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samedi 19 mars 2011

Erdogan et le Traité de Moscou

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Pensant bien faire, le premier ministre turc a présenté l'original du traité de Moscou de 1921 à son homologue russe Vladimir Poutine. Lequel l'a remercié poliment lui faisant gentiment comprendre qu'il avait le même dans les archives du Kremlin.

Le but de cet assaut d'amabilité visait avant tout d'obtenir de la Russie une baisse substantielle sur les prix du gaz, comme il l'a fait avec son alliée azerbaidjanais. L'ennui, c'est que Moscou n'est pas Bakou, et que les visées d'Ankara sur la région, c'est-à-dire sur le Sud-Caucase, ne vont pas dans le sens de la géostratégie russe.

Et pour bien marquer sa différence et son désir de devenir le leader régional, la Turquie, seul pays musulman membre de l'alliance atlantique, a clamé à de nombreuses reprises son refus de toute intervention militaire étrangère en Libye, pays ami et frère. Juste retour des choses suite à la médaille des droits de l'homme que lui a décerné Mouammar Kadhafi.

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* Erdogan –Medvedev *


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La résolution du conflit du Haut-Karabakh aura une incidence sur la normalisation des relations turco-arméniennes, a déclaré mercredi le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à l'Institut d'Etat de Moscou, selon la chaîne de télévision ‘Russie 24'.

Il a également insisté sur le rôle de la Russie dans le processus de négociation, ajoutant que la coopération Russo-turque créera des conditions pour le développement et la prospérité de toute la région.

Les réunions porteront sur la coopération commerciale et économique, et notamment sur la construction de la première centrale nucléaire en Turquie, et les pipe-lines Samsun-Ceyhan et South Stream.

Dans le cadre de la visite programmée pour le 90e anniversaire des traités d'amitié entre la Russie et la Turquie, Erdogan assistera à la réunion du Conseil de coopération Russie-Turquie.

* Alexander Lukashevich


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"Nous considérons que la normalisation arméno-turques à tout d'abord une question de relations bilatérales, et la Russie ne va pas interférer dans le processus," a déclaré Le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexander Lukashevich.

Selon lui, la Russie soutient le rapprochement entre Erevan et Ankara, ce qui contribue à renforcer la confiance dans le Caucase. "Nous voulons que ce processus donne des résultats positifs," a-t-il ajouté ; rapporte RIA Novosti.

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* Les coins des experts *

* Alexander Manassian


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La réunion Erdogan-Medvedev, le jour anniversaire de la signature du Traité de Moscou [1] dégrade l'image de la Russie en tant que pays civilisé," a déclaré le politologue Alexander Manassian. Il a noté que "l'Europe a également des liens différents avec la Turquie, mais que la reconnaissance du génocide arménien est un préalable à l'adhésion de la Turquie à l'UE."

Selon le politologue, cela prouve que l'Europe veut vraiment voir une Turquie démocratique, tandis que la Russie ne suit pas le bon chemin en accueillant Erdogan en ce jour anniversaire.

Manassian est convaincu que cela est dommageable en tout premier lieu à la Russie, car il est impossible de construire une nouvelle Russie en coopérant avec un Etat criminel. En ce qui concerne l'Arménie, le politologue a indiqué qu'elle n'avait nul besoin d'émotions supplémentaires, mais qu'il faut tirer les leçons de la réalité. Il évalue positivement les actes de protestation tant en Arménie qu'en Diaspora, notant qu'une autre démarche pourrait être organisée au niveau des autorités.

* Vladimir Vartanian


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"L'accord russo-turque de 1921 a généré et continue de générer des problèmes du point de vue du droit international," a déclaré l'expert en droit international Vladimir Vartanian. Selon lui, il n'y a actuellement aucun accord valide entre la République d'Arménie et la République turque déterminant les frontières. Par conséquent, il n'est pas nécessaire de demander l'annulation du traité de Moscou.

"Le problème le plus discutable de l'accord est qu'en fait ce sont deux parties qui ont essayé de résoudre les problèmes concernant un tiers. Cette disposition était illégale même en 1921, lorsque l'accord a été signé. Les parties étaient bien conscientes de cela, sinon il n'y aurait pas eu l'accord de Kars [2] quelques mois plus tard, en vertu duquel les parties ont confirmé les dispositions du Traité de Moscou," a précisé Vartanian.

L'expert est confiant que cet accord ne sera jamais mis en œuvre, il permet simplement à la Russie et la Turquie de renforcer leur rôle dans la région.

* Manifestation à Erevan


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Nigol Aghbalian de l'Union de la jeunesse de la Fédération révolutionnaire Arménienne Dachnaktsoutioun ainsi que d'autres organisations de jeunesse, ont organisé une manifestation devant l'ambassade de Russie à Erevan contre la visite du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à Moscou.

Les manifestants ont remis une lettre à l'ambassadeur de Russie, rappelant que le partenariat stratégique implique que "des relations bilatérales ne peuvent créer une base d'amitié que si elles sont fondées sur la justice et qu'elles ne sont dirigées contre un tiers."

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Extrait de la Radio Publique d'Arménie




[1] Le Traité de Moscou est un traité artificiel entre les Républiques fédératives socialistes soviétiques de Russie et la Grande Assemblée nationale turque, conclu et proclamé le 16 mars 1921 dans le but de remplacer la Sentence arbitrale du Président W. Wilson du 22 novembre 1920, décidée lors du Traité de Sèvres le 10 Aout 1920.

Son but essentiel était de préciser le tracé des frontières entre les ex-Républiques transcaucasiennes (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan) et la future Turquie et de briser toute velléité d'indépendance. En outre, les parties ont décidé de faire don de la province de Kars et de la colonie de Surmalu aux Turcs et de rattacher le Nakhitchevan à l'Azerbaïdjan en tant que ‘territoire autonome'. Ce document a servi quelques mois après de base à l'accord de Kars.

De plus, sur le plan international il est illégal car conclu entre des parties non reconnus en droit international :

- En 1921, c'était encore l'Empire ottoman dirigé par le sultan Mehmed VI Wahid ed-din, les Kémalistes n'avaient donc aucune existence légale ;

- Quant à la Russie, elle était aux mains des révolutionnaires bolcheviks
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[2] Le traité de Kars est signé le 13 octobre 1921 à la fin de la conférence de Kars entre la Turquie kémaliste, d'une part, et les républiques soviétiques de la Transcaucasie de l'autre. Il comprend un préambule, 20 articles et 3 annexes.

- Selon l'article 1, sont considérés comme caducs les accords passés entre les gouvernements des pays sur le territoire des parties contractantes. Est reconnu de ce fait annulé le traité d'Alexandropol de 1920, et non valables les accords passés avec les États tiers et qui concernaient les républiques transcaucasiennes. Mais cela ne s'appliquait pas à l'accord de Moscou du 16 mars 1921 conclu entre la Russie soviétique et la Turquie.

- L'article 2 était particulièrement important pour la Turquie, puisque selon celui-ci, les parties ne reconnaissaient aucun accord ou acte international, qui pouvait être imposé au moyen de la force. Cela signifiait que l'Arménie soviétique ne reconnaissait pas le traité de Sèvres de 1920.

- L'article 3 annule le régime des capitulations,

- L'article 4 définissait la frontière entre la Turquie et les républiques de la Transcaucasie (la description plus détaillée de la frontière était donnée dans les annexes 1 et 2).

- Selon l'article 5, les gouvernements de la Turquie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie acceptent la formation d'une république autonome, le Nakhitchevan (avec ses frontières indiquées dans l'annexe 3), placé sous la protection de l'Azerbaïdjan
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