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mardi 10 janvier 2012

La Turquie et la méthode Coué.


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

La Turquie a adopté la ‘méthode Coué’ avant même la parution de l’ouvrage d’Emile Coué en 1926 - La maîtrise de soi-même par autosuggestion consciente. Non seulement la méthode est appliquée aux membres du gouvernement turc, mais à tous les diplomates et élus de tous bords. Et comme cela ne suffisait pas, elle a été étendue à toute la population, enfants compris. Les livres d’histoire ont été corrigés en conséquence.

Cet état d’esprit est tellement ancré dans les mœurs que même à l’étranger le citoyen d’origine turque n’admet pas que d’autres puissent penser autrement, et manifeste bruyamment scandant les slogans puisés dans les propos des dirigeants d’Ankara, le tout sous des calicots et des drapeaux fournis par le Consulat turc. En clair, un pays européen n’a pas le droit d’adapter une loi-cadre de l’UE, si la dite loi ne convient pas à Ankara !

En Turquie, on peut dire le mot ‘Arménien’, d’autant que c’est une insulte dans la bouche de beaucoup de gens, on peut dire aussi le mot ‘génocide’, mais il est formellement interdit d’associer les deux mots : ‘génocide arménien’. D’ailleurs l’article 301 du code pénal turc est là pour châtier les récalcitrants. Quant à manifester comme dans un pays occidental, ce n’est pas la peine d’y penser ; les quelques courageux qui s’y risquent sont rapidement interpellés.

En cas de confirmation par le Sénat du projet de loi sur la pénalisation du déni de génocide, la Turquie a promis de sévir encore plus contre la France. Que fera-t-elle si d’autres pays européens adoptent  la même démarche, rompra-t-elle les négociations d’adhésion ?

Mais qu’Erdogan and Co se rassurent, la perfide Albion sera toujours à leurs côtés, du moins tant que les Etats-Unis n’auront pas reconnu le génocide arménien.


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Le gouvernement français a demandé au Sénat de débattre le 23 Janvier du projet de loi pénalisant le déni des génocides reconnus par la France. Toutefois, la décision doit encore être confirmée par une réunion le 17 Janvier des présidents de groupe.

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L'ambassadeur turc en France, Tahsin Burcuoglu, retourne à Paris : "L'ambassadeur a terminé les consultations pour lesquelles il a été rappelé. Il retournera en France samedi et va s’efforcer de contrer l’adoption de la loi par le Sénat," a déclaré à l'AFP le porte-parole  du ministère turc des Affaires étrangères, Selcuk Unal.

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Le premier ministre algérien Ahmed Ouyahia a exhorté la Turquie à cesser d'essayer tirer profit en déclarant que la France a tué des milliers d'Algériens pendant la période coloniale.

Le premier ministre Erdogan avait accusé la France d'hypocrisie car elle-même avait commis un génocide en Algérie, à partir de 1945 et durant la guerre d'indépendance entre 1954 et 1962 : "On estime que 15% de la population algérienne a été massacrée par les Français à partir de 1945, c'est un génocide," avait-il déclaré.

Ouyahia a indiqué que chaque pays a le droit de défendre ses intérêts, mais que "personne n'a le droit d’utiliser le sang des Algériens pour ses intérêts politiques" et d’ajouter que la Turquie étant membre de l'OTAN pendant la guerre d’Algérie, et elle avait fourni un soutien matériel à la France : "Nous disons à nos amis (turc) : Arrêtez d’instrumentaliser la colonisation de l’Algérie."

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Les pirates turcs menacent de déclencher une vague de cyber-attaques contre les sites français, si le Sénat confirme le vote de l’Assemblée nationale sur la pénalisation de la négation du génocide arménien.

Déjà, les pirates ont attaqué des douzaines de sites français, dont celui de Valérie Boyer, la députée à l’origine du projet de loi.

Certaines attaques ont été imputées à un groupe connu sous le nom de piratage AyYildiz, qui affirme se battre pour des valeurs turques : "AyYildiz n'a rien contre les Français, mais si cela continue, il y aura des attaques beaucoup plus grave d’autres groupes et que ces attaques causeront des millions de d'euros de dégâts, " a déclaré Ishak Telli, le porte-parole du groupe.

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Le président Nicolas Sarkozy compte promouvoir l'adoption d'une loi pénalisant le déni du génocide arménien à travers l'Europe.

Sous la présidence allemande, les Etats membres de l'UE ont signé une convention-cadre contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'Holocauste. Selon le quotidien Hurriyet, le leader français proposerait aux Etats européens une convention-cadre sur les génocides.

