A la Une

mercredi 30 novembre 2011

La Turquie se défend de toute ingérence chez ses voisins


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

A entendre les dirigeants turcs, on leur donnerait le bon Dieu sans confession, ce qui serait un comble pour des musulmans, même modérés. En tant que membre de l’OTAN, Ankara ne peut pas refuser systématiquement les propositions de l’Organisation.

De même que la base d’Incirlik a servi aux bombardements de l’Irak et qu’elle sert maintenant  à l’acheminement du matériel militaire, et aux missions sur l’Afghanistan, le radar de Kürecik servira dans un premier temps à observer les mouvements de l’Iran et par la même occasion ce qui se passe au Sud-Caucase, c'est-à-dire aux frontières de la Russie. Cela rappelle étrangement les radars installés en Pologne et d’une manière générale le bouclier antimissile déployé dans les pays de l’Est à partir de 2007.

N’étant spécialiste militaire, je ne porterai pas de jugement péremptoire sur le bien-fondé de ces radars ou sur le déploiement de bouclier antimissile contre X ou contre Y. Par contre ce dont je suis sûr, c’est l’usage que va en faire la Turquie pour infléchir la politique des Occidentaux, et celle des Etats-Unis en particulier, en sa faveur. Car ne nous y trompons pas, la diplomatie turque est suffisamment expérimentée et retors pour faire avaler des couleuvres à leurs interlocuteurs.

Ce qui signifie qu’elle a encore de belles années devant elle pour poursuivre sa politique du ‘zéro problème avec les voisins’ : Chypre, Arménie, Grèce, Israël,  et maintenant la Syrie. Ajoutons à cela, la poursuite du ‘zéro problème’ sur le plan intérieur, sur la liberté d’expression, les droits de l’homme, les droits des minorités, musulmanes ou pas, etc.

Et les Etats-Unis, l’Union européenne, voire l’OTAN, élèveront faiblement la voix devant les dérapages d’Ankara, continueront de lui verser des millions en subvention, mais surtout ne prendront aucune mesure coercitive.

mardi 29 novembre 2011

Les Etats-Unis essaient de rattraper leur retard dans le Sud-Caucase et dans la région.


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Depuis l’été dernier l’UE fait le forcing pour être présente dans la région, à défaut de l’être par l’intermédiaire du groupe de Minsk de l’OSCE, sa présence se fait sentir par ses aides financières à travers ses programmes - Politique Européenne de Voisinage et Partenariat  Oriental. La Russie l’étant par sa proximité géographie et sa sphère d’influence, il était normal que Washington resserre un certain nombre de liens en voie de relâchement.

Liens d’autant plus nécessaires que l’Iran pointe sérieusement son nez dans le domaine nucléaire et que tous les partenaires réelles ou potentiels seront les bienvenus si la situation régionale se dégradait, voire pire encore. L’Arménie de par ses liens avec Moscou mais également de par ses très bons rapports avec Téhéran, ne rentre pas dans ce schéma. Par contre s’il vient à Bakou l’envie d’utiliser son arsenal contre les Arméniens, il est clair qu’Erevan jouera les-troubles-fêtes dans les desseins américains concernant l’Azerbaïdjan.

Autre grand sujet d’inquiétude pour la Maison Blanche : la Turquie.

Jusqu’à présent, Ankara se dit l’alliée des Etats-Unis et son bras armé dans la région par OTAN interposée. Quid en cas de dégradation sérieuse entre Israël et l’Iran, déjà qu’Erdogan ne porte pas Israël dans son cœur ? Quid en cas d’échec des négociations sur la partition de Chypre ? Quid si la situation de la Syrie empire et tourne à la guerre civile ? Et laissons de côté le processus, mort-né, de normalisation des relations avec l’Arménie, que les Occidentaux ne cessent de mettre en avant, et qui n’a pas bougé d’un pouce côté turc et n’est pas prêt de bouger.

