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mercredi 29 février 2012

Conseil Constitutionnel : Le génocide arménien n’est pas un crime, mais un délit contre l’humanité


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Les millions dépensés par Ankara n’ont pas été vains. Le lobbying direct, associé aux cabinets conseils et aux groupes de pression divers, ont porté leurs fruits. Sinon à quoi cela sert-il qu’Erdogan se décarcasse ?

Le Conseil constitutionnel a tranché. En France, il y a deux types de génocides : le bon, dont le négationnisme relève des assises et l’autre, c'est-à-dire le génocide arménien, dont la négation est un délit au même titre qu’un dépassement de vitesse ou un vol de sac à main. Deux poids, deux mesures.

Les onze sages ont donné une double réponse à la question qui leur était soumise :
-      Oui, c’est anticonstitutionnel de pénaliser les négationnistes des génocides reconnus par la France, et donc le génocide arménien, … par contre, c’est constitutionnel de pénaliser les négationnistes de la Shoah. Et de considérer que le négationnisme fait partie de la liberté d’expression (dixit).
-      Non, on ne peut pas se permettre de se mettre la Turquie à dos pour deux raisons essentielles : 1 – C’est un partenaire commercial très important pour la France (12 milliards d’échanges en 2011), 2 – En cas de crise grave dans la région, que ce soit en Syrie ou en Iran, la France sera handicapée si elle ne peut pas s’appuyer sur la Turquie pour mener des actions militaires.

Les conseils prodigués par écrit aux parlementaires français par l’ambassadeur de Turquie en France ont été suivis par 65 députés et 77sénateurs. Ces cent quarante deux élus peuvent être satisfaits, leurs requêtes ont abouti. Les liens entre la France et la Turquie ne sont pas détériorés. Il faut espérer que Monsieur XXX leur enverra une lettre de remerciements, voire une invitation à venir visiter son beau pays, c’est le moins qu’il puisse faire. Quant aux esprits chagrins qui penseraient que c’est de l’ingérence d’un pays étranger dans la politique intérieure française, ils font fausse route, ce n’est que de l’amitié envers un grand pays démocratique, ardant défenseur des valeurs humaines.

La Justice coûte cher. C’est pour ça qu’on l’économise. (Marcel Achard)

lundi 27 février 2012

Azerbaïdjan – Turquie : Des pogroms anti-Arméniens au travestissement de Khodjalou


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Il y a des pilules qui sont dures à avaler, et quand de surcroit les nerfs sont à vifs, cela confine à l’hystérie. Ce fut le cas ce week-end dans chez les voisins de l’Arménie.

Le clan Aliev n’a toujours pas compris et ne veut toujours pas admettre la finalité du Groupe de Minsk de l’OSCE, qui assiste les parties dans la résolution du conflit du Karabakh, à savoir : Les médiateurs ne sont pas là pour restaurer l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan d’avant les événements. Aussi, tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins – éradiquer les Arméniens.

C’est le cas pour la tragédie de Khodjalou. Je ne vais pas revenir sur le déroulement des événements qui a entrainé la mort de civils innocents. On notera toutefois trois points : 1- que ces civils que l’on a sciemment sacrifiés pour des raisons de politique intérieure, étaient pour la plupart des Meskhets et non des Azéris comme on veut le faire croire. Cette ethnie semble ne pas être appréciée ni par l’Azerbaïdjan ni par la Géorgie. 2 – Les victimes avaient toutes des blessures multiples aux jambes, comme si on avait voulu stopper leur fuite, alors qu’il existait un corridor humanitaire. 3 – Les vidéos montrées par la télévision azérie le 2 Mars 1992 n’avaient plus rien à voir avec celles montrées le 29 Février. Les corps avaient été mutilés et profanés, et les prises de vue réalisées à proximité d’Aghdam, alors sous contrôle azerbaidjanais.

Les Arméniens ont leur 24 Avril, journée de commémoration du génocide de 1915, les Azerbaidjanais auront aussi leur journée de commémoration du ‘génocide’ de 1992, même si le terme choisi ne correspond pas à la réalité et que les auteurs sont des azerbaidjanais. Cela semble être une constante chez les dirigeants turcs, qu’ils soient ottomans ou azéris, de falsifier les faits et réécrire l’histoire selon leurs vœux. Cela permet de réunifier un peuple contre l’ennemi commun, d’exciter le nationalisme et de promouvoir la haine de l’autre. Cerise sur le gâteau, on détourne au passage l’attention de l’opinion publique des problèmes internes.

