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lundi 23 avril 2012

L’UE se penche sur l’Arménie et l’Azerbaïdjan



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Suite au travail des représentants turcs et surtout azerbaidjanais dans les diverses instances européennes pour déplacer la résolution du conflit du Haut-Karabakh à d’autres organismes que le groupe de Minsk de l’OSCE, il y a quelques semaines, la Commission des Affaires étrangères de l’UE avait soulevé le problème et dans quelles mesures elle pouvait s’impliquer dans sa résolution. Les députés européens devaient statuer sur la marche à suivre en séance plénière, ce fut chose faire le 18 Avril. Les recommandations portent sur les critères (Valeurs) de démocratie dans le cadre du partenariat oriental (Libertés et droits de l’homme) et sur le conflit du Karabakh. Si dans le premier cas Erevan est plutôt bien noté et Bakou critiqué, c’est l’inverse concernant le conflit du Karabakh.

L’UE s’est clairement calquée sur les positions des médiateurs internationaux et a refusé de s’immiscer dans la résolution politique du problème. Comme il fallait s’y attendre, tout doit se dérouler selon les normes et le droit international et sur la base des principes d’Helsinki. Par contre l’UE désire fortement s’impliquer dans la résolution par le biais des sociétés civiles et serait assez favorable de rentrer dans le groupe de Minsk.

Lorsqu’on regarde en détail la Résolution sur l’Arménie et celle sur l’Azerbaïdjan, on remarque qu’elles sont loin d’être équilibrées. Bakou est beaucoup plus avantagé que Erevan tant dans les attendus que dans les recommandations. A cela plusieurs explications.

La première remarque est que les résolutions ne tiennent absolument pas compte des déclarations hors réunions des uns et des autres, du comportement des uns et des autres sur la ligne de contact, des achats d’armes (montant ou type) des uns et des autres, et mettent tout le monde dans le paquet. Seuls comptent les déclarations faites à l’issue des réunions officielles. Ce qui enlève une grande part de crédibilité aux deux Résolutions qui se transforment en une liste théorique type : ‘Faut qu’on – Y a qu’à’.

Au même titre que toutes les organisations internationales, l’UE traite le conflit du Karabakh à partir de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, c’est à dire sans chercher à comprendre les tenants, s’efforçant exclusivement de régler les aboutissants. Or ignorer volontairement les causes profondes datant de la soviétisation de la région revient à ‘mettre un cautère sur une jambe de bois’. Pour l’UE, l’Arménie est l’agresseur, et en tant que tel elle doit retirer ses forces de l’Azerbaïdjan, restituer tous les territoires, permettre le retour des réfugiés y compris dans le Haut-Karabakh. Un referendum sur le Statut futur de cette enclave aurait lieu à une date indéterminée et on demandera à toute la population, c'est-à-dire un million d’Azéris et 155.000 Arméniens s’ils veulent ou pas se scinder de l’Azerbaïdjan ? [Trouvez l’erreur !]

La seconde remarque, beaucoup plus importante et inquiétante, porte sur le déséquilibre des attendus et des recommandations. Le lobby turco-azéri a mis les bouchées doubles pour atteindre ses objectifs, à savoir : faire désavouer le comportement de l’Arménie. Il a réussi en partie. Les moyens utilisés par ces deux pays, que ce soit sur le plan quantitatif (nombre de lobbyistes) ou le plan financier, dépassent et de loin tous ceux de l’Arménie.

Pensez à ce qui s’est passé pour la loi française de pénalisation du déni des génocides, et multipliez ces moyens par dix pour comprendre le travail réalisé par le tandem turco-azéri. Comme en France où nombre de personnes (élus ou pas) ont succombé aux sirènes de la Turquie pour des raisons plus ou moins avouables (liberté d’expression, commerciales), à Bruxelles (ou plus exactement à Strasbourg), nombre d’eurodéputés ont suivi les recommandations de leur pays quant à l’entrée de la Turquie en Europe (sur 27 il n’y en a pas beaucoup qui sont contre) ou sur la nécessité de caresser Bakou dans le sens du poil pour des raisons énergétiques, le tout facilité par la propagande turco-azérie.