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* Brève OSCE

"La présidence irlandaise de l'OSCE, pour 2012, cherchera à aborder les conflits prolongés, de promouvoir la liberté d'Internet et de renforcer la coopération entre les 56 États membres," a déclaré le nouveau président en exercice, le vice-Premier ministre irlandais, Eamon Gilmore.

"Le monde est confronté à des défis de sécurité sans précédent, et la coopération multilatérale rendue possible par l'OSCE est plus nécessaire que jamais. L'Irlande s'est engagée à défendre les valeurs fondamentales de l'OSCE et la promotion de la paix, de la sécurité, le respect des droits de l’homme et la primauté du droit dans les régions euro-atlantique et eurasiatique."

Le vice-Premier ministre s'est engagé à consolider les résultats obtenus par la présidence lituanienne de l'OSCE en 2011, et à mettre en œuvre les décisions prises lors du Conseil ministériel de Vilnius en Décembre dernier, notamment dans le domaine de la prévention des conflits.

"Je tiens tout particulièrement à féliciter la Lituanie sur la reprise réussie de deux entretiens officiels au format 5+2 dans le processus du règlement de la Transnistrie. L'Irlande va chercher à s'appuyer sur cet élan en soutenant les processus existants, y compris le Groupe de Minsk sur le conflit du Haut-Karabakh et les discussions de Genève traitant du conflit géorgien d'août 2008. Nous nous appuierons sur notre propre expérience de résolution des conflits dans le contexte du processus de paix en Irlande du Nord pour faire avancer ces processus et faciliter l'engagement de toutes les parties. (…)," a déclaré le nouveau remplaçant.

* Brève APCE

Le mandat du président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Mevlut Cavusoglu, expire ce mois-ci. Le député français Jean-Claude Mignon est pressenti pour le remplacer.

Quels sont les changements attendus ? La sous-commission sur le Haut-Karabakh sera-t-elle mise en sommeil ? Quoi qu’il en soit, le chef de la délégation arménienne à l'APCE, David Haroutiounian, continuera de boycotter sa participation.

Naïra Zohrabian, autre membre de la délégation arménienne, pense que la sous-commission ne convoquera pas de réunions, et que le député Jean-Claude Mignon sera assez impartial.

La session d'hiver de l'APCE débutera dans une quinzaine de jours. Les membres de la délégation arménienne comptent présenter des rapports.

Autre changement, la Grande-Bretagne assumera la présidence du Conseil des Ministres du Conseil de l'Europe ; départ également du Commissaire aux droits de l'homme, Thomas Hammarberg.

* Brève Karabakh

La rencontre trilatérale récurrente des Présidents dans le cadre des négociations sur le règlement du conflit du Haut-Karabakh aura lieu à Sotchi les 23 et 24 Janvier prochain, en présence de Serge Sarkissian, Ilham Aliev et avec la médiation de Dimitri Medvedev.

Le président russe avait récemment déclaré que : "le conflit du Karabakh est un conflit confiné dans l'espace postsoviétique, et qui peut être résolu que par des négociations pacifiques. À mon avis, c'est le seul conflit qui puisse être réglé de la sorte."

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Le coin des experts

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Alexander Rar, un expert de la Commission des relations étrangères d’Allemagne (DGAP) pense que les grandes puissances sont satisfaites de l'état actuel du conflit du Haut-Karabakh.

"Le conflit gelé du Karabakh convient à l'Occident, comme l’a déclaré un  membre du Groupe de Minsk de l'OSCE, vu les autres problèmes - Iran, Corée du Nord, Afrique du Nord – qui sont prioritaires sur l'agenda international," a –t-il souligné.

"L’Occident espère que l'Azerbaïdjan ne suivra pas l'exemple du président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, vis-à-vis de l’Ossétie du Sud. D’autant que cette démarche n’ a pas réussi à la Géorgie."

En conclusion, l'expert a souligné sa forte adhésion à un règlement pacifique du conflit du Karabakh, "même dans le cas où la résolution du problème sera laissée aux générations futures."

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Le Vice-président du parti Héritage pense que si le Sénat français adopte la loi pénalisant le déni du génocide arménien, cela exacerbera encore plus les dirigeants turcs et de souligner que : "Les États européens vont prendre parti avec les dirigeants français, menacés de sanctions par Ankara, et feront preuve de solidarité avec Paris."

Ruben Agopian considère le projet de loi comme un sérieux succès sur la voie de la promotion de la reconnaissance du génocide et de la sensibilisation de la question.

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Extrait de Radiolour et de PanArmenian

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