Le contentieux avec les dirigeants turcs est beaucoup plus ancien. Là aussi, le parlement français en votant la pénalisation des dénis de génocides, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase du négationnisme. Comme à Bakou, le terrain étant propice, la colère de la foule a été volontairement attisée, cette fois-ci par une série d’affiches anti-arméniennes voire injurieuses.

(…)

Les dirigeants de ces deux pays ne voulant pas reconnaître leurs erreurs passées, instrumentalisent le nationalisme de leur population en prêchant la haine de l’autre. Il ne faudra pas s’étonner de voir un jour prochain un autre ‘Hrant Dink’ tomber sous les balles d’un fanatique. Toute cette agitation malsaine envers les Arméniens devrait attirer l’attention des organisations internationales et notamment des grandes puissances sur la volonté réelle de la Turquie à vouloir normaliser ses relations avec l’Arménie, ou celle de l’Azerbaïdjan à vouloir résoudre pacifiquement le conflit du Karabakh. Hélas, la géopolitique n’a rien à faire des réalités historiques ou de la justice des peuples.

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* Pogroms de Soumgaït *

"Du 26 au 29 Février 1988, avec le soutien effectif des autorités azerbaïdjanaises et avec la connivence de la direction soviétique, un massacre d’Arméniens a eu lieu à Soumgaït dans la RSS d'Azerbaïdjan, pogroms qui ont choqué la communauté internationale par sa sauvagerie et sa brutalité," a déclaré dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères de la République du Haut-Karabakh.

"Le massacre des Arméniens de Soumgaït a été commis en réponse à la demande légitime des habitants du Karabakh et leur désir de réunification avec l'Arménie, cette démarche est devenue l'incarnation de la politique des autorités azerbaïdjanaises d’une haine latente envers les Arméniens pendant toute la période soviétique. Les pogroms de masse des Arméniens de Soumgaït étaient destinés à bloquer une solution possible à la question, mais également à effrayer les Arméniens du Haut-Karabakh avec des perspectives de nouvelles actions sanglantes et à leur faire abandonner leur mouvement de libération nationale. Des dizaines de personnes ont été tuées avec une cruauté sadique, une partie considérable d'entre elles a été brûlée vif après avoir été battues, torturées, et violées. Des centaines de personnes ont été handicapées à vie et des milliers d’autres sont devenus des réfugiés.

Ce massacre a été soigneusement organisé, tant sur le plan idéologique que psychologique. Lors des rassemblements anti-arméniens, qui ont débuté le 26 Février sur la place centrale, les dirigeants municipaux ont ouvertement appelé les participants à la violence contre les Arméniens. En plus de la municipalité, des représentants d’organismes étatiques étaient présents sur la tribune, et ce n'était pas accidentel que des personnes du ministère de l’Intérieur se soient trouvées sur place lors des pogroms. (…).

(…). C’est seulement le 29 Février que les forces militaires ont été déployées dans la ville, mais elles ne sont pas immédiatement intervenues. Les meurtres et les pogroms d'Arméniens ont continué et ce n'est que dans la soirée que des mesures ont été prises pour arrêter les bains de sang.

Selon les autorités centrales le nombre exact de victimes se sont élevées à 36 Arméniens et 6 Azerbaïdjanais tués. Le chercheur britannique, Tom de Waal a écrit dans son livre ‘Black Garden’ : "... Si vous prêtez attention aux numéros de série des certificats médicaux de décès, vous verrez qu’au moins 115 corps ont été enregistrés dans les morgues ..." («Février 1988 : Azerbaïdjan», chapitre 2).

Tout cela n'était pas des actes d’hooliganisme, mais une action concertée et planifiée contre une ethnie en particulier : seuls les Arméniens ont été recherchés aux fins de massacres.

