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vendredi 25 juin 2010

De la possibilité d'une guerre au Karabakh

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Sévère réquisitoire envers le chef de l'Etat azerbaidjanais Ilham Aliev ; poste hérité de son père Haydar, en octobre 2003.

En Azerbaïdjan, la violence est certainement la moins répandue, non pas parce qu'elle est plus démocratique, mais plus simplement parce que le régime est de type autoritaire pour ne pas dire dictatorial. L'opposition est quasiment inexistante et tous les postes clés du gouvernement et des grandes sociétés sont aux mains du clan Aliev et des leurs amis.

Les subsides liés au pétrole et au gaz, ont enrichis plus d'un homme, et les comptes numérotés à l'étranger se portent on ne peut mieux. Même le dernier fils d'Aliev, encore adolescent, ferait pâlir de jalousie n'importe quel industriel européen s'il voyait le portefeuille d'actions ou l'étendue de ses biens immobiliers à travers le monde !

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S'agissant du Haut-Karabakh (Artsakh), je suis d'accord avec l'opinion souvent exprimée que la politique suivie par Ilham Aliev est fondée en grande partie sur des facteurs internes. Ilham, comme son père, appartient à cette école d'hommes politiques pour qui seul le pouvoir est sacro-saint, ce qui sous-entend la possibilité d'empocher des sommes immenses avec un tel statut. En conséquence, c'est dans cette perspective qu'il faut examiner la possibilité pour Aliev de déclencher une guerre sur le front de l'Artsakh. Toute guerre comporte des conséquences graves et imprévisibles pour le pouvoir en place. Ilham Aliev n'a pas oublié, je pense, que le pouvoir a changé de mains en Azerbaïdjan à la suite de la défaite militaire en Artsakh. Est-ce qu'actuellement Aliev est-il certain de faire plier la partie arménienne par une guerre ? Je suis convaincu que ce n'est pas le cas. Qui plus est, la probabilité que l'Azerbaïdjan ait plus de pertes que les Arméniens dans une guerre territoriale, est beaucoup plus grande.

Efforçons-nous aussi de comprendre quel sera le prix à payer par l'Azerbaïdjan pour remporter une victoire hypothétique en Artsakh. Imaginons l'impossible, à savoir, que les forces armées azerbaïdjanaises arrivent à écraser l'armée arménienne (chose difficilement réalisable concernant une armée retranchée sur des positions défensives) et chassent tous les Arméniens hors d'Artsakh (c'est une réalité de dire que cette guerre n'est pas seulement entre les deux armées, mais aussi entre les deux peuples), quelle serait alors la situation en Azerbaïdjan ? Avec des dizaines de milliers de personnes tuées dans la guerre, l'Azerbaïdjan se trouverait au bord d'un effondrement économique total.

En tant qu'Etat, l'Azerbaïdjan a survécu jusqu'à aujourd'hui exclusivement grâce à l'exportation du pétrole et du gaz naturel. C'est grâce aux pétrodollars que l'Azerbaïdjan peut se pavaner et menacer régulièrement l'Artsakh et l'Arménie. C'est pourquoi, les puits de pétrole, les oléoducs, les gazoducs et autres infrastructures sont d'une importance stratégique, et par voie de conséquence des cibles potentielles. Aussi, n'est-il pas évident que dans les premières heures d'une guerre, qu'il ne resterait que de la ferraille fumante, en lieu et place des infrastructures énergétiques ? Il est également important de souligner que l'Azerbaïdjan ne peut pas rendre la pareille, vue que l'économie arménienne, même avec tous ses défauts, est incomparablement moins vulnérable, étant donné que nous n'avons pas [comme Bakou] deux ou trois structures dont la destruction aurait pour conséquence la cessation de nos exportations, et donc 90% de nos revenus. D'ailleurs, Aliev devra faire face non seulement à ses propres concitoyens, mais surtout à toutes les entreprises étrangères qui ont fait des investissements énormes dans ce domaine et dont beaucoup n'ont pas encore atteint le retour d'investissement. Aliev a-t-il vraiment besoin d'une guerre ? L'émir de Bakou est content de lui-même, il traite la richesse fossile de tout un pays et maintient la majorité de la population du pays dans une extrême pauvreté, laquelle pourtant est le propriétaire légal de la grande richesse du pays. Aliev utilise le fanatisme anti-Arménien afin de soutenir son pouvoir volé et maintenir ses richesses détournées.

