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mercredi 7 mars 2012

Karabakh : Les coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE sur le terrain

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Une fois n’est pas coutume, les médiateurs internationaux ont repris leur circuit régional pour essayer de convaincre les belligérants de mettre en œuvre les décisions prises lors des rencontres trilatérales. Les engagements pris sont détaillés dans les déclarations faites à l’issue des rencontres entre les présidents Serge Sarkissian et Ilham Aliev, et cosigné par le président Dimitri Medvedev.

Seulement il y a un pas important entre ce qui est dit, ce qui est écrit et ce qui est fait. Sur le terrain, rien ne change et les violations du cessez-le-feu sont quotidiennes avec pour conséquences des morts et des blessés dans les deux camps. Seul changement perceptible, l’augmentation de la tension au fil du temps  sur la ligne de contact et un usage croissant d’armes de tous genres, les snippers n’étant pas en reste. Bien évidemment lors des missions de contrôles de l’OSCE aucun coup de feu n’est tiré ni aucune violation relevée. Logique, puisque tout le monde est averti - même un enfant le comprendrait.

Il n’est pas besoin d’épiloguer 107 ans pour comprendre cette situation de ni guerre ni paix. Bakou désire récupérer tous les territoires perdus en 1994, Haut-Karabakh compris, et les Karabakhis désirent garder leur indépendance chèrement acquise. Deux positions inconciliables. Positions qui au lieu de se rapprocher avec le temps, tendent au contraire à se durcir. Distiller le poison de la haine envers l’autre ne risque pas d’atténuer les tensions, et si de plus les dirigeants versent en permanence de l’huile sur le feu en montant en épingle le moindre événement, ou pire en falsifiant les faits, il est clair que tôt au tard le va-t-en-guerre va franchir le pas et déclencher les hostilités.

C’est là le rôle essentiel des coprésidents : empêcher que le va-t-en-guerre commette l’irréparable.

Questions subsidiaires : Qui a envie de reprendre ce qu’il considère comme étant sien ? Qui ne veut pas que l’on augmente les missions d’observations sur la ligne de contact, quitte à bloquer le vote du budget de l’OSCE ? Qui a une industrie militaire florissante et un budget militaire équivalent au PIB de son adversaire ? Qui maintient encore ses réfugiés dans la misère alors que l’argent ne manque pas ? Qui a massacré sa propre population et fait croire que le fautif c’est celui d’en face ?

Tout le monde connaît la réponse, à commencer par les pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE. Seulement voilà, au XXIème siècle on préfère la méthode Coué, tout en caressant le mini-dictateur dans le sens du poil. Aussi, comme en médecine, quand la cause du mal est trop près d’un organe essentiel (ici l’Iran), on n’intervient pas.

Certains dirigeants devraient méditer cette citation d'Abraham Lincoln : "On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps."


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Les médiateurs internationaux ont visité la zone de conflit du Haut-Karabakh alors que des accrochages meurtriers se sont produits entre les forces arméniennes et azerbaïdjanaises, faisant deux morts chez les soldats azerbaïdjanais le week-end dernier.

Les diplomates américain, russe et français qui coprésident le Groupe de Minsk de l'OSCE ont eu des entretiens vendredi à Erevan, se sont rendus au Karabakh samedi et sont arrivé à Bakou lundi.

Les sources officielles arméniennes ont donné peu de détails sur leurs rencontres avec le Président Serge Sarkissian et ministre des Affaires étrangères Edouard Nalbandian. Dans un communiqué laconique,  le ministère arménien des Affaires étrangères a indiqué que les discussions ont porté sur les moyens de mise en œuvre des accords conclus par les présidents Sarkissian et Aliev lors de leur dernière réunion organisée par leur homologue russe, Dimitri Medvedev, à Sotchi fin de Janvier. Edouard Nalbandian s’est plaint des récentes déclarations des dirigeants azerbaïdjanais qui, selon lui "vont à l'encontre des accords conclus à Sotchi."

De même, les médiateurs ont rencontré samedi à Stepanakert le président de la RHK, Bako Sahakian. Mais aucun détail n’a été communiqué. Seul le coprésident américain, Robert Bradtke, a déclaré : "Nous avons essentiellement discuté de la situation sur la ligne de contact". Selon le diplomate, la difficile recherche d'un accord de paix mutuellement acceptable se poursuivra malgré les élections à venir.

