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lundi 26 avril 2010

Les Etats-Unis et les relations Arménie-Turquie au lendemain du 24 Avril.

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Pas de chance pour le président Barack Obama. En voulant ménager ‘la chèvre et le choux' il n'a réussi qu'à décevoir tous les intéressés. En prononçant le mot ‘génocide', il aurait tout au plus irrité les dirigeants turcs, lesquels auraient de nouveau rappelé pour consultation leur ambassadeur, Namik Tan, pour le voir retourner à Washington quelques semaines plus tard. Avec pour la forme, quelques contrats commerciaux ‘ajournés', au pire, ‘dénoncés'. Du déjà vu.

Alors qu'en ce mois d'Avril certains parlements ont ouvertement reconnu le génocide arménien (la Suède et la Catalogne), d'autres pays ont au contraire mis la ‘pédale douce' pour ne pas ‘froisser' la Turquie (La Grande-Bretagne et le Liban).

Ankara a lancé son offensif de charme vers les capitales étrangères pour faire croire à sa bonne volonté.

Toutefois, le 24 Avril de cette année a été quelque peu différent des années précédentes d'une part parce que l'existence des protocoles de normalisation entre l'Arménie et la Turquie a servi de prétexte à une non-reconnaissance du génocide ; et fait nouveau la société civile turque a commencé à poser des questions sur son passé, voire à faire des pétitions ou même manifester silencieusement. Le mot génocide étant banni du vocabulaire, article 301 du code pénal oblige.

A remarquer aussi en cette semaine de commémorations, que l'Arménie, par la voie de son président Serge Sarkissian, a officiellement ‘gelé' la ratification par le parlement des protocoles arméno-turcs.

A vouloir absolument lier les deux processus arméno-turc et arméno-azerbaidjanais, la Turquie a grippé la machine. A continuer ainsi tout en maintenant le blocus de l'Arménie, Ankara ne fera que précipiter l'inéluctable, c'est-à-dire l'échec de la normalisation des relations avec sa voisine.

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie

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* Obama : No, we don't


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Dans son message du 24 avril 2010, le président Barack Obama a commémoré les victimes du génocide arménien, et a réaffirmé que son point de vue sur le génocide arménien n'avait pas changé, a étoffé sa Déclaration de 2009, mais a de nouveau utilisé le terme arménien pour désigné le génocide arménien : Medz Yeghern (Grand Crime) ; rapporte l'Assemblée Arménienne d'Amérique (l'AAA).

+++ Texte +++

"En ce jour solennel du souvenir, nous nous rappelons qu'il y a quatre-vingt quinze ans l'une des pires atrocités du 20e siècle a commencé. En ce moment sombre de l'histoire, 1,5 million Arméniens ont été massacrés ou ont marché vers leur mort, dans les derniers jours de l'Empire ottoman.

Aujourd'hui est un jour pour réfléchir et tirer les leçons de ces terribles événements. J'ai toujours dit mon point de vue sur ce qui s'est passé en 1915, et mon point de vue est que l'histoire n'a pas changé. Il est dans l'intérêt de nous tous de voir le déroulement intégral, la connaissance franche et juste des faits. Le Medz Yeghern est un chapitre dévastateur de l'histoire du peuple arménien, et nous devons garder sa mémoire vivante, en l'honneur de ceux qui ont été massacrés pour éviter de répéter les graves erreurs du passé. Je salue les Turcs qui ont sauvé des Arméniens en 1915 et je suis encouragé par le dialogue entre les Turcs et les Arméniens, voire au sein de la Turquie elle-même, au sujet de cette histoire douloureuse. Ensemble, le peuple turc et arménien seront plus forts car ils reconnaitront leur histoire commune et reconnaitront leur humanité commune.

Même si nous sommes confrontés à l'inhumanité de 1915, nous sommes également inspirés par le remarquable esprit du peuple arménien. Bien que rien ne peut ramener ceux qui ont été tués dans le Medz Yeghern, les contributions que les Arméniens ont donné à travers le monde au cours des quatre-vingt quinze dernières années, est un testament sur la force, sur la ténacité et sur le courage du peuple arménien. L'esprit indomptable du peuple arménien est un triomphe durable sur ceux qui avaient décidé de les détruire. De nombreux Arméniens sont venus aux États-Unis en tant que survivants des horreurs de 1915. Au fil des générations les Américains d'origine arménienne ont enrichi nos communautés, impulsé notre économie, et renforcé notre démocratie. Les fortes traditions et la culture des Arméniens sont aussi devenu le fondement d'une nouvelle république qui est devenue une partie de la communauté des nations, en partenariat avec la communauté internationale pour construire un avenir meilleur.

Aujourd'hui, nous nous arrêtons avec eux et avec les Arméniens du monde entier pour se souvenir des événements tragiques de 1915 et avec une profonde admiration pour leurs contributions qui dépassent ce sombre passé et nous donnent de l'espoir pour l'avenir."

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* Ahmet Davutoglu mécontent


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Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a jugé la déclaration du président américain Barack Obama sur le 24 avril de : ‘pas juste et inacceptable' ; rapporte Today's Zaman.

Davutoglu a déclaré que : "la Turquie est contre un jugement de l'histoire avec des motifs politiques. L'histoire ne peut être étudiée que par des historiens, et de tels incidents historiques devraient être discutés que par les pays qui sont directement concernés. Ni des organes exécutifs, ni des parlements ne peuvent porter de tels jugements historiques. Cette situation est inacceptable. Les efforts pour percevoir l'histoire sous un aspect unilatéral génèrent une injustice."

"Nous regrettons profondément cette déclaration qui reflète une perception erronée et politiquement partiale," a conclu Ahmet Davutoglu.