Le même jour, une session du Politburo du Comité central du Parti communiste de l'URSS a eu lieu au Kremlin, au cours de laquelle il a été déclaré pour la première fois officiellement, mais classé comme «top secret», que des pogroms et des massacres de masse se sont déroulés à Soumgaït sur une base ethnique, exclusivement dirigés contre les Arméniens. Cependant, les structures officielles de l'URSS ont déclaré ce sujet tabou, et les massacres de masse des Arméniens comme étant des crimes dissociés. Le crime de génocide, qui, conformément à la Convention internationale (1), doit être qualifié en tant que crime contre l'humanité, a été classé comme "des crimes commis avec des motifs d’hooliganisme." En d'autres termes, le génocide commis a été voilé, et ses organisateurs non poursuivis par les officiels.

La politique du silence liée au génocide à Soumgaït, la dissimulation des raisons qui lui ont donné naissance, et en laissant ses véritables organisateurs impunis, ont rendu possible la purification ethnique menée par les autorités de la RSS d’Azerbaïdjan dans toute la République, purification qui a culminé en Janvier 1990 avec les bacchanales sanglantes dans la capitale Bakou et a conduit l’année suivante à l'agression militaire sur plus grande échelle contre la population de la République du Haut-Karabakh.

La vérité sur Soumgaït, comme les preuves du procès de Nuremberg, est nécessaire aux personnes pour prévenir une nouvelle «peste brune».

* La tuerie de Khodjalou *

Cela faisait deux ans que le Haut-Karabakh s’était autoproclamé République indépendante lorsqu’a eu lieu le 2 Septembre 1991 la neutralisation des sources de tir de Khodjalou sur Stépanaguerd. Il était nécessaire de débloquer le seul aéroport de la région situé dans le village de Khodjalou pour sauver la population affamée, en leur fournissant des denrées alimentaires et de l'assistance médiale. En comprenant l'importance vitale de l'aéroport de Khodjalou pour la population de la RHK, le président de l'Azerbaïdjan, Ayaz Mutallibov, a ordonné de détruire la piste et les équipements de l'aéroport. Fort heureusement, l'ordre est resté lettre morte.

La nécessité de lancer une offensive sur Khodjalou a été déclenchée par l'existence de stock d'armes et pour sauver la population affamée du Karabakh. Les dirigeants de la RHK ont décidé de mettre un terme à l'opération projetée par les forces armées azerbaïdjanaises : anéantir l’enclave arménienne d’Askeran et dans la foulée, Stépanaguerd.

L'opération militaire des troupes arméniennes pour neutraliser les stocks d'armes dans Khodjalou n'était pas une surprise pour les autorités azerbaïdjanaises, lesquelles étaient informées depuis deux mois du plan d’assaut arménien par la télévision. Toutefois, aucune tentative n'a été faite par l'Azerbaïdjan pour élaborer un plan d’évacuation des civils.

Quand l'assaut a débuté, une partie de la population civile Khodjalou avait déjà quitté la ville. Le 15 Février 1992, la partie arménienne a lancé un ultimatum et de 1000 à 1500 personnes sont sorties de Khodjalou en direction d’Aghdam, par un couloir humanitaire derrière un drapeau blanc.

À 11 h les forces arméniennes ont ouvert le feu sur les cibles militaires et les forces azerbaïdjanaises, semant la panique. Le côté azerbaidjanais n’a montré aucune résistance sérieuse. Les observateurs du Centre de la Mémoire des droits de l’homme (MHRC) ont confirmé que ce sont les tirs d'artillerie, et non les combats de rues, qui ont généré un grand nombre de victimes.

Les déclarations azéries sur le massacre de nombreux civils azerbaïdjanais dans Khodjalou sont fausses. Preuve en est, entre autres, les interceptions radios des militaires azerbaïdjanais dans Aghdam, publiées plus tard dans les médias azerbaïdjanais.

Elman Mamedov, maire de Khodjalou, était également au courant de l'existence du corridor humanitaire: "Nous savions que le couloir était une issue protégée pour la fuite de la population civile".

Selon le rapport de MHRC, environ 200 à 300 personnes (en fait 734 personnes exactement) se sont cachées dans des caves à Khodjalou. Elles ont été ensuite capturées et emmenées à Stepanakert où elles ont reçu soin et nourriture. La partie arménienne s’est dite prête à les échanger contre des otages arméniens. 13 captifs arméniens, l’ont été dans ces conditions.