Bako Sahakian a félicité Jacques Faure pour sa nomination et lui a souhaité un travail productif. Il a souligné que la position de Stepanakert reste inchangée, et qu’il sera impossible de parvenir à un règlement global du conflit sans la restauration du format à part entière des négociations, c'est-à-dire avec la participation directe de la RHK à toutes les étapes du processus. Il a également mis l’accent sur le fait que l'indépendance de l'Artsakh est irréversible et qu’il n’est pas question d’affaiblir de quelle que manière que ce soit la sécurité de la république.

Après avoir rencontré les dirigeants azerbaidjanais, les coprésidents ont sorti le communiqué suivant :

Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE (les Ambassadeurs Robert Bradtke des Etats-Unis, Igor Popov de la Fédération de Russie, et Jacques Faure de la France) ainsi que l'Ambassadeur Andrzej Kasprzyk (Représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice) se sont rendus du 2 au 6 Mars à Erevan, au Haut-Karabakh, et à Bakou. Les Coprésidents se sont réunis avec les présidents Sarkissian et Aliev, et avec les autorités de facto du Haut-Karabakh.

Les coprésidents ont présenté un plan aux parties, à mettre en œuvre suite à la déclaration commune faite par les présidents Medvedev, Aliev et Sarkissian le 23 Janvier à Sotchi. S'appuyant sur l'engagement conjoint des deux présidents d’accélérer la conclusion d'un accord sur les principes de base, les coprésidents ont proposé des mesures pour aider les parties dans la poursuite de travaux dans le cadre d’un règlement de paix global.

Les coprésidents ont également discuté avec les parties pour mettre en œuvre les engagements pris à Sotchi de poursuivre les travaux sur un mécanisme pour enquêter sur les incidents le long des lignes de front. Les coprésidents ont indiqué qu'ils ont demandé, par l'intermédiaire du président en exercice de l'OSCE, que le Groupe de planification de haut niveau de l'OSCE développe le mécanisme, comme une mesure importante pour renforcer la stabilité et améliorer la confiance. En outre, les coprésidents ont discuté de sujets humanitaires et des contacts directs entre les populations, ce qui servira à promouvoir la compréhension mutuelle entre les peuples de la région, et sans être politisé ou manipulé au détriment du processus de paix.

Les coprésidents prévoient se rendre à Vienne le 22 Mars prochain pour informer le Conseil permanent de l'OSCE sur les dernières mesures prises en vue d'un règlement pacifique.

A noter qu’une mission de Surveillance se déroulera le 7 mars sur la ligne de contact au Sud-est du village de Gapanli dans la région de Tartar.

Côté azerbaïdjanais c’est Marius Puodziunas, assisté de William Pryor et de Peter Keay qui conduira l’équipe.

Côté arménien, ce sont Christo Christov et Antal Herdich qui dirigeront la mission d’observation.

(…)

Le Ministère de la Défense de l'Azerbaïdjan a indiqué que deux de ses soldats ont été tués pendant la nuit sur la section ouest de la longue frontière entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Ils auraient été pris sous le feu intense d’armes automatiques de l'armée arménienne. Un autre soldat aurait été gravement blessé après que son camion ait heurté une mine au Nord-est du Karabakh, lundi.

David Garabédian, du ministère arménien de la Défense, a accusé la partie azerbaïdjanaise de l'incident : "Le régime du cessez-le-feu est toujours violé par la partie azerbaïdjanaise, cette fois-ci nous avons répliqué."

Les violations de trêve semblent avoir été le principal objectif de l’activité des médiateurs ces derniers mois, reflet de leurs préoccupations au sujet d’une reprise éventuelle des hostilités à grande échelle et des différences persistantes sur les principes de base de la paix au Karabakh.

Aliev et Sarkissian étaient en passe de surmonter ces différences en Juin dernier lors de leur rencontre dans la ville russe de Kazan. Les perspectives d'une solution à court terme au conflit du Karabakh se sont estompées depuis lors. Les prochaines élections en Arménie et en Azerbaïdjan sont largement considérées comme étant un autre obstacle à une percée dans le long processus de paix.

* Brève UE

Le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, a participé à la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du Groupe Visegrad (V4) - Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie - et avec un certain nombre de pays européens, dans le cadre du partenariat oriental. Le Haut Représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, ainsi que le commissaire à l'élargissement et de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, étaient également présents.

Lors de son discours, Edouard Nalbandian a présenté les progrès enregistrés dans la coopération entre l'Arménie et l'Union européenne, soulignant que jusqu'à présent, 24 chapitres de l'accord d'association ont été validés, et que les négociations sur la facilitation du régime des visas et celles sur la création d'une zone de libre-échange approfondie et complète ont été lancées. Elles débuteront dans un avenir proche et la partie arménienne, en collaboration avec ses homologues européens, a l'intention d’aboutir dans un court laps de temps. Il a ensuite parlé de la mise en œuvre des réformes en Arménie.

