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samedi 13 mars 2010

Dans sa querelle séculaire avec la Turquie, l'Arménie doit présenter des arguments plus efficaces

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Aiguillonner la Turquie sur son passé génocidaire la dérange, mais ne l'empêche pas d'avancer, et ses sautes d'humeur ne durent jamais très longtemps.

Les Etats-Unis disposent dans la région de deux alliés puissants : La Turquie et Israël. Des alliés suffisamment puissants pour tenir tête aux recommandations, voire aux pressions, de Washington. Que ce soit dans l'affaire des colonies juives ou la reconnaissance du génocide arménien, l'administration américaine, quel qu'elle soit se pliera aux exigences de Tel-Aviv ou d'Ankara. L'intérêt supérieur des Etats-Unis passe au-dessus des considérations morales.

Il en est de même pour la Russie avec ses choix énergétiques ou de l'UE avec ses débouchés économiques. La justice pour le peuple arménien n'est pas pour demain, et si reconnaissance du génocide il y a, elle ne sera que déclarative et non contraignante.

L'Arménie a plus à gagner en jouant les empêcheurs de tourner en rond dans la région que le bon élève de tout le monde.

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Même les ‘nouvelles' les plus chaudes ne durent pas plus de trois jours. Les élections en Irak, accompagnées d'explosions, ont retiré de la manchette des médias du monde entier la Résolution 252 sur le génocide arménien. Comme d'habitude, les Arméniens se sont retrouvés prisonniers de fausses ‘vérités' et d'illusions. Parfois, il semble même que toutes les ‘bases théoriques' de la légitimité des revendications du peuple arménien sur certains territoires reposent sur deux raisons fondamentales. La première est, malheureusement, l'auto-publicité de l'auteur juste sur une autre idée irréelle. La deuxième, est de laisser encore croire aux Arméniens une l'éventuelle normalisation des relations arméno-turques. Toutes les deux sont criminelles envers une nation.

Commençons avec le Traité de Sèvres qui est considéré comme invalide par l'ensemble des règles du droit international, car non ratifié par l'Empire ottoman et remplacé ensuite par le Traité de Lausanne, signé par l'actuelle République Turque. Aussi, il est pour le moins inexact de dire que la Turquie a ‘peur' du Traité de Sèvres. Cela devient encore plus drôle quand les historiens insistent sur la mise en œuvre des dispositions du Traité de Sèvres, vu qu'elles sont mortes et enterrées. En fait, il faut reconnaître que la pratique des vœux pieux s'est récemment intensifiée en Arménie.

Il en est de même de la tristement célèbre sentence arbitrale rendue par Woodrow Wilson. Ce n'est pas une question d'absence de prescription ou de toute autre chose. L'Arménie demande juste l'impossible, en s'appuyant sur des Accords et des décisions inexistants. En fait, tout est très simple : les preuves que l'Empire ottoman a perpétré un génocide, et qui a coûté la vie à 1,5 millions de personnes, sont conservées dans les archives de divers pays à travers le monde, y compris en Turquie. C'est cela qui doit servir de base aux revendications. Il est bien évident que les parlementaires qui ont approuvé la Résolution 252 sur le génocide arménien ne pensaient pas tout au Traité de Sèvres ou à l'arbitrage de Wilson. Il convient également de mentionner que la diaspora n'a presque jamais fait référence aux Accords inexistants dans ses revendications …

Soit dit en passant, tout est juste lorsque vous réalisez les objectifs que vous vous êtes fixés. La seule chose c'est que dans le contentieux séculaire avec la Turquie, l'Arménie doit présenter des arguments plus efficaces. Ces arguments ne doivent laisser pas de place au déni turc. Toutefois, il convient de noter qu'à l'heure actuelle la Turquie continue la destruction systématique des monuments de l'architecture arménienne et, ce qui est pire encore, se les approprie. Cela concerne non seulement les monuments arméniens et grecs, mais également les monuments juifs.

L'autre jour, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que : "la mosquée Al-Aqsa, la Grotte des Patriarches à Hébron, et le Tombeau de Rachel à Bethléem, n'ont pas été et ne seront jamais juifs. Ils seront à jamais islamiques et ne seront jamais considérés comme faisant partie de l'héritage juif." La logique de M. Erdogan est claire dans ce discours : la Palestine faisait partie de l'Empire ottoman, alors qu'Israël n'existait pas sur la carte d'alors. Un lecteur ordinaire, et en particulier habitant le Proche-Orient, ne sera pas tenté de définir qui est propriétaire de tel ou tel héritage, et en tenant compte de la vague d'antisémitisme dans le monde, qui n'a disparu pas après l'opération ‘Plomb Durci' dans la Bande de Gaza, le lecteur sera simplement porté à croire aux propos du Premier ministre Erdogan. La même chose est vraie pour le patrimoine grec, dont la Turquie prétend être actuellement le dépositaire, puisque Troie se trouve sur le territoire de la Turquie. Les monuments arméniens ne sont pas en meilleur état. "La ville d'Ani a prospéré sous le règne des Bagratides", disent les guides. Toutefois, ce n'est pas la seule allusion aux Bagratides. C'est la même démarche à propos de la forteresse de Van, où les écoliers de la région vous persuadent tout à fait sérieusement, qu'elle a été conquise par Ataturk lors de sa bataille contre Ourartou ...

Aussi, les Accords, les Résolutions et les Lettres ouvertes sont incapables de changer quoi que ce soit. Comme nous l'avons répété à plusieurs reprises, les forts ont le pouvoir et la loi est dans leurs mains, tandis que l'Arménie est faible et dépendante, comme elle en a l'habitude, et peu importe combien il est triste de le reconnaître.

Karine Ter-Sahakian - PanARMENIAN.Net - Département Analyse



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