A la Une

jeudi 28 juin 2012

Haut-Karabakh : Un nouveau coup d’épée dans l’eau


Traductions et commentaires de Gérard Merdjanian


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Commentaires

Pour paraphraser un célèbre slogan publicitaire : "à quoi ça sert que les médiateurs y se décarcassent".  Après la rencontre des ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaidjanais à Paris sous l’égide du Groupe de Minsk de l’OSCE, laquelle n’a rien donné, après la Nième déclaration des Présidents des pays coprésidents, le Calife de Bakou persiste et signe. Mais rien à voir avec la signature factice qu’il appose, sans se démonter, au bas des déclarations faites au sortir des réunions trilatérales russo-arméno-azerbaidjanaises.

Donc, le sieur Ilham Aliev, tout auréolé du fiasco de l’Eurovision de la Chanson et fier d’avoir violé une douzaine de fois de suite l’accord de cessez-le-feu sur le conflit du Karabakh lors des quatre jours de visite dans la région de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, a ‘remis le couvert’ lundi dernier devant les cadets de l’école militaire, en martelant que : "Le Haut-Karabakh est une partie intégrante de l'Azerbaïdjan," et que "il n’est absolument pas question d’une quelconque indépendance" et que d’ailleurs "L'Arménie sera incapable de résister à l'Azerbaïdjan", etc, etc, ... . Bref la rhétorique guerrière habituelle.

“Naturam expellas furca, tamen usque recurret” disait déjà Horace 50 ans av-JC, ce que Philippe Néricault, dit Destouches, traduisit en 1732 par “chassez le naturel, il revient au galop”.

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Le 5 Juillet, le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu, viendra à Paris pour participer au Sommet des "pays amis de la Syrie". Pourquoi ce dégel subite ?

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, après avoir passé une demi-heure avec le président François Hollande en marge du Sommet de Rio+20, en est ressorti très satisfait. Il a donné ordre à son gouvernement de renouer les liens avec Paris, liens dégradés lors du vote en Janvier dernier par le Parlement de la loi pénalisant le déni des génocides reconnus par la France, et donc le génocide des Arméniens.

Il n’est pas nécessaire d’être grand devin pour deviner les propos tenus par François Hollande à son interlocuteur. Une chose est sûre : ce ne sont certainement pas ceux qu’il a prononcé devant la statue de Komidas, à Paris le 24 Avril dernier.

D’ici que les cinq chapitres clés des pourparlers d’adhésion, gelés par Nicolas Sarkozy, soient débloqués, il n’y a qu’un pas. Pas, que toute la Gauche, Verts compris, est prête à franchir. Souvenez-vous des députés et sénateurs qui ont signé le recours devant le Conseil Constitutionnel au motif fallacieux de l’atteinte à la liberté d’expression.



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Traductions

* Le président Sarkissian fait le point sur les disfonctionnements

Mardi, lors d'une conférence de presse commune avec le président autrichien Heinz Fischer en visite officielle en Arménie, le président Serge Sarkissian a fait le point sur divers sujets et notamment sur les programmes énergétiques qui sont (ou seront) mises en œuvre en œuvre dans la région, et qu'ils doivent stimuler et non perturber l'équilibre régional.

mardi 26 juin 2012

Réunion de la CEMN à Istanbul



Traductions et commentaires de Gérard Merdjanian


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Commentaires

Il y a comme cela des Organisations qui servent de faire valoir pour certains, de caisse de résonnance pour d’autres, et pas à grand-chose pour d’autres. C’est le cas de la CEMN (BSEC) : Organisation de la Coopération économique de la mer Noire, lancée sous l’égide de la Turquie à Istanbul en Juin 1992.

Cette année là, l’Arménie était en guerre avec l’Azerbaïdjan pour défendre ses compatriotes du Haut-Karabakh, lesquels défendaient les armes à la main leurs biens et leur vie contre l’armée azerbaidjanaise. La Turquie voulant se montrer ‘généreuse’ et conciliante, avait intégré l’Arménie dans l’Organisation, d’autant que l’Azerbaïdjan était également présent, bien que ces deux pays ne soient pas spécifiquement riverains de la Mer Noire. Ankara essayait ainsi de créer un contrepoids face au douze pays de la CEE qui allait devenir l’UE.

Tout le monde a deviné qui allait se servir de la BSEC comme podium pour ses revendications territoriales et cracher sa haine, et qui allait être le ‘dindon de la farce’.