Une chose est sûre, la Turquie veut voler de ses propres ailes, mais il n’est pas dit qu’elles la porteront vers l’Ouest, adhésion à l’UE ou pas.


lundi 28 novembre 2011

Le Groupe de Minsk de l'OSCE rentre en hibernation


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

C’est clair qu’avec l’arrivée des prochaines élections dans tous pays concernés par le conflit du Karabakh, médiateurs et antagonistes, le groupe de Minsk aura du mal à faire progresser les négociations de paix. En 2012 les pays coprésidents ne mettront aucune pression lors des rencontres, et en 2013 ce sont les parties en conflit qui joueront la prudence.

Lorsqu’on fait le bilan de ces dernières années, les seuls progrès relevés se sont passés dans la régularité des rencontres, et surtout le maintien du cessez-le-feu, certes précaire, mais qui a évité une reprise des hostilités sur une grande échelle. Cela n’a hélas pas empêché d’avoir des dizaines de victimes des deux côtés de la ligne de contact, civiles et militaires.

Aussi, puisqu’il y a peu d’espoir que des progrès voient le jour, l’OSCE se doit d’éviter absolument que la situation se dégrade, ce qui revient à dire que les missions d’observation le long de la ligne doivent augmenter, et en qualité et en quantité, mais surtout se réaliser à l’insu de la partie adverse, et ce valable, bien évidemment, pour les deux côtés. On se demande ce qu’il y a à observer quand les tireurs d’en face sont prévenus sur la date et le lieu de la visite !

Autre hypocrisie à dénoncer, celle qui consiste à vendre des armes aux belligérants, offensives de surcroit. La citation latine ‘Si vis pacem, para bellum’ (si tu veux la paix, prépare la guerre) est trop souvent employée, surtout par celui qui a les moyens. Les bras armés des Etats-Unis (coprésident du groupe de Minsk) dans la région, à savoir la Turquie et Israël, sont les premiers dans ce négoce avec celui qui paie rubis sur ongle, pardon pétrodollars sur ongle.

Il faudra bien qu’un jour la communauté internationale prenne conscience que le droit à l’autodétermination des peuples prime sur l’intangibilité des frontières et n’est pas seulement un principe parmi d’autres.

jeudi 24 novembre 2011

Normalisation des relations arméno-turques (suite)


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Plus de deux après la signature en grande pompe des protocoles devant permettre à l’Arménie et à la Turquie de réchauffer leurs relations en vue d’une normalisation, de lever le blocus mis en place par Ankara, et d’ouverture la frontière turco-arménienne - pour ainsi dire jamais ouverte depuis 1920 –, les Etats-Unis s’évertuent en vain de relancer le dialogue au point mort depuis 18 mois.

La Turquie, suivant sa bonne habitude a mis une pré-condition à toute ratification des documents par son parlement : Que l’Azerbaïdjan récupère la totalité du Karabakh, Haut-Karabakh compris. Par bonne habitude, il faut entendre que la Turquie lorsqu’elle signe un document officiel, elle y ajoute un codicille qui lui est propre et qui lui permet de ne pas honorer sa signature.

Sa première action du genre a commencé dès la création de la République en 1923 au Traité de Lausanne, concernant la protection des minorités vivant sur son territoire ; Ankara a une manière bien à lui de les traiter, qu’elles soient musulmanes ou non, malgré les remontrances des Occidentaux. Plus récemment, on a le cas de l’extension de l’accord douanier avec les dix derniers pays entrés dans l’UE, sauf … Chypre. Il en est de même des négociations d’adhésion à l’UE avec la mise en garde par Ankara que : les choses pourraient mal aller si Chypre prend la présidence de l’UE en Juillet prochain sans que le problème chypriote soit réglé, c'est-à-dire que la RTCN soit reconnue.

