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mardi 15 mai 2012

Conflit du Haut-Karabakh : Les médiateurs ont rendu visité aux protagonistes



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires



Fidèles à leur mandat, les médiateurs internationaux se sont de nouveau rendu dans la région mais sans passer par le Haut-Karabakh et traverser la ligne de contact, se contentant d’Erevan et de Bakou. Comme à l’accoutumé, ils ont réitéré leurs conseils et recommandations aux parties, recueilli leurs remarques voire leurs doléances, ce qui donnera probablement lieu à communiqué généraliste et d’une parfaite neutralité.



Et cela continuera de mois en mois, entrecoupé de réunions trilatérales entre les présidents, jusqu’à ce que les Etats-Unis ou la Russie décident de mettre le holà, pour des raisons géostratégiques ou tout bonnement économiques. Reste le scénario catastrophe, où l’Azerbaïdjan décidera de passer à la vitesse supérieure en déclenchant les hostilités ; cela reste toutefois peu probable car c’est non seulement à double-tranchant, mais surtout cela risque de gêner très fortement les grandes puissances qui ont d’autres visées dans la région. Quant à croire que le Conseil de sécurité de l’ONU, parce qu’on la préside, va sortir de nouvelles résolutions contre l’Arménie, c’est méconnaitre ses priorités.



Les négociations restent donc dans l’impasse car Bakou ne veut pas entendre parler d’une quelconque indépendance du Haut-Karabakh (Droit à l’autodétermination des peuples), au mieux une grande autonomie, et les Karabakhis ne veulent absolument pas retourner sous administration azérie (Intégrité des frontières) ou insécuriser la population en se retirant des zones tampon.



Dans cette situation c’est l’Arménie qui est avantagée, car au final, en voulant tout récupérer Ilham Aliev va perdre en plus du Haut-Karabakh les sept districts environnants.



"Le sage change d’avis et le sot s’entête." (Proverbe espagnol)







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Le président Serge Sarkissian a reçu samedi 12 les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE - Robert Bradtke (USA), Igor Popov (Russie) et Jacques Faure (France) – accompagné du Représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice, Andrzej Kasprzyk.



Les interlocuteurs ont discuté de questions liées à l'état actuel des négociations sur le règlement du conflit du Karabakh et des étapes à venir.



Le ministre des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, a reçu à son tour la délégation. Notant que la visite des coprésidents à Erevan coïncide avec le 18ème anniversaire de l'accord de cessez-le-feu était symbolique, Edouard Nalbandian a déclaré que depuis cette date, les parties ont eu plusieurs occasions de régler la question, mais qu’à chaque fois l'Azerbaïdjan a fait un pas en arrière, créant ainsi des obstacles à la conclusion d'accords.



"L'Azerbaïdjan, au lieu de préparer son peuple à la paix, a toujours en tête de résoudre le problème par la force, et continue sa rhétorique belliqueuse, les provocations sur la ligne de contact et l'achat massif d'armements. Cela entrave le processus de règlement et met en danger la situation fragile dans la région," a-t-il souligné.



Au cours de la réunion, référence a été faite sur la mise en œuvre des dispositions de la déclaration conjointe des trois Présidents faite à Sotchi, le 23 Janvier dernier, et plus particulièrement sur la création des mécanismes d’enquêtes sur les incidents sur la ligne de contact.



Les médiateurs se sont rendus à Bakou le 13, sans passer par Stépanaguerd pour des raisons météorologiques.



"La Russie soutient toujours le règlement pacifique du conflit du Karabakh. Notre point de vue est que la mission de médiation de la Russie se poursuivra avec les autres pays de la coprésidence," a déclaré Igor Popov à Bakou.



Un des décrets signés par le président Vladimir Putin porte sur la politique étrangère, il stipule que : "la Russie doit continuer son activité avec les autres coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE. Cette activité est basée sur l'assistance aux parties pour le règlement du conflit étant donné le haut niveau des accords réalisés de 2009 à 2011. Je pense qu'il exprime concrètement la position de la Russie."



