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mardi 19 juillet 2016

Turquie : La fin justifie-t-elle les moyens ?


 

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Commentaires de Gérard Merdjanian et extraits de la presse française

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Commentaires

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Après le coup d’Etat manqué de Vendredi soir, nombre d’observateurs et surtout de chancelleries restent très circonspects. 

Certes tout le monde condamne le coup d’Etat mené par une partie de l’armée et trouve normal que les putschistes soient jugés. Mais là où le bât blesse, c’est sur les actions menées par le président Erdoğan, et pour certains sur la réalisation du putsch lui-même.

La Turquie, état moderne «démocratique» est coutumière du fait. En 1960 d’abord, puis en 1971, 1980 et 1997, et à chaque fois, les militaires ont fait savoir manu militari leur désapprobation du gouvernement qui s’écartait un peu trop de la voie tracée par Mustapha Kemal en s’emparant des rênes du pouvoir. Aussi lorsqu’on a assisté aux événements du 15 Juillet, on constate l’impréparation des putschistes qui tranche sérieusement avec ceux cités précédemment. Bref, la médiocrité de cette tentative nourrit depuis samedi sur les réseaux sociaux turcs la théorie d'un putsch factice, servant de prétexte à Erdoğan pour nettoyer encore plus la magistrature et l'armée. Et ce d’autant qu’Erdoğan a depuis quelques années limogé et remplacé nombre de hauts gradés pour garder la main sur l’armée et éviter toutes velléités de sa part. 

Lorsqu’on voit la rapidité avec laquelle le président Erdoğan a retourné la situation en sa faveur, ça laisse perplexe et ouvre la porte aux suspicions.

En effet comment dès le lendemain des milliers de personnes non militaires sont arrêtées alors qu’aucune enquête n’a été diligentée ? Et comme «par hasard» ces personnes sont suspectées d’avoir des accointances avec l’ancien imam Fethullah Gülen, l’ennemi juré d’Erdoğan, qui vit exilé aux Etats-Unis.

Cela me rappelle l’émergence du parti HDP pro-kurdes au parlement turc, impliquant ainsi la non-majorité absolue du parti gouvernemental AKP, aux élections de juin 2015. Elections suivies de deux attentats, lors de manifestations pro-kurdes et pacifistes, à Suruç (20 Juillet 2015 - 28 morts) et à Ankara (10 Octobre 2015 - 103 morts), c'est-à-dire juste avant de nouvelles élections en novembre, que le gouvernement a tout de suite attribué à un terroriste de l’Etat islamique, mais que Daech n’a jamais revendiqué.

Là aussi, nombre d’observateurs s’est posé des questions sur les coïncidences relevées et la victoire de l’AKP aux élections de novembre.

Semer le trouble pour resserrer les rangs et gagner.

Rappelons-nous qu’en 1915, le gouvernement Jeunes-Turcs pour assurer sa pérennité déportait et massacrait 1,5 millions d’Arméniens.

Un siècle plus tard, le sieur Recep Tayyip Erdogan ne semble pas non plus lésiner sur les moyens, avec des méthodes moins barbares mais plus machiavéliques, pour atteindre son but : régner en monarque absolu et instaurer un régime néo-ottoman.

 

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Extraits de la presse française


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Un total de 7.543 militaires et magistrats placés en garde à vue, près de 9.000 policiers, gendarmes et fonctionnaires démis : l'ampleur du coup de balai est impressionnant.

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Les autorités judiciaires ont par ailleurs annoncé samedi que des juges dans tout le pays allaient être démis de leurs fonctions. Alparslan Altan, l’un des 17 juges de la Cour constitutionnelle, a été placé en détention pour des raisons inconnues.

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Au-delà des arrestations qui ont commencé dans l’armée, le président turc semble plus décidé que jamais à purger la machine de l’Etat de tous ses adversaires réels ou supposés et en premier lieu, ce qui reste de «gülenistes» ou prétendus tels.

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M. Erdogan s’est adressé à une foule de partisans lors d’une cérémonie en mémoire des victimes après la tentative de putsch qui s’est soldée par la mort de 290 personnes à Ankara et Istanbul : «Nous allons continuer d’éliminer le virus de toutes les institutions étatiques [...], hélas, ce virus, comme un cancer, s’est propagé à tout l’Etat.»

