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lundi 28 mai 2012

Eurovision 2012 : Le revers de la médaille


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Le ‘grand démocrate’ qu’est Ilham Aliev n’a pas réussi son coup de bluff. Il pensait montrer à la communauté internationale que l’Azerbaïdjan est un grand pays moderne tourné vers l’avenir, et que ses valeurs sont celles des pays civilisés où les droits de l’homme et les libertés s’exercent comme en Occident. Comme ceux du Golf persique, sans doute ?

Les dépenses somptueuses pour accueillir les concurrents de l’Eurovision de la chanson n’ont pas masqué les dérapages criant d’Aliev et de son clan. Quand on est classé en 162ème position sur 179 pays, (Cf.article de RSF), par Reporters Sans Frontières, il est très difficile de faire oublier la corruption, les multiples violations des droits de l'homme, et autres interpellations arbitraires.

Tout décrié qu’il est par nombre d’ONG (RSF, FIDH, Human Rights Watch, etc …), cela ne changera en rien son comportement dictatorial, les milliards de pétrodollars lui ayant définitivement tourné la tête. Son énorme magot, bien que partagé dans la famille(1), ses proches et ses fidèles, ne l’empêche pas de laisser son peuple dans le besoin, et de reloger les réfugiés du Karabakh à dose homéopathique. De surcroit, il touche des subsides de la communauté internationale (UN-HCR) pour ce faire, alors que les réfugiés arméniens ayant fui l’Azerbaïdjan n’ont droit à rien. L’intérêt prime le droit et l’équité chez certains.

La nomination de son pays à la tête du Conseil de sécurité de l’ONU n’a fait qu’aggraver sa soif de vengeance, et si les trois pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE – Etats-Unis, Russie et France - ne le freinaient pas, il y a fort à parier qu’il attaquerait le Haut-Karabakh sans hésiter, avec la bénédiction officieuse de la Turquie. Et dire que Washington croit encore à la ratification des protocoles par Ankara !

"Le drame des dictatures, c'est qu'elles donnent toute licence aux malades mentaux, aux mégalomanes, aux méchants, aux malhonnêtes gens d'aller jusqu'au bout de leur folie, de leur mégalomanie, de leur méchanceté, de leur malhonnêteté," disait Henri Amouroux.



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Le parti au pouvoir en Azerbaïdjan a accusé l'Arménie et le "lobby arménien" de la diaspora de la montée des tensions entre leur pays et l'Iran, ce qui a conduit Téhéran à rappeler son ambassadeur "pour consultations", mardi.

Cela fait suite à des mois de récriminations amères par les deux nations voisines d’une ingérence présumée dans les affaires de l’autre.

L'Iran a accusé les compatriotes musulmans chiites d’Azerbaïdjan d'aider Israël à assassiner des scientifiques [nucléaires] iraniens et de faciliter les possibles frappes aériennes israéliennes et américaines contre les installations nucléaires de la République islamique. Le gouvernement azerbaïdjanais a fermement démenti ces allégations, disant implicitement que Téhéran lui-même a fomenté l'extrémisme islamique sur son territoire. Cette année, des dizaines de personnes ont été arrêtées en Azerbaïdjan soupçonnées de liens avec les Gardiens de la Révolution.

Début Mai, des centaines d'Azerbaïdjanais en colère ont manifesté devant l'ambassade d'Iran à Bakou, organisées en sous-main par le gouvernement. Ils ont condamné, entre autres choses, les liens chaleureux entre l'Iran et l'Arménie chrétienne. Certains des manifestants portaient des photos désobligeantes du président Ahmadinejad et du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Téhéran a réagi avec colère aux manifestations de cette semaine, et un haut dignitaire religieux iranien a exhorté les musulmans de la région à protester contre le comportement "anti-islamique" du gouvernement azerbaïdjanais. En particulier, l'ayatollah Sobhani qui a décrié le concours de l'Eurovision de Bakou, commencé mardi.

