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mercredi 18 janvier 2012

Edouard Nalbandian fait le point sur les processus arméno-azéri et arméno-turc.


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Lors d’une conférence de presse et à la veille de la rencontre trilatérale de Sotchi, le chef de la diplomatie arménienne a rappelé les actions menées jusqu’à présent aussi envers l’Azerbaïdjan que la Turquie.

Les négociations sur le conflit du Karabakh piétinent malgré les relances successives des pays coprésidents du groupe de Minsk ou des Organismes internationaux. Si le statut et le devenir du Haut-Karabakh sont devenus un objectif lointain, la situation sur la ligne de front ne cesse de se dégrader, malgré les accords signés, mais hélas non respectés.

Les violations sont permanentes, pire, elles ont tendance à déborder de la ligne de front Karabakh-Azerbaïdjan sur la frontière arméno-azerbaidjanaise. Violations qui ont lieu exclusivement en dehors des jours où la Mission d’observation de l’OSCE fait sa tournée.

D’ailleurs le président Ilham Aliev a été très clair lors de ses vœux à la nation. Des trois principes de base proposés par les médiateurs internationaux, seul est retenu celui de l’intégrité territoriale. Les deux autres, non usage de la force ou de sa menace et droit à l’autodétermination des peuples, ne font pas de la panoplie azerbaidjanaise. Et ce malgré l’acceptation par les dirigeants de Bakou des dites propositions. A noter toutefois, que Bakou n’est pas le seul à renier sa signature, Ankara est là pour donner le (mauvais) exemple de non respect - extension de l’union douanière aux dix derniers pays rentrés dans l’UE dont Chypre et plus récemment les protocoles de normalisation avec l’Arménie.

Si le processus arméno-azéri marque le pas depuis déjà quelques années, celui arméno-turc est rentré dans un coma profond, maintenu en vie artificielle par les Etats-Unis et la Suisse en tant que pays médiateur. Quant à l’UE, elle suit gentiment le corbillard de ses illusions sur la transformation de la Turquie. Turquie qui du reste leur sera très utile quand les problèmes syrien et/ou iranien déboucheront un jour ou l’autre sur des sanctions autres que verbales.

Conséquence prévisible si un tel chaos se produisait, la forte tentation des dirigeants azéris de régler le conflit du Karabakh autrement que par des moyens pacifiques.  


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Lors d’un point presse, le ministre des Affaires étrangères arménien, Edouard Nalbandian, a confirmé la réunion trilatérale entre les Présidents de l'Arménie, de la Russie et de l'Azerbaïdjan d’ici la fin du mois de Janvier.

2011 a consolidé l'accord sur les positions de l'Arménie et de la communauté internationale sur le règlement du conflit du Karabakh. Le ministre a rappelé la déclaration adoptée par les trois Présidents à Sotchi le 5 Mars, la déclaration conjointe des trois Présidents russe, français et américain, émise dans le cadre du sommet du G8 à Deauville, la réunion des Présidents à Kazan le 24 Juin, ainsi que la déclaration des chefs de délégation des pays coprésidents du Groupe de Minsk, et des ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaidjanais, faite dans le cadre de la Conférence ministérielle de l'OSCE à Vilnius le 6 Décembre.

Concernant le manque d'accord sur les mécanismes d'enquête sur les incidents sur la ligne de contact, Edouard Nalbandian a déclaré que l'Azerbaïdjan persistait à entraver le processus, en évitant à plusieurs la mise en œuvre de l’accord sur les enquêtes d’incidents sur la ligne de front. Il a exprimé l’espoir que les mécanismes prévus soient plus efficaces et atteignent les objectifs fixés. Et de citer les menaces de Bakou de mettre son veto à la proposition du Groupe de Minsk d’inclure les frais d'enquêtes sur les pertes humaines sur la ligne de contact, au budget 2012.

Selon le service de presse du ministère de la Défense de la RHK, les violations du cessez-le-feu ont repris de plus belles, ainsi, près de 90 tirs d’armes de calibre divers, représentant 1200 coups, ont été relevés entre le 31 Décembre et le 1er Janvier sur la ligne de front.