Aussi, toutes les rumeurs et les allégations sur des massacres de civils dans Khodjalou sont totalement infondées. Qu’il y ait eu des centaines de morts ne fait pas de doutes, pas plus qu’il y a eu un massacre de civils dans le couloir humanitaire, mais ils ne sont pas dus aux troupes arméniennes mais à l’antagonisme entre clans rivaux pour la prise de pouvoir enAzerbaïdjan et l’utilisation en toute conscience de bouclier humain.


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* Brève Turquie *

Les Arméniens de Turquie sont préoccupés par la manifestation pour le 20e anniversaire du «génocide» de Khodjalou, qui s’est déroulée le 26 Février, place Taksim à Istanbul.

Au cours des derniers jours toutes les places centrales, stations de métro, centres commerciaux d'Istanbul ont été placardés d’affiches indiquant : "Ne pas restez pas indifférent au mensonge arménien".

Les affiches ont un net caractère anti-arménien. Les organisateurs ont utilisé des affiches pour exhorter la population à ne pas rester indifférente au «génocide» de Khodjalou, et à venir à la manifestation. Ainsi sollicité, les manifestants sont venus avec des banderoles où l’on pouvait lire, entre autre : «Vous les Arméniens, vous êtes tous des bâtards»

* Brèves Azerbaïdjan *

Le député azéri Ali Masimli, membre de la commission de la politique économique, a chiffré le coût du conflit du Haut-Karabakh à 60 milliards de dollars, pour l'Azerbaïdjan.

Pour le député, l'Azerbaïdjan dispose du "potentiel militaire suffisant" pour résoudre ses problèmes, que cela permettrait de libérer les "territoires occupés", de restaurer les propriétés et les monuments historiques. Le député est convaincu que l'Azerbaïdjan dispose du "pouvoir économique et des ressources suffisants" pour ce faire.

(…)

Dimanche 26, près de 60.000 personnes ont défilé derrière le président Ilham Aliev et son gouvernement pour stigmatiser les événements de Khodjalou et rendre un hommage solennel à la mémoire des victimes. Des gerbes ont été déposées au mémorial du ‘génocide’ de Khodjalou, accompagnés de discours officiels contre l’Arménie et les Arméniens.

On pouvait lire sur les banderoles : "Le monde doit reconnaître le génocide de Khodjalou", "Justice pour Khodjalou", "n'oubliez pas Khodjalou", "Non au fascisme arménien", " Khodjalou - le génocide du siècle".

* Brève ONU *

Le 23 Février, lors du Conseil sécurité de l'ONU, a été abordé le thème "Les femmes, la paix et la sécurité" avec la participation de représentants de plus de 50 pays et de hauts fonctionnaires de l'ONU.

L’ambassadeur de l'Arménie à l'ONU, Garen Nazarian, a évoqué les harcèlements contre les femmes et les filles pendant les conflits. Et a rappelé que : "Dans quelques jours, nous allons commémorer les victimes innocentes de Sumgaït, torturées et massacrées par le simple fait d'être qu’elles étaient Arméniennes."

Il a rappelé que, même après avoir été élu membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, l'Azerbaïdjan continue ses provocations et cache ses crimes.

La représentation arménienne a appelé l'Azerbaïdjan de s'abstenir de manipulations à "bon marché" et inappropriées au Conseil de sécurité, de se concentrer sur le processus de négociation en cours dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE et de mettre en œuvre les accords conclus au cours de la dernière réunion trilatérale entre les présidents arménien, russe et azerbaïdjanais.

L’Ambassadeur a également indiqué que : "l'Azerbaïdjan continue de violer les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, qui appellent les parties à engager des négociations dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE et par des contacts directs. Le refus de Bakou d’ouvrir des pourparlers avec les autorités élues de la République du Haut-Karabakh, est le principal obstacle à la résolution du conflit," a-t-il souligné.

* Brèves Etats-Unis *

La Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, suite à ses propos sur le génocide arménien, le classant comme "un sujet de débat historique," va témoigner et répondre aux questions devant quatre parlementaires de la Chambre des Représentants et du Sénat, la semaine prochaine.

Le Comité National Arménien d'Amérique appelle les Américanos- Arméniens à faire appel à leurs sénateurs et Représentants pour poser des questions à la Secrétaire Clinton au sujet de ses remarques désobligeantes et d'autres questions importantes relatives aux électeurs d’origine arménienne.

