A la Une

dimanche 10 juin 2012

Une semaine de tensions sur la frontière arméno-azerbaidjanaise


***

Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Après la petite phrase du ministre des Affaires étrangères azéri (1) qui donnait le ‘la’ pour les mois à venir, voici celle du président turc qui résume la position de son pays : "(…) L'Azerbaïdjan libérera tous les territoires occupés".  Ce qui implique que non seulement le processus arméno-turc de normalisation continuera de rester dans l’impasse mais qu’Ankara est totalement solidaire de son alliée.

Le périple de la Secrétaire d’Etat américain, pourrait se résumer à cette locution latine tronquée de Jules César : "Vini, Vidi," car il est clair que son voyage n’avait pas pour but de "Vici". Les propos des dirigeants azerbaidjanais et ceux des dirigeants turcs n’ont fait que confirmer les informations qu’elle détenait déjà, ce qu’ils l’ont confortée en vue de la future stratégie des Etats-Unis dans la région. Washington n’a qu’une confiance très limitée sur Erevan si la situation venait à se dégrader dans la région. L’inverse est d’ailleurs également vrai.

Pensant que le problème iranien et surtout la mise en œuvre des projets de gazoducs vers l’Europe, feraient pencher la balance américaine en sa faveur, le clan Aliev a voulu forcer la main de Mme Clinton en créant une agitation malsaine et meurtrière à la frontière arménienne. L’effet escompté n’a pas eu lieu, et les communiqués, bien que généralistes, des pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE et de l’UE, ont mis l’accent sur le non-usage de la force, à charge pour l’intéressé de lire entre les lignes.

Tant que les grandes puissances continueront de fermer les yeux sur les agissements du clan Aliev et que les pays musulmans (OCI) le soutiendront, il n’y a aucune raison pour qu’Ilham cesse de jouer avec le feu et ne règne en maitre absolu sur ses sujets.



***

 * Commentaires de politiques *

* Vahan Chirkhanian

Parlant de l'augmentation du nombre d'incidents sur la ligne de contact, Vahan Chirkhanian, ex Vice-ministre de la Défense de 1992 à 1999, rappelle que la frontière n’a jamais été calme depuis Décembre 1988, donc déjà de l'époque soviétique. Seuls les détails et les objectifs ont changé aujourd'hui. Les événements de ces derniers jours sont liés à la communauté internationale.

Il voit un certain progrès en ce qui concerne la perception du conflit du Karabakh. Ainsi, l'Azerbaïdjan a gêné tous les programmes des Etats-Unis d’amélioration,  notamment : Nabucco, les aménagements de Ceyhan et la voie ferrée Tbilissi-Kars.

"Nous avons à faire face à un fou politique. On ne se lance pas dans une guerre sans s’assurer de conditions préalables : d'abord, l’attaquant doit avoir une armée puissante [et non seulement un surarmement], d'autre part, il doit être certain que son adversaire est réellement plus faible, et troisièmement, il doit être sûr que des sanctions internationales ne lui seront pas appliquées. Aliev n’a rien de tout cela," a-t-il souligné.

Tous les politiciens estiment que, malgré la poursuite des tensions, il n'y a pas de réelle menace de guerre.

* Khosrov Haroutiounian

"Il ne fait aucun doute que la partie arménienne doit donner une réponse équivalente aux actes de sabotage azerbaïdjanais, tant sur le plan diplomatique que militaire," a déclaré  le leader de l'Union Chrétien-Démocrate, Khosrov Haroutiounian.

Quels sont les objectifs de ces actes commandos ? Pour le député UCD, l'Azerbaïdjan n'est pas satisfait des possibles perspectives du processus de négociation.

L'Arménie a déclaré que les principes de Madrid peuvent servir de base pour des discussions, mais les résultats attendus sont insuffisants pour la partie adverse. Ainsi, l'Azerbaïdjan cherche à tout prix à changer le format des négociations. Clairement, l'Azerbaïdjan fait du chantage à la communauté internationale. La communauté internationale doit comprendre que le comportement de l'Azerbaïdjan constitue une menace immédiate pour toute la région.

La partie arménienne doit utiliser tous les voies diplomatiques pour faire adopter une telle résolution. Le député comprend que ce n'est pas un travail facile, mais les actions dans ce sens doivent se poursuivre. Il estime que la diplomatie parlementaire doit assumer sa part de responsabilité.

Selon le commandant légendaire de la guerre de libération de l’Artsakh, le Gal Arcady Ter-Tadeossian, qui l’accompagnait à sa conférence, l'Azerbaïdjan cherche à semer la peur parmi la population. Toutefois, Il reste confiant quant à une non-reprise de la guerre, vue la non-préparation de l'Azerbaïdjan. "Si la guerre reprenait, ils seraient de nouveau vaincus."

* Roland Kobia


En tant que chef de la délégation de l'UE en Azerbaïdjan, Roland Kobia a confirmait que le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, se rendra début de Juillet dans les pays du Sud-Caucase. Il discutera des perspectives de règlement du conflit du Haut-Karabakh.

"Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la politique de Sécurité, Catherine Ashton, ont à maintes reprises exprimé le souhait de l'UE d’intensifier son rôle dans la résolution du conflit. Selon toute probabilité, M. Van Rompuy publiera une nouvelle déclaration dans ce sens," a précisé Roland Kobia.

Il a exprimé ses préoccupations concernant l'escalade des tensions sur la ligne de contact et l'augmentation du nombre de victimes. Il a présenté ses condoléances aux familles des soldats qui sont morts dans ces incidents.

