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vendredi 24 juin 2011

Le Président Serge Sarkissian prend la parole devant l'APCE

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

On a beau enrober les propos des uns et des autres dans un discours optimiste, la réalité est là, dure et sans appel.

Comme le discours du président Sarkissian l'a laissé entendre, tout comme d'ailleurs les propos du président Aliev, la signature d'un préaccord général lors de la rencontre de Kazan est loin d'être acquise.

En effet, tous deux ont été interviewés jeudi par la chaine Euronews à la veille de leur réunion avec le président Medvedev.

Serge Sarkissian a réitéré sa position, explicitée lors de sa prise de parole devant l'APCE, mettant en avant l'arménophobie qui règne en Azerbaïdjan, et l'incohérence qu'il y a dans les propos des dirigeants azéris entre l'acceptation des principes de base proposés par les médiateurs et le refus d'appliquer deux d'entre eux.

Quant à Ilham Aliev qui venait de rencontrer José Manuel Barroso, il a bien confirmé que son principal objectif était l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan, le premier principe de base ; que le second (non recours à la violence ou à la menace de son emploi) s'il était mal appliqué c'était regrettable mais que c'était la faute de tout le monde ; quant au troisième, le droit à l'autodétermination des peuples, cela ne peut que signifier pour le Haut-Karabakh un très niveau d'autonomie et de donner comme exemple la Province autonome de Tyrol du Sud (région de Bolzano) au Nord de l'Italie sur la frontière autrichienne.

Seulement ce qu'oublie de dire le président azéri, c'est qu'il y a de gros tiraillements entre les italophones et les germanophones et que ces derniers qui sont majoritaires à 70% ont de fortes velléités d'indépendance. De plus, que c'est grâce à la présence de soldats (italiens) que la paix est maintenue.

Et comme cela ne suffisait pas, M. Aliev a parlé du budget de la Défense de l'Azerbaïdjan qui est équivalent au budget total de l'Arménie, et que plus le temps passait, plus le fossé se creusait entre les deux pays.

Ce n'est certes pas une mise en garde, mais cela y ressemble fortement. Au fait, que disait le second principe de base ?

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Larges extraits du discours du président arménien Serge Sarkissian à la session d'été de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) et réponses aux questions des députés.

Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général, Messieurs les Membres de l'Assemblée,


Serge-a-APCE1_maxi
Je voudrais commencer par exprimer ma gratitude pour l'occasion qui m'est donnée d'aborder le public européen à travers ce forum distingué, qui a joué un rôle crucial dans le processus d'enracinement de la démocratie en Arménie.

Il y a vingt ans, en Septembre 1991, l'Arménie a déclaré son indépendance, la réalisation du rêve de nombreux siècles et de générations, et la réunification avec la communauté d'Etats souverains. Dix ans plus tard, en 2001, l'Arménie a adhéré au Conseil de l'Europe, réaffirmant un héritage historique et culturel commun avec cette famille des nations européennes. Aujourd'hui, debout devant l'Assemblée, je me souviens de ces jalons avec un sentiment de fierté pour les réalisations de notre peuple et de notre Etat dans les deux dernières décennies.

Ayant connu différents régimes oppressifs, mon peuple ne connaît que trop bien le prix de la liberté. L'histoire de mon peuple est celui de la création et de la lutte. La liberté et la paix ont été notre rêve depuis des siècles. Nous sommes maintenant en route vers notre rêve.

Le peuple de l'Arménie a fait son choix historique et irréversible. Notre route pour devenir proche de l'Europe a été unique de manière naturelle. Cependant, il y a eu des obstacles, qui ne sont pas naturelles, telles que le blocus artificiel et illégal imposé à l'Arménie par nos deux voisins. Toutefois, en dépit de toutes les difficultés, notre société sait précisément où elle va, et pourquoi elle a choisi cette voie particulière de développement. Pour nous, c'est un retour à la civilisation et au domaine culturel européen, à laquelle nous appartenons, et où nous avons été toujours présents.

