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vendredi 10 février 2012

La pénalisation du déni des génocides (suite et non fin)


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

La loi passera-t-elle ou ne passera-t-elle pas le filtre du Conseil constitutionnelle ? Les pronostiques vont bon train.

Dans tous les cas les gouvernants turcs sortiront vainqueurs car ils sont couverts par leur immunité diplomatique.

Dans tous les cas la Turquie, elle, sortira perdante car l’acharnement mis à nier sa propre histoire, à quantifier les victimes par des comptes d’apothicaire, à vociférer et à menacer comme un charretier, à courir sur tous les fronts comme un dératé, à payer des personnes pour qu’elles aillent manifester ou à engager des Cabinets-Conseil pour exercer un lobbying sur les parlementaires français, ne peuvent que lui nuire.

Elle sort perdante car son image de marque, si tant est qu’elle en a une, s’est encore dégradée d’un cran aux yeux de la communauté internationale, avec son ministre de l’UE qui fanfaronne à Zurich en mettant au défit les autorités suisses avec des propos négationnistes. On est bien loin de l’image du pays démocratique qu’elle veut se donner dans l’espoir de rentrer dans l’UE. Adhésion, dont la date est repoussée aux calendes grecques, un comble pour la Turquie !

Hélas pour elle, les craquements se font également sentir à l’intérieur du pays par l’intermédiaire d’intellectuels, d’universitaires ou de journalistes, malgré les menaces de procès ou d’emprisonnements. Et par les temps qui courent s’en prendre à sa propre population n’est vraiment pas bien vue.

Mais qu’elle se rassure, les Occidentaux, Etats-Unis en tête, ne l’abandonneront pas, sa situation géographique va encore une fois la sauver, c’est d’ailleurs tout ce qu’il lui reste, tout G20 qu’elle est.




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* Les remous de la loi française pénalisant le déni des génocides continuent *


* En France

Valérie Boyer, l'auteur du projet de loi, propose de renouveler les tentatives si la loi est rejetée.

 "Je ne m’attendais pas à une telle réaction aiguë de certains sénateurs. Le projet de loi réaffirme des valeurs globales comme la liberté, l'égalité et de fraternité. Les médias ne semblent pas être intéressés à la question mais ils continuent de publier les réactions opposées au projet de loi," a-t-elle déclarée.

Mme Boyer compte contacter le cabinet du président au cas où le Conseil constitutionnel déclarerait  le projet inconstitutionnel.

* Au Parlement européen

Le Président du Parlement européen, Martin Schulz, a rencontré le négociateur en chef de la Turquie avec l'UE, Egemen Bagis. Le rôle de la Turquie en Syrie, le régime des visas et la perspective d'adhésion turque à l'UE ont été parmi les sujets abordés.

Bagis a refusé de répondre à la question sur l'enquête lancée par la Suisse pour ses remarques niant le génocide arménien. Toutefois, Martin Schulz et Egemen Bagis ont commenté le projet de loi adopté par le Parlement français. Martin Schulz a rappelé la position claire du Parlement européen, qui, en 2005 avait voté la résolution appelant "la Turquie à reconnaître le génocide arménien, estimant que cette reconnaissance est une condition préalable à l'adhésion à l'Union européenne".

Le président Schulz a souligné : "En tant qu’Allemand, je suis bien conscient de l'histoire de mon pays et du rôle que l'armée allemande a joué. Néanmoins, ma recommandation aux autorités turques d'aujourd'hui reste inchangée. Vous devez faire face à votre propre histoire. Je respecte l'autonomie parlementaire et l'indépendance du Parlement français et je respecte la loi adoptée en France. Je sais qu'il y a beaucoup de gens dans l'Union européenne qui partagent le point de vue des parlementaires français."

Dans sa réponse,  le ministre turc a précisé : "Cette question doit être abordée uniquement par les scientifiques. Nous sommes des politiciens ; nous avons des responsabilités dans l'élaboration de l'avenir, et non du passé. Les politiciens ne doivent pas voler le rôle des historiens qui étudient l'histoire et portent des jugements. D’où la nécessité de créer une Commission internationale d'historiens et d'universitaires."