"Cela prouve la nécessité de prendre en compte les projets de l’UE sur des mesures de confiance. Ces actions seront nécessaires pour inspirer la confiance et favoriser la résolution pacifique du conflit."

Des sources indiquent que 20 à 25 soldats azerbaïdjanais auraient été tués ces derniers jours dans des actions azéries à la frontière arméno-azerbaïdjanaise dans la région de Davouche-Ghazakh. Le dernier tué en date concernerait un certain Ramil Cabrayilov Dilavar qui se serait ‘noyé’ dans la rivière Kur.

* Abdullah Gül

Lors d'une visite dans la province d’Iğdır, le président turc a parlé du Caucase, suite à l’escalade des tensions sur la frontière arméno-azerbaidjanaise.

"Une paix durable doit être mise en place au Caucase. La Turquie entreprend tous les efforts pour cela. L'Azerbaïdjan libérera tous les territoires occupés. Les deux parties se pencheront par la suite sur l'avenir de la région et tout le monde en admirera la beauté."

La déclaration d’Abdullah Gül peut être considérée comme un soutien tacite à la rhétorique agressive et prédatrice de l'Azerbaïdjan.

* Communiqué de la RHK *

"Les informations diffusées par les médias azerbaïdjanais sur des actions militaires lancées sur la ligne de contact par les forces armées du Haut-Karabakh en direction d'Aghdam et de Fizuli, ne sont rien d'autre qu'un produit de l'imagination. En réalité, les violations du cessez-le-feu ont considérablement augmenté dans la nuit du 8 Juin, ce qui cependant, n'ont pas eu d'incidence sur la situation générale," a déclaré dans un communiqué le ministère de la Défense de la RHK.

*

* Commentaires d’experts *

* Richard Guiragossian

"L'Azerbaïdjan se prépare à déclencher une guerre en 2014. Le choix de la date va coïncider avec le 20e anniversaire de l'Accord du cessez-le-feu, l’épuisement des réserves pétrolières de l'Azerbaïdjan, ainsi que les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi. L'Azerbaïdjan est intéressé par la réaction de la Russie. Ainsi, la question est de savoir si la guerre va commencer avant ou après les J.O. Si elle était déclenchée avant, les chances d’intervention de la Russie seraient limitées car elle va devoir se préoccuper d’abord des Jeux et les projecteurs seront braqués sur eux. Rappelons-nous de l’été 2008 quand la Géorgie a déclenchée la guerre contre l’Ossétie du Sud au moment des J.O de Pékin," a déclaré le Directeur du Centre d’Etudes Régionales (SRC), Richard Guiragossian.

Cela dit, M. Guiragossian a indiqué que l'Azerbaïdjan n'était actuellement pas prêt pour une guerre.

En réponse aux récentes attaques azéries sur la ligne de contact, les pays coprésidents du Groupe de Minsk pourraient modifier le format des négociations, ce qui permettra à la République du Haut-Karabakh de devenir un membre à part entière.

"Nous allons assister à des développements intéressants à Paris. La Secrétaire d'Etat Hillary Clinton a promis de nouvelles propositions, voire sur le format, l'objectif essentiel est de promouvoir l'activité du Groupe de Minsk de l'OSCE."

"A noter que la Secrétaire d'Etat américaine n’a rien dévoilé des propositions. Elle n'aurait jamais fait une telle déclaration sans se mettre d’accord avec la France et la Russie. Je m'attends à ce que le nouveau format des négociations, invite la RHK à la table des négociations comme membre à part entière. L’expérience de la conduite des pourparlers de paix sur les conflits en Irlande du Nord et en Palestine, prouve l'impossibilité de parvenir à un Accord sans la participation de tous les intéressés dans le processus."

L’expert pense très improbable le remplacement de l'Arménie par le Karabakh dans les négociations, car l'Arménie jouera toujours un rôle important. En ce sens, il a critiqué la décision de l’ex-président Robert Kotcharian de poursuivre les pourparlers avec l'Azerbaïdjan, sans la participation de la RHK.

"Par ses multiples attaques, l’Azerbaïdjan a eu pour objectif principal de marquer la visite de Mme Hillary Clinton dans la région, ainsi que démontrer la faiblesse de l'Arménie."

Le directeur du SRC a rappelé les mesures prises par Bakou lors des événements tragiques du 1er Mars 2008 à Erevan, pour montrer les faiblesses de l'Arménie. Et de noter que les attaques azéries ont commencé après le refus du parti ‘Arménie Prospère’ de se joindre à la coalition.

"Bien que se baser sur la faiblesse de la politique intérieure de l'Arménie soit absurde, Bakou estime que c’est un facteur grave," a-t-il souligné.

* Nareg Galoustian

Le politologue Nareg Galoustian ne prévoit pas de progrès dans le processus de rapprochement turco-arménien dans un proche avenir.

L'expert a souligné la nécessité d'exercer une pression sur la Turquie pour  débloquer la situation, notant que les Etats-Unis et l'Occident se sont essentiellement focalisés sur le problème nucléaire de l'Iran et la situation en Syrie.

"L'Occident ne veut pas que la Turquie modifie sa position sur les problèmes du Moyen-Orient. Aussi attache-t-elle une grande importance au soutien d’Ankara à ces questions."

Dans ce contexte, la déclaration de la Secrétaire d'Etat américain, qui a souligné la nécessité de poursuivre les efforts de réconciliation arméno-turques sans conditions préalables, n'affectera pas la position de la Turquie sur le sujet.

***
  *

Extrait de Radiolour et de PanArmenian


(1) : "Malheureusement de tels incidents se produiront jusqu'à ce que le conflit soit résolu,"

Partager

Twitter Delicious Facebook Digg Stumbleupon Favorites More