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vendredi 29 avril 2011

Génocide arménien : La Turquie distribue les mauvais points

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Si pendant des années les ambassades turques à travers le monde menaçaient les municipalités qui ‘osaient' ériger des stèles à la mémoire des 1,5 million de victimes de la barbarie turque, il semblerait maintenant qu'Ankara s'en prenne essentiellement aux gouvernements ou aux parlements qui ont l'outrecuidance de qualifier ces massacres de masse de premier génocide du XXème siècle. Même la dernière déclaration ‘très soft' du président Barack Obama ne les a pas satisfaits.

Le problème avec la Turquie c'est qu'à force de vouloir prouver qu'elle a raison, tout ce qui s'est dit ou écrit par les diplomates ou missionnaires étrangers durant la première guerre mondiale sur le comportement des Jeunes Turcs, ne signifient rien ou ne seraient que pure affabulation.

Le dernier documentaire (Aghed) réalisé par Eric Friedler à partir des archives de Berlin, allié de l'empire ottoman durant la première guerre mondiale, apporte une pierre supplémentaire dans le jardin, déjà bien rempli, des dirigeants turcs.

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* Ahmet Davutoglu *

La Turquie a condamné mercredi la déclaration du Premier ministre Stephen Harper sur les événements de 1915, disant qu'il était préférable de "s'occuper de ses avantages politiques et qu'une telle déclaration porte un coup aux efforts visant à améliorer les relations entre les deux pays."
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« Harper a exprimé un jugement fondé sur une information à sens unique, que nous trouvons très mauvais et injuste. Nous regrettons cette déclaration, le déplorons vivement et le rejetons. Depuis l'année dernière, la Turquie a déployé des efforts considérables pour élever ses relations avec le Canada à un niveau digne de deux alliés. Le détournement effectué par la Premier ministre, M. Harper, qui repose sur des calculs politiques étroits, vers un chemin inacceptable, a de nouveau porté un coup à ces efforts. Nous attendons du Canada qu'il s'abstienne de prendre des mesures qui pourraient nuire aux relations positives que la Turquie s'efforce de développer dans sa région et, dans le contexte présent, nous espérerons également que le Canada adoptera une approche fondée sur des principes dignes de notre confiance dans les relations bilatérales," a déclaré dans le communiqué le ministère turc des Affaires étrangères.

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* Ara Papian *

Prenant la parole lors de la commémoration du 96ème anniversaire du génocide arménien à Los Angeles, le directeur du Centre Modus Vivendi, l'historien Ara Papian, a déclaré :
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"Le génocide arménien pendant la Première Guerre mondiale est un exemple limpide de crime impuni qui s'est réinventé lui-même dans d'extermination des Juifs, des Tsiganes et des peuples slaves par les Nazis. L'anéantissement de toute une civilisation qui a eu lieu sous l'œil indifférent du monde au tournant du 20e siècle a ricoché tout droit dans notre vie avec le massacre d'innocents au Rwanda, en Bosnie et au Darfour. Le principe d'un crime ignoré revient comme un boomerang.

Tous les génocides ont un dénominateur commun – c'est le massacre brutal et prémédité de centaines de milliers ou de millions de personnes, les énormes pertes de valeurs culturelles et de biens. Malheureusement, le génocide arménien a quelque chose en particulier qui le rend différent et il convient de le distinguer de tous les autres génocides.

En plus des pertes humaines et de la destruction de notre patrimoine, nous avons perdu la chose la plus précieuse qu'une nation peut posséder- nous avons perdu notre patrie. Les massacres et les déportations arméniennes ont déracinés hommes, femmes et enfants qui vivaient sur leurs terres ancestrales depuis plusieurs millénaires, et ont réduit une région autrefois très florissante en des fosses ouvertes et des villes fantômes à travers l'Anatolie et l'Arménie occidentale. Il est triste de constater qu'il y a aujourd'hui moins de 60.000 Arméniens vivant en Turquie. Après que 1,5 million d'Arméniens ont été tués, les survivants et leurs descendants sont aujourd'hui dispersés à travers le monde."

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* Karabakh : Le Centre Stratfor pessimiste *

"Bien que la probabilité qu'une nouvelle guerre éclate dans un proche avenir reste faible, plusieurs facteurs sont à surveiller à l'approche de la date prévue pour le premier vol vers l'aéroport du Haut-Karabakh," écrit le Centre analytique Stratfor dans un article intitulé "l'Arménie, l'Azerbaïdjan et les tensions actuelles dans le Haut-Karabakh."
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« Le 22 avril dernier, les ministres des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie et de la Russie se sont réunis à Moscou pour discuter de plusieurs questions, mais surtout du conflit du Haut-Karabakh. Les tensions entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie sur cette région ont atteint un pic récemment, lorsque le président arménien a annoncé son intention de prendre le premier vol civil vers le nouvel aéroport du Haut-Karabakh, et l'Azerbaïdjan a menacé d'abattre tout survol civil sur ce territoire. Les tensions se sont apaisées depuis, mais la date fatidique approchant, les événements diplomatiques et militaires indiquent ce qui se pourraient se passer le jour J, » indique l'article.

Le Centre STRATFOR rappelle que l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont effectué plusieurs exercices militaires aux alentours du Haut-Karabakh. "Le 1er avril, les troupes arméniennes ont fait des exercices dans la région d'Aghdam, et le 14 avril, plusieurs avions de chasse et d'hélicoptères militaires azerbaïdjanais ont fait de même à proximité de la ligne de front. Le même jour, l'Arménie a commencé des exercices d'artillerie dans la région d'Aghdam. Ces exercices militaires et ces réunions indiquent que l'Arménie et l'Azerbaïdjan se préparent au combat, et que les deux pays sont à la recherche de signes de solidarité venant respectivement de la Russie et la Turquie. Plus important encore, les deux parties tentent de créer une perception de force utilisant l'approche de la réouverture de l'aéroport de Stepanakert comme levier."

"Toutefois, ces activités ne signifient pas qu'une guerre à grande échelle est imminente. L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont souvent procédé à des exercices militaires, et même si les réunions ont atteint des niveaux plus élevés ces dernières semaines, les parties se réunissent régulièrement dans des circonstances normales. Plus important encore, les contraintes fondamentales qui ont évité qu'une nouvelle guerre éclate jusqu'à présent, sont toujours en place ; l'Azerbaïdjan n'a pas encore un niveau militaire suffisant pour espérer vaincre l'Arménie, et notamment qu'en se lançant dans une telle action Bakou trouverait en face lui la Russie aux côtés de l'Arménie. En outre, la communauté internationale, y compris les États-Unis, condamnerait une telle action. Bref, en jouant de façon trop agressive, les risques seraient supérieurs aux avantages pour Bakou."

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie et de PanArmenian.net



mercredi 27 avril 2011

Turquie et Azerbaïdjan : Des amis qui vous veulent du bien

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Dans le conflit du Karabakh, il y a le langage diplomatique et il y a la réalité sur le terrain. Mais il arrive par moment que le langage diplomatique n'arrive pas à masquer totalement les pensées réelles du diplomate. Ainsi pour que les menaces cessent, alors que c'est contraire à l'un des principes de base, il faut que l'Arménie ‘restitue' tous les territoires occupés, bref que l'Azerbaïdjan recouvre son intégrité territoriale, Haut-Karabakh inclus ; dixit Mammediarov.

Bakou ne veut absolument pas tenir compte que 20 ans après le début des hostilités, nombre d'événements se sont déroulés tant en Artsakh que les pays du Sud-Caucase ou dans la région en générale. Aussi vouloir retrouver un Azerbaïdjan, tel qu'il existait au moment de l'éclatement de l'Union soviétique est irréaliste, et une nouvelle guerre contre le Karabakh n'arrangera certainement pas les affaires du clan Aliev.

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Turquie ou l'hôpital qui si fout de la charité.

Quand la Turquie donne des leçons de morale aux autres, il faut comprendre : Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais. Exemples :

Quand Ankara dit qu'il ne faut pas occuper une partie du territoire du pays voisin pour soutenir ses compatriotes, il faut comprendre Haut-Karabakh mais non Chypre.

Quand Namik Tan dit : "Les jugements d'un tiers concernant l'histoire des relations Turquie-Arménie (…) sont totalement inacceptables" cela n'a bien sûr rien à voir avec les propos du sieur Erdogan jugeant l'histoire des relations Israélo-palestiniennes.

Toutefois, en fin diplomate qu'il n'est pas, Monsieur Tan a raison sur un point : quand un chef d'Etat prend la parole, ses propos ont forcément une coloration politique.

Il y en a qui ferait bien de balayer devant leur Porte, surtout quand elle est Sublime.

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* Réunion tripartite sur le conflit du Karabakh *

"L'Arménie et l'Azerbaïdjan progressent lentement vers la résolution du conflit du Haut-Karabakh grâce aux efforts de médiation active de la Russie. Il y a de plus en plus de mouvements. Sachant que garder le statu quo conduira à des conséquences négatives," a déclaré le ministre des Affaires étrangères azerbaïdjanais, Elmar Mammadyarov.

Mammediarov a été interviewé par le quotidien libéral russe quotidien “Moskovskie Novosti” à l'issue de la réunion de vendredi avec ses homologues russe et arménien à Moscou. Aucun détail sur les discussions trilatérales n'a été divulgué. Toutefois, il a ajouté :

"La participation active de Dmitri Medvedev au nom de la Russie a déjà porté ses fruits. À la dernière réunion du 5 Mars à Sotchi, nous avons vu une lueur d'espoir nous indiquant que nous nous dirigions dans la bonne direction. J'espère qu'une percée se fera plus rapidement que prévue. Après tout, les principes [pour la résolution du conflit] ne sont pas l'accord de paix. Il faut redoubler, voire tripler d'efforts, pour ce faire."

Le ministre azéri a également précisé que Bakou cessera de menacer de résoudre le conflit par la force que si les parties conclurent un accord de paix impliquant la libération des territoires azerbaïdjanais occupés. Dans le même temps, il a exprimé sa confiance que l'Azerbaïdjan finira par mettre en place des relations ‘de bon voisinage' avec l'Arménie. Et de conclure :

"C'est avec plaisir énorme que nous pourrions ainsi développer une telle politique envers l'Arménie. Nous mettrons tôt ou tard ceci en œuvre, dès que nous aurons éliminé les conséquences négatives du Karabakh."

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A propos du 24 Avril

* Brève

Le parlement et le ministère des Affaires étrangères turc ont dépêché une délégation en France avant le vote sur le projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien, qui doit être débattu le 4 mai au Sénat. Leur travail consistera à prendre le contre-pied des arguments avancés par les promoteurs du projet de loi.
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Selon Hurriyet, la délégation conduite par le député Yasar Yakis (AKP) est composée de représentants spécialisés dans la politique étrangère des partis politiques : Osman Korutürk (ex-ambassadeur de Turquie en France de 2005-2009), Nur Memecan (AKP), Suna Tuğrul Türkes(MHP), et Gülsün Bilgehan (CHP).