Ce à quoi Martin Schulz a répondu : "Chaque jour je suis confronté avec le passé de mon pays. Être aussi ouvert que possible sur le passé est la meilleure façon d’élaborer l'avenir."

* En Arménie

Certains analystes sont pessimistes quant à l’aboutissement de la loi. Le vice-président de l’Académie géopolitique de Russie, Arayik Sarkissian, et l’analyste Stépan Chakariants pensent que la loi ne pourra pas être promulguée, et que le vote du Sénat était une simple performance.

"Je m'excuserai le jour où Sarkozy promulguera la loi," a déclaré Sarkissian. Il pense que la signature présidentielle dépend d'un accord turco-français. Il estime que la Turquie et la France ont décidé d'assumer une politique différente sur la Syrie, en contournant la Russie. Par conséquent, il y a certains accords bilatéraux, dont la France se passerait bien mais qu’elle doit prendre en considération.

Quant au politologue Stépan Chakariants, il se dit tout aussi pessimiste, et considère que cette initiative visait surtout à montrer les leviers de pression sur la Turquie.

(…)

Le politologue Sergei Chakariants a indiqué que la Russie et la France ont des intérêts similaires concernant les liens avec la Turquie.

Et de donner comme exemples : la réunion de Sotchi du 23 Janvier entre les trois présidents portant sur le conflit du Karabakh, et le débat le même jour au Sénat français du projet de loi de pénalisation.

"La France tente de maintenir la Turquie loin du processus de l'UE, et la Russie fait de même avec celui du Karabakh," a souligné l'expert.

* En Allemagne

Selon certains Allemands, l'Allemagne devrait suivre l’exemple de la France et de la Suisse concernant la pénalisation du déni de génocides.

"Le génocide arménien est un sujet de droit international et de la convention des Nations Unies sur les génocides, et donc de nature ‘jus cogens’ [droit impératif], et le terme peut être appliqué à des événements survenus avant son adoption," indique un article sur le Web, invitant à l’établissement d’un dialogue entre les autorités allemandes et le public.

Des citoyens allemands insistent sur la nécessité pour leur pays d’exhorter la Turquie à envisager de revoir son passé et à aborder la question du génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens.

"La politique négationniste contredit l'idée d’une communauté libre et ouverte," peut-on lire plus loin.

* En Azerbaidjan

La ministre des Affaires étrangères azéri, Elmar Mammadyarov, a rencontré une délégation de sénateurs français conduite par Nathalie Goulet de passage à Bakou. 

La délégation était composée de Sylvie Goy-Chavent, de Jean-Marie Bockel, d’Hervé Maurey, d’André Reichardt et de Jeanny Lorgeoux, c'est-à-dire de parlementaires ayant signé le recours à la Cour constitutionnelle pour faire échec à la loi votée le 23 Janvier.

Le sénateur André Reichardt a précisé qu’il y a une forte probabilité de rejet par le Conseil.

"La position de la France visant à accélérer le règlement du conflit du Haut-Karabakh restera inchangée quelle que soit la décision du Conseil constitutionnel sur la loi de pénalisation," ont déclaré à l’unisson les membres de la délégation y compris Mme Goulet.

Le ministre Mammadyarov a souligné l'importance de la visite pour le développement des relations bilatérales, notant que les Azerbaïdjanais ont montré une approche émotionnelle au projet de loi.

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Le vote de la loi par le Sénat français a déclenché des appels pour exclure la France en tant que coprésident du Groupe de Minsk de l’OSCE.

"Le Groupe de Minsk de l'OSCE, composé de onze pays, dont la Turquie et l'Allemagne, doit discuter de l'exclusion de la France en tant que médiateur sur le règlement du conflit du Haut-Karabakh. L'Azerbaïdjan, à son tour, doit faire campagne pour l'admission d'un pays neutre comme coprésident, car la France ne peut plus être considérée comme impartiale," a déclaré Furad Muradov.