Le Conseil de l'Europe est en effet l'expression institutionnelle de notre système de valeurs communes. Sa mission englobe l'ensemble du continent européen, défini non seulement en terme géographique, mais surtout, comme une plate-forme commune culturelle et de civilisation, de valeurs et d'identité.

Mon peuple à travers l'histoire a payé un prix très élevé pour avoir le droit d'aimer ces valeurs et ces idées, qui dans ces moments de l'histoire étaient étrangers à notre région en particulier. En conséquence, nous avons été réduits au silence de la manière la plus brutale et horrible qui soit. Le Conseil de l'Europe signifie la promesse que de tels événements ne doivent pas être autorisés à se reproduire sur le continent européen.

Au cours des deux dernières décennies, le Conseil de l'Europe a été un partenaire essentiel pour l'Arménie dans le processus de construction de l'État et le renforcement de la démocratie. En Arménie, on dit en blaguant que notre système politique a trois composantes : le gouvernement, l'opposition, et le Conseil de l'Europe. La plaisanterie, cependant, reflète effectivement la forte implication du Conseil de l'Europe dans le processus de changement en cours en Arménie.

(…)

Mesdames et Messieurs ;

La résolution pacifique et juste du conflit du Haut-Karabakh reste le problème le plus important pour nous. Les négociations sont menées dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE. Nous sommes reconnaissants aux Etats coprésidents pour leurs efforts. Surtout que les présidents de ces Etats se sont personnellement engagés dans le processus de résolution. Cela sans aucun doute, inspire un grand espoir.

Je crois que vous conviendrez que la contribution la plus importante actuelle et à venir du Conseil de l'Europe à ce processus, est la promotion de la tolérance. À cette fin, nous notons avec préoccupation et douleur que des foyers de racisme et de xénophobie existent encore sur le territoire du Conseil de l'Europe.

La Commission européenne contre le racisme et l'intolérance, dans son récent rapport régulier sur l'Azerbaïdjan, a confirmé le niveau extrême d'arménophobie et de racisme qui prévaut dans ce pays. Nous regrettons ce fait, car il est difficile d'imaginer une telle situation dans un Etat membre du Conseil de l'Europe. Nous le regrettons, car nous comprenons clairement que le poison de l'intolérance qui frappe le plus lourdement la société porte en elle un tel poison. Il nous touche également parce que :

- L'Azerbaïdjan est notre voisin immédiat,

- Le conflit du Haut-Karabakh est en suspens dans notre environnement,

- Et nous attachons une importance à la nécessité de progresser dans le processus de résolution du conflit.

Dans deux jours, une réunion trilatérale des présidents de la Russie, de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan aura lieu. Dans la période qui a précédé la réunion, les coprésidents médiateurs se sont efforcés d'assurer la finalisation des principes de base de la résolution. Nous parlons ici de résoudre le problème par des moyens pacifiques basés sur des concessions mutuelles. Cependant, notre situation actuelle ressemble elle-même à une concession, avec une partie adverse qui recherche des excuses commodes pour nous tirer dessus. Dans une telle situation, il sera très difficile pour quiconque de persuader la société arménienne, ou celle du Karabakh - des populations autochtones Arméniens vivant au Karabakh depuis des siècles - qu'il est nécessaire de faire certaines concessions dans un pays où il y a une telle intolérance et de tels sentiments racistes extrêmes envers les Arméniens.

C'est dans ces circonstances que nous nous déplaçons à Kazan, en prévision de progrès, que nous attachons une grande importance à la stabilité régionale et au développement, pour assurer un avenir sûr pour la génération qui grandit en Arménie, au Haut-Karabakh et en Azerbaïdjan, et faire preuve de bonne volonté avec une approche constructive. Cependant, nous devons tous réaliser que l'accord ne pourra être finalisé et mis en œuvre efficacement que si les modèles d'arménophobie et de racisme sont éliminés en Azerbaïdjan et qu'un climat de confiance est instauré. Il est aussi clair que personne ne peut contester le droit inhérent au peuple du Karabakh à vivre librement et en toute sécurité sur ses terres et d'être maître de son destin.

