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jeudi 11 mars 2010

Serge Sarkissian en France

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Des rencontres ‘classiques' pour une visite officielle classique, après celle du ministre de la Défense arménien à son homologue français il y a deux semaines.

Ce que les Arméniens attendent de la France, c'est :

- qu'elle ne mette pas la pression sur Erevan pour que le processus de paix sur le conflit du Karabakh aboutisse au détriment de l'Arménie et des Arméniens ;

- et qu'à l'exemple des Etats-Unis ou comme la Suède demain, les sénateurs et Mr Larcher en-tête, décident de mettre sur l'ordre du jour des débats le projet de loi sur la pénalisation de la négation du génocide arménien, voté depuis trois ans par l'Assemblée nationale.

Caresser les Arméniens dans le sens du poil, c'est bien, mais agir pour que leurs poils ne se hérissent pas, c'est mieux.

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Le Président arménien Serge Sarkissian est en visite officielle à Paris du 9 au 11 Mars. La délégation comprend entre autres le ministre des Affaires étrangères Edouard Nalbandian, la ministre de la Diaspora Hranouche Hagopian, le président du Groupe parlementaire d'Amitié Arménie-France, Ara Babloyan.

Le 10 Mars le Président français Nicolas Sarkozy recevait son homologue au Palais de l'Elysée.


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Exprimant sa gratitude au Président Sarkozy pour l'invitation, Serge Sarkissian a hautement apprécié le niveau actuel du dialogue politique entre les deux pays et a noté que "la France est un ami proche des Arméniens de la diaspora, un partenaire et une alliée fiable sur la scène internationale, ce qui donne une nature particulière aux relations arméno-françaises."

Le président Sarkozy a assuré son hôte que la France va continuer à développer les relations avec l'Arménie dans tous les domaines et a souligné que "la France a été et reste une amie de l'Arménie."

Les deux Présidents ont discuté de questions liées au règlement du conflit du Karabakh, mais également de la sécurité régionale, du processus de normalisation des relations arméno-turques et de questions d'intérêt mutuel.

Le président Sarkozy a salué les efforts du Président arménien visant à l'établissement de la paix et de la stabilité dans la région. Le volet économique n'a été oublié avec un échange de vues sur les moyens d'approfondir encore plus les échanges économiques entre les deux pays, l'expansion de la coopération dans le domaine humanitaire, ainsi que les questions liées à la coopération Arménie-UE.

À la fin de la réunion, les parties ont convenu de poursuivre les contacts bilatéraux de haut niveau.

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Dans le cadre de sa visite officielle, Serge Sarkissian a rencontré le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer. Soulignant le rôle particulier des parlements des deux pays dans l'approfondissement des relations d'amitié traditionnelle et chaleureuse entre l'Arménie et la France, le président Sarkissian a loué l'activité du groupe d'Amitié France-Arménie ainsi que le niveau actuel de coopération entre les parlements des deux pays au sein des organisations internationales.

Puis il s'est rendu au Sénat pour une entrevue avec son président, Gérard Larcher. À la demande de ce dernier, le Président Sarkissian a présenté le point de vue de l'Arménie sur le processus de négociations sur le règlement du conflit du Karabakh, sur les questions régionales et les perspectives de normalisation des relations arméno-turques.


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À la fin de sa visite officielle, le chef de l'Etat a rencontré des représentants de la communauté arménienne, dont Charles Aznavour, Patrick Devedjian et le peintre Jansem, dont les œuvres été exposées dans le hall de l'Hôtel Matignon. Les discussions ont porté sur les relations arméno-turques et la reconnaissance du génocide arménien.

Le chanteur et diplomate Charles Aznavour a estimé que la normalisation des relations arméno-turques pourrait donner un nouvel élan au processus de reconnaissance du génocide arménien.

"Nous fondons tous nos espoirs pour la normalisation. La Turquie se déclare également dans le même état d'esprit, mais nous ne savons pas dans quelle mesure leurs paroles et leurs actes coïncident. Je pense que la reconnaissance du génocide pourrait donner un nouveau souffle aux relations arméno-turques", a-t-il déclaré.