* En Turquie

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a exprimé sa satisfaction sur la position de l'Azerbaïdjan concernant la loi de pénalisation.

"Nous sommes heureux de la position de l'Azerbaïdjan sur la loi française concernant la pénalisation. Aussi, nous devons faire le maximum pour que nos deux pays se soutiennent mutuellement sur toutes les questions."

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Le ministre de l’Economie turc, Zafer Caglayan, a indiqué que les progrès économiques réalisés par le Premier ministre, turc Recep Tayyip Erdogan, sont la principale raison qui a poussé le président Sarkozy à faire adopter par le Sénat français le projet de loi de pénalisation.

Il a en outre souligné l'importance de la double citoyenneté qui permettra aux Turcs vivant à l'étranger de former une puissante diaspora.

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Le journaliste turc Ergun Babahan a récemment publié un article consacré à la reconnaissance du génocide arménien et la liberté d'expression en Turquie. L'auteur a présenté la politique à long terme des autorités, en soulignant leur propagande et les obstacles existants à la liberté d'expression, et de donner comme un exemple l’assassinat de Hrant Dink.

"Le génocide arménien est une vérité. Les autorités turques ne doivent empêcher ni la reconnaissance du génocide arménien par d'autres États, ni le vote de projets de loi pénalisant sa négation," écrit-il.

Selon M. Babahan, de nombreux enregistrements de conversations entre des représentants du gouvernement et des éditeurs, prouvent que la politique des autorités turques vise à contrôler les médias.

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Selon les médias turcs, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, aurait déclaré son scepticisme quant à la promulgation de la loi, lors de la réunion annuelle de la coordination des organisations arméniennes d'Europe, suite à la saisine du Conseil constitutionnel par cent quarante deux parlementaires (77 sénateurs et 65 députés).

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* Brèves Turquie *

L’écrivain arménien Sevan Nichanian, basé à Istanbul, a été emprisonné pour la construction illégale d'un cimetière dans le district de Selçuk (province d'Izmir).

Sevan Nichanian a été maintes fois arrêté pour le même motif. Il y a quelques années, il avait rénové d’anciennes bâtisses pour en faire des hôtels.

(…)

Une statue érigée à l'entrée de l’Université Dumlupinar de Turquie a été retirée pour des raisons inconnues. La statue en marbre avec des images sculptées d'un lion et d’un aigle, était censée symboliser l'unité de la nation turque.

Cependant Oktay Eksi, du Parti Républicain du Peuple (CHP), a soulevé la question au Parlement sur cette suppression, relevant que la statue comportait certaines ressemblances avec des symboles arméniens : "Les animaux représentés sur la statue sont ceux des armoiries de l'Arménie. Est-ce un motif suffisant pour déplacer la statue? "

* Brève Allemagne *

Le ministre turc des Affaires avec l’UE a été invité en l'Allemagne pour résoudre les différends historiques entre la France et la Turquie sur le génocide arménien.

Comme l’a indiqué Egemen Bağış au quotidien Die Welt, les archives allemandes doivent avoir conservé des documents sur le génocide de 1915, "source de tant de disputes." Aussi, il a exhorté Berlin de permettre l'accès des historiens aux archives en question.

* Brève Suisse *

Le Professeur de droit international, Eric Wyler, de l’Institut international de Recherche de Genève, a répondu à une question de l'agence Haberturk sue les propos du ministre Egemen Bağis affirmant que "il n'y avait pas eu de génocide arménien."

"Bağış court un risque avec ces mots. Il est susceptible d'être déclaré coupable si une affaire au pénal est déclenché," a précisé Eric Wyler.

* Brèves Azerbaïdjan *

Le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères, Elmar Mammadyarov, a rencontré la délégation dirigée par Philippe Lefort, Représentant spécial de l’UE pour le Sud-Caucase et la crise géorgienne.