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* Stephen Harper


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Le Premier ministre canadien Stephen Harper a publié une déclaration sur l'anniversaire du génocide arménien. "Il y a 96 ans, le peuple arménien a subi une souffrance terrible et des pertes de vie. Nous ne devons jamais oublier les leçons de l'histoire. Ni permettre aux inimitiés de l'histoire de nous diviser."

Les Arméno-Canadiens, venant des principales villes du Canada, ont marqué le 96e anniversaire du génocide arménien le 25 avril. Y participaient toutes les organisations arméniens, politiques, religieuses ou civiles. La cérémonie s'est poursuivie devant le Parlement canadien, suivie d'une marche dans les rues d'Ottawa, et une manifestation devant l'ambassade de Turquie.

Le Canada a officiellement déclaré en 2006 que les massacres perpétrés dans l'Empire ottoman en 1915 étaient un génocide.

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* Marie Yovanovitch


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"C'est un jour très triste, et chaque année, le personnel de l'ambassade américaine se rend au mémorial du génocide arménien en cette journée de commémoration importante. Le président américain Barack Obama a souligné dans son discours que nos cœurs et nos prières sont avec les Arméniens du monde entier. Je pense que le discours d'Obama était fort, ce qui prouve son attachement au peuple arménien. Dans son message, il a souligné l'importance de la recherche pour l'avenir, qui permettra d'éviter la répétition de telles tragédies," a déclaré l'ambassadeur américain en Arménie, Marie Yovanovitch.

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* Namik Tan


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L'ambassadeur de Turquie à Washington, Namik Tan, a fustigé les propos de la déclaration du président Barack Obama au sujet des événements de 1915 :

"La déclaration du président Obama est une description illicite, déformée et politiquement unilatérale de l'histoire. Nous le regrettons vivement. Les jugements d'un tiers concernant l'histoire des relations Turquie-Arménie sur la base de leurs propres évaluations politiques nationales sont totalement inacceptables. Ces déclarations déloyales vont compliquer davantage les efforts visant à trouver les éléments justes de l'histoire commune des Turcs et des Arméniens. L'interprétation unilatérale des douleurs de l'histoire ne servira pas à réaliser un compromis et la paix entre les parties. Au contraire, les Etats-Unis devraient encourager le dialogue et la normalisation entre la Turquie et l'Arménie. Les Etats-Unis ne doivent pas empêcher ce dialogue avec des déclarations unilatérales et à motivations politiques."

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Extraits de Armenialiberty et de la Radio publique d'Arménie



dimanche 24 avril 2011

Evolution de la stratégie militaire turque

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Que l'Arménie ait été classée pendant une vingtaine d'années parmi les pays ennemis potentiels, rien d'étonnant. Mais qu'Ankara ait pensé qu'Erevan présentait un danger sur le plan militaire, relève de l'absurdité, voire de la paranoïa.

Que l'Arménie ait couru au secours de ses compatriotes du Haut-Karabakh suite à l'agression de l'armée azerbaidjanaise et ait damé le pion à Bakou, a désagréablement surpris Ankara. Au point qu'en 1994, plusieurs divisions de l'armée turque étaient alignées le long de la frontière arménienne, et que sans l'intervention de l'OTAN, elles auraient franchi l'Araxe pour se diriger vers Erevan, distante d'une trentaine de Km.

Avec la signature de l'accord militaire arméno-russe de l'été dernier, il sera difficile pour Ankara d'agresser militairement l'Arménie sans être inquiété en retour par Moscou. Par contre soutenir militairement Bakou qui rêve d'en découdre avec les Arméniens, est un moyen détourné de mettre en œuvre sa stratégie.

Si l'Arménie et la diaspora arménienne présentent un danger, ce n'est pas sur le plan militaire mais politique, des droits de l'homme ou de la justice, en dégradant son image face à la communauté internationale. Il suffit de voir les simagrées des dirigeants turcs dans les organisations internationales quand il s'agit de faire passer ‘la pilule' du rapprochement avec l'Arménie.

Ce n'est pas demain, ni même après-demain que la Sublime Porte s'entrouvrira aux Arméniens. D'ailleurs quand on voit ce qu'il y a derrière, vaut mieux qu'elle reste fermée.

* Brève *

Extraits de la déclaration du président Obama en date du 23 Avril 2011.

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Nous nous souvenons solennellement des événements horribles qui ont eu lieu 96 années auparavant, résultant de l'une des pires atrocités du 20e siècle. En 1915, 1,5 million d'Arméniens ont été massacrés ou ont marché à la mort dans les derniers jours de l'Empire ottoman. J'ai toujours donné mon point de vue s ce qui s'est passé en 1915, et mon point de vue est que l'histoire n'a pas changé. Un accusé de réception complet, franc et juste des faits est notre intérêt à tous.

Tout règlement de comptes avec le passé constitue une base solide pour un avenir partagé, pacifique et prospère. L'histoire nous enseigne que nos nations sont plus fortes et notre cause est plus juste quand nous reconnaissons convenablement un passé douloureux et travaillons à la reconstruction des ponts de compréhension vers un avenir meilleur. Je soutiens les mesures courageuses prises par des individus en Arménie et la Turquie à favoriser un dialogue qui reconnaisse leur histoire commune.

(…)

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De nouveau le président Obama a failli à sa promesse de campagne de reconnaître le génocide des Arméniens en utilisant périphrases et circonlocutions. Une fois n'est pas coutume. Ses électeurs arméno-américains sont déçus, les électeurs turco-américains et la Turquie satisfaits. Le processus de normalisation arméno-turc, bien que moribond, a toujours bon dos. Quel magnifique paravent pour se cacher derrière.

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La notion militaire en Turquie et la menace turque

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En Octobre 2010 le Conseil de Sécurité National turc a modifié la Stratégie concernant la sécurité nationale, valable pour les cinq prochaines années. La Syrie, l'Iran, la Bulgarie, la Géorgie et l'Arménie ont été retirés de la liste des pays représentant une menace extérieure pour la Turquie. Israël a été classé comme ennemi "Potentiel". La Russie n'a pas changée de liste, malgré les relations chaleureuses sans précédents entre les deux pays dans la période récente, relations comparables seulement aux années 1920.


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Jusqu'en Décembre 2007, la doctrine militaire de la République d'Arménie considérait la Turquie comme une "menace potentielle", document qui a provoqué qui en 2008, dans le cadre de l'expertise internationale, des accusations et des remises en causes par les experts de l'OTAN. Le classement de l'Arménie par la Turquie est purement déclaratif et fantaisiste, ce qui peut être facilement démontré par les nombreuses déclarations faites par de Hauts diplomates et responsables turcs quant à la détermination de la Turquie à soutenir l'Azerbaïdjan dans une éventuelle guerre contre l'Arménie. Aussi, nous examinerons cette question dans le contexte de la véritable conception militaire de la Turquie.

Avant l'effondrement de l'Union soviétique, le concept militaire de la Turquie était en grande partie de nature défensive et reposait sur des calculs d'une guerre menée avec des forces et des armes conventionnelles. Les questions relatives à l'utilisation d'armes nucléaires, étaient à la charge de l'OTAN et des États-Unis. Pendant la guerre froide, l'OTAN faisait valoir que l'armée turque était en mesure de tenir le terrain en cas d'attaque de l'armée soviétique ou du Pacte de Varsovie - avant la contre-attaque des forces alliées.

L'armée turque pensait pouvoir maintenir quelques temps l'ennemi à la frontière, avant d'effectuer une retraite ordonnée. Les experts américains étaient moins optimistes, selon les calculs de la fin des années 1950. Les Turcs auraient été rapidement refoulés vers Iskenderun (golfe d'Alexandrette). Malgré que ces calculs aient évolué au fil du temps, en 1990 l'état-major turc considérait toujours la sécurité nationale sur plusieurs fronts simultanément comme la principale préoccupation du pays.

Dans la première moitié de 1990, cette approche restait toujours de mise. En 1997, les stratèges militaires turcs en se basant sur les forces conventionnelles, ont estimé que la principale menace pour la sécurité du pays viendrait de pays comme la Russie, la Grèce, l'Irak, l'Iran et la Syrie, motivés par des revendications territoriales. L'ancien Ambassadeur de Turquie à Washington, Sukru Elekdag, dans son célèbre article "La stratégie militaire type deux et demie" qui explicitait la position du ministre de la Défense, a souligné que la Turquie doit planifier et se tenir prête à mener une guerre à grande échelle simultanément sur deux fronts différents (par exemple, contre la Syrie et la Grèce) et une guerre interne - contre les rebelles kurdes.


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Selon ce concept, les forces armées turques ont été réorganisées, formées et armées, avec deux objectifs principaux :

- les forces terrestres et aériennes devaient arrêter l'invasion des puissants blindés de l'Est (URSS/Russie) et du Sud (Syrie, Irak), puis passer à une défense en profondeur ;

- l'armée et les forces internes (gendarmerie) devaient être prêtes à faire la guerre contre la guérilla, en s'appuyant sur les zones fortifiées avec une force d'intervention rapide et maniable. La flotte quant à elle devait contrôler le Bosphore. Ainsi, des forces armées nécessaires agiraient avec une mobilité tactique, tandis que la mobilité stratégique et la capacité de frapper derrière les lignes ennemies étaient considérées comme moins importantes. Evidemment, la guerre se déroulant sur le sol turc.

Jusqu'à récemment, l'élite militaire turque se rangeait derrière l'avis de Kemal Atatürk, à savoir : - que le destin de la Turquie est lié uniquement à l'Occident et que tenter d'accroître l'influence du monde musulman était considéré comme la volonté des islamistes, ce qui pourrait nuire à la vision pro-occidentale du pays. Cependant, au début de 1999, le ministère de la Défense a publié un guide officiel, "Livre blanc - Défense 1998", qui s'écartant de 70 ans de politique étrangère inchangée, considérait la Turquie comme étant un pays d'Eurasie, "ce qui nécessitait de maintenir et de développer les relations avec l'Occident et avec l'Orient". Le guide présentait également les grands principes de la politique militaire officielle de la Turquie :

- 1- Dissuasion. Organisation d'une force militaire capable de répondre aux menaces externes et internes.

- 2- Sécurité collective. Participation active dans des alliances et des organisations, internationales et régionales, et notamment dans l'OTAN et dans les cercles occidentaux.

- 3- Défense préventive. La capacité de détection d' "agressions" potentielles et mise en œuvre d'actions préventives.

- 4- Rétablissement de la paix. Aptitude à intervenir dans les conflits et à participer aux opérations de paix.

Ces articles viennent s'ajouter aux thèses de l'ancien chef d'état-major turc, Hussein Kivrikoglu, qui dans son livre "Guerre préventive" stipule que les forces armées doivent être prêtes à prévenir toutes menaces aux intérêts de la Turquie - avant qu'elles ne se produisent. Ainsi :

- "Le concept global des années 2000 concernant les opérations nécessaires pour contrôler une zone où il y a un agresseur et le vaincre chez lui et aux abords du champ de bataille. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d'avoir une armée avec une puissance de feu supérieure et des capacités de manœuvre importantes, de clarifier les points faibles de l'agresseur, de connaitre et d'identifier des cibles, de coordonner et d'utiliser efficacement les systèmes d'alerte, de maitriser le commandement et le contrôle des communications et de l'information, ainsi que de la guerre électronique."