Le médiateur a également commenté les visites des coprésidents dans la région et a déclaré qu'il s'agissait d'une visite planifiée. "Nous avons discuté de l’état d’avancement du règlement avec le Président azerbaïdjanais et son ministre des Affaires étrangères. Nous avons également discuté des problèmes de la mise en œuvre des accords signés à Sotchi. Notamment de l'avancement des travaux sur le document du Règlement débattus lors des réunions trilatérales. Nous avons également abordé les incidents survenus sur la ligne de contact fin d'avril. Comme pour les futurs contacts, nous espérons que nos contacts se poursuivront dans un proche avenir."



Igor Popov a fait remarquer qu'il a parlé avec le représentant spécial du président russe, Michael Shvidkoy, qui organise des rencontres entre les jeunes et les intellectuels azerbaïdjanais et arméniens et qu’elles continueront.



Le coprésident américain Robert Bradke a répondu aux questions des journalistes et a déclaré que les coprésidents n’avaient pas pu visiter le Haut-Karabakh en raison des conditions météorologiques.



Quant au coprésident français, Jacques Faure, il a indiqué que la France poursuivra sa mission : "La France est en charge de la coprésidence et continuera à œuvrer pour un règlement pacifique du conflit. Le nouveau président sera investi mardi et le nouveau gouvernement sera formé mercredi. Mais Paris ne changera pas sa politique sur le règlement du conflit du Haut-Karabakh. "



(…)



"Le règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh va dans les intérêts stratégiques de la communauté internationale. Le règlement du conflit favorisera la stabilité dans le Sud-Caucase, créant de nouvelles possibilités économiques et en garantissant le meilleur avenir à la jeune génération de la région," a déclaré le président italien, Giorgio Napolitano.



Il a confirmé la non-viabilité du statu quo du conflit du Haut-Karabakh et a salué les efforts déployés par les parties en conflit pour trouver des moyens pacifiques de règlement, par des voies diplomatiques. Il a exhorté les parties à poursuivre les efforts vers la conclusion d'un accord basé sur les principes de base. Le président Napolitano a également souligné qu'il croit en l'efficacité du rôle de l'UE dans la mise en place de la paix et de la sécurité dans la région.



* Brève Karabakh *



Du 8 au10 mai le Haut-Karabakh organisait une réunion élargie du Comité d'organisation de conférences internationales portant sur "Les peuples autochtones de la région du Caucase-Caspienne."



Outre les représentants arméniens, le Comité comprend des scientifiques et des personnalités civiles d'Azerbaïdjan, de Géorgie, d'Iran, de Turquie, de pays européens, des Etats-Unis et de Russie.



Selon Mortza Kasempuv, membre de la délégation Talych, la conférence vise à attirer l'attention de la communauté internationale en faveur des droits des populations autochtones résidant dans la région de la Caspienne, et plus particulièrement en Azerbaïdjan.



"L'Iran est notre patrie, où tous les droits des peuples autochtones sont exercés. La politique officielle de Bakou vise à éliminer toutes les minorités nationales de l'Azerbaïdjan : Talychs, Lazes, Avars et Oudis. Nous avons été expulsés de nos terres historiques : Lankaran, Astara, Masalli, Lerik et Goranboy. L'Azerbaïdjan doit reconnaître toutes les nations résidant sur son territoire pour assurer la paix. Il n'y a pas d'écoles Talych en Azerbaïdjan, la langue et la culture sont interdites, et les militants Talych sont réprimés," a déclaré Kasempuv.



La République autonome Talych-Mughan a été une éphémère république autonome autoproclamée en Azerbaïdjan, qui a duré de Juin à Août 1993.



Les Talychs parlent le talych, l'une des langues du Nord-Ouest iranien. Elle est parlée dans les régions septentrionales des provinces iraniennes de Gilan et Ardabil et dans les parties méridionales de la République d'Azerbaïdjan.



* Brèves Turquie *



Les intellectuels et les journalistes qui se sont réunis lors d'un atelier de deux jours à Istanbul pour débattre sur la façon dont les médias traitent les non-musulmans dans la société, ont déclaré que les médias ont joué un rôle crucial à imposer l'idéologie officielle sur la société.