La stratégie de l’Arménie reste certainement la meilleure : Il faut garder le format actuel du Groupe de Minsk de l’OSCE avec les trois coprésidents – Etats-Unis, France, Russie. A ce jour, si Washington a une neutralité bienveillante envers Bakou, Paris et Moscou ont la même avec Erevan.
Faire rentrer l’UE - qui ne dispose pas de gouvernance politique avec 27 Etats cherchant avant tout leurs intérêts, ou pire la Turquie, ne peut qu’apporter des déboires à la population du Haut-Karabakh. Il n’est pas nécessaire d’avoir une force d’interposition poreuse quand on est aussi bien servi par soi-même. Le seul changement acceptable par Erevan, c’est de faire participer Stépanaguerd aux négociations de paix.

Il faut éviter comme disait Jean Giraudoux, que "la paix soit l'intervalle entre deux guerres!"



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Session plénière Commerce extérieur/international (Cf. document)

Contexte

Les négociations des accords d'association avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont été lancées en juillet 2010: Jusqu'à présent, 24 chapitres de négociation sur 28 ont été clôturés pour l'Arménie et 13 sur 28 pour l'Azerbaïdjan. Les dialogues en vue de faciliter les visas avec ces deux pays ont été lancés en mars de cette année. Les deux accords doivent obtenir le consentement du Parlement pour pouvoir entrer en vigueur.

Les accords d'association que l'UE négocie actuellement avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan devraient rendre la région plus sûre, à la fois par la promotion d'un règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh et en faisant de leur performance en matière de droits de l'homme et de réformes démocratiques une condition du soutien de l'UE. Pour ces mesures, les deux pays ont encore "un long chemin à parcourir", soulignent les résolutions adoptées mercredi.

Les résolutions énoncent les recommandations du Parlement à l'attention du Conseil et de la Commission en matière d'orientations à prendre lors de la négociation des accords d'association avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Les résolutions ont été adoptées par 520 voix pour, 32 voix contre et 24 abstentions pour l'Arménie et 508 voix pour, 29 contre et 27 abstentions pour l'Azerbaïdjan.

Les députés louent les ambitions de réforme de l'Arménie et la coopération énergétique actuelle avec l'Azerbaïdjan, mais mettent en garde contre des violations des droits de l'homme dans le cadre des préparatifs du concours de l'Eurovision de la chanson 2012 à Bakou, en Azerbaïdjan, et lors des élections législatives du 6 mai en Arménie.

Conflit du Haut-Karabakh

Les députés demandent aux deux parties prenantes du conflit d'agir davantage en vue de résoudre le conflit du Haut-Karabakh. Les résolutions condamnent la militarisation de la région et les dépenses militaires importantes respectives de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. Elles appellent également les États membres de l'UE à cesser de fournir des armes et des munitions aux deux pays.

Le Parlement appelle également les dirigeants de l'Arménie et l'Azerbaïdjan à modérer leurs propos et à éviter les déclarations incendiaires, de manière à ouvrir la voie à un véritable dialogue.

Les deux rapporteurs ont souligné que les accords d'association avec l'UE, sans pouvoir résoudre le conflit, devraient s'efforcer de contribuer à la stabilité de la région, par exemple en mettant en évidence le rôle important des échanges de jeunes et de la mobilité universitaire, en vue de promouvoir la confiance, lors des négociations sur la facilitation des visas et les accords de réadmission.

Azerbaïdjan

Les autorités azerbaïdjanaises devraient veiller à ce que toute expulsion ou réinstallation de populations, en vue de faire place à la construction de nouveaux bâtiments à Bakou pour la tenue prochaine du concours de l'Eurovision de la chanson, soit conforme à la législation en la matière. Les députés font part également de leur préoccupation devant les critiques croissantes du gouvernement à l'encontre des défenseurs des droits de l'homme qui utilisent cette manifestation culturelle pour améliorer la situation du pays en matière de démocratie et de droits de l'homme.