(…)

Les Américano-arméniens de la région de Washington DC se sont réunis pour commémorer les victimes de l'agression azerbaïdjanaise et pour déclarer leur solidarité avec le peuple de la République indépendante du Haut-Karabakh, dans leurs efforts pour assurer une paix juste et durable.

La manifestation silencieuse, organisée par la Fédération de jeunesse arménienne "Ani" (AYF) et l’Organisation de la jeunesse de l’Eglise arménienne St. Marie (ACYO), a coïncidé avec le 24ème anniversaire des pogroms organisés par l'Azerbaïdjan contre la population arménienne de Soumgaït, qui annonçaient ceux de Bakou en 1990 et dans d’autres grandes villes, et ouvraient le cycle de la violence anti-arménienne qui continue à ce jour. Les manifestants ont également attiré l'attention sur la destruction au Nakhitchevan de l’ancien cimetière arménien de Djoulfa, vieux de 1300 ans, et la démolition de milliers de pierre-croix finement sculptés (Khatchkars).

"Nous nous sommes réunis devant l'ambassade d'Azerbaïdjan pour se souvenir de ceux qui ont péri à Soumgaït et à Bakou, pour condamner les menaces actuelles du régime Aliev ainsi que les attaques contre l'Artsakh et l'Arménie. Cette semaine encore, un autre soldat arménien a été tué par un sniper azéri - un événement devenu courant, résultant d'une communauté internationale qui ferme les yeux face aux attaques et au surarmement militaire d’Aliev. Nous allons continuer à défendre avec force la République du Haut-Karabakh, tout comme les Karabakhis continuent à défendre leur droit à l'autodétermination - une valeur fondamentale sur laquelle ont été fondés les Etats-Unis," a déclaré la présidente de l’AYF ‘Ani’, Tevin Polatian.

Après la veillée, les Pères Sarkis Aktavoukian et Hovsep Garabedian ont prié à la mémoire des victimes de Soumgaït, Kirovabad, et de Bakou. Les participants ont allumé des bougies et montré des photos des victimes - faisant un mémorial en face de l'ambassade d'Azerbaïdjan.

* Brève Karabakh *

Le 24 Février, conformément aux accords, les Observateurs de l’OSCE se sont rendus sur la ligne de contact entre les forces azerbaidjanaises et celles du Karabakh dans la région d'Askeran.

Côté arménien, la mission était composée de Christo Christov (Bulgarie), de Marius Puodziunas (Lituanie) et de William Prior (Grande-Bretagne). Côté azéri, le groupe de suivi était dirigé par le Représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice, l’ambassadeur Andrzey Kasprzyk.

Comme à l’accoutumée, aucune violation du régime de cessez-le-feu n’a été relevée.

(...)

Les cas de violation du cessez-le-feu par les forces azerbaïdjanaises sur la ligne de contact, ont de nouveau augmenté au cours de la semaine dernière.

L'Azerbaïdjan a ouvert le feu plus de 200 fois avec diverses armes de gros calibres en direction des positions arméniennes au cours des 7 derniers jours, ce qui représente environ 900 coups de feu. Les forces du Karabakh se sont abstenues de répliquer, conformément aux consignes reçues.

* Brève Suède *

Une résolution sur le conflit du Haut-Karabakh a été soumise au Riksdag (parlement suédois), indique l’agence APA. Une première réunion est prévue le mois prochain.

Le projet a été soumis par Mehmet Kaplan, député du parti Vert. Le document attire l’attention sur la stagnation des négociations et propose de prendre des mesures concrètes pour surmonter la situation.


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Extrait  de Radiolour et de PanArmenian

(1) : Un génocide est l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales.[]



mercredi 15 février 2012

Le Haut-Karabakh de nouveau instrumentalisé.


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Quand ce n’est pas l’Azerbaïdjan, c’est la Turquie ; quand cela ne se passe pas à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), cela se passe à l’Assemblée parlementaire de l’OSCE ; quand ce n’est pas à l’Assemblée générale de l’ONU, c’est à l’Assemblée générale de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) ; bref, tous les moyens et toutes les organisations sont bons pour exporter la résolution du conflit du Karabakh.