Ainsi, même dans les documents officiels le commandement turc prévoit que les guerres futures se dérouleront à l'extérieur de la Turquie. En analysant ces éléments dans une revue faisant autorité de l'armée américaine ‘Paramiterz, un expert renommé dans le domaine des questions militaires turques, Michael Hickok, arrive à la même conclusion, à savoir : "Ankara a adopté un concept qui prévoit l'élimination des menaces hors de son territoire souverain. Les forces armées turques sont non seulement capables mais veulent agir en dehors de leur frontière."

"Ces objectifs sont extrêmement ambitieux et en partie déjà mis en œuvre par un programme de modernisation des forces armées turques. Retour en août 1998 ; en attendant la nomination du chef d'état-major de l'armée, le général Kivrikoglu souligne que : "le déploiement rapide de troupes dans les régions éloignées est vital pour les risques et les responsabilités que nous pourrions prendre pour nous-mêmes ; et de présenter ensuite le programme de modernisation, afin d'offrir la mobilité stratégique à la Turquie, par une action commune et une capacité à frapper au-delà des frontières du pays. La mise en œuvre de cette stratégie, selon le général Kivrikoglu conduira au fait que « l'armée turque aura de tels armements qui lui donneront un avantage sur l'ennemi sur l'arrière de son territoire. L'Armée de terre sera équipée de chars modernes, blindés et équipés avec les dernières technologies, et dotés de systèmes antitanks efficaces, soutenus par le biais de défense aérienne, ainsi que par des hélicoptères pour le transport de commandos ... de plus, un système de collecte d'information permettra à tous les niveaux d'identifier, de définir et de reconnaître les capacités de l'ennemi.

Sur la base de ces éléments et selon les estimations données par l'ancien Vice-ministre de la Défense, le général Arthur Aghabekian, le commandement de l'armée arménienne dispose d'informations suffisantes sur la doctrine militaire turque :

"Hormis l'Azerbaïdjan, la Turquie continue de faire peser une grave menace. Dans le concept militaire national de la Turquie, adopté lors en 1998, l'Arménie est considérée comme le deuxième adversaire probable, juste après la Grèce. Les autorités arméniennes actuelles considèrent les militaires turcs comme des "forces extrêmement nationalistes". En outre, la Turquie a été directement impliquée dans le conflit arméno-azerbaïdjanais. Elle a entrepris la restructuration, la préparation au combat, et d'une façon générale la formation des forces armées azerbaïdjanaises."

La réflexion stratégique de la Turquie a subi une transformation que même les analystes turcs et américains décrivent cela comme étant un nouveau programme ottoman. "Avec cette démarche, les analystes russes notent que ‘nous sommes témoins de la reprise rapide de la Sublime Porte avec toutes les conséquences qui en découlent." L'analyse du rapport présenté le 3 Décembre 1999 dans l'une des institutions de Washington par le ministre de la Défense turc, Hikmet Sami Turki, n'exclut pas non plus une invasion militaire directe de la Turquie dans le Caucase, en particulier en ce qui concerne le conflit du Karabakh.

Ainsi, la Turquie qui a repris le rôle de nouveau chef islamique d'Asie centrale vers les Balkans, est devenue plus dangereuse pour ses voisins et même plus, imprévisible pour ses alliés. Soyons réalistes, comme avant la Turquie menace l'existence même de l'Arménie. Par conséquent, tout changement dans la doctrine militaire de l'Arménie ne doit pas minimiser la menace turque, et se doit de développer encore plus clairement les défenses arméniennes et prévoir les stratégies de libération.

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Armen Ayvazian - Docteur en sciences politiques

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22 avril 2011 – Artaroutioun (Justice)



vendredi 22 avril 2011

La destruction du cimetière de Djoulfa refait surface

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Si les dirigeants azerbaidjanais ont réussi jusqu'à présent à interdire à tout étranger, organisation ou individu, de se rendre sur le site, on ne voit pas pourquoi d'un seul coup d'un seul un diplomate étranger, aussi proche soit-il des thèses azéries, pourrait constater les dégâts et faire remonter l'information à Washington. De plus il ne faut pas oublier que toute cette zone est terrain militaire, donc doublement interdite.

Mr Bryza n'est pas là pour mettre mal à l'aise ses amis, mais pour défendre les intérêts économiques et politiques de son pays. Et si par le plus grand des hasards, il réussissait à se faire accompagner sur place, on lui ferait voir ce qu'on veut bien lui faire voir et non ce qu'il voudrait lui.

Un peu comme les officiels azerbaidjanais qui accompagnent les observateurs de l'OSCE lorsqu'ils effectuent leur mission d'observations le long de la ligne de contact au Karabakh. Pour des raisons soi-disant de ‘sécurité' ils ne sont jamais amenés en première ligne, mais toujours sur des positions arrière.

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Jeudi, les autorités azerbaïdjanaises ont refusé à l'ambassadeur américain, Matthew Bryza, d'aller visiter le vieux cimetière arménien, datant de 1300 ans, situé près de Djoulfa au Nakhitchevan, et détruit par eux en 2005.

Les vidéos diffusées fin 2005 montraient les troupes azerbaïdjanaises en train de casser les milliers de pierres tombales finement sculptées, les pierre-croix appelées Khatchkars, et protégées par l'UNESCO. Le parlement européen ainsi que d'autres organismes condamnèrent cet acte.
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Le gouvernement azerbaïdjanais a nié leur destruction à l'époque. Pourtant, un rapport de 2006 écrit par l'Institut de Reportages sur la Guerre et sur la Paix (IWPR), basée à Londres, a confirmé que le cimetière avait été détruit. L'IWPR a déclaré que son journaliste se trouvait suffisamment près pour voir que le cimetière avait disparu.

Dans un communiqué publié sur le site Internet de l'ambassade américaine d'Azerbaïdjan, Bryza déclare avoir essayé de se rendre à Djoulfa lors d'une visite de deux jours, mercredi et jeudi, au Nakhitchevan. On peut y lire :

"La demande de l'ambassadeur de visiter Djoulfa a été refusée. Mais les autorités du Nakhitchevan ont discuté en détail des Khatchkars de Djoulfa avec l'Ambassadeur et se sont engagé à travailler avec lui afin de faciliter la visite du site archéologique dans les prochains mois."


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"Comme je l'ai promis de le faire à Washington, avant mon arrivée comme ambassadeur, je suis allé au Nakhitchevan pour enquêter sur ce qui s'était passé à Djoulfa. Comme je l'ai déclaré à l'époque de la destruction du cimetière, la profanation des sites culturels - en particulier un cimetière - est une tragédie, que nous déplorons, et peu importe où il se trouve. J'ai travaillé activement pour protéger les églises arméniennes de Tbilissi, ainsi que les mosquées azerbaïdjanaises à Chouchi et à Aghdam. La préservation de ces monuments culturels et religieux est d'une importance immense pour l'homme, et qui transcende toutes les différences politiques, culturelles et religieuses," écrit Matthew Bryza.

Et de conclure : "Les États-Unis continuent d'appeler toutes les parties à avoir des égards envers de tels sites et de collaborer à leur préservation.

Le texte n'indique ni le motif du refus de laisser l'ambassadeur américain visiter le site, ni quelle sera la réponse des Etats-Unis. C'est l'exemple le plus récent de l'obstruction exercé par le gouvernement azerbaïdjanais.

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"L'ambassadeur Bryza n'a pas fait grand chose, et de plus, cinq ans trop tard. Il n'a pas honoré son engagement envers le Sénat des États-Unis déclarant qu'il se rendrait sur les restes du cimetière arménien datant du septième siècle, comprenant des milliers de pierres tombales complexes, des pierre-croix connues sous le nom Khatchkars," a déclaré Aram Hamparian, le directeur exécutif du Comité National Arménien d'Amérique (ANCA), en réponse au compte-rendu de l'ambassade des Etats-Unis.

"En tant que candidat pour le poste d'ambassadeur en Azerbaïdjan, il avait choisi de ne pas relever cet acte haineux d'intolérance dans son témoignage lors de son audition devant la commission sénatoriale des relations extérieures, et c'est seulement après des auditions répétées devant les sénateurs, qu'il s'était engagé à visiter ce site sacré. En tant qu'ambassadeur, il a attendu encore trois mois pour tenter de tenir cet engagement, et surtout pour se permettre d'être refoulé par les auteurs mêmes qui ont si impunément démoli ces pierres tombales historiques, ces Khatchkars," a-t-il souligné.

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* Caroline Cox en Arménie et au Karabakh *


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"Le peuple du Karabakh doit avoir la possibilité de participer au processus de négociation", a déclaré Caroline Cox, Vice-présidente de la Chambre des Lords du Royaume-Uni, de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord mais également Présidente du groupe d'amitié parlementaire Grande-Bretagne-Arménie, aux journalistes à Erevan. La baronne était à la tête d'une délégation composée de membres des deux Chambres britanniques.

Le chef de l'Etat a exprimé sa gratitude aux invités pour la présentation objective de la situation de l'Artsakh en Grande-Bretagne et en Europe, rendant notre pays reconnaissant pour les efforts visant à la reconnaissance du génocide arménien 1915 et à la protection des droits de l'homme.

Hier, la délégation a visité le Haut-Karabakh et a rencontré les dirigeants de l'Artsakh. Les discussions ont porté sur les relations bilatérales, le règlement du conflit du Karabakh, la politique intérieure de l'Artsakh, ainsi que les processus régionaux.

La baronne a salué les progrès accomplis : "La question du Haut-Karabakh est un problème grave. Je ne voudrais pas parler au nom du peuple du Haut-Karabakh, mais ils devraient avoir le droit de participer au processus de négociation. Je vois que les Arméniens ont la volonté politique d'aller de l'avant, basé sur les Principes [des coprésidents du groupe de Minsk], mais il est nécessaire que les Azéris coopèrent."

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Extrait de Armenialiberty, de Radiolour, de Azad Artsakh et de PanArmenian



jeudi 21 avril 2011

Le 24 Avril aux Etats-Unis

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Que les Etats-Unis dans quelques jours utilisent le mot qui fâche, rien n'est moins sûr. Les propos ‘diplomatiques' tenus par les dirigeants américains sont hélas très clairs dans ce domaine. Persister à soutenir la normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie, signifie ne rien faire pour contrarier le processus de rapprochement et donc ne pas prononcer le mot ‘génocide'. D'ailleurs le non envoi par Ankara de diplomates et/ou d'élus est significatif.

Il y a fort à parier que le président Obama emploiera, comme les années précédentes et comme ses prédécesseurs, la périphrase noyée dans des circonlocutions. L'hypocrisie élevée au niveau étatique. La France a donné l'exemple, en se ‘dégonflant' pour mettre à l'ordre du jour du Sénat le débat sur la pénalisation du déni de génocide.

Autant on peut comprendre combien Ankara est important pour la géostratégie américaine, autant on a plus de mal à comprendre la position de la France, quand on connaît l'amour immodéré que porte le président Sarkozy à la Turquie.