L'ordre du jour de la réunion comprenait des questions relatives aux travaux préparatoires des prochaines élections législatives en Arménie et des réformes mises en œuvre dans le pays.

Se référant au document adopté par le Conseil de l'Union européenne sur le Sud-Caucase, le ministre Nalbandian a indiqué que l’Arménie partageait les positions de l'UE sur les mesures à prendre en vue d’approfondir le partenariat avec l’UE.

Concernant le Haut-Karabakh, Edouard Nalbandian a déclaré : "Nous nous félicitons de l'approche de l'UE à appuyer les efforts entrepris par les coprésidents du Groupe de Minsk en vue d’un règlement de la question."

A Prague, Edouard Nalbandian a eu une réunion avec Stefan Füle. Les interlocuteurs ont discuté de la prochaine visite du Président Sarkissian aux institutions européennes. Ils ont eu une conversation approfondie sur le rapprochement Arménie-UE, avec un satisfecit devant les progrès accomplis. La question du Haut-Karabakh a également été abordée.

Il a également rencontré Catherine Ashton en marge de la réunion. La discussion a porté sur la coopération UE-Arménie et les questions régionales.

Le chef de la diplomatie arménienne a rencontré ensuite M. Urmas Paet, son homologue estonien. Les questions relatives aux relations bilatérales et à la coopération UE-Arménie étaient à l'ordre du jour des échanges.

Avec son homologue hongrois, János Martonyi, Edouard Nalbandian, a discuté de la mise en œuvre des accords conclus lors de la visite officielle du Président arménien en Hongrie.

* Brève ONU

Le Représentant permanent de la République d'Arménie à l'ONU, Karen Nazarian a envoyé une lettre en date du 24 Février 2012, au Secrétaire général de l'ONU, déclarant :

"J'ai le regret de noter que le représentant de l'Azerbaïdjan a une fois de plus pris l'initiative de faire circuler de fausses et trompeuses informations sur les événements tragiques de Khodjalou. Cette délégation a diffusé à plusieurs reprises de la propagande anti-arménienne et des falsifications concernant ces événements, au nom des autorités azerbaïdjanaises.

Il serait plus pertinent de rappeler l'appel émanant de la communauté internationale, de la Cour européenne des droits de l'homme, et de nombreuses organisations des droits de l’homme, de libérer les journalistes azerbaïdjanais et les militants des droits de l’homme qui avaient mis en doute la version du gouvernement azerbaïdjanais concernant les événements de Khodjalou.

L’Arménie réitère sa position, selon laquelle des progrès dans les négociations pour le règlement pacifique de la question du Haut-Karabakh dépendent, entre autres, de la mise en place de tolérance et de retenue contre la propagande haineuse. L'initiative azérie n'augure rien de bon pour ces objectifs".

M. Nazarian a prié le Secrétaire général que la présente lettre et la déclaration ci-jointe du ministère des Affaires étrangères de la République du Haut-Karabakh, en réponse à la lettre du représentant de l'Azerbaïdjan, soient distribuées comme document officiel de l'Assemblée générale, en vertu des articles 35 et 39 de l'ordre du jour, et du Conseil de Sécurité.

* Brèves Turquie

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a rendu visite aux chefs religieux à Istanbul visites pour les remercier de leur contribution à la poursuite de la paix religieuse dans les Balkans, au Moyen-Orient et ailleurs.

Il a ainsi rencontré le Patriarche intérimaire arménien de Turquie, Mgr Aram Atechian. Davutoglu a déclaré que l'un des principaux éléments est d'établir la compréhension mutuelle entre les communautés religieuses et de transférer les résultats vers la sphère politique ; Et que dans l'avenir tous les préjugés seront laissés de côté, et qu’une paix stable s’établera à la fois en Turquie et dans le Caucase.

Le Patriarche a répondu que jusqu'à l’arrivée au pouvoir du Parti pour la Justice et le Développement (AKP), aucun ministre ou député ne s’est rendu au Patriarcat, et d’ajouter : "Si les Arméniens sont chassés de Turquie, l'une des deux jambes de la Turquie sera paralysée."

(…)

Bülent Arınç, ministre d’Etat et vice-Premier ministre, a déclaré aux journalistes après une réunion du Cabinet de lundi, que le gouvernement a salué la décision du Conseil constitutionnel français d’avoir déclaré la loi "inconstitutionnelle".