Au passage, Ankara et Bakou en profitent pour tacler les coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE, quand ce n’est pas les désavouer purement et simplement. Et pour peu que l’un des pays coprésidents fasse montre d’une quelconque amabilité envers l’Arménie ou les Arméniens, il se ramasse une volée de bois vert.

Quand les dirigeants turcs, qu’ils soient ottomans ou azéris, crient à hue et à dia qu’ils désirent la résolution rapide du conflit du Karabakh, entendez par là qu’ils souhaitent que les Arméniens se retirent de la ceinture de sécurité entourant le Haut-Karabakh, et que ce dernier (avec ou sans les Arméniens) retourne dans le giron azerbaidjanais. Toute autre solution ne rentre pas dans leur compréhension d’une résolution. Toute la vision de ces gens se limite à la notion d’intangibilité des frontières et d’intégrité territoriale, le reste étant considéré comme du bla-bla et de la poudre aux yeux des gentils azéris.

Seulement voilà, les propositions de résolution n’émanent pas de pays lambda, mais de grandes puissances, membres du G8. Ces pays, tout comme la communauté internationale ne tiennent absolument pas à voir la guerre reprendre, d’autant qu’à côté de la Turquie, qui ne demande qu’a intervenir aux côtés de l’Azerbaïdjan, se trouvent la Syrie et à l’Iran. C'est-à-dire des pays qui sont sur la sellette internationale, avec une probabilité de guerre autrement plus importante.

L’acharnement de la Turquie à vouloir distordre l’histoire pour la servir est vouée à l’échec malgré les millions dépensés, et quoi qu’elle fasse, le temps joue contre elle. Prétendre changer l’histoire est un projet totalitaire. «Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur, celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé», écrivait Georges Orwell dans 1984.


lundi 13 février 2012

La loi française sur la pénalisation du déni des génocides s’invite dans le conflit du Haut-Karabakh.




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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Que ce soit la Turquie ou l’Azerbaïdjan, ces deux pays sont solidaires pour toutes les questions concernant l’Arménie et les Arméniens. La loi française sur la pénalisation, votée le 23 Janvier dernier en est une nouvelle preuve. En quoi Bakou peut-il être concerné par le génocide des Arméniens perpétré par les Jeunes Turcs en 1915 dans l’empire ottoman?  A priori, en rien, vu que Bakou, tout comme Erevan ou Tiflis, était une capitale provinciale caucasienne de l’empire tzariste.

Seulement, les dirigeants azéris veulent faire passer les Arméniens pour des agresseurs, pire, pour des génocidaires, en leur imputant notamment les «massacres organisées» de Khodjalou. Et pour rester dans le droit fil de leur grand frère turc, ces dirigeants se doivent de reprendre à leur compte leurs propos négationnistes et nier à leur tour la réalité du génocide des Arméniens. Donc la loi française risque de se retourner également contre eux, si elle est promulguée.

C’est une démarche logique si l’on veut que les deux processus, arméno-turc et arméno-azéri, soient liés. Et si lien il y a, il se limite à un parallèle. A savoir que l’Arménie est intervenue dans le différend qui opposait Bakou aux Arméniens du Haut-Karabakh, pour éviter que ces derniers ne se fassent massacrer par l’armée azerbaidjanaise, chose qui ne pouvait pas se faire, et pour cause, en 1915. En fait, ce sont essentiellement les troupes russes qui ont sauvés les habitants des villes et villages arméniens limitrophes du Sud-Caucase et éviter ainsi qu’ils connaissent le sort de les compatriotes d’Anatolie.

Là où les Occidentaux, Etats-Unis en tête, se trompent grandement, c’est de croire qu’un progrès dans l’un quelconque des processus bénéficiera à l’autre, même s’il n’y a pas de lien direct ou indirect.

Ainsi, penser que la normalisation des relations arméno-turques progressera si l’Arménie lâche du lest dans le conflit du Haut-Karabakh, c’est méconnaitre le lourd différend qui sépare les Arméniens et la Turquie. Différend qui plombe les relations depuis près d’un siècle et non à cause de la guerre arméno-azerbaidjanaise.

