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mardi 8 juin 2010

La Russie, les Etats-Unis, et le conflit du Haut-Karabakh

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Arrivant à mi-année, le processus arméno-azerbaidjanais de négociations de paix ressemble de plus en plus à celui arméno-turc de normalisation des relations ; avec cette différence que l'on continue à se parler, mais un dialogue de sourd.

De même qu'Ankara fait un préalable/blocage sur la résolution du conflit du Karabakh à l'avantage de Bakou, Bakou fait grise mine sur un rapprochement ‘éventuel' entre Erevan et Ankara, en plus d'un blocage vigoureux sur son intégrité territoriale, entendez par là : pas de droit à l'autodétermination du Haut-Karabakh. Ce que Bakou appelle pudiquement : "à l'exception de certains points."

On comprend pourquoi les médiateurs du groupe de Minsk peinent à avancer, si ce n'est faire la navette entre les deux capitales. Fort heureusement que c'est une partie qui se joue sur un terrain diplomatique, et non militaire.

Si on ajoute à ce tableau figé les spectateurs-acteurs que sont les Arméniens du Haut-Karabakh pour qui retourner sous administration azérie est impensable, on arrive à la quadrature du cercle.

Le climat en Arménie est de type continental, aussi quand un conflit est gelé, il l'est pour un bon bout de temps.

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** Déclaration du groupe de Minsk de l'OSCE **


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"Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE (les ambassadeurs français, Bernard Fassier, américain, Robert Bradtke, et russe, Igor Popov) se sont réunis avec le ministre des Affaires étrangères azerbaïdjanais, Elmar Mammediarov, à Vénice pour discuter de l'état actuel des négociations sur le conflit du Haut-Karabakh.

Comme lors de leur réunion du 12 mai à Bruxelles avec le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, les coprésidents ont également évalué les prochaines étapes à venir afin de relancer le processus de paix."

** Rencontre Groupe de Minsk – Azerbaïdjan **


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"Les coprésidents américain, français et russe du Groupe de Minsk de l'OSCE pourraient de nouveau modifier les principes de base concernant la résolution du conflit du Haut-Karabakh," a indiqué ce week-end le ministre azerbaidjanais des Affaires étrangères, Elmar Mammediarov.

"Les coprésidents doivent transmettre notre position actuelle côté arménien. Puis ils discuteront de la situation globale, ce qui pourrait déboucher sur de nouvelles propositions," a-t-il déclaré aux journalistes ; selon l'agence azerbaïdjanaise APA.

L'Arménie n'a pas apporté de commentaires. Le ministère arménien des Affaires étrangères a seulement rejeté les propos de Mammediarov affirmant qu'Erevan est à blâmer pour l'absence de progrès dans le processus.

Mammediarov a fait ces commentaires à Vénice au lendemain de la réunion des médiateurs sur la situation actuelle des pourparlers de paix arméno-azerbaïdjanais.

"Aucun accord décisif n'a été atteint, mais la réunion a été très utile," a déclaré le coprésident russe, Igor Popov. Il a indiqué que les médiateurs prévoyaient une autre visite dans la zone du conflit d'ici la fin du mois.

Mammediarov a de nouveau affirmé que l'Arménie refusait d'accepter l'accord-cadre proposé sur le Karabakh, lequel a été modifié par les puissances médiatrices à la fin de l'année dernière. Il a insisté sur le fait que le document est acceptable pour l'Azerbaïdjan "à l'exception de certains points."

Il a également renouvelé les allégations azerbaïdjanaises qu'Erevan veut gagner du temps dans le processus de négociation. Bakou accepte de tenir plus de réunions avec les dirigeants arméniens à condition qu'ils affichent "un désir sincère de progresser."

Dans une déclaration écrite publiée lundi soir, le porte-parole du ministère arménien des Affaires étrangères, Tigrane Balayan, a rejeté ces allégations, disant que Bakou est lui-même contre une percée dans les pourparlers de paix, qui se prolongent inutilement suite "aux effets de distorsion sur la nature du conflit et le contenu du processus de négociation."

Les autorités arméniennes ont à plusieurs reprises indiqué que les ‘exceptions' citées par les Azerbaïdjanais sont assez importantes. Ils ont également minimisé les changements non encore publiés dans les principes de base, qui ont d'abord été présentés par écrit aux parties en conflit, fin 2007.

** Rencontre Etats-Unis – Azerbaïdjan **

Le président américain Barack Obama a promis dans une lettre publiée lundi de s'attaquer aux "questions graves" des relations tendues avec l'Azerbaïdjan, un maillon important dans les lignes d'alimentation afghanes et des itinéraires d'exportation d'énergie vers l'Occident.


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Le secrétaire d'Etat américain à la Défense, Robert Gates, a remit la lettre du président Obama au président Ilham Aliev lors d'une visite destinée à apaiser les tensions avec les pays pétroliers de la mer Caspienne, stratégiquement situés entre la Russie et l'Iran.