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Le Chef de la diplomatie a souligné les progrès enregistrés dans le processus d'intégration européenne, en particulier les négociations sur l'Accord d'Association et de la facilitation du régime des visas.

A la question de savoir si l'adoption du projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien va perturber le processus de normalisation des relations arméno-turques, il a indiqué que : "La réconciliation Arménie-Turquie est un problème clairement différent qui dépend principalement de la position de la Turquie. Les deux processus n'ont rien à voir avec l'autre, et de reconfirmer que c'est la position de la Turquie qui empêche le processus de progresser."

Quant aux menaces de la Turquie contre la France, il les a rejetées comme "trop ​​faibles pour produire l’effet désiré."

Le projet de loi sera débattu au Sénat français le 23 Janvier, bien que rejeté par la commission des lois du Sénat. S’il est adopté, cela impliquera une amende 45.000 € et un an de prison pour quiconque en France niera le génocide des Arméniens, commis par l'Empire ottoman.

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* Brève Artsakh *

Le 16 Janvier, le Président de l'Artsakh, Bako Sahakian, a rencontré le représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice, l'Ambassadeur Andrzej Kasprzyk. La discussion a porté sur la situation actuelle et les développements récents sur la ligne de contact entre le Haut-Karabakh et les forces armées azerbaïdjanaises.

Le lendemain, conformément aux accords, la Mission d’observation de l'OSCE s’est rendue sur la ligne de contact, près du village de Kuropatkino dans région de Mardouni (RHK).

Côté des positions arméniennes, le groupe était dirigé par Andrzej Kasprzyk, accompagné des Assistants sur le terrain Antal Herdich (Hongrie) et Marius Puodziunas (Lituanie).

Côté azéri, le groupe de surveillance était conduit par le Coordinateur du Bureau de l'OSCE, Imre Palatinus (Hongrie), et des Assistants sur le terrain, Chisto Christov (Bulgarie) et William Prior (Grande Bretagne).

Comme à l’accoutumée, aucune violation du régime de cessez-le-feu n’a été relevée le jour en question.

* Brèves Turquie *

La question portant sur les ‘atrocités arméniennes’ a été supprimée de la liste des questions des examens des écoles turques, suite à un nombre considérable de plaintes.

Ainsi, le département de l'éducation nationale du quartier de Bakırköy avait publié une liste de questions portant sur les ‘atrocités arméniennes’. Pendant les examens, l'ex-président de la Confédération des syndicats du secteur public, Sami Evren, avait quitté la salle d'examen en signe de protestation à des questions à caractère raciste de la liste, rapporte le quotidien turc Vatan.

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Le tribunal d'Istanbul a condamné mardi à perpétuité Yasin Hayal, l’homme qui a incité au meurtre le journaliste turco-arménien Hrant Dink, il y a cinq ans, et a acquitté les 19 autres prévenus, soupçonnés de faire partie d'un groupe terroriste.

En juillet dernier, l’auteur de l’assassinat, Ogun Samast, alors âgé de 17 ans au moment des faits, avait été condamné par le tribunal des mineurs à 22 ans et 10 mois de prison.

L'affaire Dink a été suivie de près par l'Union européenne pour souligner les préoccupations sur le candidat ‘Turquie’ en matière des droits de l’homme et de références démocratiques. Après le verdict, 200 personnes ont rejoint les membres de la famille Dink a proximité du tribunal, pour s'indigner de ce que le tribunal n'a pas encore d'examiné le rôle présumé de fonctionnaires de l'État dans le meurtre.

De son côté, Amnesty International a déclaré que les autorités n'avaient toujours pas enquêté sur les circonstances exactes des commanditaires de l’assassinat. "Les autorités turques ont omis de traiter l'implication de fonctionnaires de l'État. Les services de sécurité étaient au courant du complot pour l’assassinat et étaient en communication avec les accusés, pourtant rien n'a été fait pour les arrêter," a déclaré Andrew Gardner, l’expert d'Amnesty International en charge de la Turquie.

