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vendredi 14 mai 2010

Mevlüt Çavusoglu termine son déplacement à Erevan

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Le gouvernement arménien reste empêtré dans les contradictions. D'une part, il annonce la normalité de la position du président de l'APCE vis-à-vis du mémorial du génocide arménien et de l'autre la dite position du président vis à vis du génocide arménien.

Il en est de même avec les partis politiques selon qu'ils sont ou pas dans la majorité gouvernemental. La sérénité de Mevlüt Çavusoglu n'a pas résisté longtemps face aux remarques et aux critiques concernant le Haut-Karabakh, les relations arméno-turques et surtout son comportement vis-à-vis du génocide arménien. On ne peut demander à un co-fondateur de l'AKP, le parti de Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir en Turquie de faire fi de son parcours politique et donc de ses ressentiments à l'encontre de l'Arménie et des Arméniens.

Aussi, avec sa casquette APCE, il n'est pas étonnant qu'il ait mis le doigt là où cela fait mal, c'est-à-dire le niveau de transparence démocratique de l'Arménie que ce soit sur les élections, les événements tragiques du 1er Mars 2008, ou sur les comportements vis-à-vis de l'opposition.

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Dans sa conférence de presse avant de quitter Erevan, le président de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), Mevlüt Çavusoglu, a déclaré ne pas vouloir mettre en place une sous-commission de l'APCE sur le Haut-Karabakh, comme il en avait été question avant son entrée en fonction. Cavusoglu a insisté que la décision de reprendre les discussions sur le conflit a été prise par les dirigeants de l'APCE en 2009. Il a également fait valoir que la sous-commission en question a été créée en 2005 conformément à une résolution de l'Assemblée sur le Karabakh.

"Tous les pays membres de l'Assemblée doivent se conformer aux résolutions de l'Assemblée. Mais nous sommes aussi pragmatiques. Surtout quand il y a des opinions différentes sur une question." Et il a ajouté qu'il prendra en compte les préoccupations arméniennes même s'il n'est pas d'accord avec elles.

"Néanmoins, même si la sous-commission est créé, elle ne peut pas dupliquer le Groupe de Minsk de l'OSCE, elle n'en a pas le mandat," avait-t-il souligné lors de sa réunion avec le président du Parlement arménien, Hovik Abrahamian.
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Le président du parlement arménien a réitéré que le conflit du Karabakh doit être résolu dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE, et que toute médiation porterait préjudice au processus, et d'ajouter : "la question du statut de l'Artsakh et de la sécurité de son peuple est très importante pour l'Arménie."

Notant que l'Arménie veut vivre en paix avec ses voisins et résoudre tous les problèmes de manière pacifique, Abrahamian a réaffirmé que des relations diplomatiques doivent être établies entre l'Arménie et la Turquie et que la frontière commune doit s'ouvrir sans conditions préalables.

Pour sa part, Çavusoglu a indiqué qu'"il y a une volonté politique pour normaliser les relations, mais qu'il y a aussi des difficultés." Il a ajouté, toutefois, que les deux parties souhaitent surmonter ces difficultés.

Selon Hovik Abrahamian, la normalisation arméno-turque est une question assez complexe et sensible, et que l'Arménie était prête à reprendre le processus dès qu'elle verrait des mesures concrètes côté Turquie.

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Cavusoglu a indiqué que les réformes politiques promises par les autorités arméniennes et demandées par l'APCE ont été au centre des pourparlers. Il a insisté sur la nécessité de mettre fin à la culture de fraude électorale de l'Arménie. "Il est très important que les prochaines élections qui auront lieu en Arménie en 2012 répondent aux plus hauts standards européens. Cela démontrera à vos citoyens et à nous que l'Arménie a tourné une page sombre de son passé récent et qu'elle est déterminée à aller de l'avant dans sa transformation démocratique."

Ces réformes avaient été recommandées par la commission de suivi de l'APCE et un organe parlementaire arménien a enquêté sur les événements tragiques de 2008. David Haroutiounian, un juriste pro-gouvernemental et chef de la délégation arménienne à l'APCE, avait présenté en Mars à la commission un plan provisoire de mesures gouvernementales pertinentes.

Selon Haroutiounian, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et des représentants de l'APCE sont en train de discuter de la mission précise de la sous-commission sur la question.

"Le but de ces consultations est d'essayer de comprendre ce que nous allons faire, comment nous pouvons aider au processus de résolution du conflit et ce que nous devrions faire. La sous-commission ne reprendra pas ses travaux, arrêtés en 2008, jusqu'à ce que ces consultations se terminent," a-t-il déclaré à RFE/RL.

Haroutiounian, qui préside également la commission du Parlement arménien sur Affaires publiques et juridiques, a ajouté que la partie arménienne essaie de clarifier les objectifs du Groupe d'experts de l'APCE et les modalités pratiques de ses travaux. "Et jusqu'à il y ait accord sur cette question, je pense que nous n'obtiendrons pas de résultats," a-t-il souligné.

