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samedi 4 février 2012

La Turquie s’enfonce encore plus dans son déni, même si des Turcs ont changé.


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Un Ambassadeur, quel qu’il soit, représente son pays et défend les intérêts et les positions de celui-ci. Ainsi, pour les anglo-saxons (Anglais et Américains), il n’y a pas eu de génocide, mais seulement des massacres de masses et c’est aux historiens des pays concernés de se mettre d’accord sur la qualification des faits. Et gare à celui qui s’écarte de la version officielle, l’ambassadeur John Evans en a fait les frais il y a quelques années.

Si c’est aux historiens de décrire les faits, c’est aux politiques d’en tirer les conséquences et d’éviter que de tels faits se reproduisent. Un crime contre l’humanité, peut être discuté par tout à chacun, vu que par définition cela concerne tout le monde.  Un massacre de masse planifié par un gouvernement est un génocide. Quand le gouvernement Jeunes Turcs ordonne la déportation des Arméniens d’Anatolie dans les déserts de Mésopotamie, et les extermine le long du trajet, c’est un acte réfléchi et planifié. Quand Mustapha Kemal, ordonne la confiscation de tous les biens appartenant aux Arméniens d’Anatolie et les déchoie de leur nationalité en les transformant en apatrides, c’est un acte réfléchi et planifié.

Quand le gouvernement turc expurge ses archives de tous les documents compromettants et claironne "venez consulter mes archives sur cette période", c’est prendre ses interlocuteurs pour des imbéciles.

La France a reconnu officiellement le génocide arménien en 2001. (Si loi mémorielle il y a, c’est celle-là et non celle de 2012).

On comprend que les propos de l’ambassadeur de France à Ankara, doivent tendre à dédramatiser le contentieux. Mais de là à prétendre que c’est la mort de 2,5 millions de Turcs durant la première guerre mondiale, qui a rendu les Turcs sensibles, c’est aller un peu vite en besogne. (Pour la petite histoire, il y a avait plusieurs centaines de milliers d’Arméniens enrôlés dans l’armée ottomane, et très peu sont revenus). 

Ne serait-ce pas plutôt d’être accusé de pays génocidaire ? Ne serait-ce pas plutôt de devoir réparer les crimes commis ? Ne serait-ce pas de devoir également rendre des comptes aux autres minorités, grecques ou assyro-chaldéennes ‘nettoyées’  en même temps que les Arméniens. Et maintenant ce sont les Kurdes qui subissent le défoulement des dirigeants turcs, certes d’une façon plus soft qu’à l’époque.

Si monsieur l’ambassadeur connaît aussi bien la communauté arménienne de France, il devrait savoir que le contentieux du peuple arménien n’est pas avec la population turque mais avec l’Etat turc.





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Entretien exclusif de l’Ambassadeur de France en Turquie, Laurent Bili au quotidien Zaman, 1er février 2012.

Extraits

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Affirmant avoir, en sa qualité d’Ambassadeur, une double tache, l’une auprès des Français et l’autre auprès des Turcs, l’Ambassadeur explique : «Les souffrances endurées dans cette région sont très grandes. Près de 1,6 millions de Français ont été tués pendant la période de la Première guerre mondiale et l’effondrement de l’Empire ottoman. Mais personne ne sait en France que les pertes turques s’élèvent également à 2,5 millions de personnes. Il faut, somme toute, expliquer aux Français la raison pour laquelle ces événements sont si sensibles pour les Turcs ».

«Pourquoi les Français légifèrent-ils sur notre histoire ?» A cette question, l’Ambassadeur répond ainsi : «Il me faut expliquer ceci aux Turcs : il y a en France dix fois plus de citoyens d’origine arménienne qu’en Turquie. Les souffrances qu’ils ont endurées et la mémoire du génocide sont devenus partie intégrante de l’histoire de France. 2015 approche. Il faut que les plaies ouvertes en 1915 se referment. Il faut renforcer le dialogue».

«Je ne sais pas encore si je resterai. Depuis la Première guerre mondiale, aucun ambassadeur français n’a été renvoyé de manière permanente. Cette loi est peut être inopportune, comme cela été dit, mais elle ne mérite pas une réaction excessive. Il y a beaucoup de débats en France sur l’opportunité de ce type de loi. Une rupture de nos liens ne serait pas la meilleure voie pour bâtir le monde de demain».

«Je souhaite inviter nos concitoyens d’origine arménienne en Turquie. La Turquie a tellement changé, cela ils ne le savent pas. Je veux leur présenter cette nouvelle Turquie. Peut-être que nous, les diplomates français, nous n’avons pas suffisamment travaillé sur les questions de mémoire. Nous avons fait comme si cette question n’existait pas, mais il n’est pas possible de l’oublier. Si nous pouvions trouver une solution pour le rapprochement de la Turquie avec la diaspora arménienne, cela serait plus bénéfique que d’oublier cette question. Si je reste et si la partie turque l’accepte, une telle chose pourrait être bénéfique». Ancien conseiller de Chirac pour le Caucase, l’Ambassadeur connaît bien la diaspora arménienne. Il s’adresse ainsi aux Arméniens de France : « Venez en Turquie, visitez-la, parlez à un Turc. Vous pouvez avoir intérêt à utiliser la nouvelle stratégie de la Turquie de libéralisation du débat historique. Autrement dit le rapprochement, le dialogue. Cela ne peut pas continuer ainsi. Une nouvelle loi pourrait être promulguée. Il est temps de résoudre cela».