Le premier ministre Erdogan, voulant sans doute imiter ses prédécesseurs - les Grands Vizirs, est persuadé de son bon droit, parce que ‘couvert’ par Washington et que ‘charbonnier est maitre chez lui’, fait fi des remarques et des propos de la communauté internationale. Comme dit le dicton populaire : ‘A force de jouer avec le feu, on finit par se brûler’.


mardi 22 novembre 2011

Les dérapages de Monsieur Juppé

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Dès qu’un Haut personnage politique français fait un pas en faveur des Arméniens, systématiquement un autre Haut personnage, appartenant à la même famille politique, fait un pas en faveur de la Turquie. Sans doute pour garder l’équilibre. Après le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, qui proposait le savoir-faire français à la Turquie dans le domaine répressif et de lutte anti-terroriste, voici maintenant le ministre des Affaires étrangères qui propose aux mêmes, le savoir-faire français de lutte antikurde et se montre ‘pleinement solidaire’ quand Ankara emprisonne à tour de bras tous les journalistes et les intellectuels qui ne filent pas droit, sous des prétextes fallacieux de ‘pro-terrorisme’.

Pour ne pas être en reste de son prédécesseur, MAM, qui proposait le même service à la Tunisie quelques semaines avant le début de la révolution, Monsieur Juppé rajoute pour le même prix, de mettre en place une réunion d’historiens sur les événements de 1915 !

Et de déclarer à son homologue turc, Ahmet Davutoglu :

"Concernant les événements de 1915 - ce que le Parlement français a reconnu comme le génocide contre les Arméniens -, c’est une question extrêmement difficile, j’en ai bien conscience. (…) Nous savons que cette période est très douloureuse pour la Turquie, pour les Turcs, mais aussi pour les Arméniens. (…) J’ai donc pris bonne note de la disponibilité de la Turquie à participer à ce travail de mémoire dans une commission qui serait bien sûr élargie aux Arméniens. Je soumettrai cette proposition au président de la République française. Si Paris pouvait accueillir une telle réunion pour commencer au moins ce dialogue, je pense que ce serait une avancée extrêmement importante."

Alors que le président Sarkozy pense à faire pénaliser la négation du génocide arménien si la Turquie ne reconnaît les fautes du passé, son ministre remet en doute la qualification des faits. Si le sujet n’était pas aussi grave, on se demanderait s’il faut en rire ou en pleurer ?

Monsieur Juppé semble avoir totalement oublié la loi du 29 Janvier 2001, Monsieur Juppé semble avoir totalement oublié qu’il existe des protocoles pour normaliser les relations arméno-turques et que la Turquie refuse de les ratifier tant que l’Azerbaïdjan n’aura pas récupéré tout le Karabakh. Que dans ces protocoles il est stipulé, qu’après leur ratification, une commission mixte d’historiens se réunira pour étudier le déroulé du génocide de 1915 et non pour qualifier les événements en question.

Son homologue arménien, Edouard Nalbandian, lors de son interview (ci-après) au journal hollandais, lui a répondu indirectement.

Décidément à force de souffler le chaud et le froid sur la Turquie, la France sera responsable de la rechute de l’homme malade de l’Europe, maladie d’adhésion s’entend.

dimanche 20 novembre 2011

Relations UE-Turquie and Co


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Les faits contredisent parfois les désirs, et dans le cas des négociations d’adhésion entre l’UE et la Turquie, ‘parfois’ est à remplacer par ‘souvent’.

Ce malentendu a commencé avant même que les négociations d’adhésions s’ouvrent officiellement en Octobre 2005. A l’été 2005 la Grande-Bretagne avait obtenu un Traité permettant à la Turquie d’étendre l’accord d’union douanière aux dix nouveaux membres de l’UE, rentrés un an auparavant. Le jour même, Ankara refusait d’appliquer l’accord qu’il venait de signer, à Chypre, pays dont il occupe 37% du territoire depuis 1974. Les pays turcophiles membre de l’UE, tels la Grande-Bretagne, l’Espagne, les pays nordiques en général, espéraient que ce faisant, Ankara changerait d’attitude, que le problème chypriote trouverait une solution. C’était mal connaître la Turquie, héritière de l’empire ottoman et de toutes ses exactions envers les minorités et les peuples dominés.