Le départ de l'ambassadeur d'Iran a attiré une forte condamnation des parlementaires azéris de la majorité gouvernementale. "Le lobby arménien est derrière la propagande anti-azerbaïdjanaise, menée dans le contexte du concours d’Eurovision de la chanson. Les sites Internet arméniens avaient signalé au préalable le scénario de la campagne anti-azerbaïdjanais lancée en Iran. Il existe des preuves de cela," a déclaré le président du parlement, Oktay Asadov.

Mubariz Gurbanli, le secrétaire adjoint du Parti présidentiel, Yeni Azerbaycan [Azerbaïdjan Nouveau], a même allégué mercredi une coopération étroite entre les dirigeants iraniens et ‘le lobby arménien’. "Certains milieux ainsi que des groupes au sein du régime iranien actuel, reprennent la rhétorique arménienne et exécutent leurs ordres."

Ainsi, les Arméniens seraient également à l’origine des dernières manifestations anti-Aliev de Tauris, une ville au Nord de l'Iran principalement peuplée d’Azéris. Mais fait valoir Gurbanli, la victoire de l'Azerbaïdjan à l'Eurovision 2011 qui lui donne le droit d’organiser celle de 2012, démontre : "la supériorité de son pays sur l'Arménie. Inquiet de ce succès azerbaïdjanais, l'Arménie ne ménage aucun effort pour empêcher cet événement et la dénigrer aux yeux des autres. "

Rappelons que l'Arménie boycotte l'Eurovision suite à la déclaration d’Ilham Aliev du 1er Mars stipulant que "les Arméniens du monde entier sont l'ennemi principal de l’Azerbaïdjan". Le 16 Avril, il a réitéré ses propos, disant : "Pour nous, l'ennemi N°1 est le lobby arménien," accusant la diaspora arménienne de la critique occidentale des manquements de son gouvernement en matière de droits de l'homme.

* Des sénateurs en Artsakh *

Le sénateur français Bernard Fournier a confirmé la préparation d'un nouveau projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien en France, conformément à la promesse du président François Hollande. "En tant qu'amis de l'Arménie, nous serons heureux d’avoir le consensus sur la question," a-t-il souligné.

Le sénateur Philippe Marini, a donné ses impressions sur la visite au mémorial du génocide arménien et du Musée du Génocide. "Dans la matinée, nous avons rendu hommage aux victimes du premier génocide du 20ème siècle. La visite du Musée nous a permis d'approfondir les connaissances sur la criminalité qui s'est abattue sur la nation arménienne, " a-t-il souligné.

Il a aussi parlé de l'accueil chaleureux et convivial qu'ils ont reçu en Artsakh et des intéressantes discussions échangées les dirigeants de la RHK ainsi qu’avec l’archevêque de l'Eglise apostolique arménienne.

Pour sa part, la sénatrice Sophie Joissains a commenté la décision de l'Azerbaïdjan de porter ses collègues Philippe Marini, Bernard Fournier et elle-même, sur la ‘liste noire’ pour avoir visité l’Artsakh.

"Nous avons répondu à l'invitation des autorités du Haut-Karabakh et avons décidé de voir par nous-mêmes ce qui se passe là-bas. Pour autant que nous le sachions, le territoire n'est pas fermé et de nombreuses délégations parlementaires l’avaient déjà visité avant nous. À notre avis, le Sénat français peut également s’y rendre et constater de visu son évolution. Nous étions heureux de voir la bravoure des habitants de l'Artsakh, qui restent attachés aux valeurs démocratiques. Les Arméniens y ont résidé pendant des siècles et nous ferons le maximum pour assurer la paix et l'harmonie dans le pays. En tant que démocrate, j’étais moi-même impatiente de voir l'aspiration d’une nation à porter des valeurs démocratiques," a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Erevan.

