arménie *

Les scientifiques arméniens et turcs sont prêts à faire pression pour la reprise des relations diplomatiques entre les deux Etats, selon le directeur du Centre de Recherche alternatif.

L’économiste Tatoul Manasserian a participé à un forum économique régional à Ankara, où il était le seul représentant de l'Arménie.

"Les questions de développement régional et leurs impacts sur l'Arménie et la Turquie créant un possible dialogue sur le renforcement des relations bilatérales, ont été au centre des discussions. Il y a des gens en Turquie qui sont prêts à favoriser l'établissement des relations entre les deux pays. Un accord est intervenu pour tenir le forum de 2012 en Arménie," a-t-il ajouté.

* Brève Azerbaïdjan *

Le président Mikhaïl Saakachvili et le Premier ministre azerbaïdjanais, Arthur Rasizade, se sont rencontrés hier sur les travaux d’avancement de la voie ferrée Bakou-Tbilissi-Kars (BTK). Ce projet intègre également la construction d’une branche Kars-Akhalkalak de 98 km - 68 km sur le territoire turc et 30 km sur le territoire géorgien.

"Bakou-Tbilissi-Kars est pratiquement construit et il reste peu de travail à faire. Toutes les questions financières sont réglées et la voie ferrée sera entièrement construite fin 2012, voire début 2013", a annoncé le premier ministre azéri.

Son homologue géorgien, Giluari, a noté à son tour que la partie géorgienne sera construite à la même période : "C'est un projet très important pour la région car il permettra une connexion directe avec l'Europe et ouvrira de nouveaux débouchés."

Selon les prévisions près de 30 millions de tonnes de fret devraient emprunter le chemin de fer à terme.

La branche Kars-Gumri-Akhalkalak ne sera pas exploitée pour cause de blocus du territoire arménien par la Turquie. Après l’ouverture du BTK, la Turquie et l'Azerbaïdjan auront un autre moyen de pression sur Erevan, même si l'infrastructure ferroviaire arménienne est gérée par une société russe.

Pour les experts arméniens l’un des plus gros dangers de ce projet, c’est le problème du Djavaghk. Les Arméniens vivant au Djavaghk seront en présence complète de commerçants, hommes d’affaires, voire de citoyens turcs.

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Extrait de PanArmenian, de Times.am et de Armenpress

(1) : Puissant. Le ‘Saint’ n’existant chez les musulmans.

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