Aliev est un voleur de haut vol - ceux qui volent le pouvoir sont aussi des voleurs - aussi son cœur est toujours en situation de détresse. Par voie de conséquence, bien que je pense que la guerre soit hautement improbable, elle ne peut pas être complètement écartée. Dans des situations tendues, les guerres peuvent également éclater par elles-mêmes. Toutefois, comme un acte politique planifié, je crois qu'Aliev optera pour une telle aventure [il n'y a pas d'autre mot] dans un seul cas, à savoir, que sa propre position est tellement affaiblie dans son pays, qu'il lui sera difficile d'être sûr de pouvoir encore maintenir son pouvoir par des fraudes et des falsifications. En clair, il faut voir tous les développements politiques de l'Émirat de Bakou à travers la perspective du maintien la richesse et la position d'Aliev. Lorsque la guerre sera la seule voie pour Ilham Aliev de maintenir son emprise sur le pouvoir, il optera pour elle.

Toutefois, comme il n'y a presque pas de véritable opposition actuellement en Azerbaïdjan, je ne pense pas que l'émir se sente directement menacé par qui que ce soit. Ilham Aliev n'est pas personnellement intéressé par une victoire ou même par une défaite de l'armée azerbaïdjanaise aujourd'hui. En Orient, les gens sont impitoyables envers les émirs défaits ; En le même temps, rien n'est plus dangereux pour un tyran oriental que les soldats et les généraux d'une armée victorieuse.

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Ara Papian - 21 Juin 2010

Directeur du Centre "Modus Vivendi"

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** Biographie **

Né à Erevan le 6 Juin 1961, Ara Papian est diplômé du Département d'Etudes Orientales de l'Université d'Etat d'Erevan en 1984. En 1989, il est diplômé d'un troisième cycle d'études en Histoire arménienne, toujours à Erevan. En 1994, il est diplômé de l'Académie Diplomatique de Moscou et en 1998, du Collège de Défense de l'OTAN à Rome. En 1999, il suit les cours de Diplomatie publique à Wilton, au Royaume-Uni. Il travaille en tant que diplomate au ministère des Affaires étrangères de la République d'Arménie.

Il a été Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire d'Arménie au Canada en Décembre 2000, après avoir été le porte-parole et le Chef de Service des Affaires publiques.

Il avait préalablement occupé au Ministère arménien des Affaires étrangères les postes de deuxième secrétaire des États-Unis et du Canada dans le Département Etats-Unis (1991-92), Chef de Division de l'Iran dans le Département Moyen-Orient (1994-95), Chef de la Division Sécurité et la Coopération dans le Département Sécurité et Contrôle des Armements (1997-99). M. Papian a était en poste à l'Ambassade d'Arménie d'Iran (1992-1993) comme deuxième secrétaire et à l'Ambassade d'Arménie de la Roumanie avec la même fonction (1995-1996) et comme Chargé d'Affaires en 1997. Avant de rejoindre le ministère arménien des Affaires étrangères, M. Papian a été professeur de langue et de littérature arménienne à l'Institut Melkonian de Nicosie (Chypre). En 1981-82 puis en 1984-1986, M. Papian a servi comme interprète/traducteur militaire en Afghanistan.

Il parle couramment l'arménien, le russe, l'anglais et l'iranien. M. Papian est marié et a deux fils.



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