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lundi 18 avril 2011

L'Arménie n'a pas sa place dans le trio Israël-Turquie-Azerbaïdjan

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Il ne se passe pas une semaine sans que les médias azéris ne parlent en termes élogieux d'Israël ou des Juifs, que ce soit dans le domaine culturel, social ou commercial. Mais rarement sur la politique menée en Palestine.

Cet intérêt l'un pour l'autre n'est pas innocent. Côté Azerbaïdjan, cela permet de s'équiper en armements offensifs et défensifs, en échange de pétrole transitant par la Turquie, de plus, tous les amis sont les bienvenus surtout lorsqu'il s'agit de diaboliser l'Arménie et les Arméniens. Côté Israël, cela permet un approvisionnement en hydrocarbures hors du circuit des pays arabes, mais surtout de se ménager des amitiés sur le plan géopolitique. Avoir un pays ami mitoyen de l'Iran, qui de surcroit a un contentieux avec Téhéran, cela peut toujours servir au cas où …. Ce qui n'est évidemment pas le cas de l'Arménie ou de la Géorgie.

Quant à la Turquie, ce n'est pas nouveau. En tant que membre de l'OTAN, elle est toujours inféodée aux Etats-Unis et est devenue au fil des ans avec Israël l'autre bras armé de Washington dans la région. D'où des échanges commerciaux et militaires importants. Cerise sur le gâteau, tout comme l'Azerbaïdjan, la Turquie dispose d'une frontière avec l'Iran et n'est pas un pays arabe.

Quant à utiliser le thème du génocide pour se rapprocher de l'Arménie, Erevan ne peut pas y compter. Pour Israël, la reconnaissance du génocide arménien est une arme politique à sortir au cas où la Turquie dépasserait les bornes avec le problème palestinien. Donc, rien à voir avec une quelconque vérité historique, comme avec les Etats-Unis d'ailleurs.

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Chaque Etat devient ami avec le pays avec lequel il a beaucoup à gagner. Il s'agit d'un vieux truisme, mais cela se répète à chaque fois que deux pays coopèrent étroitement, par exemple, l'Azerbaïdjan et la Turquie, devenant ainsi une zone fermée pour l'Arménie. Une situation similaire est observable en Azerbaïdjan, qui "n'aime pas" la coopération arméno-iranienne et les relations normales.
Carte-Mer-Noire-Caucase_-ma

Les relations arméno-israéliennes n'ont jamais été très serrées ou mutuellement bénéfiques ; les deux pays ont toujours été neutres l'un envers l'autre. Mais dès le conflit du Karabakh, Israël a choisi le côté azerbaïdjanais, ce qui pourrait paraitre surprenant. Peut-être que dans une certaine mesure, après l'effondrement de l'URSS, il est devenu clair qu'Israël avait plus de points communs avec l'Azerbaïdjan qu'avec l'Arménie. La communauté juive d'Azerbaïdjan a pu même jouer un certain rôle. Ainsi à Bakou, comme dans d'autres villes, il y avait beaucoup plus de Juifs qu'en Arménie. D'après les statistiques officielles, 8 à 12.000 Juifs vivaient en Arménie, tandis qu'ils étaient 30.000 en Azerbaïdjan. Selon l '« Agence juive pour Israël », après l'effondrement de l'Union soviétique 31.000 Juifs ont quitté l'Azerbaïdjan, et 18.000 sont restés, alors que seulement 6.000 ont émigré d'Arménie. Mais laissons l'arithmétique aux mains des statisticiens. Probablement la vérité est que bon nombre de Juifs résidant à Bakou ont migré pour Israël, puis ... Puis ils firent de leur mieux pour empêcher qu'Israël se rapproche de l'Arménie. Il est également possible que les choses ne se soient pas déroulées tout à fait ainsi, mais la ‘patte' des Juifs de Bakou dans l'absence de relations arméno-israéliennes est indéniable. Même maintenant, lorsqu'ils visitent Bakou, ils saisissent une nouvelle fois l'occasion de "soutenir l'Azerbaïdjan sur ses droits sur le Haut-Karabakh". Ce serait la même chose qu'arrivant dans un pays tiers, les Arméniens [d'Arménie] se mettaient à parler des droits des Palestiniens, ce qui est inacceptable.

Mais c'est une chose que d'encourager un pays par des mots, et toute autre chose – que d'armer l'Azerbaïdjan avec des armes modernes, en sachant très bien contre qui ces armes vont servir. Il y a aussi le facteur Turquie. Jusqu'à récemment, la Turquie et Israël étaient des alliés stratégiques. Au moins, telle était l'impression, et il ne serait pas surprenant que cette coopération fasse long feu. Les propos du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan contre Israël en raison de l'opération « Plomb durci » et du « blocus » de la bande de Gaza poursuivent un seul objectif - présenter la Turquie comme un véritable allié du monde islamique, lequel est connu pour son désir d'effacer l'Etat d'Israël de la carte. Dans ce contexte, les relations avec l'Arménie seraient presque perçues comme une trahison. La position d'Israël est compréhensible : le pays est entouré d'ennemis et il a choisi les moins mauvais, à savoir la Turquie avec l'Azerbaïdjan. Aussi, l'Arménie n'a pas sa place dans le triumvirat Israël-Turquie-Azerbaïdjan. Qu'il en soit ainsi, l'Arménie entretient des relations normales avec d'autres pays. Pourquoi la totalité des pays du Proche et du Moyen-être devraient-ils avoir des liens étroits avec l'Arménie ? Ce serait totalement incompréhensible.

Nous pouvons seulement dire que les relations avec Israël sont quelque peu atypiques : Jérusalem a un quartier arménien, le Patriarcat, avec une communauté qui a une histoire de près de 2.000 ans. Il y a un consulat, il y a même un ambassadeur israélien pour l'Arménie qui siège à Jérusalem ... Mais un resserrement des relations n'est pas prévu dans un proche avenir. Cependant, personne n'est à blâmer pour cela. La seule chose que nous voulons vraiment, c'est que les Juifs qui visitent l'Azerbaïdjan, ne parlent pas d'un lieu qu'ils connaissent à peine et qui n'a rien à voir avec eux. Mais il est également possible que ces Juifs ne s'intéressent pas à nous, et que c'est la presse azérie qui génère l'intox ! Tout est possible. Il est vrai aussi que l'Azerbaïdjan commence à lasser tout le monde avec ses spéculations sur le pétrole. Israël importe 20% de son pétrole de l'Azerbaïdjan. Certes c'est insuffisant pour poser des conditions, mais suffisant pour demander quelques faveurs amicales. Ainsi, l'Azerbaïdjan fait une faveur à Israël en lui achetant des armes. En fait, l'argent dépensé pour le pétrole retourne en Israël par une autre voie. À cet égard, l'Arménie n'a rien à vendre, et donc l'Etat juif n'a pas de raisons particulières d'avoir des liens privilégiés avec elle. En ce qui concerne l'antisémitisme [des Arméniens], qui est très souvent mentionné en Israël ‘grâce' à l'Azerbaïdjan, c'est de la fiction tout court. Les personnes qui ont subi un génocide ne peuvent pas haïr les personnes qui ont vécu l'Holocauste, même si l'État d'Israël n'a jamais reconnu le génocide des Arméniens.

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Karine Ter-SahakianPanArmenian.net – Département Analyse



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