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samedi 4 juin 2011

Karabakh : la politique de Bakou reste inchangée

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Faire des manœuvres militaires à proximité de la ligne de front quelques jours après la déclaration des pays coprésidents, faite lors du G8 de Deauville et peu avant la rencontre trilatérale de Kazan, signifie que Bakou traite les négociations de paix par-dessus la jambe. Pourquoi dépenser des milliards en achat d'armement si ce n'est pour s'en servir contre l'un de ses voisins.

Certainement pas contre la Russie, trop gros morceau ; pas contre la Géorgie, c'est par là que passent les pipe-lines ; certainement pas contre la Turquie, son grand frère et fidèle alliée. Bien que les rapports avec l'Iran ne soient pas excellents, il n'est pas dans les projets immédiats et dépend directement de la communauté internationale, ou plus précisément des Occidentaux. En cas de guerre éventuelle contre Téhéran, l'Azerbaïdjan est même prêt à servir de base aux forces américaines.

Il ne reste plus que le Karabakh par Arménie interposée, car on voit mal l'Armée azérie aller guerroyer sur des théâtres éloignés.

S'il est à peu près clair que ni les Etats-Unis et encore moins l'UE, n'interviendront militairement il n'en sera pas de même avec la Russie. Indépendamment des accords militaires, l'Arménie est un point géostratégique très important pour Moscou, qu'il n'est pas question de perdre. La Turquie, membre de l'OTAN et alliée de Washington, n'aura pas les coudées franches pour intervenir directement, car en face il n'y aura pas que l'Arménie et une troisième guerre mondiale n'est vraiment pas à l'ordre du jour.

Connaissant tout cela, le Calife de Bakou [Ilham Aliev] continue à jouer avec le feu, prenant ses interlocuteurs pour des ‘guignols'.

* Brève *


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"Aujourd'hui, en tant que membre de cette Chambre, je me joins à d'autres en ce lieu, et dans les parlements du monde entier, pour déclarer que je crois que le génocide arménien a été l'un des plus grands crimes contre l'humanité," a déclaré le ministre de l'Immigration, Scott Morrison ; rapporte l'ANC d'Australie.

"Nous ne cherchons pas à blâmer ni à accuser l'Etat turc moderne et laïc que nous connaissons en tant qu'ami, mais il est important que nous reconnaissions le génocide arménien pour ce qu'il était."

La déclaration de Morrison a été suivie quelques jours plus tard par une séance parlementaire dominée par des appels à la reconnaissance du génocide arménien, lorsque les députés Joe Hockey, John Alexander et Paul Fletcher ont soulevé la question en séance de la Chambre des Représentants.

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L'Azerbaïdjan ne peut pas s'arrêter et continue de faire entendre le cliquetis des armes, quelques jours après la déclaration de Deauville demandant que le conflit du Karabakh soit résolu rapidement par la voie exclusivement pacifique. Il semblerait que pour se calmer elle-même, l'Armée azerbaïdjanaise par la voix de son porte-parole, Eldar Sabiroglu, a déclaré : "Notre armée est la plus forte du Sud-Caucase et elle est prête à s'acquitter de toute décision militaire."

Les faits sur lesquels se fonde la déclaration ne sont un secret pour personne, y compris pour les experts internationaux. Au début de 2011, un certain nombre d'articles spécialisés ont traité de la question militaire dans la région. Selon eux, l'avantage quantitatif est le seul avantage que l'armée azérie possède. L'International Crisis Group a noté que l'Azerbaïdjan a un avantage évident dans les dépenses militaires, mais que de nombreux autres facteurs pourraient donner un avantage à l'Arménie. Le moral et la préparation au combat de l'armée arménienne sont généralement considérés comme supérieur à celui de l'Azerbaïdjan, qui souffre des défaites passées, de la corruption généralisée et d'une chaîne de commandement rigide. "Malgré la petitesse du territoire et de la population, l'armée arménienne est considérée comme la plus professionnelle, efficace et compétente de la région," ; rapportait un journal turc.

Les menaces plus ou moins voilées de se lancer dans une guerre contre le Karabakh sont particulièrement absurdes, si l'on prend en considération la récente déclaration des trois grandes puissances, directement impliquées dans le règlement du conflit du Karabakh, qui stipule que la résolution ne peut plus être retardée, et qui invite instamment les dirigeants des parties à préparer leurs populations à la paix, et non à la guerre.

Très probablement que l'Azerbaïdjan n'a pas complètement compris le message de la Russie, de la France et des Etats-Unis, considérant qu'il s'agit là d'un autre énoncé déclaratif et insignifiant. Il est également possible que l'Azerbaïdjan refuse de comprendre le message, voyant là s'évanouir son rêve de démarrer une nouvelle guerre au Karabakh pour vérifier l'efficacité des armes achetées librement, ainsi que la réalité de ‘la plus forte armée dans la région'. Avec une incompétence, qui a déjà été prouvée face aux forces armées de la RHK.

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L'Azerbaïdjan a fait des manœuvres militaires de chars T-72M dans la région de Beylagan, à proximité de la ligne de front. Les chars utilisés le sont avec du matériel dernier cri, et notamment des dispositifs de vision nocturne. Plusieurs armes de gros calibres, produites en Azerbaïdjan, ont été utilisées dans les exercices.

Une délégation composées de représentants des médias azerbaïdjanais, du ministère de la Défense, d'ONG, et de parlementaires, a pris s'est approchée de la ligne de front et a été informée des positions de l'armée azerbaïdjanaise. Une vidéo des exercices effectués a également été diffusée lors de la visite.

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Le président de l'Institut de Recherche du Moyen-Orient, Evgueni Satanovski, a commenté la possibilité qu'Israël reconnaisse le génocide arménien, surnommé ‘mythique' dans les médias azéris.

"Le génocide arménien est un fait réel, ayant eu lieu dans l'Empire ottoman et qui n'est en aucune façon lié à l'Azerbaïdjan. À l'heure actuelle, la Knesset répond à la politique turque. Pendant des dizaines d'années, la Turquie a demandé à Israël de s'abstenir de reconnaître le génocide. Cette période est maintenant terminée," écrit Vesti.az

Selon l'expert, l'Arménie est intéressée par l'équilibre UE- Russie et Iran-États-Unis, prévoyant un resserrement des relations entre Téhéran et Erevan.

Ainsi, si l'Azerbaïdjan commence une nouvelle guerre au Karabakh, Téhéran va probablement rester neutre. "Toutefois, la communauté arménienne d'Iran offrira clairement un sérieux soutien à l'Arménie. Il en ira de même des communautés arméniennes des Etats-Unis, d'Egypte, de France, du Liban."

"L'Iran est irrité par le régime de Bakou, qui ne tombe pas sous le contrôle de Téhéran, aussi il tente, à travers les Iraniens d'Azerbaïdjan, d'influencer le régime en place. Pour Téhéran, les relations Azerbaïdjan-Israël sont une question clé. Pour empêcher leur resserrement, l'Iran est prêt à tout," souligne Evgueni Satanovski dans Vesti.az.

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Extrait de la Radio Publique d'Arménie et de PanArmenian.net



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