Un peu de logique et de rationalisme.

Qui va croire qu’un pays qui n’a pas de relations diplomatiques avec sa voisine, qui lui impose un blocus économique depuis près de vingt ans, qui traine derrière lui un lourd passé génocidaire, va mettre en œuvre les principes édictés dans la Charte de la BSEC ?!

Qui va croire qu’un pays qui est en guerre larvée avec sa voisine depuis vingt-deux ans, qui viole l’accord de cessez-le-feu, et passe son temps à la dénigrer devant la communauté internationale, va mettre en œuvre les principes édictés dans la Charte de la BSEC ?!

Qui va croire qu’un pays qui est économiquement pieds et poings liés avec ses deux voisins turcophones (Une nation, deux pays) et traine un lourd contentieux territorial avec son voisin du Nord, va mettre en œuvre les principes édictés dans la Charte de la BSEC ?!

Qui va croire que toutes les infrastructures mises en place depuis une douzaine d’années dans la région, ferroviaires et/ou énergétiques, et qui contournent systématiquement l’Arménie, soient conformes aux principes édictés dans la Charte de la BSEC ?!

Familièrement cela s’appelle du ‘foutage de gueule’. Diplomatiquement cela s’appelle l'Organisation de la Coopération économique de la mer Noire.



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Traductions - Extrait de Radiolouret de PanArmenian


* Réunion de la CEMN

Le 20e anniversaire du Sommet du de l'Organisation de la Coopération économique de la mer Noire (CEMN) se tiendra à Istanbul le 26 Juin 2012. Le Sommet sera coprésidé par la Serbie et la Turquie, les deux présidences semestrielles de 2012.

dimanche 24 juin 2012

Pourquoi le différend Arménie-Azerbaïdjan doit-il être résolu rapidement ?


Traductions et commentaire de Gérard Merdjanian


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Commentaire

Au moins une fois par an, d’abord à l’occasion des Sommets du G8 et maintenant du G20, les trois présidents des trois pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE, sortent une déclaration commune sur le conflit du Haut-Karabakh ; 2012 n’a pas échappé à la règle.

A cause de l’Azerbaïdjan, le ton est devenu plus ferme cette année. Les attaques meurtrières à la frontière arménienne et sur la ligne de contact du Haut-Karabakh lors de la visite de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, ont incité les présidents Obama, Poutine et Hollande à hausser le ton, sans toutefois déroger à la règle absolue qui consiste à ne jamais nommer le fauteur de trouble, partant du principe que l’intéressé se reconnaitra.

Seulement voilà, l’intéressé n’a que faire des déclarations généralistes du moment que les milliards de pétrodollars rentrent dans ses caisses et que personne ne l’empêche de se surarmer. Et si de plus on ajoute à cela une conjoncture régionale qui joue en sa faveur suite aux différends entre l’Iran et les Occidentaux sur le problème nucléaire d’une part, et la Russie et les Occidentaux sur le conflit syrien d’autre part, il n’y a aucune raison objective pour que les dirigeants azéris changent de politique. Cela dit, l’entêtement du clan Aliev ne va pas jusqu’à se lancer dans une grande escalade guerrière, freiné en cela par son allié turc mais surtout par le gendarme du Sud-Caucase, la Russie.

Quant aux Occidentaux, ils ont d’autres chats à fouetter, et tant qu’ils peuvent commercer avec Bakou, ils ferment les yeux sur les dérapages verbaux du potentat local et sur sa déplorable conception de la liberté et de la démocratie. C’est d’ailleurs une procédure qu’ils maitrisent totalement depuis des décennies qu’ils sont en affaires avec les émirats arabes du golf.

Le seul point noir en suspend est la construction prochaine des gazoducs et autres oléoducs devant transporter les énergies fossiles de la Mer Caspienne vers l’Europe. Il ne faudrait pas qu’une guerre arméno-azérie vienne perturber tout cela. D’où l’urgence d’aboutir à un accord-cadre.