(…)


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* Brève Arménie *

"Même si le Conseil constitutionnel déclare la loi anticonstitutionnelle, cela ne signifiera pas la fin du monde. Le texte peut être modifié pour correspondre aux remarques du Conseil. Il est clair que le combat ne va pas être facile, mais personne ne doit céder au désespoir. Aussi, le fait même qu'un pays comme la France continue de travailler en vue de l'adoption du projet de loi, c’est déjà source d'inspiration. Arriver aussi près que possible de la reconnaissance internationale du génocide, doit nous encourager à promouvoir l'adoption de lois similaires,"  a déclaré le directeur du Bureau Hay Tad et des Affaires politiques de la FRA-Dachnaktsoutioun, Giro Manoyan.

Giro Manoyan considère que la Turquie a joué un rôle certain dans la saisine, puisque la plupart des législateurs qui ont signé l'appel sont soit du Centre, soit du parti de Sarkozy. (ndlt : armenews donne le détaildes signataires)

Sarkozy a déjà déclaré qu'il va présenter un nouveau projet de loi punissant la négation du génocide arménien, en cas de rejet de la loi actuelle.

Il est question que les représentants de la communauté arménienne de France rencontrent le président Nicolas Sarkozy pour discuter de la situation.

* Brève Iran *

Abraham Niziblian, de l’Université McGill de Montréal, dans le Washington Post en réponse à l’article de Stephen Blank du 7 janvier intitulé «drones américains au voisinage de l’Iran», écrit :

"Concernant les menaces iraniennes contre l'Azerbaïdjan, elles semblent infondées quand on voit les efforts continus de l'Azerbaïdjan pour approfondir les liens économiques et politiques entre les deux pays.

Le mois dernier, les ministres des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan, de la Turquie et de l'Iran se sont rencontrés pour explorer les domaines de coopération mutuelle. Comme par hasard, la rencontre a eu lieu au Nakhitchevan, là où les troupes azéries ont balayé les derniers vestiges de la communauté arménienne, vieux de plusieurs siècles, en détruisant en 2005 les milliers de pierre-croix (Khatchkars) du cimetière de Djoulfa.

En attendant, l'Azerbaïdjan travaille en collaboration avec la Cie nationale iranienne Naftrian Intertrade (NICO) dans l'exploration du champ de gaz naturel Shah-Deniz. C'est sûrement une source d’indigestion pour les dirigeants de Washington, qui cherchent à sanctionner l'Iran pour ses recherches nucléaires.

Les menaces de M. Blank et de la communauté internationale devraient plutôt porter sur les propos de l'Azerbaïdjan à l’encontre de l'Arménie voisine et du Haut-Karabakh. Dix-huit ans après l'établissement d'un cessez-le-feu dans le conflit du Karabakh - signé par les dirigeants de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie et du Karabakh – Bakou s'oppose à la participation du Karabakh dans les négociations du Groupe de Minsk de l’OSCE pour trouver une solution durable au conflit. Pire encore, les menaces continuelles du président Ilham Aliev pour résoudre les violations permanentes du cessez-le-feu sur la ligne de contact, ne servent qu’à déstabiliser davantage la situation.

Depuis une vingtaine d’années, le Haut-Karabakh promeut les valeurs universelles de démocratie et de droits de l’homme au sein de ses frontières tout en résistant contre un voisin autoritaire et agressif. S’il lui-même veut cesser d'être la cible de menaces, l'Azerbaïdjan devrait suivre l'exemple du Karabakh sur ce point."

* Brève Turquie *

Lors d'une expédition archéologique à Diyarbakır (Turquie), les scientifiques ont découvert une sépulture près de la ville forteresse d’Içkale.

Les scientifiques ont d'abord pensé que c'était un lieu de sépulture de Kurdes tués par le JITEM (service de renseignements de la gendarmerie turque) dans les années 1990. Toutefois, il s'est avéré avec une étude plus poussée que les restes dataient de plus de 90 ans, ce qui laisserait entendre qu’ils peuvent appartenir aux Arméniens massacrés pendant le génocide ;  rapporte le quotidien Taraf.

Selon les archives, 56.166 Arméniens vivaient à Diyarbakır en 1914. 97% d’entre eux ont ‘disparu’ en l’espace d’un an.

* Brève Russie *

Le chef du Parti libéral démocratique russe, Vladimir Jirinovski, estime qu’un règlement du conflit de Haut Karabakh est impossible sans la médiation russe, et de suggérer que pour résoudre le problème, l’Arménie et l'Azerbaïdjan devraient rejoindre la Russie en tant que région fédérale du Sud-Caucase. Dans une interview à l'agence de presse azérie, Jirinovski indique que :

"L’Azerbaïdjan doit gouverner la région fédérale compte tenu de l’importance de sa population, avec des Vice-gouverneurs Arméniens. Nous reconnaîtrons l'indépendance du Karabakh, au cas où l’Arménie et l'Azerbaïdjan refuseraient la proposition. La reconnaissance de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan par la Russie nuira aux liens avec l'Arménie. Nous avons besoin de l'Arménie comme levier de pression sur la Turquie. L'Arménie assure la protection de notre frontière avec la Turquie, qui à son tour, entrave la résolution du conflit du Karabakh", a explicité M. Jirinovski.

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Extrait de Radiolour et de PanArmenian


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