Sept agents de sécurité ont été reconnus coupables pour ne pas avoir relayé l'information sur le complot, ce qui aurait pu empêcher l'assassinat.

* Brèves OSCE *

Le 22 Décembre 2011, le Conseil permanent de l'OSCE a approuvé le Budget de l'Organisation pour 2012. Parallèlement à cela, le Conseil permanent a examiné une demande d’augmentation pour le Bureau du Représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice (CIO) en vue assurer des ressources suffisantes pour enquêter sur les incidents potentiels sur la ligne de contact entre les forces armées du Haut-Karabakh et celles de l'Azerbaïdjan, en application des accords du 6 Février 1995, signé par les trois parties au conflit (le Haut-Karabakh, l'Arménie et l'Azerbaïdjan) sous la médiation des coprésidents de la Conférence de Minsk.

L'idée d'augmenter les fonds pour le Bureau du CIO a été largement soutenue par les Etats-membres de l'OSCE. Il est symbolique que seule la délégation azerbaïdjanaise a voté contre, au motif qu'elle ne pouvait pas approuver des fonds supplémentaires pour le Bureau tant qu'un accord final sur les détails du mécanisme d'enquête d'incident ne serait pas signé.

"Malheureusement, ce n'est pas la première fois que nous sommes confrontés à une situation où les actions des dirigeants azerbaïdjanais sont en totale contradiction avec les déclarations précédentes et les accords au plus haut niveau, en particulier, ceux signés à Sotchi le 5 Mars dernier par les trois Présidents russe, arménien et azerbaidjanais.

Cela confirme une fois encore que l'Azerbaïdjan n'est pas intéressée par les enquêtes sur les incidents sur la ligne de contact, car cela mettrait en évidence que c'est la partie azerbaïdjanaise qui est régulièrement à l’origine des provocations, approfondissant ainsi l'hostilité et la méfiance des parties l’une envers l'autre et conduisant le processus de négociation dans une impasse," indique le communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères de la République du Haut-Karabakh.

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L’Union européenne et l'OSCE soutiendront les élections générales démocratiques en Arménie de 2012 et de 2013. Un montant de 1,7 millions d'euros sera alloué par l'UE et mis en œuvre par le Bureau de l'OSCE à Erevan. Cette initiative des deux Organisations internationales reconfirme leur intention de soutenir l'Arménie dans la conduite d’élections conformes aux normes internationales.

Le projet compte renforcer les compétences de la société civile pour l'observation nationale professionnelle et les reportages sur les processus électoraux, y compris les précampagnes électorales, le scrutin et les plaintes/procédures de recours. Renforcer également la protection des droits l’homme dans le pays grâce au renforcement de son Bureau local (HRDO) et l'expansion de sa portée géographique, celle des capacités techniques et professionnelles des commissions électorales pour mener une gestion efficace et responsable des processus électoraux. Stimuler les capacités techniques et professionnelles de la police pour fournir des listes électorales précises et accessibles, pour organiser une réaction rapide aux actes délictueux voire criminels, pour protéger l'ordre public, pour enquêter sur les violences pré-électorales, pour la sensibilisation du public aux droits et aux procédures électorales, et notamment dans les villes et villages de province.

Les détails seront fournis lors d’une conférence de presse le 19 Janvier prochain par le chef de la délégation de l'UE en Arménie, Traian Hristea et le directeur-adjoint du Bureau de l'OSCE à Erevan, Carel Hofstra.

* Brève ICG *

La directrice du programme Europe de l'International Crisis Group(ICG), Sabine Freizer, basée à Istanbul, dans un entretien avec bs-kavkaz.org. , a rejeté tout lien entre la réconciliation arméno-turque et le problème du Haut-Karabakh. "On ne peut pas dire qu'ils ne sont pas du tout reliés l’un à l’autres, mais nous pouvons espérer que le processus arméno-turc va résoudre le problème du Karabakh."