La politique de l’autruche menée par les technocrates de Bruxelles n’a pas donné les résultats escomptés, les valeurs européennes ont un mal fou à pénétrer les différentes couches de la société, qu’elles soient civile, militaire ou administrative. Les centaines de millions dépensés pour former tel ou tel catégorie, n’ont pas servi à grand-chose. Ce n’est pas parce que 10% de la population adhère peu ou prou aux coutumes européennes et que 4% du territoire se trouve en Europe, que la Turquie est européenne. On ne se défait si facilement d’habitudes séculaires.

Alors que l’on constate dans ce pays, une dégradation des libertés, des droits de l’homme et une persistance à générer des problèmes avec ses voisins, les Commissaires européens à l’élargissement, que ce soit Ollie Rehn ou son actuel successeur Stefan Füler, ont poursuivi et poursuivent leur mission comme si de rien était. Toutefois, ils ont des circonstances atténuantes :
1-   Ce sont des technocrates, c'est-à-dire non élus par le peuple.
2-   Le Parlement européen leur facilite la tâche en minimisant au maximum dans son rapport annuel les dysfonctionnements constatés.
3-   Et s’entourer de turcophiles tel que les Verts, allemands ou français, ne risque de leur ouvrir les yeux.

Plutôt que de vouloir discuter sur des chapitres bloqués,  il serait peut-être plus judicieux de voir avec les dirigeants turcs comment mettre en œuvre les recommandations pour que le blocage soit levé. Si bien sur, les recommandations n’écorchent leur honneur ou leur fierté.


vendredi 18 novembre 2011

Catherine Ashton en Arménie


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Comme je l’indiquais dans mon précédent commentaire, autant l’UE est démunie face à la résolution du conflit du Karabakh, autant elle peut apporter beaucoup à l’Arménie tant sur le plan intérieur qu’extérieur.

En politique intérieure elle agit depuis des années à travers ses programmes par la Politique Européenne de Voisinage mise en œuvre depuis 2004, s’appuyant sur des Plans d’Actions (2006) et des Accords de partenariat et de coopération avec une quinzaine de pays (1), complétée en 2009 par le Partenariat Oriental avec six pays (2). En plus de subventionner des actions ciblées, l’UE apporte aide, assistance et conseil sur nombres de sujets touchant aux valeurs européennes de démocratie, de liberté collective ou individuelle, de droits de l’homme. Et il reste encore beaucoup à faire, hélas.

En politique extérieure, si elle ne peut pas concurrencer directement l’influence des Etats-Unis dans la région ou pire celle de la Russie sur le Sud-Caucase, elle peut par ses prises de positions influer sur la politique de certains Etats.
Ainsi, sur les deux processus qui concentrent une grande partie de l’attention la diplomatie arménienne, à savoir les négociations de paix avec l’Azerbaïdjan et la normalisation des relations avec la Turquie, plutôt que valider automatiquement les prises de positions des uns et des autres en avançant des banalités du style "mieux vaut la paix que la guerre" ou "regardons l’avenir plutôt que s’appesantir sur le passé", les représentants des peuples que sont les eurodéputés peuvent dans le cadre du Parlement Européen mettre le doigt là où cela fait mal et tancer clairement certains Etats. Comportement que les technocrates de Bruxelles, Commissaires en tête, n’ont jamais fait et ne feront jamais, habitués qu’ils sont à caresser tout le monde dans le sens du poil, mauvais élèves compris. La méthode Coué ne s’applique forcement au niveau des Etats.