* Brève *

Le quotidien turc Zaman indique que : « La mémoire des Arméniens qui ont perdu la vie lors des déplacements de la population arménienne en 1915, durant les derniers jours de l'Empire ottoman, sera commémorée pour la deuxième fois cette année par une variété d'événements. Les Arméniens du monde entier commémorent cette tragédie le 24 avril parce que c'est ce jour-là de 1915 que de nombreux Arméniens ont commencé à être déportés par l'Empire ottoman et ont péri."

Les manifestations sont organisées à l'initiative de ‘Dur De' (Dites stop au racisme et au nationalisme). Son porte-parole, Cengiz Algan, a déclaré que "ce qui s'est passé en 1915 est ‘un malheur que nous partageons tous'."

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De même que l'hirondelle ne fait pas le printemps, quelques intellectuels turcs ne changent rien aux propos négationnistes de leurs dirigeants. Lesquels persistent et signent dès que l'occasion leur en est donnée.

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Les élus Robert Dold (R-IL) et Jim Costa (D-CA) se sont unis pour demander à la Secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, de s'assurer que l'histoire de l'Arménie et de la Turquie sur le site Internet du Département d'Etat "reconnaisse pleinement et correctement les implications morales, historiques, politiques du génocide arménien" ; rapporte le Comité National Arménien d'Amérique (ANCA).

Dans leur lettre datée du 15 avril, les deux Représentants des États-Unis ont expliqué que les « notes de fond » sur l'Arménie et la Turquie "ne font aucune mention des 1,5 million d'Arméniens qui ont été, selon les termes employés l'an dernier par le président Obama, massacrés ou ont marché vers la mort dans les derniers jours de l'Empire ottoman. L'omission d'un tel événement majeur dans l'histoire des nations arménienne et turque - celle qui fait l'objet d'une diplomatie de haut niveau dans les sphères les plus élevées de notre gouvernement - n'est pas seulement infondée historiquement, mais est aussi offensante pour la mémoire des personnes tuées dans le premier génocide du 20ème siècle." Et d'expliquer que : "Nous compromettons notre capacité à appliquer les leçons des atrocités du passé à la noble tâche de prévenir de futurs génocides, lorsque, pour des raisons d'opportunités politiques, nous évitons intentionnellement la commémoration appropriée et la condamnation de tous les génocides et injustices qui perdurent, enracinées dans de tels crimes contre l'humanité."


Aram-Hamparian6_medium
"Nous nous associons aux Arméniens de l'Illinois et de la Californie ainsi qu'à toute la nation pour remercier les Représentant Dold et Costa pour leur leadership dans leur recherche pour aligner la politique américaine sur le génocide arménien à la fois avec des faits historiques qu'avec des valeurs du peuple américain. Le fait que le Département d'Etat ne mentionne même pas les massacres perpétrés par la Turquie et l'exil des Arméniens dans son histoire de l'Arménie et la Turquie, est profondément offensant, cela s'apparenterait à l'examen de l'histoire juive sans mentionner l'Holocauste nazi, ou à l'histoire des Aztèques sans parler des destructions causés par les conquistadors Espagnols, ou à l'étude des Indiens Cherokee, Creek, Séminole, ou Choctaw en omettant d'inclure les Sentiers de Larmes," a déclaré le directeur exécutif de l'ANCA, Aram Hamparian.

La lettre demande également à Mme Clinton de : "travailler avec le président Obama pour faire en sorte que, dans son allocution du 24 avril, il tienne sa promesse de reconnaître le génocide arménien comme étant un ‘Génocide'. Ce faisant, il resterait fidèle à sa propre déclaration en tant que sénateur des États-Unis et candidat à la présidentielle, qui disait en substance : « ... le génocide arménien n'est pas une allégation, ni une opinion personnelle ou un point de vue, mais plutôt un fait largement documenté et soutenu par un ensemble de preuves historiques. Les faits sont indéniables ... En tant que sénateur, je soutiens fermement l'adoption de la Résolution sur le génocide arménien, et en tant que Président je reconnaîtrai le génocide arménien."

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Philip-Gordon_medium
Le Secrétaire d'Etat adjoint pour le Bureau des Affaires européennes et eurasiennes, Philip Gordon, a commenté les menaces proférées par Bakou d'abattre tout avion civil survolant le Karabakh.

"Nous avions entendu parler de telles menaces et, très rapidement et nettement, avons clairement exprimé notre point de vue que des menaces d'abattre un avion civil, là-bas où ailleurs, sont inacceptables et ne doivent pas être mises à exécution. Depuis, nous-mêmes et les coprésidents du Groupe de Minsk avons noté, que l'Azerbaïdjan n'avait pas l'intention de le faire. Nous pensons que c'est la seule voie constructive à ce sujet."

Concernant la normalisation arméno-turque, il a ajouté :

"Je peux dire, en règle générale, que très souvent quand nous nous rencontrons nos homologues turcs ou que la Secrétaire d'Etat rencontre Ahmet Davutoglu, cette question revient, car elle est très importante pour nous. Il y a eu des efforts de fait au cours des dernières années pour améliorer cette relation, efforts que nous avons clairement soutenus. Cette dynamique est actuellement bloquée, ce que nous regrettons, car nous croyons qu'il est dans l'intérêt des deux pays de poursuivre le processus de normalisation, d'établir des relations, et d'avoir des relations amicales et de libre-échange, ce qui pourraient profiter aux deux pays. Aussi, nous continuons d'appuyer fermement le dialogue direct entre Erevan et Ankara en vue de normaliser leurs relations."

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Extrait de Panarmenian.net



mercredi 20 avril 2011

Les commémorations du 24 Avril approchent

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

On savait qu'Ankara comptait poursuivre sa politique négationniste pluri-décennale ; même si elle a évolué sur la forme avec l'arrivée au pouvoir de l'AKP, le fond reste inchangé car c'est l'Etat profond qui tire les ficelles. La venue sur la scène de l'Azerbaïdjan avec le conflit du Haut-Karabakh, n'a fait qu'ajouter de l'eau à son moulin. Ce qui lui a permis de mettre en œuvre son désir profond - étouffer l'Arménie - à défaut militairement du moins économiquement grâce au blocus en tenaille mis en place avec Bakou. Et ce n'est pas faute d'essayer de verrouiller son accès à la façade de la mer Noire par Géorgie interposée, vassalisée économiquement par Erdogan et Aliev.

La dernière phrase du programme de l'AKP concernant l'Arménie - "la Turquie ne s'abstiendra pas de faire ce qu'elle doit faire" - est ambiguë, pour ne pas dire inquiétante.

Si la Turquie soutient son allié azéri sur tous les fronts – comme on vient de le voir avec la réactivation, grâce à Mevlut Cavusoglu, de la Sous-commission sur le Haut-Karabakh de l'APCE – il reste un point noir pour l'avenir. Quel sera le comportement d'Ankara au cas où Aliev ouvrira le feu, voire lancera ses troupes, sur le Karabakh ? Car il avancera comme prétexte que ce sont les Arméniens qui ont commencé et qu'étant l'attaqué il fera jouer les accords militaires turco-azéris. Bien évidemment l'Arménie fera de même avec les accords militaires avec la Russie mais également avec la CIS.

On en revient toujours à la même équation : Quel sera en cas de conflit l'attitude des grandes puissances, Etats-Unis et Russie, pour ne pas les citer ?

* Brève *

Le 19 avril, le Parlement géorgien a approuvé à l'unanimité la proposition du gouvernement de ne pas reconduire le contrat de cinq ans avec la Russie concernant le transit des militaires et des marchandises russes vers l'Arménie via la Géorgie.

L'accord sur le transit du personnel militaire et du matériel, par terre et par air, vers la base militaire russe 102 de Gumri (Arménie) avait été signé en Mars 2006, parallèlement à l'accord de démantèlement des bases militaires de Batoumi et d'Akhalkalaki.

Entre temps la guerre russo-géorgienne d'Août 2008 est passée par là ; ceci explique cela. On voit mal l'Azerbaïdjan donner une telle autorisation à Moscou alors même qu'il l'accuse d'armer l'Arménie. Quant à Ankara, seul le transit par air sera peut-être autorisé, le transit par terre étant impossible avec une frontière turco-arménienne fermée. C'est encore de l'Iran que viendra, peut-être, le salut ; A suivre.

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Au cours d'une émission TV Erevan-Moscou intitulée « Génocide arménien. 96 ans après … » des spécialistes arméniens sont intervenus.

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* Alexander Iskandarian


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"Le génocide arménien est vérifié dans des milliers de documents, c'est un fait qui ne peut être nié, et personne ne l'a fait sur des bases sérieuses", a déclaré le Directeur de l'Institut du Caucase.

Selon lui, ces pays ou organisations, qui n'ont pas encore reconnu le génocide arménien, argumentent que ce n'est pas de leur ressort ou qu'ils ne veulent pas gâcher les relations avec la Turquie.

"Je ne peux pas accepter que des personnes puissent être indifférentes à l'anéantissement d'une nation, d'un peuple à cause de l'appartenance ethnique. Ce fait ou le fait de non-reconnaissance menace tout le monde. Le train de la reconnaissance du génocide arménien avance et ne peut être arrêté, la Turquie devra le reconnaître tôt ou tard."

* Ruben Safrastian


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La question de la reconnaissance et de la condamnation du génocide arménien, a deux aspects : historique et géopolitique, selon le directeur de l'Institut des Etudes Orientales de l'Académie des Sciences d'Arménie, Ruben Safrastian.

"La Turquie a des responsabilités à la fois sur la géopolitique régionale et à l'échelle internationale. La Turquie refuse de reconnaître le génocide. Le gouvernement et le lobby arménien sont en lutte pour la reconnaissance du génocide. Le lobby arménien tente d'influencer la politique américaine sur la question. La question de la reconnaissance du génocide est une affaire géopolitique."

"Le peuple arménien a pleinement le droit de déposer un recours contre le successeur légal de l'Empire ottoman, le gouvernement turc. Des actions coordonnées nous aideront à atteindre nos objectifs."

* Haïg Demoyan


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"Le 24 avril 1915, une ordonnance a été émise pour anéantir les Arméniens. Les intellectuels arméniens d'Istanbul ont été les premières victimes du génocide arménien dans l'Empire ottoman, puis ce fut le tour des hommes d'être tués et enfin les femmes, les enfants les personnes âgées furent déportés," a déclaré pour sa part le Directeur de Institut du Musée du génocide arménien, Haïg Demoyan.

Selon Demoyan, la question conceptuelle principale, le message à la veille du 100e anniversaire du génocide des Arméniens, c'est que l'humanité n'a pas créé de mécanismes pour la prévention de futurs génocides.

"Les événements en Afrique prouvent que, malheureusement, les valeurs humaines sont mises de côté dans le contexte actuel des relations internationales, des nouvelles alliances stratégique, des relations politico-militaires. Actuellement, les doubles normes prévalent entre les relations internationales et la politique, tandis que les relations de partenariat sont considérées comme une priorité."