Le rapporteur, Anneli Jäätteenmäki (ADLE, FI), a souligné que la coopération énergétique avec l'Azerbaïdjan, bien qu'importante, "pourra uniquement se développer si les droits des peuples sont pris en compte et nous devons admettre de grandes lacunes à cet égard en Azerbaïdjan. Des personnes sont arrêtées, des maisons sont fouillées. Toutefois, cela ne signifie pas que le concours de l'Eurovision de la chanson doive être boycotté. Si nous négocions un accord d'association et si vous voulez approfondir la coopération avec l'Azerbaïdjan, alors pourquoi boycotter le concours de l'Eurovision ?" a-t-elle ajouté.

Arménie

Les députés saluent la poursuite de réformes ambitieuses en Arménie visant à intégrer les bonnes pratiques et les recommandations de l'Union dans les domaines de la justice, de la liberté et de la sécurité, particulièrement les résultats tangibles obtenus dans le domaine des migrations, mais soulignent la nécessité de veiller à ce que ses élections législatives de mai soient libres et équitables.

"Les élections législatives du 6 mai constitueront un test pour la détermination de l'Arménie à avoir de bonnes relations avec l'UE. Si elles sont libres et équitables, et je crois que ce sera le cas, cela démontrera que l'Arménie tient ses engagements de manière sérieuse", a déclaré Piotr Poreba (ECR, PL).

Faisant observer que lors des précédentes élections en Arménie, l'intervention de la police lors de la dispersion des manifestants a causé des victimes, la résolution souligne la nécessité de mener à bien une enquête transparente, indépendante et impartiale sur les événements du 1er mars 2008.

(…)

Les Amis européens de l'Arménie (EuFoA) saluent le fait que le P.E a réitéré les valeurs fondamentales pour le partenariat oriental, en particulier sur une démocratisation continue et une approche équilibrée du conflit du Haut-Karabakh. Si le rapport est particulièrement favorable pour l'Arménie, il rappelle toutefois les points noirs restants.

Le Parlement européen soutient fermement tous les points des Principes de Madrid du Groupe de Minsk comme un tout, y compris pour la première fois explicitement "(…) de véritables garanties internationales en matière de sécurité, qui comprennent une véritable opération multinationale de maintien de la paix, afin de créer des conditions concertées favorables pour l'expression future d'une volonté, libre et juridiquement contraignante, concernant le statut définitif du Haut-Karabakh."

Le Dr Andreï Kovatchev, membre du Conseil Consultatif Europe-Arménie, a déclaré en séance plénière que : "Le conflit ne peut être résolu que par des moyens pacifiques dans le cadre du droit international et conformément aux principes proposés par le Groupe de Minsk. Le renforcement du rôle de l'UE dans la région nous oblige à être prudents et corrects dans nos évaluations sinon nous serions comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, et au lieu d'aider à parvenir à une solution mutuellement acceptable, nous aggraverions la situation."

Le secrétaire général de l’EuFoA, Mikael Kambeck, a indiqué que : "le Parlement européen a de nouveau soutenu pleinement les efforts du Groupe de Minsk de l'OSCE et a défendu cette position d'équilibre contre une campagne de lobbying sans précédent de l'Azerbaïdjan. Je suis heureux qu’une fois que les députés se sont penchés attentivement sur les questions, ils ont relevé les pièges. De nombreux députés ont estimé que c'était tout à fait inapproprié."

* Brève OTAN *

Le 19 Avril, le  ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, a participé à la séance prolongée de l'OTAN sur l'Afghanistan, avec plus de 50 ministres des Affaires étrangères des Etats membres et des pays contribuant à la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan.

Lors de la séance, le ministre Nalbandian a réitéré la volonté de l'Arménie à continuer de contribuer aux efforts visant à l'établissement de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afghanistan, et ce, même après le départ en 2014 des forces d’assistance à la sécurité. "L'Arménie est venue en Afghanistan pour participer aux efforts internationaux déployés pour aider ce pays à établir la paix avec lui-même, ses voisins et la communauté internationale, et non pour permettre des actions destructrices par les forces terroristes en Afghanistan et ailleurs."

En marge de la réunion, Edouard Nalbandian s’est entretenu avec certains de ses homologues.