Aussi, voici ce que l'on attend du Conseil de l'Europe :

* Essentiellement, ne pas nuire au processus. L'impact à court terme de débats basés sur l'ignorance, perturbent les parties et les empêchent d'arriver à des solutions durables ; solutions susceptibles d'émerger dans les pourparlers de paix menés dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE.

Je suis persuadé que l'écrasante majorité de nos collègues de l'APCE, qui ont ou vont exprimer le désir de discuter de questions ayant trait au conflit du Haut-Karabakh, ont fait ou vont faire preuve de bonne volonté. Cependant, certains peuvent encore agir sur la base d'informations inadéquates, ce qui peut en effet compromettre le processus. Par conséquent, je vous exhorte tous à exercer une certaine retenue. L'orientation principale devra être le principe de ne causer aucun dommage.

Est-il possible de nous aider ?

Certes, il l'est. Indépendamment des visions différentes pour la résolution définitive du conflit du Haut-Karabakh, une chose est certaine : Le Karabakh a été, est et restera une partie de l'Europe, quoique méconnue. Devons-nous comprendre que la société du Haut-Karabakh est aujourd'hui une partie de la société européenne, une partie de la famille européenne, indépendamment du statut de jure du Karabakh ? Le temps n'est-il pas venu pour le Conseil de l'Europe de s'engager directement au Karabakh en termes de protection, de promotion des droits de l'homme, de formation de la société civile, de démocratie, de tolérance, etc. ? Ne serait-il pas beaucoup plus logique si le Conseil de l'Europe s'engageait d'abord avec la population du Karabakh avant d'exprimer le désir de discuter de questions liées au Karabakh lui-même, avec la participation de la population du Karabakh à de telles discussions ?

Chers Collègues,

L'effondrement du mur de Berlin annonçait la suppression de lignes de démarcation en Europe. Malheureusement, vingt ans plus tard, notre région est toujours en attente que ses lignes de démarcation soient éliminées.

Il y a deux ans, nous avons initié un processus de normalisation entre l'Arménie et la Turquie, ce qui aurait permis, à travers l'établissement de relations diplomatiques et l'ouverture de la frontière, de surmonter progressivement le fossé qui existait depuis près d'un siècle. Je tiens à noter que, tout au long du processus, nous avons grandement apprécié l'inspiration et le soutien permanent non seulement des Etats-médiateurs, mais aussi plus largement de la communauté internationale, y compris plusieurs Hauts fonctionnaires du Conseil de l'Europe. Malheureusement, en dépit de ce soutien, le processus de normalisation entre l'Arménie et la Turquie se retrouve dans une impasse.

La seule raison est que la Turquie est revenue à sa pratique de mettre des conditions préalables, et à défaut d'honorer ses engagements, ce qui rend impossible la ratification des protocoles signés. Ayant affronté le mur de la déception et de la méfiance, je ne peux pas prédire quand la fenêtre d'opportunité s'ouvrira de nouveau. Je regrette de le dire, mais c'est la réalité.

Il est important de souligner que l'Arménie a initié le processus avec de bonnes intentions, fidèle à l'impératif du 21e siècle de la coexistence pacifique des nations et des peuples, le tout sur fond d'une Turquie qui non seulement ne pas reconnaît pas le génocide des Arméniens commis sous l'Empire ottoman en 1915, mais s'engage dans une politique négationniste tout azimut. En attendant, les Arméniens du monde entier attendent une réponse adéquate. Nos efforts inlassables, et j'espère également les efforts de ceux qui s'inquiètent des crimes contre l'humanité, vont désormais rester concentré sur la reconnaissance internationale du génocide arménien.

Cependant, nous sommes déterminés à ne pas laisser ce problème non résolu pour les générations à venir. La normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie est importante non seulement pour les Arméniens et les Turcs, mais aussi pour toute la région, je crois que, même pour l'ensemble de l'Europe, ce sera un plus en termes de création d'une atmosphère de paix, de stabilité et de coopération. Le blocus illégal de l'Arménie doit cesser.