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* Analyse du politique *

* Stépan Safarian


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Le chef du groupe d'opposition parlementaire ‘Héritage', Stépan Safarian, a déclaré :

"Il ne faut pas trop espérer une reconnaissance internationale du génocide, puisque rien n'a changé. L'équilibre des forces, face à la signature des protocoles arméno-turcs et la reconnaissance du génocide, est toujours le même. Le statu quo est préservé."

Selon lui, la Turquie ne pose pas de problèmes ou n'est pas en conflit avec les centres du pouvoir mondial, ce qui aurait pu pousser certains pays à reconnaître le génocide des Arméniens, et notamment les Etats-Unis.

"Si nous voulons que la reconnaissance du génocide arménien soit remis à l'ordre du jour, les protocoles doivent disparaître de l'ordre du jour. Un nouveau processus est nécessaire pour la normalisation des relations arméno-turques, et stipulant clairement aucune condition préalable."

* Ruben Melkonian


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Les protocoles arméno-turcs non ratifiés nuisent à l'image internationale de la Turquie. Bien que le ministère turc des Affaires étrangères se soit engagé dans une politique de zéro problème avec les voisins, une question reste en suspend : pourquoi la Turquie refuse-t-elle de normaliser les relations avec l'Arménie et de ratifier les protocoles ?" a déclaré le politologue Ruben Melkonian.

Selon l'expert l'ensemble du processus entre l'Arménie et la Turquie, conformément à la feuille de route annoncée en avril 2009, est considérée comme le document le plus important dans l'histoire de l'Arménie indépendante.

"La réconciliation a été ‘saluée' par les grandes puissances. L'Arménie a pris des engagements et les a observés alors que la Turquie a commencé à se dérober immédiatement après la cérémonie de signature."

Invité à commenter la déclaration au sujet du Premier ministre turc selon laquelle "l'Arménie ne fait pas assez d'efforts pour normaliser les relations avec son pays", Melkonian a répondu : "la déclaration d'Erdogan est risible, mais elle est conforme avec la campagne électorale de son parti."

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* Erdogan dévoile son programme électoral *

Le programme électoral du Parti de la Justice et du Développement (AKP) ne mentionne pas les tensions avec l'ancien allié Israël, mais accuse l'Arménie de la situation d'impasse concernant les efforts pour normaliser les relations.


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Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dont le parti devrait remporter un troisième mandat aux élections du 12 Juin prochain, a dévoilé son programme appelé : ‘Manifeste du Parti AK pour 2023'.

Le document passe sous silence les relations avec Israël et les moyens de rétablir les liens tendus avec l'Etat juif. En politique étrangère, il attache une grande importance aux relations avec les pays du Moyen-Orient et souligne les liens privilégiés avec les États-Unis parmi ses principales priorités.

L'Arménie, dont les relations semblaient bénéficier d'une embellie en 2009, ne figure pas parmi les axes prioritaires de la politique étrangère. Le document explique que cela est du aux approches non constructives de l'Arménie, ce qui a empêché la Turquie de progresser dans le processus de normalisation avec les pays voisins. On y lit notamment :

"Notre position par rapport à la solution au problème du Haut-Karabakh et du génocide est clair. En ce qui concerne les mesures réciproques et simultanées d'une solution, la Turquie ne s'abstiendra pas de faire ce qu'elle doit faire."

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Extrait de PanArmenian.net



mardi 19 avril 2011

La délégation arménienne à l'APCE

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Le président de l'APCE, Mevlut Cavusoglu, sur les conseils du gouvernement turc et à la demande de l'Azerbaïdjan a réactivé la Sous-commission sur le Haut-Karabakh. M. Cavusoglu est toujours membre de l'AKP, et applique consciencieusement les consignes de son chef. Tout le monde se souvient de son refus de déposer une gerbe au mémorial du génocide de Dzidzernagapert lors de son passage à Erevan.

L'Arménie a dès le début refusé cette réactivation car cela aurait fait double emploi avec le Groupe de Minsk de l'OSCE. Chaque organisation internationale ne peut pas créer une commission et s'immiscer dans la résolution du conflit. De surcroit, les recommandations des pays coprésidents du groupe de Minsk ont été reprises par la communauté internationale, ONU en tête.

* Brève *

Selon le politologue géorgien Irakli Sesiashvili : "la Géorgie ne doit pas irriter Bakou en coopérant avec l'Arménie (…) La coopération militaire entre la Géorgie et l'Arménie est impossible car elle peut provoquer des tensions dans la Transcaucasie."

Selon le politologue Melik Chahnazarian : "Il est possible que le 24 avril, les membres arméniens du Parlement géorgien demandent que l'Assemblée observe une minute de silence pour commémorer le génocide arménien, mais il ne faut pas s'attendre à quelque chose de plus."

Rappelons que la Géorgie ne fait pas partie des pays ayant reconnu le génocide des Arméniens. Dépendant économiquement de la Turquie et de l'Azerbaïdjan, il ne faut+ pas espérer grand-chose de sa part. On pourrait même craindre pire, en gonflant par exemple de façon exorbitante les taxes prélevées sur les marchandises arméniennes transitant par son territoire. De surcroit, le fait d'avoir une base militaire russe (Gumri) à moins de 50 km de la frontière, ne facilite pas les relations avec Tbilissi.

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Les membres de la délégation arménienne de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe ont commenté les résultats de la session de printemps.


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Lors de la séance, le chef de la délégation arménienne, David Haroutiounian, n'a rien trouvé d'anormal dans les déclarations de la Commission de suivi et des évaluations des Co-rapporteurs sur l'Arménie, John Prescott et Axel Fischer.

"Le bon déroulement des élections [à venir] est essentiel pour la normalisation de la situation et la consolidation démocratique de l'Arménie. Le statu quo actuel en matière de réformes, combiné avec la polarisation politique en cours et la détérioration de l'environnement social et économique, pourrait entraîner de nouveaux troubles sociaux si aucune mesure et aucun suivi ne sont réalisés pour des élections véritablement démocratiques", ont-ils averti dans une ‘note d'information', présentée à la commission.
J.Prescott-A.Fischer-et-Ser

Ils ont également renouvelé leur appel pour la libération de tous les députés de l'opposition qui sont encore emprisonnés, et la prise en compte effective des libertés des partis et des membres de l'opposition.

En clair, personne ne nie la nécessité d'organiser des élections d'un niveau convenable et conforme aux normes des pays démocratiques. Selon David Haroutiounian, la mise en œuvre des réformes dans le pays et le respect de cette exigence de l'APCE découle des intérêts de l'Arménie, ainsi que des lois et des mesures appropriées prises dans ce sens.

En ce qui concerne la Sous-commission sur le Haut-Karabakh, aucune intervention n'était prévue sur l'agenda de cette session. Toutefois, le chef de la délégation arménienne a rencontré son Président et lui a présenté la position de la partie arménienne sur l'existence et l'activité de cette Sous-commission ; à savoir :

- La partie arménienne est contre la reprise de l'activité de cette Sous-commission.

- Elle n'a pas de mandat comme le Groupe de Minsk et ne peut donc pas contribuer à la résolution du problème.
- Au contraire, elle peut devenir une nouvelle plate-forme pour des accusations réciproques, et donc improductive.

En conséquence, la délégation arménienne ne participera pas aux travaux de cette Sous-commission.

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Extrait de la Radio Publique d'Arménie et de PanArmenian.net



lundi 18 avril 2011

L'Arménie n'a pas sa place dans le trio Israël-Turquie-Azerbaïdjan

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Il ne se passe pas une semaine sans que les médias azéris ne parlent en termes élogieux d'Israël ou des Juifs, que ce soit dans le domaine culturel, social ou commercial. Mais rarement sur la politique menée en Palestine.

Cet intérêt l'un pour l'autre n'est pas innocent. Côté Azerbaïdjan, cela permet de s'équiper en armements offensifs et défensifs, en échange de pétrole transitant par la Turquie, de plus, tous les amis sont les bienvenus surtout lorsqu'il s'agit de diaboliser l'Arménie et les Arméniens. Côté Israël, cela permet un approvisionnement en hydrocarbures hors du circuit des pays arabes, mais surtout de se ménager des amitiés sur le plan géopolitique. Avoir un pays ami mitoyen de l'Iran, qui de surcroit a un contentieux avec Téhéran, cela peut toujours servir au cas où …. Ce qui n'est évidemment pas le cas de l'Arménie ou de la Géorgie.

Quant à la Turquie, ce n'est pas nouveau. En tant que membre de l'OTAN, elle est toujours inféodée aux Etats-Unis et est devenue au fil des ans avec Israël l'autre bras armé de Washington dans la région. D'où des échanges commerciaux et militaires importants. Cerise sur le gâteau, tout comme l'Azerbaïdjan, la Turquie dispose d'une frontière avec l'Iran et n'est pas un pays arabe.

Quant à utiliser le thème du génocide pour se rapprocher de l'Arménie, Erevan ne peut pas y compter. Pour Israël, la reconnaissance du génocide arménien est une arme politique à sortir au cas où la Turquie dépasserait les bornes avec le problème palestinien. Donc, rien à voir avec une quelconque vérité historique, comme avec les Etats-Unis d'ailleurs.

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Chaque Etat devient ami avec le pays avec lequel il a beaucoup à gagner. Il s'agit d'un vieux truisme, mais cela se répète à chaque fois que deux pays coopèrent étroitement, par exemple, l'Azerbaïdjan et la Turquie, devenant ainsi une zone fermée pour l'Arménie. Une situation similaire est observable en Azerbaïdjan, qui "n'aime pas" la coopération arméno-iranienne et les relations normales.
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Les relations arméno-israéliennes n'ont jamais été très serrées ou mutuellement bénéfiques ; les deux pays ont toujours été neutres l'un envers l'autre. Mais dès le conflit du Karabakh, Israël a choisi le côté azerbaïdjanais, ce qui pourrait paraitre surprenant. Peut-être que dans une certaine mesure, après l'effondrement de l'URSS, il est devenu clair qu'Israël avait plus de points communs avec l'Azerbaïdjan qu'avec l'Arménie. La communauté juive d'Azerbaïdjan a pu même jouer un certain rôle. Ainsi à Bakou, comme dans d'autres villes, il y avait beaucoup plus de Juifs qu'en Arménie. D'après les statistiques officielles, 8 à 12.000 Juifs vivaient en Arménie, tandis qu'ils étaient 30.000 en Azerbaïdjan. Selon l '« Agence juive pour Israël », après l'effondrement de l'Union soviétique 31.000 Juifs ont quitté l'Azerbaïdjan, et 18.000 sont restés, alors que seulement 6.000 ont émigré d'Arménie. Mais laissons l'arithmétique aux mains des statisticiens. Probablement la vérité est que bon nombre de Juifs résidant à Bakou ont migré pour Israël, puis ... Puis ils firent de leur mieux pour empêcher qu'Israël se rapproche de l'Arménie. Il est également possible que les choses ne se soient pas déroulées tout à fait ainsi, mais la ‘patte' des Juifs de Bakou dans l'absence de relations arméno-israéliennes est indéniable. Même maintenant, lorsqu'ils visitent Bakou, ils saisissent une nouvelle fois l'occasion de "soutenir l'Azerbaïdjan sur ses droits sur le Haut-Karabakh". Ce serait la même chose qu'arrivant dans un pays tiers, les Arméniens [d'Arménie] se mettaient à parler des droits des Palestiniens, ce qui est inacceptable.