Les Etats-Unis poussent pour un rapprochement historique entre l'Arménie, ennemie de l'Azerbaïdjan, et son allié historique, la Turquie, ce qui a dégradé les liens entre Washington et Bakou, inquiet que ses intérêts puissent se dégrader suite aux efforts de réconciliation. En avril, Bakou a accusé les Etats-Unis de prendre parti pour l'Arménie dans le conflit du Haut-Karabakh, sous contrôle arménien depuis le cessez-le –feu de 1994, et a menacé de "reconsidérer" ses relations avec Washington.

"Je suis conscient du fait qu'il y a des problèmes sérieux dans nos relations, mais je suis confiant sur le fait que nous pouvons y remédier," a écrit Obama dans la lettre remise par Gates dimanche, le plus haut responsable américain en visite en Azerbaïdjan depuis qu'Obama a pris ses fonctions en Janvier 2009. Lundi, en quittant l'Azerbaïdjan, M. Gates a déclaré que sa visite "préparait le terrain à l'amélioration des relations."

Dans l'avion, Gates a déclaré aux journalistes que lui et le président azerbaïdjanais ont discuté des moyens de développer les relations militaires, y compris avec des exercices et des échanges de renseignements.

Obama a salué l'engagement de l'Azerbaïdjan pour son effort continu afin de résoudre le conflit du Haut-Karabakh, sous l'égide des États-Unis, de la Russie et de la France, et a mis en garde contre l'utilisation de la force. "Je crois que ... une résolution pacifique du conflit du Haut-Karabakh est essentielle pour la stabilité à long terme de la région du Sud-Caucase, et l'appui pour ce faire restera une priorité pour les États-Unis."

L'Azerbaïdjan a augmenté sa puissance militaire et a averti à plusieurs reprises qu'il aurait recours à la force pour reprendre le contrôle du Haut-Karabakh si le différend n'est pas réglé.

Les États-Unis avaient exprimé leur inquiétude dans le passé en matière de droits de l'homme en Azerbaïdjan. Dans sa lettre Obama ne le mentionne pas, et appelle à une coopération plus étroite "dans l'intérêt de la sécurité régionale, la démocratie et la prospérité".

** Rencontre Russie – Arménie **

Des tables rondes sur la coopération russo-arménienne et les problèmes régionaux se sont déroulées à Erevan.

Les discussions ont porté sur la coopération politique et économique entre la Russie et l'Arménie, sur l'interaction dans le domaine de la sécurité, la situation actuelle du conflit du Haut-Karabakh et les perspectives de normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie.


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"La question du Karabakh est une question très complexe, bien que les conditions préalables de son règlement existent toujours", a déclaré Leonid Reshetnikov, président de l'Institut Russe d'Etudes Stratégiques (RISS).

Reshetnikov est convaincu qu'aucune force extérieure ne peut jouer un rôle décisif dans le processus de règlement du conflit du Karabakh. "Le règlement du conflit est un processus qui demande du temps. Il a commencé depuis 20 ans, et il faut prévoir encore de nombreuses années,", a-t-il indiqué, ajoutant que la solution dépend principalement de l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

"On ne peut rien imposer aux parties. Nous ne pouvons que leur donner des conseils. Les négociations sont la seule option pour le règlement. J'écarte la solution militaire, parce que c'est une fausse route. Un exemple frappant de cette mauvaise option a été la guerre russo-géorgienne de 2008. Cependant, je pense que ce scénario n'est guère possible dans le cas du Karabakh, parce qu'Aliev n'est pas Saakashvili. Il sera difficile de prendre des mesures aussi radicales.

L'approfondissement des relations turco-russes ne peuvent pas affecter les relations arméno-russes. Bien que la Turquie soit notre partenaire économique, nous n'avons qu'un seul allié dans la région : l'Arménie," a déclaré l'expert russe, en ajoutant que l'Arménie est un allié important de la Russie non seulement dans le Sud-Caucase, mais aussi au Moyen-Orient.

** Rencontre Russie – Turquie **


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"La Russie n'assumera pas de responsabilité supplémentaire pour le règlement du conflit du Karabakh," a déclaré aujourd'hui le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.

"La Russie avec les autres participants de ce processus est prête à fournir l'assistance nécessaire, mais nous ne pouvons pas remplacer l'Arménie ou l'Azerbaïdjan et pas plus qu'exercer de pression sur l'une ou l'autre des parties. La patience est nécessaire, parce que la question est très difficile.

La Russie a été liée à l'Arménie et l'Azerbaïdjan par une histoire vieille de plusieurs siècles. La Russie ne veut pas que l'Azerbaïdjan ou l'Arménie dise que nous avons fait pression sur l'une des parties ou que nous avons imposé une décision injuste à l'une des parties. Nous sommes prêts à être les garants de l'accord conclu entre les parties en conflit.

Seuls les deux peuples peuvent trouver des compromis acceptables pour les deux parties à travers un dialogue constructif," a-t-il souligné.

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie et de Armenialiberty



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