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En même temps qu'il affirmait son respect du droit, le Premier ministre Binali Yildirim ajoutait que "la demande du peuple [sur la peine de mort] ne peut être ignorée". Sans compter que la rhétorique à l'égard des auteurs du pustch manqué est de plus en plus violente. Les rebelles sont désormais qualifiés de "groupe terroriste" par le ministère des Affaires étrangères.

(…)

La purge, lancée immédiatement après l’échec du coup d’Etat, a suscité de vives inquiétudes et de fermes mises en garde de l’étranger.

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Le commissaire européen à l'Elargissement, Johannes Hahn a estimé lundi que ces arrestations rapides laissent penser que le gouvernement disposait, au préalable, d'une liste à cette fin. "On a au moins l'impression que quelque chose avait été préparé. Les listes sont disponibles, ce qui laisse penser que cela était préparé pour servir à un moment ou un autre. Je suis très préoccupé. C'est exactement ce que nous redoutions." Federica Mogherini, la haute
Représentante de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, a demandé pour sa part au gouvernement turc de ne pas prendre de mesures qui contreviendraient à l'ordre constitutionnel. "Nous avons été les premiers (...) durant la tragique nuit, à dire que les institutions légitimes devaient être protégées. Nous disons aujourd'hui que l'Etat de droit doit être préservé dans le pays."

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Angela Merkel a fait une courte déclaration et en parfaite harmonie avec les autres dirigeants occidentaux, elle a condamné sans réserve les putschistes et rappelé que les changements politiques doivent respecter l’Etat de droit et les institutions en place. La chancelière a exprimé sa solidarité avec  «toutes les forces politiques, de la majorité comme de l’opposition». Toutefois, Angela Merkel  n’a jamais cité le nom du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Rien, dans sa déclaration, ne laisse d’ailleurs penser qu’elle a été en contact avec lui ces dernières heures.

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Pour parer à tout «châtiment collectif», le ministre des affaires étrangères canadien, Stéphane Dion, a appelé son homologue turc Mevlut Cavusoglu à «régler l’après-coup d’Etat selon les principes fondamentaux de la démocratie».

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«Le coup d’Etat raté en Turquie n’est pas un chèque en blanc au président turc pour faire des purges. Nous voulons que l’Etat de droit fonctionne pleinement en Turquie», a déclaré de son côté le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault.

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Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, a appelé dimanche Ankara à «ne pas utiliser à mauvais escient le coup d’Etat manqué et de ne pas en faire une carte blanche pour l’arbitraire».

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L’homme fort de Turquie a accusé les États-Unis d'abriter le cerveau du putsch, son ancien
allié devenu ennemi juré, Fethullah Gülen. « Il y a un jeu avec l'armée, et cela est lié à des forces extérieures. J'en appelle à l'Amérique, j'en appelle au président Obama. Monsieur le président, je vous le dis, renvoyez ou livrez nous cette personne».

«Certains dirigeants organisent de faux attentats-suicides pour renforcer leur pouvoir, et ces gens ont ce genre de scénarios en tête», a déclaré pour sa part Fethullah Gülen.

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Le président américain, Barack Obama, a, lui aussi, exhorté toutes les parties en Turquie à "agir dans le respect de l'État de droit", selon un communiqué de la Maison Blanche publié samedi. Plusieurs cadres turcs, dont le ministre du Travail, ont suggéré que les Etats-Unis
soient secrètement favorables aux militaires rebelles, ce que le secrétaire d'État américain John Kerry a nié avec colère, et de déclarer : «Les insinuations ou affirmations publiques à propos du rôle que les États-Unis auraient pu avoir dans la tentative avortée de coup d’État sont tout à fait fausses, et nuisible à nos relations bilatérales.»

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Le président russe, Vladimir Poutine, a souhaité pour sa part, lors d’une conversation téléphonique avec son homologue turc, un rapide retour à la stabilité, lui demandant d’assurer la sécurité des touristes russes. Les deux présidents ont prévu de se rencontrer la première semaine d’août, selon l’agence de presse turque Anatolie. Cette rencontre doit être la première entre les deux dirigeants depuis la crise bilatérale déclenchée en novembre, après que la chasse turque ait abattu un avion russe en mission en Syrie.


 

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Extrait de la presse française


 


 

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