Mais c'est une chose que d'encourager un pays par des mots, et toute autre chose – que d'armer l'Azerbaïdjan avec des armes modernes, en sachant très bien contre qui ces armes vont servir. Il y a aussi le facteur Turquie. Jusqu'à récemment, la Turquie et Israël étaient des alliés stratégiques. Au moins, telle était l'impression, et il ne serait pas surprenant que cette coopération fasse long feu. Les propos du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan contre Israël en raison de l'opération « Plomb durci » et du « blocus » de la bande de Gaza poursuivent un seul objectif - présenter la Turquie comme un véritable allié du monde islamique, lequel est connu pour son désir d'effacer l'Etat d'Israël de la carte. Dans ce contexte, les relations avec l'Arménie seraient presque perçues comme une trahison. La position d'Israël est compréhensible : le pays est entouré d'ennemis et il a choisi les moins mauvais, à savoir la Turquie avec l'Azerbaïdjan. Aussi, l'Arménie n'a pas sa place dans le triumvirat Israël-Turquie-Azerbaïdjan. Qu'il en soit ainsi, l'Arménie entretient des relations normales avec d'autres pays. Pourquoi la totalité des pays du Proche et du Moyen-être devraient-ils avoir des liens étroits avec l'Arménie ? Ce serait totalement incompréhensible.

Nous pouvons seulement dire que les relations avec Israël sont quelque peu atypiques : Jérusalem a un quartier arménien, le Patriarcat, avec une communauté qui a une histoire de près de 2.000 ans. Il y a un consulat, il y a même un ambassadeur israélien pour l'Arménie qui siège à Jérusalem ... Mais un resserrement des relations n'est pas prévu dans un proche avenir. Cependant, personne n'est à blâmer pour cela. La seule chose que nous voulons vraiment, c'est que les Juifs qui visitent l'Azerbaïdjan, ne parlent pas d'un lieu qu'ils connaissent à peine et qui n'a rien à voir avec eux. Mais il est également possible que ces Juifs ne s'intéressent pas à nous, et que c'est la presse azérie qui génère l'intox ! Tout est possible. Il est vrai aussi que l'Azerbaïdjan commence à lasser tout le monde avec ses spéculations sur le pétrole. Israël importe 20% de son pétrole de l'Azerbaïdjan. Certes c'est insuffisant pour poser des conditions, mais suffisant pour demander quelques faveurs amicales. Ainsi, l'Azerbaïdjan fait une faveur à Israël en lui achetant des armes. En fait, l'argent dépensé pour le pétrole retourne en Israël par une autre voie. À cet égard, l'Arménie n'a rien à vendre, et donc l'Etat juif n'a pas de raisons particulières d'avoir des liens privilégiés avec elle. En ce qui concerne l'antisémitisme [des Arméniens], qui est très souvent mentionné en Israël ‘grâce' à l'Azerbaïdjan, c'est de la fiction tout court. Les personnes qui ont subi un génocide ne peuvent pas haïr les personnes qui ont vécu l'Holocauste, même si l'État d'Israël n'a jamais reconnu le génocide des Arméniens.

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Karine Ter-SahakianPanArmenian.net – Département Analyse



dimanche 17 avril 2011

Proposition de loi visant à réprimer la négation du génocide arménien

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Commentaires – Gérard Merdjanian

Le 4 Mai prochain le groupe socialiste a inscrit la proposition de loi visant à réprimer la négation du génocide arménien dans le cadre de sa niche parlementaire.

Le gouvernement UMP a déjà fait savoir qu'il ne donnera pas suite à cette proposition de loi. La majorité sénatoriale étant également de droite, il y a de fortes chances que le débat n'est pas lieu si tant est que la dite proposition soit inscrite sur l'ordre du jour.

Comme aux Etats-Unis, les historiens arméniens et turcs sont renvoyés dos à dos, pour ne pas froisser la Turquie et ne pas gêner le processus de normalisation des relations arméno-turques. A quoi sert d'avoir une loi si celle-ci peut être bafouée par les négationnistes de tout poil. Ponce Pilate n'aurait pas fait mieux.

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Question posée au ministre des Affaires étrangères le 1er Mars 2011 par le député UMP de la Drome, M. Patrick Labaune
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M. Patrick Labaune attire l'attention de Mme la ministre d'État, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la nécessité de voter une loi contre le négationnisme du génocide arménien. Une proposition de loi a été votée en ce sens par le Parlement le 12 octobre 2006. Or, à ce jour, ce texte n'est toujours pas inscrit à l'ordre du jour du Sénat. C'est la raison pour laquelle il lui demande la raison de ce blocage.

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Réponse du ministère des Affaires étrangères le 12 Avril 2011

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Les massacres commis à l'encontre de la communauté arménienne en 1915 dans l'ancien empire ottoman ont laissé une empreinte douloureuse dans l'histoire du XXème siècle. Ils font partie de la mémoire collective de tous les Arméniens, des descendants et des rescapés que la France, fidèle à sa tradition d'asile, s'honore d'avoir accueillis. Par le vote de la loi du 29 janvier 2001 qui indique que « la France reconnaît publiquement le génocide arménien », le Parlement français a voulu assumer un devoir de mémoire. Le Gouvernement en a pris acte. La loi française condamne par ailleurs toute provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale. S'agissant de la proposition de loi du 12 octobre 2006 visant à sanctionner pénalement la négation du génocide arménien, la position du Président de la République et du gouvernement n'a pas changé : nous ne sommes pas favorables à l'inscription de ce texte à l'ordre du jour du Sénat. Outre que l'adoption d'une nouvelle loi viendrait se superposer à un dispositif législatif déjà existant et contredirait la volonté exprimée par le Parlement en 2005 de ne plus légiférer sur l'histoire, elle pourrait compromettre le travail patient et constructif des historiens, fondé sur la réflexion et le dialogue, en vue de l'élaboration d'une mémoire commune, acceptée et reconnue par tous. C'est aux historiens, et à eux seuls, qu'il appartient d'établir la réalité des événements du passé et de façonner notre mémoire collective. Il convient de ne pas confondre élaboration de la loi et travail historique. La France, fidèle aux principes et aux valeurs qui n'ont jamais cessé de guider son action depuis des siècles, continuera à porter un message de paix et de réconciliation, le seul à même d'apporter à la région la stabilité et la prospérité auxquelles elle aspire légitimement. Le débat en Turquie a progressé sur la période récente, grâce à l'engagement d'intellectuels et d'historiens. Nous apportons notre soutien à toutes les initiatives de dialogue entre les sociétés civiles turque et arménienne. Seul un dialogue apaisé permettra de parvenir à une compréhension commune de ces événements et de dépasser les tensions héritées du passé.

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Assemblée Nationale : Questions-Réponses



M. Erdogan à l'APCE : Le naturel a la peau dure

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Mercredi dernier 13 avril, lors d'un débat devant l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s'en est pris violemment et sans aucunes raisons précises à la France. Motif : Mme Muriel Marland-Militello, une élue de Nice membre de la délégation française, a posé une question sur les atteintes aux libertés, religieuses et autres,, des minorités nationales en Turquie.

Il y a comme cela quelques pays dont la France qui sont dans le collimateur du chef du gouvernement turc, également leader du parti religieux AKP. Le premier grief est que Paris est contre l'entrée de la Turquie dans l'UE. Le second est que la France a reconnu le génocide arménien et qu'une loi pénalisant sa négation est en attente au Sénat. Le troisième est lié au débat actuel entre la laïcité de l'Etat et l'exercice de la religion sur le territoire de la République.

Le plus drôle de l'histoire, si tant est que cela soit drôle, est que Mme Marland-Militello est d'origine arménienne, ses grands-parents ayant fui les massacres de 1915. Information dont ne disposait Erdogan au moment des faits. On n'ose imaginer la colère du Grand Vizir si cela avait été le cas.

Discours de Recep Tayyip Erdogan - Vidéo

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Le mercredi 13 avril le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui se trouvait à Strasbourg, a pris la parole, en tant qu'invité, devant l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE).

Dans son allocution, M. Erdogan a cité les protocoles conclus entre la Turquie et l'Arménie en 2009 en vue de la normalisation des relations diplomatiques et de la réouverture de la frontière.

Le Premier ministre a précisé qu'en Turquie vivaient près de 110.000 Arméniens, dont 40.000 étaient citoyens d'Arménie.

Selon M. Erdogan, les protocoles contiennent une clause ayant trait au conflit du Karabakh, et que la ratification des protocoles pouvaient avancer plus facilement si le gouvernement arménien surmontait sa peur de la diaspora arménienne.

Concernant le conflit du Karabakh, il a déclaré qu'il ne permettra pas qu'il y ait violation des droits de l'Azerbaïdjan au nom des intérêts de l'Arménie. Et d'ajouter :

"Dès que les coprésidents du Groupe de Minsk - les États-Unis, la France et la Russie – se mettront d'accord, nous trouverons une solution au conflit du Karabakh."

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De nouveaux obstacles se sont dressés dans le travail de la délégation arménienne à l'APCE.

Naira Zohrabian a déclaré que lors de la session de Questions-Réponses avec le Premier ministre turc, les membres de la délégation arménienne n'ont été pas autorisés à poser leurs questions, et donc interdit d'exercer leur droit.

"Moi-même et Zarouhi Postandjian étions les 3e et 4e dans la liste. Toutefois, comme il s'est avéré plus tard, que nos noms ont été déplacés au bas de la liste, et que nous n'avons jamais réussi à poser nos questions au Premier ministre."

La délégation arménienne a adressé une demande d'expliquer au secrétariat de l'APCE sur les raisons de cet incident. La réponse qui leur a été fournie, est que le Président de l'APCE, Mevlut Cavusoglu, a le droit de changer l'ordre dans la liste si c'est un invité qui prend la parole.


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Selon Mme Zohrabian, un tel comportement à l'APCE est politiquement scandaleux. "En nous privant d'une chance de poser une question, M.Cavusoglu prouve une fois de plus qu'il n'agit pas en tant que Président de l'APCE, mais plutôt comme un fonctionnaire turc, chargé de promouvoir les intérêts de son pays à l'APCE."

Malgré ces obstacles artificiels, Mme Zohrabian a réussi à approcher le Premier ministre et à lui remettre un album contenant des photographies d'enfants - victimes du génocide arménien. M.Erdogan a regardé l'album et a déclaré que si la partie arménienne continuait d'insister dans ses allégations, la Turquie trouverait également quelques photos à montrer. En outre, ses gardes du corps ont bousculé sans ménagements les membres de la délégation.

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Le comportement du Premier ministre turc devant l'APCE est devenu un sujet de discussion, même dans la presse turque. La presse le décrit comme un ‘politicien impétueux'. Hier, il a répondu cyniquement aux questions concernant les droits des minorités nationales et sur la normalisation des relations arméno-turques.