Cavusoglu a déclaré aux journalistes qu'il avait pris acte ‘des réponses très encourageantes de M. Haroutiounian' à Erevan. "Sa Commission soumettra un rapport à l'Assemblée nationale [arménienne] et ce sera une bonne occasion pour votre parlement de renforcer sa fonction essentielle de contrôle. Nous attendons à présent que les autorités fournissent à l'APCE une liste détaillée de toutes les réformes ... ainsi que des échéances précises," a-t-il ajouté.

Le chef de l'APCE a ensuite critiqué les autorités arméniennes pour leur refus de libérer tous les membres de l'opposition arrêtés suite à l'élection présidentielle de 2008. Il a précisé qu'il a expressément évoqué avec eux le cas de Nigol Pachinian, un chef de file de l'opposition et rédacteur en chef qui a été condamné à sept ans de prison en début d'année.

Il a également déploré l'incapacité des autorités à poursuivre toutes les personnes en relation avec la mort des dix personnes lors des manifestations du 1er Mars 2008. "Il est inacceptable que personne n'ait été tenu pour responsable pour les dix décès qui ont eu lieu au cours des événements de Mars 2008. La confiance du public ne sera pas rétablie tant que justice ne sera pas rendue."

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Le Conseil de l'Europe et son organe législatif en particulier, ont également été fortement critiqués par les dirigeants du Congrès National Arménien (HAK) de Ter-Pétrossian, qui ont rencontré le président de l'APCE, mercredi. S'adressant à RFE/RL après la réunion, l'un d'eux, Lévon Zurabian, a accusé l'APCE de fermer les yeux sur ses propres résolutions qui demandaient la démission du gouvernement arménien de 2008 suite à la répression de l'opposition conduite par Ter-Pétrossian.

Tant le HAK et que d'autres grandes forces politiques arméniennes ont aussi exprimé leurs sérieuses préoccupations quant à l'intention de Cavusoglu de réactiver et de diriger les travaux de la sous-commission de l'APCE chargée de faciliter la résolution pacifique du conflit du Haut-Karabakh. Ils ont affirmé que cet organisme ad hoc ne peut pas être impartial, car son pays, la Turquie, continue d'apporter son concours de façon ferme et inconditionnelle à l'Azerbaïdjan. Ils ont rappelé pour ce faire les déclarations pro-azéries faites par Cavusoglu avant d'être élu président de l'APCE en Janvier.

Ce sujet, a apparemment suscité des échanges tendus entre Cavusoglu et les représentants du Parti Arménie Prospère (BHK), un partenaire mineur de la coalition gouvernementale, ainsi avec le Parti d'opposition Jarankoutioun (Héritage).
Le député du BHK, Naïra Zohrabian, a qualifié ces intentions envers le Karabakh, d' ‘inacceptables'. "J'ai dit que depuis qu'il représente le Parti Justice et Développement, majoritaire en Turquie, qui a été extrêmement partial dans le conflit du Haut-Karabakh durant toutes ces années, nous ne sommes pas convaincus, avec tout le respect pour M. Cavusoglu, que [la] sous-commission ne pas être impartiale," a déclaré Zohrabian à RFE/RL. Elle a indiqué que le parlementaire turc a été ‘très offensé' par ses arguments.

Stépan Safarian, le dirigeant de Jarankoutioun, a déclaré que lui et ses collaborateurs ont transmis le même message à Cavusoglu. Ce dernier a répondu en les accusant de "discrimination nationale," a déclaré Safarian à RFE/RL.

Les représentants du HAK ont également exprimé une forte opposition à toute participation de l'APCE dans les pourparlers de paix arméno-azerbaïdjanais, pilotés par les États-Unis, la Russie et la France sous l'égide de l'OSCE. "Nous considérons que le format actuel est le mieux, et que toute discussion parallèle ne pourrait que distraire les négociations des parties en conflit et les inciterait à s'engager dans la propagande," a déclaré Zurabian.

Que le Président Sarkissian et son parti (Parti Républicain d'Arménie - HHK) soient d'accord avec ce point de vue, n'était pas très clair. Le communiqué officiel de mercredi, sur rencontre Sarkissian - Cavusoglu ne faisait aucune mention au Karabakh.

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Cavusoglu n'a exprimé aucun remords quant à sa décision de ne pas se rendre au mémorial du génocide arménien à Erevan, Dzidzernagapert, ce qui a conduit un autre acteur majeur de la politique arménienne, la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA - Dachnaktsoutioun) à annuler sa réunion prévue avec lui. "Je respecte vos opinions, mais tout le monde doit respecter ma décision," a-t-il précisé.

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie et de Armenialiberty



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