Parler du négationnisme d’Etat, érigé en dogme en Turquie, ou de l’intangibilité des frontières, érigé en dogme en Azerbaïdjan, indisposerait sûrement certains. A vouloir satisfaire tout le monde, l’UE a fini par perdre sa crédibilité dans ce domaine. Dommage.

mercredi 16 novembre 2011

Catherine Ashton au Sud-Caucase


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

L’UE ne faiblit pas dans la politique de Voisinage malgré la grave crise financière et économique qu’elle traverse. L’achat de gaz à la Russie s’avère insuffisant par la voie septentrionale (North-Stream) et surtout sujet à des aléas politiques. Aussi l’UE a misé sur une voie méridionale (Nabucco) pour compléter ses besoins à partir de la mer Caspienne, mais également pour éviter les aléas de toutes sortes. Les conflits latents du Sud-Caucase – Abkhazie, Ossétie du Sud et surtout Karabakh – dérangent ses projets.

C’est bien beau de mettre en avant les valeurs de l’UE comme la démocratie, les libertés ou les droits de l’homme, l’ennui c’est que ces Valeurs sont surtout valables en politique intérieure et ne servent pas à grand-chose lorsqu’il s’agit de droit international portant sur l’intégrité territoriale et/ou sur le droit des peuples à l’autodétermination. Et sur ce point précis, l’UE n’a ni le poids ni la volonté nécessaire, pour la simple et unique que l’UE est avant une union économique et ne dispose d’aucune gouvernance qu’elle soit financière, politique et encore moins militaire. Il y a 27 pays membres et presqu’autant d’avis sur le sujet.

Les moyens de pression si elles existent, ne peuvent venir que des deux grandes puissances qui ont pied dans la région : Les Etats-Unis et la Russie. L’UE ne peut qu’accompagner les décisions prises par des aides financières ou d’assistance, ce qui est déjà mieux que de mettre des bâtons dans les roues.

Une guerre ne fera pas changer les avis de chacun, pas plus celui des Azerbaidjanais qui veulent absolument recouvrer tous les territoires perdus, et pas plus celui des Arméniens qui ne retourneront jamais sous administration azérie. Pire cela ne fera qu’augmenter encore plus les rancunes en plus du cortège de morts et de blessés.

mardi 15 novembre 2011

Relations Arménie - Grande Bretagne

 
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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

A l’inverse des pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE – Etats-Unis, Russie et France – ou de l’UE, la Grande-Bretagne ne joue aucun rôle en Arménie. Son seul intérêt dans le Sud-Caucase se limite essentiellement aux hydrocarbures de la Mer Caspienne et donc aux accords qu’elle a ou qu’elle peut encore passer avec l’Azerbaïdjan.

N’oublions pas que c’est BP qui a aidé Bakou à construire l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan et qui en est le principal actionnaire, à hauteur de 33%. Il faut dire que la Grande-Bretagne a été et est toujours très présente dans le Proche et le Moyen-Orient, héritage du dépeçage de l’empire ottoman au lendemain de la première guerre mondiale. La France se contentant des protectorats sur le Liban et la Syrie, ainsi que de la Cilicie qu’elle a ‘gentiment offert’ avec le golfe d’Alexandrette en prime, à Mustapha Kemal pour l’attirer vers l’Occident. Quant aux Etats-Unis, ils ont fait leur entrée dans la région après la seconde guerre directement ou par OTAN interposé, visant plus particulièrement les pays du Golfe.

L’Arménie n’a ni richesses énergétiques en sous-sol, ni matières premières. Il ne faut donc pas attendre grand-chose du royaume de sa gracieuse Majesté, qu’il soit gouverné par les Travaillistes ou par les Conservateurs, tant sur le plan économique, politique ou moral (Reconnaissance du génocide arménien). D’ailleurs la première visite de David Cameron à l’étranger n’a-t-il pas été la Turquie ? Londres est son plus fervent supporter pour son adhésion à l’UE, comme Washington bien évidemment.  Toutefois, comme dans toute règle, il y a des exceptions au pays de la perfide Albion, venant de personnalités (la Baronne Cox), de municipalités (Ealing) ou de régions (Pays de Galles).

Monsieur Charles Lonsdale, en bon ambassadeur qu’il est, s’est donc strictement limité à des généralités, pour ne pas dire des banalités. En terme familier, on appelle cela : ‘parler pour ne rien dire’.