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Traductions


* Déclaration des présidents *

Dans le cadre du sommet du G20 de Los Cabos, les présidents des pays coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE - Vladimir Poutine, Barack Obama et François Hollande - ont publié une déclaration commune sur le règlement du conflit du Haut Karabakh.

mardi 19 juin 2012

Audience du futur ambassadeur américain d’Azerbaïdjan


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

En France la nomination des Ambassadeurs relève exclusivement du gouvernement. Aux Etats-Unis ils sont proposés par le gouvernement et doivent être confirmés par le Sénat dans l’année qui suit leur désignation. En cas d’avis défavorable, ils quittent leur fonction. Ce fut très récemment le cas pour Matthew Brysa en Azerbaïdjan, ou sont refusés avant même de prendre leur fonction, comme ce fut le cas par deux fois en Arménie.

Comme tout diplomate, il est tenu au devoir de réserve et doit refléter la position de son gouvernement et gare s’il donne son point de vue personnel. On se souvient encore de l’ambassadeur John Evans qui a été démis de ses fonctions par G. Bush pour avoir qualifié les massacres des Arméniens en 1915 de génocide.

Après l’audition par le Sénat du futur (?) ambassadeur en Azerbaïdjan, il ne faut pas s’attendre de sa part qu’il s’implique plus que nécessaire dans le conflit du Karabakh ou qu’il fasse des remarques sur la mauvaise foi des dirigeants azéris. Comme tout diplomate qui se respecte, il mettra en œuvre la stratégie de son pays dans la région, c'est-à-dire : - sur un plan militaire s’en faire un allié comme base arrière d’éventuelles opérations dans la région, et donc poursuivre la vente d’armes ; - sur un plan économique faire aboutir un maximum de contrats, notamment énergétiques ; - sur le conflit du Karabakh ressasser les généralités habituelles ; - et bien évidemment fermer pudiquement les yeux sur les dérapages du potentat Aliev concernant les droits de l’homme et les libertés.

De ce côté-là, les Etats-Unis ne dérogeront pas à la règle des pays occidentaux : donner des leçons et surtout ne pas inquiéter les maitres du pays, surtout si ceux-ci possèdent des richesses, minières et énergétiques, et soudoient pardon injectent de l’argent dans les pays occidentaux (suivez mon regard).


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Les indicateurs alternatifs du bien-être

Comme beaucoup d’autres organisations, l’OCDE mesure normalement le niveau de vie matériel des pays membres par leur produit intérieur brut (PIB) et l’évolution de celui-ci. Or, il est évident que les gouvernants cherchent à améliorer le bien-être global, actuel et futur, des citoyens en tenant compte d’autres facteurs que le PIB, ayant traits notamment à la redistribution et à la qualité de l’environnement. Des indicateurs de la croissance économique peuvent refléter de façon adéquate le développement et le niveau du bien-être dans les 34 pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques.

La Turquie se retrouve en dernière position pour les revenus par habitant (Graphique 1) et en avant-dernière position pour le score moyen de bonheur (Graphique 4) de l’étude.

Pour déterminer si l’individu est heureux et satisfait (ou insatisfait) de sa vie, une solution consiste à lui demander son avis. Bien sûr, dans certaines circonstances, certains individus ne seront plus heureux que si d’autres le sont moins ; c’est le syndrome de «réjouissance du malheur des autres».

Cette étude appelle de ma part trois remarques :

-      Au Mexique, si le revenu par habitant est en avant-dernière position, le score moyen de bonheur est le plus élevé des 34 pays. Comme quoi : «l’argent ne fait pas toujours le bonheur».
-      A voir la position de la Turquie dans différents classement effectués par des organismes ou des ONG internationaux, on peut se demander pourquoi elle fait partie du G20, si ce n’est pour des raisons politiques et géostratégiques.
-      C’est une chance que l’Azerbaïdjan ne fasse pas partie de l’OCDE, car sur le critère lié au syndrome de «réjouissance du malheur des autres», il aurait certainement décroché la première place haut-la-main. On se souvient encore de la population azérie qui dansait et sautait de joie dans les rues de Bakou lorsqu’en décembre 1988 un séisme de magnitude 7,9, a frappé l’Arménie.





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L'escalade de la violence de l'Azerbaïdjan contre l'Arménie et le Haut-Karabakh et l’atteinte permanente aux droits de l'homme, ont été au centre de l’audience de confirmation du futur ambassadeur américain en Azerbaïdjan, Richard Morningstar, par la Commission des Affaires étrangères du Sénat ; rapporte le Comité National Arménien d'Amérique (ANCA).

dimanche 17 juin 2012

Le président de l’OSCE au Sud-Caucase



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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Les années passent, les décideurs changent, mais leurs propos restent inchangés : « Faut qu’on – Y a qu’à » ; du moins en ce qui concerne le conflit du Haut-Karabakh, car pour d’autres situations conflictuelles (Iran, Syrie) les adjectifs, voire les invectives, ne manquent pas. Il faut dire que ces deux pays ne sont pas en train de négocier des contrats juteux avec l’UE et qu’ils ne dépensent pas des milliards de pétrodollars pour se fournir en biens civils et militaires auprès des Occidentaux.