"Beaucoup de groupes d'opposition et de cercles sociaux, arméniens et turcs, sont opposés aux protocoles arméno-turcs. Beaucoup prétendent que la Turquie a fermé la frontière en raison du conflit du Karabakh, et qu’elle ne sera ouverte qu’après que l'Arménie ait retiré ses forces armées du Haut-Karabakh. En commençant des pourparlers avec l'Arménie, la Turquie ne pensait pas que l'Azerbaïdjan protesterait aussi durement. Bakou pousse Ankara à reconsidérer sa position concernant les liens avec Erevan."

"La ratification des protocoles arméno-turque permettra d'améliorer les relations entre les deux pays voisins, qui, à son tour, contribuera au renforcement de la stabilité dans la région. Jusqu’à la ratification des protocoles, le processus entre l'Arménie et la Turquie deviendra plus compliquée provoquant la déception dans les sociétés des deux pays."

Selon la Responsable, l'Arménie et la Turquie bénéficieront de la normalisation des relations, ainsi : "Ankara est convaincu que c'est un geste positif tout d'abord du point de vue de la politique étrangère, comme exemple de sa politique du "zéro problème avec les voisins", ce qui est important en vue de son adhésion à l'Union européenne. Par ailleurs, cela lui permettra d'étendre son influence économique dans le Sud-Caucase. Quant à l'Arménie, elle pourra établir des relations diplomatiques avec la Turquie, verra sa frontière ouverte et gagnera des dividendes sur le terrain de politique étrangère."

Quant à sa vision sur l'avenir du Haut-Karabakh, l'expert a indiqué que la mise en place d’un statut provisoire et d’une sécurité, proposées par groupe de Minsk, est la meilleure solution pour le règlement du conflit. "Le Haut-Karabakh a un bon fonctionnement gouvernemental et un développement correct de l'économie, aussi, un statut provisoire sera l'occasion de communiquer avec le monde extérieur et d’attirer les investissements."

* Brève Arménie *

Le 16 Janvier, Edouard Nalbandian a rencontré le co-rapporteur de l'APCE chargé du suivi de l'Arménie, John Prescott, et a indiqué que l'Arménie à respecté ses engagements dans le cadre de la coopération avec le Conseil de l'Europe ; ce que le co-rapporteur a confirmé en évaluant positivement la mise en œuvre de réformes démocratiques dans le pays.

La discussion a également porté sur les prochaines élections parlementaires et sur des questions régionales.

* Brève Suisse *

Le 11 Janvier, l'ambassadeur arménien en Suisse, le chanteur mondialement connu, Charles Aznavour, a participé à la cérémonie traditionnelle de présentation des vœux du Nouvel An à l’attention des missions diplomatiques accrédités en Suisse. Charles Aznavour a échangé des vœux avec la présidente suisse Evelyne Widmer-Schlumpf, nouvellement élue, et le ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter.

Puis il a rencontré le groupe d'amitié parlementaire arméno-suisse, avec lequel il s’est entretenu de la coopération au niveau parlementaire des deux pays et des possibilités de visites bilatérales. Il a loué l'action de la Suisse concernant la reconnaissance du génocide arménien.

* Brève Israël *

"Prétendre qu’Israël n'a, en fait gardé le silence sur la question du génocide arménien dans l'intérêt du maintien des liens politiques avec la Turquie, équivaut à déclarer la faillite morale d'Israël," ont indiqué le professeur d'université de l'Utah, Hakan Yavuz, et le doctorant, Tal Aires, dans un article intitulé : "Le Génocide arménien : Israël doit conserver sa boussole morale", publié par le Jerusalem Post.

Selon le professeur Yavuz, le débat public à la Knesset israélienne sur la reconnaissance du génocide arménien du 26 Décembre dernier, a été lancé au milieu de considérations politiques et diplomatiques, et non morales.

"Maintenant qu'Israël est libre de ses engagements politiques envers la Turquie, il peut déclarer officiellement que ce qui est arrivé aux Arméniens pendant la Première Guerre mondiale était un génocide", lit-on dans l'article.


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Extrait de PanArmenian


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