Conflit du Karabakh : L'après Kazan

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

La messe est dite, le rideau est retombé, les acteurs sont rentrés chez eux. Tous ou presque sont déçus, sauf Ilham Aliev qui non seulement n'a rien lâché mais est arrivé avec de nouvelles propositions, sachant pertinent que cela conduirait à un échec.

Le but poursuivi par Bakou depuis 2010, est de faire échec aux réunions trilatérales réalisées dans le cadre du groupe de Minsk de l'OSCE, et autant que faire se peut porter le problème auprès d'autres organismes (ONU, APCE, UE, OCI, …). En fait depuis que les coprésidents du groupe de Minsk ont introduit le principe du droit d'autodétermination des peuples. Les dirigeants azéris ne veulent absolument pas entendre parler d'une quelconque séparation du Haut-Karabakh de l'Azerbaïdjan, pour eux il fait partie intégrante de l'Azerbaïdjan.

Qu'elle est l'intérêt de cette démarche. Comme l'a si bien expliqué Ilham Aliev lors de son interview à Euronews, le budget militaire de Bakou est l'équivalent du budget total de l'Arménie, et le fossé se creuse d'année en année.

Alors que l'on est en train de parler des négociations de paix de Kazan et des positions de tout à chacun, à votre avis dans quel but ce genre d'information a-t-il été donné au média européen ?

Les Arméniens ont leur idée là-dessus ; et les pays coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE ?

C'est plus facile de faire pression sur un pays comme l'Arménie que sur son voisin producteur de pétrole et de gaz. Isn't it ?

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Commentaires des ministres des Affaires étrangères

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Le lendemain de la réunion trilatérale de Kazan, le président Serge Sarkissian a eu un déjeuner de travail avec le président du Tatarstan, Roustam Minnikhanov, puis a rencontré les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE et le représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice, Andrzej Kasprzyk.


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Le ministre des Affaires étrangères Edouard Nalbandian est revenu sur la rencontre du 24 Juin indiquant que le président Ilham Aliev a sabordé un accord-cadre sur le Haut-Karabakh avec des demandes de dernière minute, mais sans préciser la nature de ces changements :

"L'Azerbaïdjan a refusé la version finale des principes de base proposée par les médiateurs du Groupe de Minsk. Au lieu de cela, le leader azerbaïdjanais a tenté d'imposer dix nouvelles propositions, excluant ainsi toute possibilité d'accord sur la question."

"Malgré cela, je pense que la réunion a été utile dans le sens que les discussions détaillées se sont poursuivies. Le point important est que le président Medvedev, qui a fait une entrée très marquée dans ce processus au cours des trois dernières années, a exprimé sa volonté de poursuivre ses efforts en vue d'un accord définitif."

"C'est la douzième réunion de ce type depuis les trois dernières années. Mais c'est la quatrième fois consécutif que l'Azerbaïdjan vient en réunion avec de nouveaux amendements et/ou propositions. Telle est la réalité."

"Néanmoins, nous allons poursuivre les négociations, car il n'y a pas d'autre voie pour résoudre le conflit si ce n'est par des moyens pacifiques et par la négociation," a conclu le ministre Nalbandian.

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De son côté, Bakou n'a pas explicitement nié ces allégations, et le ministre des Affaires étrangères, Elmar Mammediarov, a indiqué Samedi soir que Erevan avait lui aussi rejeté une précédente version des principes de base, présentée officiellement aux deux côtés, à Madrid en novembre 2007.

"Pour une raison quelconque, la partie arménienne est restée silencieuse quand l'Azerbaïdjan a accepté une version actualisée du document de Madrid, présentée officiellement par les coprésidents du Groupe de Minsk [de l'OSCE] en 2009 à Athènes. Nous parlons maintenant d'une des nombreuses versions du document de travail, basée sur la première proposition faite à Madrid," a déclaré Mammediarov.

Il a affirmé que la réunion de Kazan n'avait pas répondu aux attentes de Bakou parce que "la partie arménienne exige des concessions maximalistes à l'Azerbaïdjan." Néanmoins, il a ajouté : "J'ai eu l'impression que les deux présidents, arméniens et azerbaïdjanais, avaient l'intention de continuer à travailler intensément en vue de trouver une solution définitive."

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Le ministre lituanien des Affaires étrangères et actuel Président de l'OSCE, Audronius Ažubalis, a souligné l'importance de poursuivre les efforts pour parvenir à un règlement de paix global sur le Haut-Karabakh.

"Je salue les efforts pour parvenir à une compréhension commune sur un certain nombre de questions dont la résolution permettra de créer les conditions d'approbation des principes de base. J'espère que les travaux pour répondre aux questions en suspens seront poursuivis, pour paver la voie vers la résolution du conflit. L'OSCE est prête à appuyer et à compléter, notamment par mon Représentant personnel dans le conflit, tous les efforts déployés au niveau tripartite et sous les auspices des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, afin de mettre un terme à la confrontation et l'instabilité dans le Sud-Caucase."