L'agenda prévoit également d'accorder une série d'interviews avec des médias internationaux, avant de repartir pour Erevan aujourd'hui.

Radiolour

* INTERVIEW du Figaro

Le président Serge Sarkissian, qui a été reçu mercredi par Nicolas Sarkozy, a accordé un entretien au Figaro. En l'absence d'une ratification turque des protocoles signés en octobre dernier, il se dit prêt à retirer sa signature.

LE FIGARO. - Pourquoi le processus de normalisation entre l'Arménie et la Turquie est-il bloqué ?

Serge SARKISSIAN. - Notre histoire est douloureuse. Depuis 95 ans, la Turquie nie la réalité du génocide commis en 1915 par l'empire ottoman. Lorsque j'ai invité le président turc à Erevan pour assister au match de football entre nos deux équipes nationales, mon objectif était d'établir des relations entre nos deux pays sans condition préalable. Lors de la signature des protocoles d'accord, en octobre 2009, il était convenu qu'ils seraient ratifiés dans des délais raisonnables et sans conditions préalables. Nous avons dit que l'Arménie ratifierait l'accord aussitôt que le Parlement turc le ferait. Or, la Turquie n'arrête pas de poser des conditions préalables à cette ratification, dont le principal concerne le Haut-Karabagh.

Que peut faire l'Arménie pour aider à résoudre la question du Haut-Karabagh ?

- Nous déploierons tous les efforts nécessaires. L'Azerbaïdjan tente de créer l'impression que l'Arménie et le Karabagh ne sont pas intéressés par un règlement mais ce n'est pas la réalité. Nous devons mettre un terme au blocus dont nous souffrons. L'Azerbaïdjan est dans une autre situation et compte sur ses ressources naturelles et ses pétrodollars pour acheter des armes et régler le problème par la force. Ils ne cachent pas leurs intentions.

Redoutez-vous la guerre ?

- La guerre n'est jamais souhaitable mais nous n'avons pas peur de combattre s'il n'y a pas d'autre option. Mais le conflit doit être réglé par des moyens pacifiques sur la base d'un compromis mutuel.

Avec la Turquie, comment lever le blocage ?

- Le problème doit être réglé par les Turcs. Il est inadmissible au XXIe siècle qu'une frontière soit fermée et que l'on parle de conditions préalables. Établissons d'abord des relations et ensuite parlons de tous les sujets. Nos deux pays aspirent à approfondir nos relations avec l'Europe et à partager une communauté de valeurs avec l'Europe. Cela exclut tout acte d'hostilité. La communauté internationale doit se prononcer sur ce sujet.

Doutez-vous de la possibilité de normaliser les relations avec la Turquie ?

- Nombreux sont ceux qui doutent. Pas seulement en Arménie. Mon initiative en faveur de la normalisation a suscité beaucoup de contestation parmi les Arméniens partout dans le monde. À cause de la prolongation du processus de normalisation, les partisans des accords sont de moins en moins nombreux.

Vous y croyez encore ?

- Mon désir d'établir des relations normales est grand mais les déclarations récentes de la Turquie me font croire qu'ils ne ratifieront pas les protocoles dans un avenir prévisible. Nous avons prévenu que si nous constations que les Turcs utilisent le processus de normalisation à d'autres fins, nous adopterions des mesures adéquates. Dans ce cas, nous retirerons notre signature des protocoles.

L'Administration américaine a annoncé qu'elle bloquerait un vote à la Chambre des représentants de la résolution reconnaissant le génocide arménien adoptée en commission. Qu'en pensez-vous ?

- Bien sûr, notre vœu le plus sincère est que les États-Unis, mais aussi la Turquie et tous les pays au monde reconnaissent le génocide arménien. Mais le Congrès américain et le département d'État ne prennent pas leurs décisions en se basant sur notre opinion ou sur nos souhaits.

Le Figaro - Pierre Rousselin



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