L’OSCE, tout comme les coprésidents du Groupe de Minsk ou les dirigeants européens, n’échappe pas à la règle. Règle qui consiste à ne jamais nommer le récalcitrant, à ne jamais sortir du chemin balisé, à rappeler à tout bout de champs les règles et les normes internationales en s’appuyant sur des principes généraux, qui dans le cas du Karabakh deviennent ‘de base’ ; mais surtout éviter d’essayer de comprendre le pourquoi de cette situation.

Si l’important est que le conflit ne dégénère pas en guerre ouverte, en ne s’attaquant pas aux causes, il est clair que les dites causes produiront les mêmes effets. S’appuyer sur l’Acte final d’Helsinki c’est bien, seulement Helsinki date de 1975, depuis beaucoup de choses ont changés dans le monde, à commencer par les problèmes et les conflits générés suite à chute de l’Union soviétique et du bloc de l’Est, et ce que l’on croyait enfoui et/ou oublié à jamais, est remonté à la surface.

Quant à la Turquie il ne faut surtout pas y toucher, c’est la chasse gardée de l’Oncle Sam, Mme Clinton l’a d’ailleurs rappelée à mi-mots lors de son récent passage dans la région. Ankara peut se permettre de fouler aux pieds les accords qu’il a signés, être montré du doigt pour ses manquements aux libertés individuelles, pour ses maltraitances envers les minorités et d’une manière générale pour ses prises de positions qui frisent plus l’hypocrisie que la réelle diplomatie. Même l’Union européenne avec laquelle elle est en pourparlers d’adhésion depuis 2005, ne cesse de la caresser dans le sens du poil et d’avaler des couleuvres.

«Il y a des cas où tout l’art de la diplomatie consiste à maintenir les problèmes intacts le plus longtemps possible.» (André Frossard)



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* Eamon Gilmore à Erevan *

Le président Serge Sarkissian a reçu  la délégation conduite par le Président de l'OSCE en exercice, le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la République d'Irlande, Eamon Gilmore.

dimanche 10 juin 2012

Une semaine de tensions sur la frontière arméno-azerbaidjanaise


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Après la petite phrase du ministre des Affaires étrangères azéri (1) qui donnait le ‘la’ pour les mois à venir, voici celle du président turc qui résume la position de son pays : "(…) L'Azerbaïdjan libérera tous les territoires occupés".  Ce qui implique que non seulement le processus arméno-turc de normalisation continuera de rester dans l’impasse mais qu’Ankara est totalement solidaire de son alliée.

Le périple de la Secrétaire d’Etat américain, pourrait se résumer à cette locution latine tronquée de Jules César : "Vini, Vidi," car il est clair que son voyage n’avait pas pour but de "Vici". Les propos des dirigeants azerbaidjanais et ceux des dirigeants turcs n’ont fait que confirmer les informations qu’elle détenait déjà, ce qu’ils l’ont confortée en vue de la future stratégie des Etats-Unis dans la région. Washington n’a qu’une confiance très limitée sur Erevan si la situation venait à se dégrader dans la région. L’inverse est d’ailleurs également vrai.

Pensant que le problème iranien et surtout la mise en œuvre des projets de gazoducs vers l’Europe, feraient pencher la balance américaine en sa faveur, le clan Aliev a voulu forcer la main de Mme Clinton en créant une agitation malsaine et meurtrière à la frontière arménienne. L’effet escompté n’a pas eu lieu, et les communiqués, bien que généralistes, des pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE et de l’UE, ont mis l’accent sur le non-usage de la force, à charge pour l’intéressé de lire entre les lignes.

Tant que les grandes puissances continueront de fermer les yeux sur les agissements du clan Aliev et que les pays musulmans (OCI) le soutiendront, il n’y a aucune raison pour qu’Ilham cesse de jouer avec le feu et ne règne en maitre absolu sur ses sujets.