Il doit quitter son poste actuel à compter du 1er Janvier 2012, et laisser la place au couple de diplomates Jonathan James Aves - Catherine Jane Leach.

dimanche 13 novembre 2011

La Turquie et la restitution des biens confisqués

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Suite à une condamnation de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et sur pression des Etats-Unis, le gouvernement turc avait décidé de restituer les biens confisqués aux minorités. C’est ainsi le Premier ministre annonçait aux représentants des communautés chrétienne et juive à Istanbul le dimanche 28 aout, au diner célébrant la fin du Ramadan : "L’époque où l’un de nos citoyens était opprimé à cause de sa religion, de son origine ethnique ou de son mode de vie, est finie," avait déclaré Erdogan.

Atatürk avait mis en place tout un ensemble de mesures et de lois concernant les Arméniens, lesquelles sont toujours en vigueur. Celles-ci interdisaient aux réfugiés arméniens originaires de Turquie de retourner dans leur village ou leur ville d’origine.
- La loi du 20 avril 1922 prévoit la confiscation en Cilicie de tous les biens appartenant aux personnes qui avaient ‘quitté’ la région ;
- La loi du 25 avril 1923 étend la confiscation à tous les Arméniens, quels que soient les motifs ou la date de leur départ du pays ;
-La loi de septembre 1923, article 2, interdit le retour des Arméniens en Cilicie et dans les provinces de l’Est (Arménie Occidentale) ;
- La loi du 23 mai 1927 exclue de la nationalité turque tous ceux qui, lors de la guerre de l’indépendance, n’y ont pas pris part ou qui sont restés à l’étranger entre le 24 juillet 1923 (Traité de Lausanne) et la date de la promulgation de cette loi.

La Turquie a confisqué pour des milliards de dollars des biens appartenant à des fondations arméniennes et grecques. La Cour européenne des Droits de l’Homme a jugé que ces saisies étaient illégales. Dans le cas des propriétés qui ont été vendues à des tiers, les fondations religieuses seront payées à la valeur marchande, par le Trésor turc. Cette ‘mansuétude’ de la Turquie n’est valable que pour les biens confisqués après 1936, soit moins de 1% des biens !

Les experts pensent que sur les 2.000 églises de la communauté arménienne avant 1915, moins de 40 sont en activité aujourd’hui.

Le président de l’ANCA, Ken Hachikian avait déclaré : "Le décret de M. Erdogan, est clairement motivé par la décision du Congrès sur la répression de la Turquie envers de sa minorité chrétienne et celle de la Cour européenne des droits de l’homme. Moins de 1% des églises et des propriétés de l’église confisquées pendant le génocide arménien et les décennies qui ont suivi, seront restituées. Quatre-vingt seize ans après le génocide perpétré contre les Arméniens, les Grecs et les Syriaques, ce décret est un écran de fumée pour échapper aux conséquences beaucoup plus large de ces actes brutaux. L’ANCA va s’assurer auprès des institutions américaines que le gouvernement turc se réconcilie effectivement avec son passé brutal, respecte la liberté religieuse des survivants des communautés chrétiennes et restitue le fruit de son crime."

Le traité de Lausanne de 1923 avec les puissances occidentales permet en principe aux communautés non musulmanes d’Istanbul de conserver certains droits spécifiques comme l’éducation ou la propriété. Obligationsd’ailleurs rarement respectées par Ankara.

Il est clair que le geste d’Erdogan, si tant est qu’il aille jusqu’au bout, ne sera qu’une goutte d’eau dans l’océan des réparations dues au peuple arménien.

vendredi 11 novembre 2011

Les Perinçek père et fils

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Au cours de plusieurs conférences en Suisse en 2005, Dogu Perinçek, ressortissant turc, Docteur en droit et président du Parti des Travailleurs de Turquie, nia publiquement l'existence de tout génocide perpétré par l'Empire ottoman sur le peuple arménien en 1915 et dans les années suivantes. Reconnu coupable de discrimination raciale, il s’est plaint auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme que les tribunaux suisses ont fait usage de termes discriminatoires à son égard et violé sa liberté d'expression, en infraction avec l'article 10 de la CEDH.