Il a d'autre part souligné la nécessité de renforcer le régime du cessez-le feu et de prendre d'autres mesures de confiance avec la participation de la société civile, ainsi qu'il en avait discuté lors de ses rencontres avec les dirigeants de l'Azerbaïdjan et l'Arménie en Mars dernier. "J'encourage les dirigeants à donner suite aux accords conclus lors des réunions tripartites précédentes, à Astrakhan en Octobre 2010 et à Sotchi en Mars 2011, et notamment pour enquêter sur les possibles incidents sur la ligne de contact et surtout de s'abstenir d'user de la force ou de sa menace."

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Commentaires d'analystes

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"Les résultats de la réunion entre les dirigeants arméniens, russes et azerbaïdjanais ont été décevants, mais nous avons encore l'espoir d'un accord définitif sur les principes de base," a déclaré Sabine Freizer, la Directrice du programme Europe du ‘Groupe Crises Internationales'.
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"Cela aurait été beaucoup mieux s'il y avait une compréhension mutuelle entre les parties des principes de base, c'est du moins ce que laisse à penser la déclaration des dirigeants sur certaines questions. Cela suppose qu'il y a eu des points en désaccord sur les principes de base."

"Pour que les principes de base soient signés, Serge Sarkissian et Ilham Aliev, ainsi que les deux peuples, doivent être sûr que ce soit la meilleure proposition pour le moment."

Sabine Freizer espère que les présidents, une fois rentrés chez eux, vont commencer le travail avec leur population respective. De plus, que si les pourparlers sur les principes de base échouent, il y a un risque d'un nouvel affrontement armé entre les parties ; rapporte l'agence Trend.

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Le président de l'ONG ‘Intégration européenne', Garen Bekarian, pense de même : "L'Arménie n'a aucune raison de paniquer, mais nous devons toutefois rester vigilants. Par conséquent, l'armée arménienne est la principale garantie de notre sécurité." Il a également noté que l'Arménie doit travailler sur les questions concernant l'engagement du Haut-Karabakh comme une partie prenante dans les négociations, ainsi que sur sa reconnaissance internationale. Dans ce contexte, il a souligné qu'il doit être officiellement donné à l'Artsakh, l'occasion d'exprimer sa position sur la question.

Selon Bekarian, l'une des raisons de l'échec de la réunion de Kazan, est la différence entre la politique extérieure de l'Azerbaïdjan et sa politique intérieure. Ainsi, le contenu de sa propagande intérieure ne correspond pas aux propos tenus lors de sa participation aux pourparlers sur le règlement du conflit du Karabakh.

"L'Azerbaïdjan menace de régler le conflit par la force, alors qu'il poursuit les négociations sur un règlement pacifique. En conséquence, tous les liens possibles entre la conduite interne des négociateurs azéris et celle externe, disparaissent." Et d'ajouter que : "si Aliev avait signé les principes de base, cela aurait signifié que les autorités azerbaïdjanaises avaient trompé leur propre peuple."

De plus, il pense que l'Azerbaïdjan a perdu en quelque sorte le sens de la réalité. "Cela s'est vu lors du récent interview d'Aliev à Euronews, où il n'a donné aucun signe d'une quelconque concession mutuelle, si ce n'est une large autonomie au Haut-Karabakh. On a comme l'impression que le temps s'est arrêté pour Aliev et qu'il ne réagit pas de manière adéquat à la réalité. A croire que toute chance d'une percée dans les négociations fait craindre à Aliev de rentrer chez lui."

Selon l'expert, il faut s'attendre à un tournant, pas dans les négociations, mais dans la conduite de l'Azerbaïdjan. En fait, si l'on regarde bien, ce n'est pas la population azerbaïdjanaise, mais Aliev qui refuse de céder.

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Pour le porte-parole du Parti Républicain d'Arménie, Edouard Charmazanov : "L'Artsakh n'a jamais fait partie de l'Azerbaïdjan indépendant. Le conflit du Karabakh n'est pas un conflit territorial, c'est une question d'autodétermination, un droit qui a été légalement exercé par le peuple de l'Artsakh." Serge Sarkissian avait déclaré que l'Arménie ne reconnaissait pas l'indépendance du Haut-Karabakh pour respecter l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan.

Aussi, la réunion de Kazan a de nouveau prouvé que l'Azerbaïdjan, en ignorant complètement les déclarations faites par les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE et la logique du règlement, a mené les pourparlers dans une impasse.

"Ce n'est pas nouveau que l'Azerbaïdjan fait semblant de négocier. Car négocier, signifie faire des compromis. En attendant, l'Arménie ne sera jamais d'accord de faire des concessions unilatérales. Quoi qu'il en soit, la poursuite des négociations est mieux que rien."

Charmazanov a une nouvelle fois insisté sur la nécessité d'impliquer les représentants du Haut Karabakh dans le processus de négociation. "Tous ont déjà compris que l'Artsakh est de fait un Etat indépendant."

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Extrait de la Radio Publique d'Arménie et de PanArmeian.net