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lundi 4 juin 2012

Des Officiels américains en Arménie


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Autant les Etats-Unis peuvent s’appuyer à 100% sur la Géorgie, à 90% sur la Turquie et à 80% sur l’Azerbaïdjan, autant l’Arménie reste le maillon faible de la stratégie américaine dans cette région du monde, car alliée militaro-politique de la Russie.

Comparées à celles de ses voisines, les attentes de l’Arménie et des Arméniens des Etats-Unis restent de loin les plus importantes et les plus diversifiées (Cf. la liste dressée par l’ANCA ci-dessous).

Lors de la soviétisation de la région dans les années 20, le pouvoir bolchévique a charcuté l’Arménie beaucoup plus que ses deux voisines (Djavaghk, Nakhitchevan, Karabakh) et cerise sur le gâteau, a cédé une partie importante du petit Etat, l’Arménie occidentale, à l’empire ottoman, qui allait devenir la ‘Turquie moderne’. Bien évidemment les grandes puissances de l’époque se sont dépêchées de jeter aux orties le traité de Sèvres et la décision arbitrale du président Woodrow Wilson, pour le remplacer quelques années plus tard par le traité de Lausanne qui faisait la part belle au dénommé Mustapha Kemal, et enterrerait pour de nombreuses décennies les droits des Arméniens. Cette entente entre les vainqueurs de la première guerre mondiale enterrait par la même occasion le génocide de tout un peuple, et ouvrait la voie aux richesses du Moyen-Orient.

Aussi, il ne faut pas s’étonner des revendications arméniennes qui même près d’un siècle plus tard, sont toujours aussi vives.

Confucius disait : "Une injustice n'est rien, si on parvient à l'oublier."
À quoi Honoré de Balzac ajoutait quelques siècles plus tard : "On peut pardonner, mais oublier, c’est impossible."



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* Dick Durbin

Le sénateur Dick Durbin, un des leaders démocrates du Congrès, était en Arménie vendredi pour des entretiens sur la sécurité régionale avec les principaux dirigeants du pays.

Durbin a rencontré le président Serge Sarkissian avant d’aller discuter avec le ministre des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian. Son agenda prévoit également de rencontrer des femmes politiques ainsi que des militants de la société civile impliqués dans les programmes transfrontaliers turco-arméniens financés par les États-Unis.

Le président Sarkissian a félicité "les sénateurs amis de l'Arménie" pour avoir plaidé en faveur d’une assistance financière et pour leurs soutiens sur d’autres points concernant son pays, ce qui représente "une grande importance pour le développement de l'Arménie."

Il a souligné que durant les vingt dernières années, les États-Unis ont fourni une aide financière, humanitaire et technique considérable à l'Arménie. Il a remercié le peuple des États-Unis, son gouvernement et les législateurs pour ces actions. Il a exprimé sa gratitude personnellement au sénateur Richard Durbin pour son engagement sur la résolution sur le génocide arménien de Mars 2007, pour son attention constante envers les questions liées au peuple arménien.

"Le président et le sénateur américain ont discuté de questions relatives au développement des relations américano-arméniennes, des affaires courantes et des défis actuels dans la région," indique le communiqué présidentiel sans donner plus de détails.

Le ministère arménien des Affaires étrangères a également sorti un communiqué soulignant l’intérêt de Durbin de "vouloir se familiariser avec des approches de l'Arménie sur les questions régionales." Le chef de la diplomatie arménienne a fait le point sur les derniers développements du processus de paix du Haut-Karabakh.

En plus d'être le vice-président de la Chambre haute du Congrès, Durbin est membre de la Commission des Relations extérieures et de la Sous-commission des Affaires européennes, Caucase compris, du Sénat. Ses responsabilités couvrent aussi l'OTAN, l’UE et l'OSCE.

Ses deux interlocuteurs ont remercié le sénateur de l'Illinois pour avoir soutenu les projets de Résolutions du Congrès qualifiant de génocide les massacres des Arméniens de 1915 dans l'Empire ottoman.

L'ambassade américaine avait annoncé que "les questions de politiques intérieures" seraient également sur l'ordre du jour des pourparlers de Durbin.

* Hillary Clinton

La Secrétaire d'Etat Hillary Clinton est arrivée aujourd’hui en Arménie, elle se rendra en Géorgie le 5, en Azerbaïdjan le 6, avant de s’envoler pour la Turquie le 7 Juin. Les rencontres porteront sur les questions de sécurité, la démocratie régionale, le développement économique et la lutte contre le terrorisme.

* Réaction de l’ANCA

Le Comité National Arménien d'Amérique (ANCA) a suggéré dix points à aborder pour faire avancer les intérêts américains, promouvoir les valeurs américaines, et renforcer le statut diplomatique de l'administration Obama dans une région charnière d'une importance stratégique.

1)  Une annonce publique par la Secrétaire Clinton que le président Obama, après plus de trois ans à la tête de l’Etat, va enfin honorer ses promesses de reconnaître le génocide arménien et de soutenir la juste reconnaissance de ce crime par le Congrès des États-Unis.