Pour la turcologue, Anouche Hovannissian, le comportement d'Erdogan est lié au fait que c'est un parlementaire turc, Mevlut Chavusoglu, qui préside pour deux ans l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Quant aux prochaines élections législatives de Turquie, aucun Arménien ne figure dans les listes des trois principaux partis politiques. Cependant, il y avait bien des candidats d'origine arménienne dans les listes avant la validation définitive. Selon Mme Hovannissian, dans toutes les listes, il y a une personne spécifique pour traiter des questions arméniennes. Aussi : "Les 60.000 membres de la communauté arménienne ne pèsent pas lourd face aux 70 millions d'habitants que compte la Turquie."

Comme l'a noté la politologue, tout au long de son histoire, le parlement turc a vu seulement 23 députés non-musulmans (8 juifs, 8 Grecs et 6 Arméniens). Toute cette agitation sur ‘l'ouverture de la Turquie' est une simple action de relations publiques.

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Selon le directeur de l'Institut des Etudes Orientales, les propos du Premier ministre turc ont montré une fois de plus que c'est un politicien sans retenue. Au lieu de répondre aux questions, M. Erdogan a fustigé les personnes qui le questionnaient. Aux représentants de la délégation française à l'APCE qui lui demandaient la position de la Turquie envers les minorités nationales, M. Erdogan a déclaré que la France n'était pas le pays apte à poser de telles questions.

Le président turc et le ministre des Affaires étrangères ont essayé d'atténuer les propos déplacés de leur Premier ministre. Toutefois, les remarques de M. Erdogan prouvent que son attitude à l'égard des minorités nationales restait inchangée.

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Extraits de PanArmenian.net



vendredi 15 avril 2011

Karabakh : Déclaration des médiateurs internationaux

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Que les coprésidents ne soient pas arrivés à rapprocher les deux parties, on s'en doutait un peu. En attendant, l'assurance qu'ils ont obtenu des dirigeants azerbaidjanais de ne pas abattre des avions civils à destination de Stepanakert, demande à être confirmée dans les mois à venir. Ce ne serait pas la première fois que Bakou n'honorera pas ses engagements.

Si la prise de conscience des risques de dégradation est incontestable, la déclaration ne fait aucune allusion, comme à l'accoutumée, à une quelconque menace de sanction à la partie défaillante. L'impression que les coprésidents veulent ménager avant tout les susceptibilités des Azéris, c'est-à-dire des belligérants permanents, est une nouvelle fois confirmée. On n'a jamais vu les médiateurs rendre visite à la famille d'un civil arménien, jeune ou pas, abattu par un snipper.

Toutefois, il y a un point positif à relever. Les missions d'observation sur la ligne de contact vont devenir plus nombreuses voire quasi-permanentes, ce qui devraient réduire les violations de cessez-le-feu, du moins au moment de l'inspection.

C'est surtout Moscou que l'on voit dans les réunions de négociations de paix sur le Karabakh. Que les médiateurs impliquent un peu plus Paris et Washington dans la résolution du conflit et ce, à des moments distincts de réunions internationales, signifiera que le problème présente une certaine importance pour ces deux pays et non une activité à la marge. Sauf bien sûr, si leur stratégie consiste avant tout à décrocher des marchés juteux auprès de Bakou.

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Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE - Bernard Fassier (France), Robert Bradtke (Etats-Unis), et Igor Popov (Fédération de Russie), ont publié jeudi 14 Avril, la déclaration suivante :

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"Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE se sont rendus du 11 au 14 avril à Erevan, au Haut-Karabakh, et à Bakou. Ils étaient accompagnés du Représentant personnel du Président de l'OSCE, l'Ambassadeur Andrzej Kasprzyk. Les coprésidents ont rencontré séparément le président arménien Serge Sarkissian, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, et les autorités de facto du Haut-Karabakh. Lors de leurs réunions, les coprésidents ont discuté des prochaines étapes pour parvenir à un accord sur les principes de base. Pour eux, le moment est venu de finaliser et d'approuver les principes de base et de passer à la rédaction d'un accord de paix.

Le 13 avril, les coprésidents ont franchi à pied la ligne de contact, avant de continuer vers Bakou. Comme celui effectué en Septembre 2010, cela visait à démontrer l'importance de maintenir et de renforcer le cessez le feu de 1994 et, que cette ligne ne doit pas devenir un obstacle permanent pour des contacts entre les peuples voisins, ainsi pour réaffirmer que les coprésidents ont besoin de visiter les zones touchées par le conflit. En franchisant la ligne de contact, les coprésidents ont également visité une partie du Sud-ouest de Terter. En outre, les coprésidents se sont également rendus au village de Orta Karvend, toujours accompagnés du Représentant personnel, là où a eu lieu l'incident du 8 Mars. [ndlt : Mort d'un enfant azéri]

S'appuyant sur la déclaration conjointe du 5 Mars de Sotchi faite par les présidents de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie et de la Fédération de Russie, les coprésidents ont également présenté aux parties un projet de mécanisme d'enquête sur les incidents le long de la ligne de front avec la participation de tous les côtés. Les coprésidents continueront à travailler avec les parties afin de créer le plus tôt possible un processus d'enquête transparente et objective, dans le but de renforcer la confiance, réduire le risque d'erreurs de calcul, et de sauver des vies.

Les coprésidents ont exprimé leur crainte que l'ouverture prévue d'un aéroport dans le Haut-Karabakh puisse entraîner une nouvelle montée des tensions. Ils ont averti que l'opération de vols à destination et en provenance de cet aéroport ne pouvait pas être utilisée pour soutenir toute revendication d'un changement de la situation actuelle du Haut-Karabakh en vertu du droit international. Les coprésidents ont exhorté les parties à parvenir à un accord conforme aux conventions et accords internationaux, ainsi qu'il est actuellement pratiqué entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan pour le survol de leur territoire. Les coprésidents se sont réjouis des assurances fournies par les deux côtés qu'ils rejetaient toute menace ou attaque contre des aéronefs civils, qu'ils poursuivraient l'affaire par le biais de mesures diplomatiques, et qu'ils abstiendraient de politiser la question.

Les coprésidents comptent se rendre à Washington fin avril pour rencontrer des Hauts-fonctionnaires du gouvernement américain, et discuter des progrès vers un règlement de paix."

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Radio Publique d'Arménie



mercredi 13 avril 2011

Karabakh : Les médiateurs ont entamé une nouvelle tournée régionale

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Les menaces de Bakou deviennent de plus en plus lourdes et l'inconstance des engagements pris par le président Aliev commencent à trouver un écho négatif auprès des instances internationales.

Après les dernières prises de position des trois pays coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE sur divers points des principes de base et/ou des éléments principaux, celle du président de l'OSCE, le ministre lithuanien des Affaires étrangères, Audronius Ažubalis, et la Résolution du Parlement européen il y quelques jours, il est à souhaiter que les médiateurs ne se contenteront pas de réciter leur litanie habituelle et feront une déclaration beaucoup moins généraliste qu'à l'accoutumée.

Attendre qu'Ilham Aliev passe à l'acte pour intervenir, a été la démarche adoptée jusqu'à présent. L'actualité est suffisamment riche en crises comme cela. Il serait peut-être temps de faire comprendre aux dirigeants azerbaidjanais que l'usage de la menace ne mène à rien, et que se préparer à déclencher une guerre risque d'aboutir à un effet inverse.

* Brève *

A l'initiative du président turc Abdullah Gül, son homologue arménien Serge Sarkissian a été invité à une conférence de l'ONU qui se déroulera à Istanbul du 9 au 13 mai à Istanbul ; indique Zaman.

Une source confidentielle de Bakou indique que le président Ilham Aliev risque de ne pas s'y rendre au motif que : "Les présidents arménien et azerbaïdjanais se rencontrent habituellement en présence des médiateurs russes, américains ou français homologues."

A suivre

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Le Président Serge Sarkissian a reçu les Coprésidents du Groupe de Minsk - Bernard Fassier (France), Robert Bradtke (USA) et Igor Popov (Russie)- accompagné du Représentant personnel du Président en exercice de l'OSCE, Andrzej Kasprzyk.

Les interlocuteurs ont discuté de questions liées au déroulement du processus de négociation sur le règlement du conflit du Karabakh.


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Le même jour, ils se sont rendus au Haut-Karabakh, et ont rencontré le Président de la RHK, Bako Sahakian, pour discuter du processus de résolution du conflit.

Le ministre des Affaires étrangères de la RHK, Gueorgui Pétrossian, ainsi que d'autres officiels participaient à la réunion.

Le Président a fait remarquer que l'Azerbaïdjan se désintéressait totalement des efforts de paix des médiateurs, et continuait de poursuivre sa politique, entravant ainsi le processus de paix et l'instauration d'un climat de confiance entre les parties.

Et de citer comme exemples : la violation du régime de cessez-le-feu le long de la ligne de contact, la distorsion des différents événements, la politisation intentionnelle des questions humanitaires, les spéculations permanentes de Bakou sur la mission d'évaluation faite sur le terrain par les coprésidents, et les menaces proférées sur la réouverture de l'aéroport de Stepanakert.

De son côté, A.Kasprzyk a indiqué qu'il comptait mener un suivi régulier sur la ligne de contact.

Après la réunion, le porte-parole du président, David Babayan, a déclaré à la presse que les coprésidents ne feront une déclaration qu'après leur rencontre avec les dirigeants azerbaidjanais. De Stepanakert, ils se sont dirigés vers Bakou en traversant la ligne de front vers Aghdam.

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Extrait de la Radio Publique d'Arménie et de PanArmenian



lundi 11 avril 2011

La Turquie se prépare à commémorer le 24 Avril, à sa manière

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Il n'y a aucun intérêt, sauf pour la Turquie, à discuter de la réalité des événements qui se sont déroulés en 1915. Les preuves et les témoignages produits sont plus que suffisants pour qualifier ces massacres de masses, prémédités et organisés par le gouvernement Jeunes Turcs, de génocide. Il n'est pas, non plus, nécessaire de faire la liste de tous les parlements, gouvernements, organismes internationaux ayant reconnu ce fait ; y compris la quasi-totalité des chercheurs et/ou historiens. Si discussion il doit y avoir avec la Turquie, c'est sur les conséquences de leur acte et non sur l'acte lui-même.

Que la population qui défile le 24 Avril, que ce soit en Arménie ou dans les différents pays, villes où existe une communauté arménienne, soit mue par des sentiments divers et variés, n'est pas nouveau, ni même étonnant. Tous les manifestants ne sont pas des militants ou membres d'associations. Cela est vrai pour les Arméniens comme pour les autres peuples. Pensez essentiellement en pourcentage du nombre d'habitants : quand 500.000 personnes vont se recueillir au Mémorial de Dzidzernagapert, cela représente 1/7 de toute la population d'Arménie. Je ne connais pas de pays, sauf-peut-être Israël, capable de rassembler un tel pourcentage de sa population dans une manifestation.

Si 95 ans après le génocide, le ressentiment des Arméniens reste toujours aussi vivace, il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour l'avenir, il y aura toujours des jeunes pour reprendre le flambeau et des moins jeunes pour défendre la Cause arménienne devant la communauté internationale.