En attendant la décision de la CEDH, Dogu Perinçek peut dormir sur ses deux oreilles, car son fils Mehmet a pris la relève. Historien et politicien turc, ce dernier a été emprisonné en Août dernier, tout comme son père en 2008, au motif qu’ils avaient des liens avec les comploteurs du réseau Ergenekon.

Qu’ils aient ou pas des liens avec cette organisation ultras-nationaliste, Les Perinçek sont persuadés que les Arméniens n’ont pas subi de génocide et qu’au contraire ce sont eux les vrais coupables des massacres. Pour eux les quelques rares poches de résistance qui ont fait quelques milliers de morts dans les rangs de la soldatesque turque est équivalent aux 1,5 million de femmes, enfants et vieillards arméniens massacrés et/ou déportés dans les déserts de Mésopotamie.

Avec de tels propos et surtout de telles dispositions, ils ont gagné le droit de rentrer dans le club très fermé des négationnistes du sieur Youssouf Halacoglu, grand Historien turc et pourfendeur devant l’Eternel de tout ce qui est minorité en Turquie.

mardi 8 novembre 2011

Le génocide reste la principale pomme de discorde entre l’Arménie et la Turquie.



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Tous ceux qui rappellent à la Turquie son passé génocidaire, son intolérance envers les minorités ou ses actions anti-libertés, la mettent dans une rage incontrôlée, quand elle n’envoie ses sbires menacer ces ‘effrontés’ ou son armée les combattre, voire pire quand les ultras-nationalistes s’en mêlent.

Le cas le plus flagrant reste l’accusation de génocide. Alors que ce pays, pétri de valeurs humaines depuis l’empire ottoman et exemple universel d’altruisme envers les peuples chrétiens, soutenu à bout de bras par les Etats-Unis depuis des décennies,  (un peu moins maintenant), est de plus signataire en décembre 1948 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l’ONU. Comme on dit familièrement : il y en a qui ne manque pas de souffle.

Lorsque toute l’histoire de la Turquie a été revue et corrigée par Mustapha Kemal pour coller à celle de l’Occident et que ses successeurs au lieu de rectifier le tir, n’ont fait que conforter les contre-vérités, il ne faut pas s’étonner que le verni finisse par craqueler, même un siècle plus tard. Quand l’ensemble des observateurs étrangers et des diplomates occidentaux en poste à Istanbul décrivent les événements tragiques survenus aux Arméniens et que seuls les livres d’histoire turcs disent le contraire, c’est que forcément l’un des deux maquille la vérité.

L’éminent historien turc, Yousouf Halacoglu, grand maitre à penser sur les minorités vivant en Turquie, accusant même les Arméniens d’avoir perpétré un génocide envers le Turcs, (si, si), falsificateur en chef des archives ottomanes, du moins ce qu’il en reste, ne s’y est pas trompé. Il vient de réclamer de la Grande Assemblée turque la mise en place d’une Commission spéciale pour soutenir les négationnistes de tous poils et contrer les outrecuidants qui accusent la Turquie d’être un Etat génocidaire.

1915-2015, ça commence sérieusement à s’agiter chez les Ottomans.


dimanche 6 novembre 2011

La Turquie et les droits de l’homme


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Il ne se passe pas une semaine sans qu’Ankara fasse parler de lui dans sa marche fictive vers les valeurs démocratiques. Dernier événements en date, la rafle d’un grand nombre d’intellectuels et non des moindres. Que peut-on attendre d’un pays qui intente un procès contre son prix Nobel de littérature pour propos non-conformes à la thèse officielle ? Que peut-on attendre d’un pays qui occupe militairement un de ses voisins depuis 37 ans et fait le blocus d’un autre depuis 18 ans ? Que peut-on attendre d’un pays qui a l’insigne honneur d’être le premier Etat génocidaire du 20ème siècle et qui continue de s’enferrer dans son négationnisme ?