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* Un document turc pour contre-argumenter le génocide


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La Turquie a préparé un document à l'attention des officiels et des employés des ambassades turcs concernant le génocide arménien, rapporte le service Russie de la BBC.

Le document préparé par le ministère des Affaires étrangères turc comporte dix points, qui énumèrent les règles et les recommandations sur lesquelles s'appuyer pour répondre aux questions sur le génocide arménien.

Selon le rapport de la BBC, les autorités turques devraient mettre l'accent sur l'importance des relations turco-arméniennes, ainsi que sur la proposition de la Turquie d'établir une Commission d'historiens pour discuter de l'histoire commune entre l'Arménie et la Turquie.

Ces directives visent également les officiels turcs voyageant à l'étranger, missionnés par le gouvernement.

Selon Hurriyet, la directive est divisée en 10 points :

1) Contactez et maintenez des liens avec les représentants du lobby arménien dans le pays où vous résidez. Invitez-les à vos manifestations.

2) Allez à leurs manifestations et tentez d'expliquer la position de la Turquie.

3) Les représentants de la diaspora arménienne à l'étranger sont répartis en trois groupes. Le premier travaille sur la question du génocide, le deuxième est composé de personnes qui sont arrivées de Turquie et ont encore des liens avec notre pays, et le troisième est une catégorie de gens qui sont hostiles à la Turquie. Contactez les représentants de tous ces groupes et invitez-les à se rendre en Turquie.

4) Dans vos pays de résidence communiquez aussi avec des diplomates arméniens et invitez-les à vos manifestations.

5) N'évitez pas les contacts avec la presse arménienne et pro-arménienne et essayez de leur expliquer la position de la Turquie dans vos déclarations.

6) En outre communiquez avec la communauté du pays où vous résidez pour expliquer les événements de 1915.

7) Restez en contact permanent avec les diplomates des pays Balkans, du Moyen-Orient, d'Asie-Centrale et d'autres pays proche de la Turquie et tentez de résister à la propagande arménienne grâce à des efforts conjoints.

8) Concentrez-vous sur les protocoles signés avec l'Arménie et rappelez le point stipulant la création de la Commission d'historiens pour étudier le génocide.

9) En outre, expliquez l'essence de la politique turque dans le Caucase, qui veut instaurer la paix dans cette région.

10) Parlez de la nécessité de régler le conflit du Karabakh pour établir la paix dans la région.

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* Richard Guiragossian analyse


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"L'Arménie joue aux échecs, alors que la Turquie fait un spectacle," a déclaré le directeur du Centre Arménien d'Etudes Nationales and Internationales, Richard Guiragossian, lors d'une conférence de presse.

"Aux échecs il y a un gagnant, et nous pouvons gagner. Au théâtre il n'y a aucun gagnant. Cela reste un divertissement, de bon ou de mauvais goût. Et nous savons bien jouer aux échecs."

Selon Guiragossian, l'Arménie a marqué deux victoires stratégiques dans le processus arméno-turques. "La première concerne les relations entre l'Azerbaïdjan et la Turquie. Le concept, une nation - deux états, est mort. La deuxième, concerne le Haut-Karabakh, où même les Américains et les Russes disent ‘non' à la Turquie. Le Karabakh n'est plus directement lié aux relations arméno-turques."

"La meilleure option pour l'Arménie est de montrer de la dextérité politique et ratifier les protocoles maintenant, ce qui augmenterait les pressions sur la Turquie. Pour moi, ce serait une bonne politique."

En Mai, est prévue une visite du président russe Dmitri Medvedev en Turquie. D'où la réflexion de Richard Guiragossian : "La réunion Sarkissian-Erdogan à Washington a été la première étape, pas la dernière. Nous pouvons nous attendre à une deuxième réunion entre les deux hommes à Moscou fin mai - début Juin."

Il reste convaincu que la Russie continue à jouer un rôle actif dans le processus Arméno-Turc. "Il est intéressant de noter que la Russie et les États-Unis ont convenu que le Haut-Karabakh ne peut plus être une condition préalable", a-t-il souligné.

Toutefois, pour le Directeur de l'ACNIS, il était peu probable que le président américain Barack Obama prononce le mot ‘génocide' le 24 avril.

"Je n'ai pas besoin que le président américain et/ou le Congrès me disent ce que je sais déjà. Je n'attends pas que le Parlement de la Suède ou de tout autre pays reconnaisse le génocide, chose que je connais. Le plus important est que la Turquie reconnaisse le génocide," a précisé Guiragossian.

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* Des Turcs manifestent à Istanbul


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Samedi pour la première fois, des militants des droits de l'homme et des artistes ont commémoré à Istanbul le massacre des Arméniens de 1915-17 par les Turcs ottomans, rompant ainsi avec un tabou vieux de près de siècle ; rapporte le quotidien Hurriyet.

La branche d'Istanbul de l'Association des droits de l'homme (IHD) a organisé un rassemblement d'environ 100 personnes sur les marches de la gare de Haydarpaşa d'où était parti le premier convoi de 220 déportés Arméniens, le 24 avril 1915.

Sous le slogan ‘Never Again' (Plus jamais ça) et sous l'œil vigilant de la police, les manifestants portaient des photos en noir et blanc de quelques-uns des déportés, dont la plupart ne revinrent jamais.

Les intellectuels turcs et des artistes ont signé une pétition appelant ‘ceux qui ressentent une grande peine', pour montrer leur tristesse.

Pour éviter une confrontation ouverte avec un mot que le gouvernement turc rejette farouchement - la pétition évite le mot génocide et parle de la ‘Grande Catastrophe' des massacres de 1915-17.

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie



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