2)  Une visite officielle au mémorial du génocide arménien, au cours de laquelle elle honorera ses propres engagements à reconnaître le génocide arménien, renoncera à son affirmation selon laquelle le génocide arménien est une question de "débat historique", et affirmera clairement que l'Administration n’utilisera plus comme excuse la ratification des protocoles Turco-arméniens, en situation d’échec, et se rendre ainsi complice du négationnisme d’Ankara.

3)  Un énoncé clair de distanciation des États-Unis suite à la récente déclaration de l'OTAN sur le règlement du Statut du Haut-Karabakh, mettant le principe de l'intégrité territoriale en avant et omettant celui de l'autodétermination. Revenir sur un rapport récemment publié par le Département d'Etat, affirmant, à la demande de Bakou, que le Haut Karabakh est une partie de l'Azerbaïdjan, ce qui est en contradiction directe avec la promesse du président Obama de travailler pour un règlement durable "basé sur l'engagement fondateur de l'Amérique aux principes de la démocratie et l'autodétermination."

4)  Une révision de l'Administration qui demandait une réduction de 19% de l'aide économique et de l’aide à la construction de la démocratie en Arménie, et un engagement à travailler avec les décideurs du Congrès d'honorer la promesse du président de "maintenir" les niveaux d'aide à l'Arménie, et aussi d'allouer la totalité de l'aide non dépensée que le Congrès avait voté pour le Haut-Karabakh.

5)  Une déclaration conjointe avec le gouvernement arménien, dans l'esprit de la promesse du président Obama de favoriser plus fortement les relations économiques Etats-Unis-Arménie ; annoncer des pourparlers pour mettre en œuvre le commerce bilatéral et les initiatives d'investissement, y compris un Accord de commerce et un Cadre d'investissement, un Traité de double taxation, et un Accord de libre-échange.

6)  Présenter une position ferme, lors de sa visite en Azerbaïdjan, sur la grave escalade des menaces du régime Aliev et des risques élevés d'une nouvelle agression contre le Haut-Karabakh ; d’une annonce publique que la Maison Blanche ne renoncera pas à l’article 907 du ‘Acte de Soutien de la Liberté’ tant que Bakou ne s'engagera pas fermement à résoudre pacifiquement son conflit avec le Haut-Karabakh.

7)  Une suspension de l'appui de l'Administration, suite aux menaces permanentes et aux actes d'agression de Bakou, pour la vente, le transfert d'armes ou de tout matériel militaire à double usage à l'Azerbaïdjan, y compris la vente controversée d’hélicoptères équipés de moyens de détection.

8)  Une visite pour enquêter sur le cimetière médiéval arménien de Djoulfa, au Nakhitchevan, un site comportant des milliers de pierre-croix (Khatchkars) et qui ont été systématiquement détruites par l'armée azerbaïdjanaise en Décembre 2005, tel que le prouve la bande vidéo qui a filmé cette destruction.

9)  Un engagement public de soutien des États-Unis, lors du voyage en Géorgie, demandant la mise en œuvre effective des fonds américain pour le développement économique, les programmes d'assistance et d'infrastructure en partenariat public-privé pour le Djavaghk, une région de Géorgie peuplée majoritairement d'Arméniens.

10)  Un voyage à Stepanakert pour démontrer le soutien pour le processus de paix du Groupe de Minsk de l'OSCE, faire pression pour le rétablissement de la République du Haut-Karabakh comme un participant à part entière dans toutes les négociations, et souligner la longue et fière tradition de soutien de l'Amérique pour le droit de tous les peuples à l'autodétermination démocratique.

* Violation tragique du cessez-le-feu *

Selon les premières données, le 4 juin les forces azerbaïdjanaises ont violé le cessez-le-feu sur la ligne de contact, en essayant de pénétrer les positions arméniennes dans la région de Davouch près des villages de Berdavan et de Tchinari.

L’avance a été stoppée par les militaires arméniens. Malheureusement,  trois soldats - Hratch Sarkissian, Zohrab Balabekian et Garen Davtian, ont été tués et cinq autres blessés suite à l'attaque du commando azerbaïdjanais.

Une équipe d'enquêteurs du Bureau du Procureur militaire et du ministère de la Défense, est arrivée sur place.

(...)

Durant la semaine écoulée (27 Mai-2 Juin), les militaires azerbaïdjanais ont violé le cessez-le-feu près de 200 fois sur la ligne de contact Haut-Karabakh-Azerbaïdjan. Ce qui représente environ 1.200 coups de feu d'armes de calibre différent.

* Brève Turquie *

Un groupe de journalistes turcs et arméniens ont rencontré le Vice-président du groupe parlementaire kurde - Parti de la Paix et de la Démocratie (BDP).

Hasip Kaplan a indiqué que la protection des droits des minorités nationales de Turquie a toujours été à l'ordre du jour de son parti. Il a regretté que le BDP n’ait pas nommé de candidats arméniens lors des dernières élections, espérant que le problème sera résolu pour les prochaines échéances.

Concernant l’adoption par le parlement français de loi pénalisant la négation du génocide arménien, le BDP a refusé de rejoindre les autres partis ayant apposé leur signature au bas de la déclaration condamnant ce vote : "J'ai refusé de signer le document vu qu'il déformait les faits historiques. Sans notre signature, il ne pouvait pas représentait le point de vue de l'ensemble du Parlement."

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