A priori pas grand-chose. Il existe nombre de pays à travers le monde et notamment autour du Golf, où les notions de démocratie, de libertés ou de droits de l’homme sont bafouées voire tout bonnement inexistantes. Leurs grandes différences avec la Turquie, c’est qu’ils ne veulent pas paraître autrement que ce qu’ils sont. La Turquie, elle, se prend pour un pays héritier de l’Europe – vu qu’elle fut son ‘homme malade’ à l’époque où sa Porte était Sublime  -, tient absolument à se donner l’apparence d’une démocratie, et veut jouer dans la cour des Grands en bénéficiant de leurs droits mais surtout pas de leurs devoirs.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale et la création des deux blocs,  les Etats-Unis lui ont confié un rôle important par OTAN interposé. Rôle qu’elle continue d’assumer malgré la disparation de l’URSS mais grâce à l’apparition des Ayatollahs. Pour preuve la récente décision d’installer une station de radar. Seulement voilà, l’AKP et son Chef de file Recep Tayyip Erdogan, flanqué de son éminence grise Ahmet Davutoglu, n’ont plus rien à voir avec leurs prédécesseurs du MHP ou du CHP qui travailleraient main dans la main avec l’Armée et l’Etat profond et restaient des valets de Washington.  

Depuis leur adhésion au G20 et un taux de croissance qui se maintient très haut malgré la crise, l’équipe néo-ottomane du ‘zéro problème avec les voisins’ commence à avoir la folie des grandeurs. Elle devrait lire à ses moments creux les fables de la Fontaine et plus particulièrement : ‘La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf’.

vendredi 4 novembre 2011

Relations UE-Arménie



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Depuis quelques mois, l’Union européenne est passée à la vitesse surmultipliée concernant les six pays du Partenariat de l’Est - Ukraine, Moldavie, Belarus, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan – en multipliant les réunions et les visites. Alors que la Commission de coopération parlementaire termine sa visite c’est au tour du Vice-président de la BERD, Jan Fisher, d’arriver pour déterminer les priorités en Arménie.

Le but est d’essayer de diminuer autant que faire se peut, l’influence de la Russie dans cette partie du monde. L’Ukraine, la Géorgie et l’Azerbaïdjan font de gros efforts pour se détacher économiquement et surtout politiquement de la Russie, en lorgnant fortement vers l’UE, voire vers les Etats-Unis par OTAN interposé. La mise en place de stations de radar n’a rien d’innocent. Les millions d’euros prévus dans les programmes ne seront pas de trop surtout en ces temps de crise. D’autant qu’au bout il y a le gaz de la mer Caspienne. L’Arménie est probablement parmi ces six, le pays le plus attaché à Moscou, non pour des raisons idéologiques mais sécuritaires. La Turquie et l’Azerbaïdjan maintiennent un blocus depuis 1993 et ne demanderaient pas mieux que de franchir la frontière, s’il n’y avait pas les deux grandes puissances, USA et Russie. La France comme l’UE n’ont qu’un rôle de figurant dans ce domaine.

L’UE commence sérieusement à se désintéresser de la Turquie. Des milliards ont été versés à la Turquie comme subvention en vue d’une adhésion hypothétique d’ici une douzaine d’année, et ces sommes ont été englouties sans résultats tangibles au bout – c'est-à-dire mise en place des valeurs de l’UE (Libertés, Démocratie, Droits de l’Homme) –, mais ont servi à redresser l’économie du pays, lequel pays a maintenant des velléités de puissance régionale avec un regard insistant vers le Proche-Orient, le tout agrémenté d’une politique anti-israélienne et pro-musulmane . Ce qui bien sûr n’empêche pas de nombreux pays européens de commercer de façon lucrative avec les dignes successeurs de l’empire ottoman.

Les affaires sont les affaires.

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