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 * Commentaires de politiques *

* Vahan Chirkhanian

Parlant de l'augmentation du nombre d'incidents sur la ligne de contact, Vahan Chirkhanian, ex Vice-ministre de la Défense de 1992 à 1999, rappelle que la frontière n’a jamais été calme depuis Décembre 1988, donc déjà de l'époque soviétique. Seuls les détails et les objectifs ont changé aujourd'hui. Les événements de ces derniers jours sont liés à la communauté internationale.

samedi 9 juin 2012

Sud-Caucase : Mme Clinton a terminé sa visite




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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Ceux qui attendaient des nouveautés en seront pour leurs frais. Washington, bien avant l’arrivée de la Secrétaire d’Etat, avait annoncé déjà la couleur :
-      Aucun changement à attendre concernant la reconnaissance du génocide arménien par les Etats-Unis,
-      L’Arménie et la Turquie doivent finaliser l’Accord signé en 2009 sur la normalisation des relations en la faisant ratifier par leur parlement respectif,
-      L’Arménie et l’Azerbaïdjan doivent trouver rapidement un terrain d’entente concernant le Haut-Karabakh en se basant sur les propositions des trois coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE, lesquelles découlent de l’Acte final d’Helsinki et des normes internationales. Le statu quo actuel doit déboucher sur un Accord-cadre.

Les événements de ces derniers jours aux frontières arméniennes et de l’Artsakh, n’ont rien changé au discours de Mme Clinton, si ce n’est qu’elle a rappelé l’un des principes de base, à savoir : le non-usage de la force.

Certes ce qu’elle a dit aux deux présidents, arménien et azerbaidjanais, n’a pas été divulgué, par contre ce qui est sûre, c’est la position d’Erevan et de Bakou sur le sujet. Les Arméniens refusent absolument le retour du Haut-Karabakh en région autonome aussi grande soit-elle, les Azéris refusent toute notion d’indépendance pour le Haut-Karabakh.

Le clan Aliev a voulu profiter de cette visite pour ‘faire pression’ sur les Etats-Unis par des échauffourées sur la ligne de contact, tant côté Arménie que côté Karabakh, pour montrer que cette situation de ni-guerre ni-paix ne peut perdurer ; et tant pis si les victimes côté azéri étaient plus nombreuses.

N’oublions pas que pour le clan Aliev aller guerroyer au Haut-Karabakh est un problème de politique interne, alors que s’en prendre à l’Arménie est effectivement une violation du cessez-le-feu. Alors pour ‘faire pression’ c’est le territoire arménien qui est visé.

Le rêve secret du mini potentat est de pousser l’Arménie à la faute, c'est-à-dire provoquer l’escalade de la violence puis stigmatiser les Arméniens devant la communauté internationale, ce qui permettrait de faire traiter le problème du Karabakh par d’autres instances que le Groupe de Minsk de l’OSCE, lequel est souvent accusé d’incompétence.

Si les Turcs, ottomans ou azéris, sont de bons diplomates, ce sont de piètres stratèges. Penser que, parce que les Occidentaux n’interviendront pas militairement dans la région, ils peuvent se permettre de violer le cessez-le-feu et se surarmer tout azimut, c’est vite oublier que la Russie n’est pas l’Occident.

Jouer avec le feu à proximité des conduits de gaz et de pétrole, est faire preuve d’une grande imprudence, ou pire d’une grande inconscience.





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Dans la nuit du 5 Juin, un commando azerbaïdjanais réussi à s’infiltrer dans l'une des positions de défense de l'Artsakh. L’attaque a été repoussée mais les deux côtés ont subi des pertes lors du bombardement. Le sergent Vartan Ohanian a été tué et les soldats Araïk Mavreyan, Volodia Tsatrian ont été blessés.

jeudi 7 juin 2012

Conflit arméno-azerbaidjanais : Des dérapages volontaires



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

"Malheureusement de tels incidents se produiront jusqu'à ce que le conflit soit résolu," a déclaré le ministre azerbaidjanais Elmar Mammadyarov après la série de décès survenue en deux jours à la frontière arméno-azérie.

La phrase peut paraître anodine, mais elle est lourde de sens quand on sait que :
-      le président Ilham Aliev a toujours refusé de retiré ses snippers de la ligne de front ;
-      que la délégation azérie à l’OSCE a refusé de voter l’augmentation du budget des Observateurs qui se rendent sur la dite ligne pour vérifier les manquements éventuels au cessez-le-feu, et que le cas contraire elle voterait ‘contre’ le budget général de l’année ;
-      qu’une fois sur deux, les Observateurs de l’OSCE ne sont pas conduits aux avant-postes par les officiels azerbaidjanais, mais doivent se contenter des positions-arrière. On se demande pourquoi ?