Penser qu’un quelconque progrès dans la normalisation des relations arméno-turques peut avoir un effet bénéfique dans les négociations arméno-azéries est totalement erroné. Le remède serait pire que le mal, car l’Azerbaïdjan, pensant être lâché, durcira encore plus son intransigeance et il laissera libre cours à son courroux, c'est-à-dire la reprise de la guerre.


vendredi 10 février 2012

La pénalisation du déni des génocides (suite et non fin)


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

La loi passera-t-elle ou ne passera-t-elle pas le filtre du Conseil constitutionnelle ? Les pronostiques vont bon train.

Dans tous les cas les gouvernants turcs sortiront vainqueurs car ils sont couverts par leur immunité diplomatique.

Dans tous les cas la Turquie, elle, sortira perdante car l’acharnement mis à nier sa propre histoire, à quantifier les victimes par des comptes d’apothicaire, à vociférer et à menacer comme un charretier, à courir sur tous les fronts comme un dératé, à payer des personnes pour qu’elles aillent manifester ou à engager des Cabinets-Conseil pour exercer un lobbying sur les parlementaires français, ne peuvent que lui nuire.

Elle sort perdante car son image de marque, si tant est qu’elle en a une, s’est encore dégradée d’un cran aux yeux de la communauté internationale, avec son ministre de l’UE qui fanfaronne à Zurich en mettant au défit les autorités suisses avec des propos négationnistes. On est bien loin de l’image du pays démocratique qu’elle veut se donner dans l’espoir de rentrer dans l’UE. Adhésion, dont la date est repoussée aux calendes grecques, un comble pour la Turquie !

Hélas pour elle, les craquements se font également sentir à l’intérieur du pays par l’intermédiaire d’intellectuels, d’universitaires ou de journalistes, malgré les menaces de procès ou d’emprisonnements. Et par les temps qui courent s’en prendre à sa propre population n’est vraiment pas bien vue.

Mais qu’elle se rassure, les Occidentaux, Etats-Unis en tête, ne l’abandonneront pas, sa situation géographique va encore une fois la sauver, c’est d’ailleurs tout ce qu’il lui reste, tout G20 qu’elle est.


mardi 7 février 2012

Le fidèle élève de ses maitres



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Une fois n’est pas coutume, tant sur la personne que sur le lieu.

Monsieur Egemen Bagis n’est pas à son coup d’essai. Dès l’annonce de la discussion à l’Assemblée nationale du projet de loi sur la pénalisation des dénis de génocides, il avait vociféré, à l’image de ses collègues du gouvernement turc, contre l’injustice des actes et des propos portés envers la Turquie. On peut comprendre son ressentiment envers l’UE et la France en particulier, lui qui négocie difficilement l’adhésion de son pays à l’UE et dont les progrès se font attendre, les pourparlers étant quasiment au point mort depuis 20 mois. (Seuls 13 chapitres sur 35 ont été ouverts, et un seul clos).

Monsieur Egemen Bagis n’est pas le premier négationniste turc à s’exprimer sur le sol helvétique.
·         Doğu Perincek, le président du parti des Travailleurs Turcs l’avait précédé en 2007 et avait été condamné conformément à l'article 261bis du Code pénal suisse à une amende de 3000 francs suisses et à une peine pécuniaire en jour-amende de 9000 francs (90 jours à 100 francs) avec sursis pendant deux ans. (Un an plus tard il est arrêté en Turquie dans le cadre du réseau Ergenekon).
·         Yusuf Halaçoğlu, ex-directeur de la Société turque d’histoire, est un ultranationaliste et un négationniste notoire dont les propos avaient attiré l’attention de la justice suisse. Le procureur de Winterthur, Andrej Gnehm, avait ouvert une enquête pénale contre M. Halacoglu, suite à une conférence que « l’historien », qui est l’un des représentants de la position officielle turque sur le génocide arménien, a tenu dans cette ville en mai 2004. En 2008, il a été démis de ses fonctions de directeur par les autorités turques.

Sans doute que les négationnistes pensent que la Suisse étant un pays neutre, ils peuvent se permettre de déverser le fond de leurs pensées. On se souvient encore de la sortie du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan face au président Israélien Shimon Pérès en Janvier 2009.

lundi 6 février 2012

Les trous de mémoire des hommes politiques


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Le seul qui peut se justifier d’une telle maladie est l’ex-président Jacques Chirac, atteint d’anosognosie ; et encore, il n’a pas conscience de son état. A l’inverse du ‘déni’ qui est une démarche psychologique on ne peut plus normale.

