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lundi 6 septembre 2010

Un universitaire turc analyse les relations Arménie-Turquie

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Ce n'est pas le premier ni le dernier intellectuel turc à prendre fait et cause pour l'Arménie, du moins pour certains points. Si son analyse reflète la réalité actuelle de la politique azerbaidjanaise tant vis-à-vis de l'Arménie que de la Turquie, celle sur les causes profondes de la politique étrangère envers l'Arménie est incomplète.

Dire que le gouvernement turc s'active à atteindre le ‘zéro problème' avec tous les voisins c'est aller un peu vite en besogne. Si les contentieux avec la Grèce, la Syrie et l'Iran sont en cours de règlement, voire réglés, il n'en demeure pas moins qu'il reste le gros problème avec Chypre depuis 1974 et, bien évidemment, la tache indélébile d'avec le peuple Arménien depuis 95 ans, le génocide.

Faire sien le problème du Karabakh, qui n'a rien à voir avec la Turquie, au point de faire le blocus de l'Arménie, n'est pas le comportement d'un gouvernement soi-disant démocratique qui souhaite adhérer à l'UE et à ses valeurs. N'en déplaise à certains.

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"La Turquie doit ouvrir la frontière avec l'Arménie, établir des relations diplomatiques et ouvrir une ambassade, le tout sans conditions préalables. Le facteur azerbaïdjanais a une grande influence sur la politique de la Turquie concernant les relations arméno-turques," a déclaré Behlul Ozkan, professeur de politique étrangère à l'université Bogazici d'Istanbul.
Behlul-Ozkan_medium

Selon Ozkan, l'Azerbaïdjan souhaite que cette frontière reste fermée pour que le blocus continue, ainsi Bakou prend sa revanche sur l'Arménie, après qu'il soit devenu un pays riche grâce au pétrole brut. "Toutefois, la Turquie n'est pas d'accord avec une telle politique, d'autant que le pays voit que cette ‘politique de faucon' ne donne pas de résultats," a-t-il ajouté. Il a également abordé la question du Haut-Karabakh et a indiqué qu'Ilham Aliev ne désirait pas résoudre la question, mais se contentait de maintenir le statu quo.

"La société azerbaïdjanaise peut rester unie contre un ennemi étranger et ce, tant que la question du Karabakh existe. Si le danger étranger est écarté, la société azerbaïdjanaise ne supportera pas le régime non-démocratique et commencera à penser à des changements. C'est pourquoi Ilham Aliev ne tient pas à régler le problème," a-t-il souligné.

"Aujourd'hui, la ligne principale de la politique étrangère turque est "zéro problème avec les voisins. La Turquie a résolu ses principaux problèmes avec la Grèce, la Syrie et l'Iran, reste l'Arménie, vers laquelle les travaux d'amélioration des relations sont en cours. Mais les relations arméno-turques sont liées aux relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, lequel est le plus proche allié de la Turquie dans le Sud-Caucase."

"Si nous voulons voir s'ouvrir la frontière arméno-turque, les relations arméno-azerbaïdjanais doivent être résolues." Selon l'universitaire, le gouvernement turc doit ‘vendre' le développement des relations arméno-azerbaïdjanaises à sa société, pour que celle-ci comprenne et accepte l'ouverture de la frontière avec l'Arménie. "Le gouvernement turc veut juste que l'Arménie retire symboliquement ses forces armées de plusieurs districts entourant le Haut-Karabakh," a-t-il précisé.

Selon lui, il est fâcheux pour Ankara que l'Arménie et l'Azerbaïdjan restent hors de son contrôle, alors que la Turquie a des liens historiques avec ces pays. Se référant au devenir des protocoles arméno-turcs, l'analyste politique a noté que depuis le premier jour de la signature officielle, la Turquie a demandé qu'une solution soit apportée au conflit du Haut-Karabakh, et si la frontière s'ouvrait sans résolution du problème, l'opposition [turque] blâmerait sans équivoque le gouvernement pour trahison. "Nous devons prendre en considération qu'il y a un fort lobby azerbaïdjanais en Turquie, et la société turque, dans l'ensemble, soutient l'Azerbaïdjan."

La possibilité d'une guerre en Artsakh est très faible, selon Behlul Ozkan, vu que les autorités azerbaïdjanaises ne tiennent pas à mettre en danger leurs conduites de gaz et de pétrole, et donc les subsides qu'elles reçoivent.

Armenpress



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