"Ce n'est pas que toutes les perceptions négatives dans les médias concernant les non-musulmans ont été déterminées par les patrons de presse ou rédacteurs en chef. Tout a commencé avec la création d'une idéologie nationaliste dans les premières années de la République turque et lorsque l'État-nation a été formé. Le système politique turc a créé les réglages techniques. Il y a un réflexe automatique dans les médias turcs en ce qui concerne la façon dont les non-musulmans vont être traités," a déclaré le sociologue Ayhan Aktar. "Perception des non-musulmans dans les médias," était organisée par la Plate-forme Medialog des journalistes et écrivains de la Fondation (GYV), les 12 et 13 mai.



Sur le rôle que les médias des minorités peuvent jouer à cet égard, Ohannes Kılıçdağı, un universitaire et chroniqueur à l’hebdomadaire turco-arménien Agos, a déclaré que les reportages qui ne sont pas inclus dans les médias grand public peuvent trouver une place dans les médias des minorités et accroître la sensibilisation aux problèmes des minorités.



(…)



Après le premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le Chef de l’Etat Abdullah Gül, c’est le ministre turc des Affaires européennes, Egemen Bagis qui va de son couplet en faveur du nouveau président français.



"Nous espérons que François Hollande tournera une nouvelle page dans les relations historiques très profondes et fructueuses entre la Turquie et la France. Ankara souhaite voir la France redevenir l'un des champions de l'intégration turque dans l'UE, comme c’était sous la présidence de Jacques Chirac.



Nous ne sommes pas dans une démarche pour créer de l'animosité, nous sommes dans une démarche pour créer de l'amitié, où la diplomatie et la politique serviront pour trouver des solutions, et non pour créer des problèmes.



La Turquie peut transformer le projet grandiose de la paix de l'histoire de l'humanité, qu’est l'UE, de projet continental en un projet global. La Turquie est une source d'inspiration démocratique dans le monde arabe," a déclaré Bagis à l'AFP.



Pour sa part, FrançoisHollande a envoyé un lettre à Demir Onger dans laquelle il note que la Turquie ne deviendra pas un membre de l'UE au cours de son mandat de cinq ans car la voie de l'adhésion à l'UE est longue (1).



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Extrait de Radiolour, de PanArmenian et de Today.az






(1)  Etat d’avancement des négociations (ndlt)


- un chapitre ouvert en 2006 : le 25 «science et recherche»;
- cinq en 2007 : chapitre 18 «statistiques», chapitre 20 «politique d'entreprise et politique industrielle» et chapitre 32 «contrôle financier», chapitre 21 «réseaux transeuropéens» et chapitre 28 «protection des consommateurs et de la santé» ;
- quatre en 2008 : chapitre 6 «droit des sociétés» et chapitre 7 «droit de la propriété intellectuelle», chapitre 10 «information et médias» et chapitre 28 «libre circulation des capitaux» ;
- deux en 2009 : chapitre 16 «taxation», chapitre 27 «environnement» ;
- un en 2010 : chapitre 12 «sécurité alimentaire, vétérinaire et phytosanitaire».



Jusqu'à présent un seul chapitre a été refermé (le premier ouvert, «science et recherche»). 8 chapitres ont été gelés, en décembre 2006, à titre de sanction par l'UE, à la suite du refus de la Turquie d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre comme elle devrait le faire en vertu de l'accord d'union douanière qu'elle a signé en 1995. Depuis juillet 2007, suite à l'élection de Nicolas Sarkozy, à la présidence de la République, 5 chapitres (dont 1 inclus dans les 8 précédemment gelés) sont bloqués, parce qu'ils impliquent inéluctablement l'adhésion pleine et entière de la Turquie à laquelle Paris est opposé. 6 chapitres sont enfin sous la menace d'un blocage chypriote, depuis décembre 2009. Fin Juin 2010, un treizième chapitre sur les 35 de prévus, a été ouvert.



A ce rythme là, il faut compter encore une douzaine d’années, c'est-à-dire vers 2025, pour que l’adhésion soit effective, sous réserve que l’UE libère tous les chapitres bloqués ou en voie de l’être.

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