Peu de temps après le vote du 23 janvier, Ahmet Davutoglu avait indiqué que le Cabinet se réunirait pour examiner l'opportunité de lever les sanctions économiques, politiques et militaires, qui avaient été instaurés.

Le président Nicolas Sarkozy avait demandé mardi dernier à son gouvernement de rédiger une nouvelle version de la loi. "Le Président de la République considère que le déni de génocide est intolérable et doit donc être puni", avait indiqué l’Elysées dans un communiqué.

Arınç a minimisé la deuxième tentative de Sarkozy de préparer une nouvelle version du projet de loi, vu que le Parlement va arrêter sa session pour cause de campagne pour les élections présidentielles prévues pour Avril.

Arınç a déclaré que La Turquie avait décidé de maintenir les sanctions qu'elle avait prises contre la France après que le Parlement français ait voté la loi sur la pénalisation des dénis de génocides.

(…)

Un groupe de manifestants s’est rassemblé dimanche 4 Mars place Taksim à Istanbul, pour protester contre les slogans et les banderoles racistes lors de la manifestation du 26 février au même endroit.

Le groupe était composé de membres de certaines organisations de la société civile et a défilé le long de la rue Istiklal tenant une immense banderole sur laquelle on pouvait lire : "Nous marchons pour la fraternité des peuples contre le racisme". D’autres banderoles portaient des inscriptions telles que : "La haine est la votre, l'humanité est la notre" ou "Nous ne permettrons pas le racisme."

Un communiqué publié par le ministère de l'Intérieur turc avait dénoncé les agissements du dimanche précédent, et qu’il était impossible de justifier les slogans et des banderoles déployés ce jour là. Le communiqué ajoutait que des procédures judiciaires avaient été lancées pour trouver ces personnes et ces groupes, et que le Bureau du Gouverneur d'Istanbul travaillait à les identifier.

* Brève Argentine

Le 2 Mars, la jeunesse de la FRA-Dachnaktsoutioun d’Argentine a organisé une manifestation devant l'ambassade d'Azerbaïdjan à Buenos Aires, à l'occasion du 24e anniversaire des pogroms de Soumgaït.

Le bâtiment était entouré par un grand nombre de policiers en dépit du fait que l'ambassadeur se trouvait à Bakou, en compagnie du ministre argentin des Affaires étrangères, Héctor Marcos Timerman.

L'action de protestation visait aussi à attirer l'attention de la communauté argentine sur le règlement du conflit du Haut-Karabakh et plus particulièrement sur les déclarations agressives des dirigeants azerbaïdjanais, ainsi que sur la propagande diffusée par l'ambassade azérie pour fausser l'essence même du conflit.

* Le coin des experts *

* Hrant Melik-Chahnazarian

"L'armée azerbaïdjanaise est responsable de la mort de deux soldats dans les deux derniers jours. Ces soldats faisaient partie des minorités nationales résidant en Azerbaïdjan. N'est pas par hasard, si des meurtres ont suivi les manifestations des 1ers et 2 Mars d'environ 10 000 représentants de minorités nationales. Même si les rassemblements sont pacifiques en apparence, les conséquences ne sont pas nulles," a déclaré le politologue Hrant Melik-Chahnazarian.

"L'Azerbaïdjan continue d'exercer des pressions sur ses minorités nationales. La réaction de la communauté internationale est équivoque. Certains recherchent les éléments d’un printemps arabe, d'autres les attribuent à des problèmes sociaux. Il s'agit avant tout d'une question nationale. Les minorités ethniques d'Azerbaïdjan voient les Arméniens comme des vainqueurs et l'exemple de l'Artsakh comme un symbole de succès dans une lutte pour la liberté," a-t-il souligné.

* Alexander Iskandarian

"Des développements radicaux, mais non révolutionnaires, sont attendus en Russie après la victoire de Vladimir Poutine aux élections présidentielles. Poutine mettra l'accent principalement sur les questions de politique intérieure et d’économie, et cela va démarrer au début de mai," a déclaré le directeur de l'Institut du Caucase Alexander Iskandarian.

Iskandarian pense que la victoire de Poutine n’apportera pas de changement dans la position de la Russie envers l'Arménie et le Sud-Caucase. En outre, la Russie ne compte pas exercer une influence directe sur les prochaines élections législatives d’Arménie et qu’elle est prête à travailler avec les nouvelles autorités, le cas échéant.

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Extrait deArmenialiberty, de Radiolour et de PanArmenian




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