"La résolution du conflit du Haut-Karabakh est une priorité de la politique étrangère de l'Azerbaïdjan, ce conflit est le plus grand problème de notre pays. Nous pensons qu’il est important de changer le statu quo," a  souligné le ministre.

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"L'Union européenne est en discussion avec l'Azerbaïdjan et les autorités arméniennes sur de nouvelles propositions visant à accélérer la résolution du conflit de Haut Karabakh», a déclaré le chef de la délégation de l'UE Roland Kobia en Azerbaïdjan.

A ce sujet, la présidence azerbaïdjanaise a rappelé que le Haut Commissaire de l'UE, Catherine Ashton, avait déclaré que l'UE intensifiera ses efforts dans le règlement de conflit de Haut Karabakh et notamment : "Nous soutenons et saluons les efforts du Groupe de Minsk, mais nous voulons proposer de nouvelles idées pour parvenir à une solution rapide du conflit, en particulier pour établir la confiance entre les parties en conflit."

Kobia a déclaré que ces points ont été discutés avec les dirigeants des deux pays : "Bien sûr, nous allons annoncer avancer des idées, mais nous avons l'intention d'en discuter préalablement avec les deux côtés."

* Brève OSCE *

La protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des progrès sur la résolution des conflits de longue durée, sont les priorités pour 2012 de la présidence irlandaise de l'OSCE, a déclaré à la Commission d'Helsinki à Washington le Président de l'OSCE en exercice, le vice-Premier ministre irlandais, Eamon Gilmore.

Il a exprimé la volonté de la présidence de s'appuyer sur l’exemple du processus de règlement de la Transnistrie lors d'une réunion dans le  format "5 +2" à Dublin ce mois-ci, ainsi que son engagement à faciliter les progrès sur d'autres conflits prolongés dans la région de l'OSCE.

Soulignant les leçons potentielles tirées de l'expérience propre de l'Irlande dans la résolution des conflits, il a ajouté : "Comme vous le savez, nous en Irlande pouvons faire preuve d'empathie avec ceux qui sont engagés dans des conflits apparemment insolubles. En Irlande du Nord, le courage des dirigeants des deux côtés à négocier et à faire des compromis dans l'intérêt de la paix, conjointement avec la persévérance des gouvernements irlandais et britannique, ainsi que le soutien international - en particulier des États-Unis - a donné lieu à une solution durable."

* Brève Arménie *

"Personne n'utilise le terme Holocauste pour décrire le génocide arménien," a déclaré le ministre des Affaires étrangères arménien, Edouard Nalbandian, à l'Assemblée nationale en réponse à une déclaration de son homologue israélien, qui déclarait que "le terme Holocauste n'est pas applicable au génocide arménien."

"Le terme arménien ‘Medz Eghern’ se traduit par le terme ‘génocide’ et non seulement parce que des dizaines de pays et d’organisations internationales l’ont reconnu. Lorsque Raphaël Lemkin a suggéré le terme ‘génocide’ pour la première fois, il faisait allusion au ‘Medz Eghern’  arménien. Plus tard, ce terme a était utilisé par différentes organisations internationales, dans différents documents internationaux," a déclaré le ministre.

Il a rappelé que le directeur de l'Institut de l'Holocauste de Jérusalem et le du génocide, Israël Charny, avait dit : "il est temps de mettre fin à ce jeu de mots, à cette mascarade et qu'Israël reconnaisse enfin le génocide arménien."

"En disant cela, Charny n'a pas été guidé par des considérations politiques. Tout le monde en Israël se rend compte que Charny connaît très bien le sens des mots Holocauste et Génocide," a souligné Nalbandian.

* Brève Russie *

Lors d'une réunion à Moscou, le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Grigori Karassine, et le Représentant spécial de l'UE pour le Caucase du Sud et la crise géorgienne, Philippe Lefort, ont discuté de la résolution du conflit du Haut-Karabakh.

Les parties ont également échangé des vues sur d'autres questions concernant la région, y compris la situation aux frontières avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

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Extrait de Radiolour et de PanArmenian


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