* Brève Russie *

"La composante morale joue un rôle essentiel dans la question de la reconnaissance du génocide arménien. L'adhésion de la Turquie à l'UE est impossible sans la reconnaissance de ce crime contre l'humanité," a déclaré le président de l'organisation ‘Union Internationale Civile’, Armen Mardirossian, lors d'une table ronde sur "Le Génocide arménien : L'impunité génère la rechute" qui s’est déroulée le 13 Avril à Kiev suite à la projection du film "Un génocide ordinaire : Maragha, 10 Avril 1992"

L'événement a rassemblé d’éminents analystes politiques ukrainiens, des scientifiques, des journalistes, des personnalités civiles et politiques, des représentants des Cosaques.

A l’issue de la rencontre, un texte a été élaboré demandant la reconnaissance sur le plan législatif du 24 Avril, comme la Journée de commémoration du génocide arménien, puis envoyé au président ukrainien Viktor Ianoukovitch et au président du parlement Rada Lytvyn Volodymyr

* Brève Iran *

"Le gouvernement le plus dictatorial au monde et qui a le plus mauvais système de sécurité se situe en Azerbaïdjan, dont le président est Ilham Aliev" écrit le site iranien tabnak.ir.

Le site réagit au ministère azerbaidjanais de la sécurité nationale qui a publié il y a quelques jours un communiqué affirmant que : ‘les terroristes d'Al-Qaïda, après avoir été formés en Iran, ont été arrêtés en Azerbaïdjan’.

Tabnak.ir souligne que l'Iran et Al-Qaïda ont des positions très différentes - Al-Qaïda indique que la coopération avec Shia est ‘haram’ (interdite), et que par conséquent, l'Iran ne peut coopérer en aucune façon avec ce groupe.

"L'Azerbaïdjan, en conflit avec l'Arménie, communique avec le Nakhitchevan en passant par l'Iran. En raison de la faible réaction du ministère des Affaires étrangères iranien, les dirigeants azerbaïdjanais se permettent de telles allégations. Par conséquent, le gouvernement iranien est instamment prié d'utiliser la question du Nakhitchevan pour contrer le lavage de cerveau lancé par l'Azerbaïdjan," conclut le site.

* Le coin des experts *

* Richard Guiragossian

"La politique de négation du génocide arménien par la Turquie se durcit d'année en année. Peu de pays soutiennent cette politique de négation et elle devient inefficace. L'Azerbaïdjan semble plus engagé dans ce processus, que les descendants des auteurs eux-mêmes," a déclaré le Directeur du Centre d’études régionales, Richard Guiragossian.

L'expert prévoit des attaques diplomatiques intensives contre la campagne de reconnaissance du génocide arménien, sur le conflit du Haut-Karabakh et sur la politique étrangère de l'Arménie.

"La Turquie a commencé la mise en œuvre d'une nouvelle politique consistant à créer sa propre diaspora. Le gouvernement turc tiendra en Juin un colloque réunissant quelques 500 représentants d'ONG turques à travers le monde, et un autre similaire est prévu pour la fin de l'année avec la participation de 2000 représentants."

À ce sujet, M. Guiragossian a indiqué la nécessité de mettre œuvre des mesures ad hoc pour résister aux attaques turques et azerbaïdjanaises contre la diaspora arménienne.

"Nous devons nous préparer pour le jour où la Turquie reconnaîtra le génocide arménien. Les Arméniens doivent également réfléchir à la formulation de leurs demandes, Cette reconnaissance signifiera que la Turquie sera confrontée et acceptera son passé. C'est aussi un test du genre de pays que la Turquie deviendra à l'avenir, en ce sens, c’est une chance pour décider de son futur."

* Lévon Chirinian

"L'Arménie doit mettre en avant la sécurité du pays et la reconnaissance de l'indépendance du Haut-Karabakh parallèlement à la reconnaissance du génocide arménien. Les excuses n’auront aucune valeur, si elles ne sont donnent pas lieu à des réparations," a déclaré le politologue Lévon Chirinian.

"Nous avons besoin d'adopter une stratégie claire. Le processus de reconnaissance du génocide arménien par la Turquie n'a pas subi de modification de contenu, mais il a officiellement changé. Si les Turcs ne disent pas qu'ils rendront leurs terres aux Arméniens, cela signifie qu'ils mentent. Cela dit, ils n'ont pas changé," a-t-il souligné.

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Extrait de Radiolour et de Panarmenian


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