* Brève Arménie *

"Les États-Unis continuent de presser la Turquie pour normaliser sans conditions ses relations avec l'Arménie. Nous avons encore très bon espoir que le processus va reprendre d’autant que ce n'est pas lié à d’autres questions. Alors nous continuons à travailler avec la Turquie et l’incitons à faire la bonne démarche," a déclaré mercredi à Erevan l'ambassadeur américain, John Heffern.

Les responsables américains ont appelé à plusieurs reprises le gouvernement turc d’abandonner la pré-condition liée à la résolution du conflit du Haut-Karabakh. En Décembre dernier, le Vice-président Joe Biden avait exhorté Ankara à ratifier les protocoles "dans les mois à venir." La Secrétaire d'Etat Hillary Clinton avait transmis un message similaire lors de sa visite en Juillet 2011. Les dirigeants turcs n’ont rien changé à leur position.

Les relations turco-arméniennes auraient été sur l'ordre du jour des pourparlers entre le président Barack Obama et son homologue Abdullah Gul qui ont eu lieu en marge du Sommet de l'OTAN de Chicago.

Le président Serge Sarkissian avait menacé l'an dernier de revenir sur les accords signés en Octobre 2009 si le côté turc n’abandonnait pas sa pré-condition liée au Karabakh. Mais jusqu’à présent, il n'a pas mis sa menace à exécution.

"Nous nous réunissons, bien sûr, tout le temps avec les dirigeants arméniens et turcs, et nous continuons à les pousser à la ratification. Nous sommes très heureux que le président arménien ait montré la direction à suivre et continue de garder les protocoles prêts à la ratification à l'Assemblée nationale [arménienne], dans l'espoir que la Turquie fasse de même," a poursuivi Heffern.

L’ambassadeur s’exprimait après l'inauguration d'une exposition au Musée du Génocide Arménien d’Erevan, dédiée à Clara Barton, la fondatrice de la Croix-Rouge américaine (ARC). Mme Barton a été honorée par la direction du musée en reconnaissance des secours apportés aux Arméniens suite aux massacres de 1896 perpétrés par le Sultan Abdul Hamid II dans l'Empire ottoman et qui avaient fait près de 300.000 morts.

Mme Barton avait organisé la distribution de nourriture, de semences, d'outils et de bétail à des centaines de villages arméniens, ainsi que la lutte contre les épidémies.

"Pour nous, le thème de l'événement d'aujourd'hui est l'amitié profonde et de longue date entre le peuple arménien et le peuple américain et le rôle que Clara Barton a joué dans l'approfondissement de cette amitié. Le musée et le mémorial consacrés aux 1,5 million d'Arméniens massacrés dans l’empire ottoman durant la Première Guerre mondiale sont un partenaire important et un enseignement pour chacun d'entre nous dans la communauté internationale’," a souligné Heffern.

"Clara Barton a ouvert une page importante dans l'histoire américaine et dans l'histoire de l'amitié arméno-américaine,"  a déclaré le directeur du musée, Haïk Demoyan.

* Brèves Etats-Unis *

Le 22 mai à Boston, le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian et la ministre de la Diaspora, Héranouche Hagopian, ont participé à l'inauguration du parc Héritage Arménien et du mémorial du génocide.

Le maire de Boston Thomas Menino, le gouverneur du Massachusetts, Deval Patrick, le député Ed Markey, le président de la Fondation Héritage Arménien, James Kaloustian et d'autres officiels, participaient à l'événement.

Edouard Nalbandian a remercié la direction de l'Etat pour son soutien : "Le mémorial dédié aux victimes du génocide désigne la contribution de la communauté arménienne à la culture des États-Unis. Le parc est la démonstration de la gratitude des Arméno-Américains envers l'Etat du Massachusetts, et de la nation qui a recueilli des milliers de survivants du génocide. La négation du génocide et son impunité créent un précédent pour d'autres crimes. Indépendamment des intérêts géopolitiques et autres, la communauté internationale doit lutter conjointement pour condamner et prévenir des génocides." Il a exprimé l'espoir que le parc devienne un lieu de pèlerinage non seulement pour les descendants des victimes du génocide, mais aussi pour les descendants des auteurs du crime contre l'humanité.