Alors qu’officiellement lors des réunions trilatérales entre les présidents arménien, russe et azéri, Ilham Aliev accepte les principes de bases qui stipulent entre autres le non-usage de la force et le droit à l’autodétermination.

Sans doute que pour Monsieur Aliev et consort, violer le cessez-le-feu en abattant de temps à autre un soldat arménien, voire un paysan qui laboure son champ, n’est pas faire usage de la force.

Nul doute que pour Monsieur Aliev et consort, le droit à l’autodétermination des peuples signifie passer d’une autonomie à une grande autonomie.

Quant à la notion d’intégrité territoriale, Monsieur Aliev et consort se basent exclusivement sur le territoire de la RSS d’Azerbaïdjan d’avant les événements, alors que pour la partie arménienne, c’est le territoire de la République d’Azerbaïdjan au moment où elle a déclaré son indépendance le 30 Août 1991. C’est-à-dire sans le Haut-Karabakh puisque cette région autonome de la RSS d’Azerbaïdjan avait demandé sa sécession le 20 février 1988 conformément aux lois soviétiques en vigueur.

Il est clair qu’aucun document ne pourra être signé dans ces conditions si chacune des parties donne un sens différent à un même mot.

"La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise," disait André Malraux, et les Karabakhis ont versé beaucoup de sang pour ce faire.





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Cinq soldats azerbaïdjanais ont été tués mardi matin, lors de combats meurtriers à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan pour la deuxième journée consécutive. Le ministère de la Défense azéri a confirmé ces décès. De son côté, le ministère arménien de la Défense a aussi confirmé des combats meurtriers dans la région de Davouch, mais a nié toute incursion transfrontalière par les forces arméniennes.

mardi 5 juin 2012

Hillary Clinton en Arménie


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

C’était la moindre des choses que la Secrétaire d’Etat américaine se déplace dans la région vu toutes les situations à risques qui s’y trouvent : Le problème iranien, le problème syrien, le problème irakien qui n’est toujours pas réglé, les relations de la Turquie avec ses voisins immédiats ou non, sans compter bien évidemment le plus ancien de tous le problème palestinien.

A ce jour, bien que les problèmes des pays du Sud-Caucase ne soient pas prioritaires, il n’en demeure pas moins qu’ils risquent de déstabiliser la région. La Géorgie et l’Azerbaïdjan lorgnent sur les territoires perdus, espérant toujours pouvoir les récupérer un jour. Si pour Tbilissi les jeux sont faits - on ne s’attaque pas impunément à la Russie, Bakou a la ferme conviction que le Haut-Karabakh lui reviendra un jour.

Seulement voilà, le Conseil de Sécurité de l’ONU n’ordonnera jamais à ses membres d’envoyer des militaires guerroyer dans cette région, tout au plus il enverra des casques bleus pour maintenir la paix. Les expériences irakiennes, libyennes et afghanes lui ont servis de leçon, il suffit de regarder ce qui se passe pour la Syrie.

Que reste-il pour les dirigeants azéris ? Faire la guerre avec leurs armes sophistiquées en espérant que les pays musulmans, Turquie en tête, leur prêteront main forte. C’est une colossale erreur stratégique, car ni la Russie, ni les Etats-Unis ne laisseront le potentat de Bakou jouer avec le feu et déstabiliser la région. Des oléoducs et des gazoducs détruits ne sont dans l’intérêt de personne et certainement pas des Occidentaux. Quant à vaincre l’armée arménienne, c’est loin d’être gagné, d’autant qu’Erevan a des accords militaires avec Moscou et les membres du OTSC(1).

Donc il reste au camarade Aliev à multiplier les accrochages aux frontières que ce soit celle avec la RHK ou celle avec l’Arménie. Ce qui ne l’empêchera pas de prêcher la guerre à sa population, fustigeant l’ennemi arménien, histoire de détourner son attention des problèmes intérieurs.

(…)

Les dirigeants arméniens avaient prévenu, ils répliqueraient aux attaques azéris si celles-ci causaient des victimes innocentes. L’assaut mené dans la région de Davouch en est le parfait exemple. Dans les heures qui ont suivis la mort de trois soldats arméniens et la blessure de cinq autres, cinq soldats azerbaidjanais ont perdus la vie.