A part quelques intellectuels et/ou universitaires, ni l'Etat, ni la société, ni les organisations turques ne sont prêts à revoir leurs certitudes. Aussi, Ankara n'a pas fini d'entendre parler des Arméniens.

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La Turquie essaie par divers moyens d'entraîner la question de la reconnaissance du génocide sur le terrain historique. L'activité d'Ankara augmente toujours en avril, quand, inquiet quant de la reconnaissance du génocide arménien par de nouveaux parlements et/ou gouvernements de différents pays, il commence à agir suivant son mode habituel : le chantage, les menaces et les déclarations ‘d'innocence'.

Tout cela, bien que pénible pour Ankara, commence à impacter de plus en plus faiblement la communauté internationale, et réalisant cela, la Turquie déclare que l'Arménie est réticente à ouvrir les archives du génocide. Pour commencer, il n'y a presque pas d'archives ottomanes en Arménie, vu qu'à l'époque de la Première Guerre mondiale, l'Arménie orientale faisait partie de l'Empire russe et qu'en conséquence des documents sur cette période ne se trouvent dans les archives officielles d'Erevan. La plupart des archives ottomanes sont conservées à la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis, certains autres - dans des pays européens. Les dépêches du dernier ambassadeur des États-Unis de l'Empire ottoman, Henry Morgenthau, s'y trouvent également. L'Allemagne possède pour sa part également une bonne quantité de documents, en tant qu'alliée du Sultan. Les ambassadeurs de ces deux pays faisaient régulièrement des rapports sur la situation dans l'empire. Cependant, comme pour les archives turques, on ne peut pas en retirer grand chose. Car il ne fait aucun doute que certains documents portant directement sur la déportation et l'extermination de la population arménienne, ont été supprimés. Cette suppression date de l'époque d'Atatürk, probablement immédiatement après la proclamation de la République turque. Les autorités turques soulignent qu'ils n'ouvriront les archives que si l'Arménie fait de même.

Cette année, leur tactique consiste à déclarer que ce sont les historiens plutôt que les politiciens qui devraient examiner les preuves du génocide. Parallèlement, dans la communauté académique internationale, il est indécent de nier le génocide des Arméniens. Toutefois, la Turquie n'est pas perturbée par cela. Le plus intéressant est qu'Ankara, tout en étant parfaitement conscient de la nature déclarative de ses déclarations, en particulier concernant le dernier jugement de la cour de l'Argentine, continue néanmoins à appeler la malédiction sur les pays qui ont reconnu le génocide arménien. Menaces qui se révèlent être vides.

Dans la même logique, il n'y aura certainement pas de détérioration des relations entre la France et la Turquie, si le Sénat français se prononce pour l'adoption de la loi pénalisant la négation du génocide. En fait, il est fort probable que les menaces de la Turquie soient adressées à la diaspora arménienne, ce qui engendre la confusion, surtout si nous nous rappelons les paroles du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, qui récemment déclarait que les Arméniens dispersés à travers le monde sont en fait de la diaspora turque : "Ils sont les descendants de nos concitoyens, nous devons communiquer et travailler avec eux et ne pas les éloigner de nous. Ils sont nos concitoyens." Dans une certaine mesure, Davutoglu a raison : ils sont [la diaspora arménienne], des citoyens respectueux des lois de l'Empire ottoman. Mais avant d'établir des relations avec eux, la Turquie devra leur expliquer, sans faire référence à une mythique ‘cinquième colonne de la Russie' comment ‘dans le dos de l'Empire ottoman ils ont essayé de se saisir de l'Arménie occidentale'.

La question est de savoir si l'Etat turc, représenté par M. Erdogan et Ahmet Davutoglu, est prêt à dire : "Oui, nous vous avons massacré parce que nous ne vous ressemblons pas. Vous étiez chrétiens et vous aviez beaucoup d'argent." Il est quasiment certain, que les Arméniens ne recevront jamais d'excuses de la Turquie pour les massacres de 1915. Et même si cela devait se faire un jour, il y aura une génération vivant en Arménie pour qui les événements de 1915 seront un lointain passé. L'assimilation de la diaspora ne cesse d'augmenter, et d'ici une génération, seuls quelques-uns se souviendront encore de leurs ancêtres. Hélas, un tel scénario pourrait se produire également en Arménie. Le 24 avril la plupart des jeunes Arméniens qui défilent devant le mémorial de Dzidzernagapert, le font par habitude. Ainsi, petit à petit le jour de deuil national du 24 avril se transforme progressivement en une simple journée de congé. Probablement, nous sommes nous-mêmes à blâmer pour la dépréciation de cette journée.

Karine Ter-SahakianPanArmenian – Département Analyse



samedi 9 avril 2011

Parlement européen : Résolution du 7 Avril 2011

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Commentaires – Gérard Merdjanian

Après le texte adopté le 20 Mai 2010 sur : « La Nécessité d'une stratégie européenne en faveur du Caucase du Sud », voici la nouvelle Résolution adoptée jeudi dernier, 7 Avril 2011, intitulée : « Révision de la politique européenne de voisinage – dimension orientale ».

Entre ces deux dates, l'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont réunis à plusieurs reprises – Almaty (16 Juillet), Astrakhan (27 octobre), Sommet OSCE Astana (1er Décembre), Sotchi (6 Mars) - sous l'égide du Groupe de Minsk de l'OSCE avec la présence soit des médiateurs, soit des pays coprésidents ou à la demande du président russe Dimitri Medvedev.

A partir des déclarations faites par les coprésidents-médiateurs du groupe de Minsk, trois nouvelles notions ont été introduites dans la nouvelle Résolution du PE :

1- En plus des principes d'intégrité territoriale et de non recours à la force ou à sa menace, la notion d'autodétermination des peuples apparaît maintenant. Par contre le texte ne précise pas, et c'est normal, les modalités pratiques de cette autodétermination. Ce rôle incombe au groupe de Minsk de l'OSCE, après signature d'un accord de paix hypothétique.

2- Le PE demande à l'UE d'envoyer des missions dans les territoires sécessionnistes et contacter la population et les dirigeants. Ce qui évidemment ne signifie pas une reconnaissance des ces territoires par l'UE, mais qu'au moins il y a des gens qui y vivent et se structurent. La liste noire de Bakou risque de s'allonger sérieusement.

3- Favoriser le dialogue entre les sociétés civiles des trois pays du Sud-Caucase afin de faire émerger un développement régional. Démarche à laquelle la Turquie et la Russie pourront s'associer. On voit mal comment Ankara peut aider un pays avec lequel il n'a aucune relation diplomatique et qu'il maintient sous un blocus économique depuis 17 ans !

Par contre, a été supprimé du préambule le processus de normalisation des relations arméno-turques avec tout ce qui s'y rattache, signature des protocoles et ouverture de la frontière. A noter également que ce même processus de normalisation des relations a disparu de la Résolution du 9 Mars 2011 sur les progrès réalisés par la Turquie en vue de son adhésion à l'UE.. A croire que l'UE a déjà enterré ce processus voulu et initié par les Etats-Unis.

Le $52 se rapporte essentiellement aux réfugiés azéris. Le PE semble totalement oublier qu'il y a plusieurs centaines de milliers de réfugiés arméniens, certes pas autant qu'Azéris, et qui pour la plupart se sont installés en Arménie mais surtout dans la fédération de Russie. (Cf. l'article d'hier)

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Extraits concernant le Sud-Caucase

48. fait observer l'engagement accru de l'Union européenne dans les questions de sécurité dans le voisinage de l'Est grâce à la mise en place de la mission d'assistance de l'Union à la frontière en Moldavie et la mission de surveillance de l'Union en Géorgie ; demande à la vice-présidente et haute représentante ainsi qu'au SEAE [1]
de s'engager davantage dans la recherche d'une solution à apporter aux conflits qui persistent en Transnistrie et dans le Caucase du Sud, qui soit fondée sur les principes du droit international, notamment le non recours à la force, l'auto-détermination et l'intégrité territoriale, et qui passe par des prises de position politiques plus engagées, une participation plus active et un rôle accru au sein des structures permanentes et ad hoc de résolution des conflits, y compris les formats de négociation déjà en place, notamment ceux de l'OSCE ;

49. demande à la vice-présidente et haute représentante ainsi qu'au SEAE de mettre au point davantage de mesures et de programmes destinés à renforcer la confiance, notamment par la mise en place de nouvelles missions et stratégies de communication publique, ainsi que par l'examen d'initiatives pragmatiques et d'approches novatrices telles que des consultations et des contacts informels avec les sociétés des territoires sécessionnistes, tout en conservant la politique européenne de non-reconnaissance, afin de soutenir la culture civique et le dialogue communautaire ; souligne qu'il importe de renforcer le principe de bonnes relations de voisinage et de développer la coopération régionale grâce à la PEV, au partenariat oriental et aux négociations d'accords d'association ; estime que les représentants spéciaux de l'Union européenne ont toujours un rôle de premier plan à jouer, notamment lorsque leur mandat comporte une dimension régionale, comme c'est le cas dans le Caucase du Sud ; estime qu'il conviendrait de prendre davantage de mesures de meilleure qualité en vue de régler les conflits persistants dans la région, qui entravent la dimension multilatérale ;

50. attire l'attention, à cet égard, sur le fait que l'absence de progrès dans la résolution des conflits dans le Caucase du Sud a entravé le développement de toute forme de coopération dans la région, à l'exception du Centre régional pour l'environnement, et qu'elle a donc affaibli la PEV ; est d'avis qu'il est primordial de définir les domaines de coopération dans lesquels il est possible d'associer les trois pays, notamment en ce qui concerne le dialogue entre les sociétés civiles, les organisations de jeunesse et les médias indépendants ainsi que l'interaction économique ; invite le SEAE à déployer tous les efforts possibles pour que la Fédération de Russie et la Turquie participent également à cette initiative ;

51. estime que, pour réduire la charge de travail des délégations de l'Union dans ces pays et pour renforcer l'implication de l'Union européenne dans la résolution négociée au niveau international des conflits persistants, la désignation de représentants spéciaux de l'Union peut être un outil utile, notamment dans le cas de la Transnistrie et du Caucase du Sud ; souligne que le travail des représentants spéciaux de l'Union doit être coordonné par la vice-présidente et haute représentante ;

52. se dit inquiet par le fait que des personnes déplacées de force (les réfugiés ainsi que les personnes déplacées à l'intérieur de leur pays) sont toujours privées de leurs droits, et notamment du droit au retour, du droit de propriété et du droit à la sécurité des personnes, en raison de conflits armés survenus sur le territoire de pays partenaires ; demande à toutes les parties de reconnaître ces droits sans équivoque et de façon inconditionnelle et insiste sur la nécessité de les réaliser rapidement et de trouver rapidement une solution à ce problème en conformité avec les principes du droit international ; demande, à cet égard, à la Commission et aux États membres de l'Union de maintenir et de renforcer la disposition relative à l'aide et au soutien financier apportés par l'Union aux pays du partenariat oriental confrontés à une telle situation, notamment en aidant à la rénovation et à la construction nécessaire de bâtiments, de routes, d'infrastructures d'approvisionnement en eau et en électricité, d'hôpitaux et d'écoles ;

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[1] Service européen pour l'action extérieure


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