Mesdames et Messieurs ;

Permettez-moi de conclure en réaffirmant ma conviction profonde dans un avenir commun, global, pacifique et prospère. Si l'Europe est une idée, un socle de valeurs partagées, alors cela doit l'être pour toute l'Europe - de l'océan Atlantique à l'Oural, voire au-delà, sans regroupements ou divisions. L'Europe ne peut et ne doit pas tolérer les nouvelles lignes de démarcation - matérielle ou immatérielle. Le Conseil de l'Europe doit devenir une arène politique important pour l'Europe à l'échelle des discussions approfondies et des efforts collectifs visant à la promotion de l'unité européenne. Il est commandé par notre responsabilité commune envers les générations futures.

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Mercredi, l'Union européenne a exhorté les présidents Arménien et Azerbaïdjanais, à finaliser les principes de base du règlement du conflit du Haut-Karabakh, disant que le statu quo devenait intenable.


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"J'ai souligné le fort soutien de l'Union européenne pour une résolution pacifique du conflit du Haut-Karabakh", a déclaré le chef de la Commission de l'UE, José Manuel Barroso, après un entretien avec le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev.

"Il est grand temps de faire des efforts supplémentaires pour finaliser un accord sur les principes dits de base. Les négociations reprendront dans deux jours le temps de discuter du règlement du conflit. J'espère que les deux parties seront en mesure d'avancer, vu que le statu quo n'est pas une option pérenne," a-t-il souligné.

Aliev aurait n'a fait aucun commentaire sur les chances d'une percée dans ses négociations avec l'Arménie.

Les médias azéris ont seulement rapporté que le conflit du Karabakh doit être réglé sur la base de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan et que tous les réfugiés azerbaïdjanais et les personnes déplacées doivent être en mesure de retourner dans leurs foyers "très rapidement".

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Le Président de l'APCE, Mevlut Cavusoglu, a déclaré il y a quelques jours que la normalisation des relations arméno-turques est liée à la question du Karabakh, en ajoutant qu'il y a eu un accord verbal entre l'Arménie et la Turquie, et qui a été confirmé par les ministres des Affaires étrangères de la France, la Suisse et la Russie et le secrétaire d'État américain.


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Commentant cette déclaration, le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, qui se trouvait à Strasbourg, a fait la mise au point suivante :

"C'est une simple déformation des faits. Le processus de normalisation des relations arméno-turques a commencé et s'est développé sur la compréhension que les relations doivent être normalisées sans conditions préalables, et d'ailleurs il n'y a pas de conditions préalables inscrits dans les deux protocoles. Tous les ministres des Affaires étrangères présents à la cérémonie de signature ont appelé les parties à ratifier et à appliquer les protocoles sans conditions préalables. Laissez-moi citer Mme Clinton indiquant que l'Arménie a fait sa part du chemin, et que la balle se trouve maintenant dans le camp turc, et c'est ce dernier qui doit respecter ses engagements. Par conséquent, je pense que c'est incorrect de tenter de jeter la faute sur les autres."

Concernant la reprise de l'activité de la Sous-commission de l'APCE sur le Haut-Karabakh, dont une première réunion a eu lieu le 20 Juin sous la présidence de l'espagnol Jordi Xuclà, nommé par Mevlut Cavusoglu le 28 Janvier dernier, mais sans la délégation arménienne, le ministre a précisé :

"Les coprésidents du Groupe de Minsk ont également déclaré qu'ils ne considéraient pas que la reprise de l'activité de la dite Sous-commission puisse contribuer au processus de règlement. Cette Sous-commission n'est pas habilitée à prendre des décisions contraignantes."

"Il n'est pas nécessaire de changer le format des négociations. Les deux, nous et les coprésidents, avons indiqué l'inutilité de reprendre les travaux sur le Karabakh par une Sous-commission de l'APCE. C'est le plus important. Je ne pense pas que ce soit l'action la plus utile dans le cadre de son activité. Aussi, il est important que la Sous-commission ne nuise pas au processus de négociations en créant des nouvelles tensions ou en générant des conséquences imprévisibles."

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Extrait de la Radio Publique d'Arménie et de PanArmenian.net



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