Voir en fin d’article comment les médias arméniens et azéris ont rapporté les faits.

"Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà." (Blaise Pascal)

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Quelques heures avant son arrivée à Erevan, les soldats azéris avaient violé le cessez-le-feu tuant trois soldats arméniens et blessant cinq autres dans la région de Davouch au Nord-est de l'Arménie.

lundi 4 juin 2012

Des Officiels américains en Arménie


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Autant les Etats-Unis peuvent s’appuyer à 100% sur la Géorgie, à 90% sur la Turquie et à 80% sur l’Azerbaïdjan, autant l’Arménie reste le maillon faible de la stratégie américaine dans cette région du monde, car alliée militaro-politique de la Russie.

Comparées à celles de ses voisines, les attentes de l’Arménie et des Arméniens des Etats-Unis restent de loin les plus importantes et les plus diversifiées (Cf. la liste dressée par l’ANCA ci-dessous).

Lors de la soviétisation de la région dans les années 20, le pouvoir bolchévique a charcuté l’Arménie beaucoup plus que ses deux voisines (Djavaghk, Nakhitchevan, Karabakh) et cerise sur le gâteau, a cédé une partie importante du petit Etat, l’Arménie occidentale, à l’empire ottoman, qui allait devenir la ‘Turquie moderne’. Bien évidemment les grandes puissances de l’époque se sont dépêchées de jeter aux orties le traité de Sèvres et la décision arbitrale du président Woodrow Wilson, pour le remplacer quelques années plus tard par le traité de Lausanne qui faisait la part belle au dénommé Mustapha Kemal, et enterrerait pour de nombreuses décennies les droits des Arméniens. Cette entente entre les vainqueurs de la première guerre mondiale enterrait par la même occasion le génocide de tout un peuple, et ouvrait la voie aux richesses du Moyen-Orient.

Aussi, il ne faut pas s’étonner des revendications arméniennes qui même près d’un siècle plus tard, sont toujours aussi vives.

Confucius disait : "Une injustice n'est rien, si on parvient à l'oublier."
À quoi Honoré de Balzac ajoutait quelques siècles plus tard : "On peut pardonner, mais oublier, c’est impossible."



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* Dick Durbin

Le sénateur Dick Durbin, un des leaders démocrates du Congrès, était en Arménie vendredi pour des entretiens sur la sécurité régionale avec les principaux dirigeants du pays.

samedi 2 juin 2012

Ilham Aliev persiste et signe

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Bakou s’évertue à transférer la résolution du conflit du Karabakh vers d’autres plateformes (ONU, APCE) que l’actuelle OSCE, espérant ainsi faire plier l’Arménie et atteindre ses objectifs de reconquêtes.

Si les grandes puissances lorgnent avec intérêt sur les gisements azéris, elles ne sont pas prêtes à déstabiliser la région pour que l’Azerbaïdjan récupère ses territoires, d’autant qu’ils ne présentent aucun intérêt sur le plan stratégique et encore moins sur le plan économique. Par contre, elles sont fortement intéressées pour qu’un accord intervienne entre les parties, afin que les gazoducs vers l’Europe (Nabucco ou South-Stream) puissent entrer en service d’ici quelques années. Une guerre arméno-azérie mettrait en danger le gazoduc qui passe une trentaine de 30 km de la frontière arménienne.

Relativement dépité par les commentateurs de l’Eurovision qui ont terni l’image de son régime, Ilham Aliev veut redorer son blason et se lance dans de la surenchère, ne voulant surtout pas perdre un pouce de terrain ; aussi les négociations trainent-elles en longueur car à ne vouloir céder sur aucun point il risque tout bonnement de tout perdre. Quant à reprendre par la force ce qu’il considère comme son bien, il devrait méditer les propos de l’analyste russe Konstantin Zatuline : "L'Arménie et la Russie font partie de la même union militaro-politique, tandis que l'Azerbaïdjan est juste un membre de la CEI",  et se rappeler la mésaventure de son voisin géorgien en Aout 2008.

"La haine rend non seulement aveugle et sourd mais incroyablement bête" disait Konrad Lorenz.




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* Relations UE-Arménie *

Le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, a reçu le Représentant spécial de l'UE pour le Sud-Caucase et la crise en Géorgie, Philippe Lefort.

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