(…)

La Secrétaire d'État Hillary Clinton se rendra au Danemark, en Norvège, en Suède du 31 mai au 3 Juin. Puis elle poursuivra son périple par :

L’Arménie le 4 juin, où elle rencontrera les dirigeants arméniens, ainsi que des dirigeants de la société civile.

Le 5, elle ouvrira la session plénière de la Commission de partenariat stratégique Géorgie-États-Unis à Batoumi (Géorgie) avant de rencontrer comme en Arménie, les dirigeants géorgiens, ainsi que des dirigeants de la société civile.

Le 6,  un scénario identique se déroulera à Bakou avant de s’envoler pour Istanbul  pour coprésider le Forum ministériel Global Counterterrorism. Les mêmes personnalités turques seront consultées avec en plus des thèmes abordés dans les capitales précédentes - problèmes importants de sécurité régionale, de démocratie, de développement économique et de lutte contre le terrorisme -, un chapitre consacré à la Syrie et à l'Iran.


* Des Experts russes commentent la déclaration de l’OTAN *

* Yana Amelina

"L’OTAN a réitéré son appel à la Russie de renoncer à la reconnaissance de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, tout en soutenant l'aspiration de la Géorgie à rejoindre l'Alliance. Apparemment, la puissance militaire géorgienne serait susceptible de ‘restaurer’ l'intégrité territoriale de la Géorgie, c.-à-dire le ‘retour’ de l'Ossétie du Sud et de l’Abkhazie [dans le giron géorgien]. L'OTAN soutient Tbilissi dans ce sens," a déclaré la chef du Département Caucase de l'Institut russe d'Etudes Stratégiques, Yana Amelina.

Ces notions d' "intégrité territoriale" et de "résolution pacifique des conflits religieux" ont également été adressées à l'Arménie, à l'Azerbaïdjan et à la Moldavie.

"De telles déclarations font partie de la guerre de l'information mais elles n'affecteront pas la situation," a ajouté l'expert, soulignant la nécessité pour la Russie d'accorder de l’importance à la cohérence des exigences de l'OTAN.

* Sergueï Markedonov

"La déclaration adoptée à Chicago par le sommet de l'OTAN comprend une clause sur les conflits régionaux dans l'espace postsoviétique, exhortant les parties en conflit à respecter le format des négociations de règlement. Elle appelle également à s'abstenir de compromettre la sécurité des mesures régionales et internationales," a déclaré le politologue Sergueï Markedonov du Centre d’Etudes Stratégiques et Internationales (CSIS).

"Le Sommet a confirmé que la modification du statu quo est impossible sans tenir compte de la position de l'autre partie. La déclaration confirme le soutien de l'Alliance à l'intégrité territoriale de la Géorgie, de la Moldavie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. Ce n'est pas par hasard que l'Arménie a été incluse dans la liste. En effet,  l'Arménie ne possède pas de formations non reconnues ou de régions séparatistes, elle n’est qu’impliquée dans la lutte avec l'Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh. Bakou ne cache pas d’ailleurs la possibilité de représailles en reprenant  par la force le contrôle du Haut-Karabakh et des régions adjacentes.



La réaction de l'OTAN est compréhensible dans ce contexte : une telle approche ne peut pas être mise en œuvre sur le territoire de l'Arménie. Toutefois, la déclaration ne suggère pas de mécanisme de maintien de la paix, et la question ne figure pas sur l'ordre du jour de l'Alliance. Le Sommet de Chicago a soutenu le groupe Minsk de l'OSCE en tant que format de règlement du conflit du Karabakh. L’Alliance n'a pas l'intention de demander un changement du statu quo ou de suggérer des idées particulières, par manque total d’actualité," a-t-il souligné.


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Extrait de Armenialiberty et de PanArmenian


(1) : A quatre ans son fils avait déjà sur son compte plusieurs millions et était propriétaire d’immeubles dans les émirats du golfe.

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