Quand il s’agit, une fois élu, de mettre en œuvre les promesses électorales, celles-ci partent pour la plupart en fumée, et la mémoire de l’élu devient sélective. Ce qui ne l’empêchera pas aux élections suivantes de réitérer sans vergogne les mêmes promesses. Ceci est valable quel que soit la couleur politique du candidat et quel que soit le pays. Le gouvernement des Etats-Unis ne déroge pas à la règle.

Bien évidemment, tant que l’élu est dans l’opposition, il (ou elle) peut même devenir le porte-parole de la revendication, voire s’associer avec des élus d’un autre bord, bord gouvernemental compris. Ainsi aux Etats-Unis, la reconnaissance du génocide arménien est soutenue par des Démocrates et des Républicains, mais la realpolitik prend le dessus ; en France, la pénalisation du déni des génocides est combattue par des élus de tous bords. Et quand cela risque de refouler l’adhésion de la Turquie à l’UE, deux petits partis frisent l’apoplexie. Un certain nombre de personnes se souviennent encore de Daniel Cohn-Bendit vociférant debout et les bras levés – evet, evet – lors du vote sur l’ouverture éventuelle des négociations d’adhésion Turquie-UE, en 2004 au Parlement européen.

Henri Queuille disait : "La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent." Aussi, les promesses n’engagent que ceux qui les croient.


samedi 4 février 2012

La Turquie s’enfonce encore plus dans son déni, même si des Turcs ont changé.


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Un Ambassadeur, quel qu’il soit, représente son pays et défend les intérêts et les positions de celui-ci. Ainsi, pour les anglo-saxons (Anglais et Américains), il n’y a pas eu de génocide, mais seulement des massacres de masses et c’est aux historiens des pays concernés de se mettre d’accord sur la qualification des faits. Et gare à celui qui s’écarte de la version officielle, l’ambassadeur John Evans en a fait les frais il y a quelques années.

Si c’est aux historiens de décrire les faits, c’est aux politiques d’en tirer les conséquences et d’éviter que de tels faits se reproduisent. Un crime contre l’humanité, peut être discuté par tout à chacun, vu que par définition cela concerne tout le monde.  Un massacre de masse planifié par un gouvernement est un génocide. Quand le gouvernement Jeunes Turcs ordonne la déportation des Arméniens d’Anatolie dans les déserts de Mésopotamie, et les extermine le long du trajet, c’est un acte réfléchi et planifié. Quand Mustapha Kemal, ordonne la confiscation de tous les biens appartenant aux Arméniens d’Anatolie et les déchoie de leur nationalité en les transformant en apatrides, c’est un acte réfléchi et planifié.

Quand le gouvernement turc expurge ses archives de tous les documents compromettants et claironne "venez consulter mes archives sur cette période", c’est prendre ses interlocuteurs pour des imbéciles.

La France a reconnu officiellement le génocide arménien en 2001. (Si loi mémorielle il y a, c’est celle-là et non celle de 2012).

On comprend que les propos de l’ambassadeur de France à Ankara, doivent tendre à dédramatiser le contentieux. Mais de là à prétendre que c’est la mort de 2,5 millions de Turcs durant la première guerre mondiale, qui a rendu les Turcs sensibles, c’est aller un peu vite en besogne. (Pour la petite histoire, il y a avait plusieurs centaines de milliers d’Arméniens enrôlés dans l’armée ottomane, et très peu sont revenus). 

Ne serait-ce pas plutôt d’être accusé de pays génocidaire ? Ne serait-ce pas plutôt de devoir réparer les crimes commis ? Ne serait-ce pas de devoir également rendre des comptes aux autres minorités, grecques ou assyro-chaldéennes ‘nettoyées’  en même temps que les Arméniens. Et maintenant ce sont les Kurdes qui subissent le défoulement des dirigeants turcs, certes d’une façon plus soft qu’à l’époque.

Si monsieur l’ambassadeur connaît aussi bien la communauté arménienne de France, il devrait savoir que le contentieux du peuple arménien n’est pas avec la population turque mais avec l’Etat turc.


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