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samedi 20 mars 2010

Interview du Président Sarkissian par Euronews

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Serge Sarkissian est le président de l'Arménie, un pays à l'histoire mouvementée, comme bon nombre de ceux qui ont appartenu à l'Union soviétique.

A l'occasion de sa venue à Paris début mars, il a répondu aux questions d'Euronews sur le génocide arménien, les relations entre son pays et la Turquie et le conflit gelé du Haut-Karabakh.

Situé dans le Caucase du Sud, à la croisée des continents et des logiques géopolitiques, l'Arménie est un pays pris dans un étau.
Depuis 1993, suite à la guerre du Haut-Karabakh, ses frontières avec la Turquie et l'Azerbaïdjan sont bloquées.

Une situation lourde de conséquences pour ses trois millions d'habitants et les Arméniens de la diaspora qui sont près de sept millions.

Laura Davidescu, Euronews : “Monsieur le Président, bonsoir et bienvenue sur Euronews. Commençons par cette question hautement importance. Avec 23 voix pour et 22 contre, la Commission Affaires étrangères de la Chambre des représentants aux Etats-Unis a déclaré que le massacre de plus d'un million d'Arméniens par les Turcs Ottomans en 1915 avait été un génocide. Pourquoi pensez-vous que la Commission adopte cette résolution maintenant ?”


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Serge Sarkissian : “Les discussions sur la reconnaissance du génocide arménien ne sont pas nouvelles dans la vie politique américaine. Ces dix dernières années, la Commission affaires étrangères de la Chambre des représentants a tenté à plusieurs reprises de faire voter cette reconnaissance du génocide. 42 Etats américains ont déjà reconnu ces événements comme étant un génocide. Et donc, cette résolution du 4 mars n'est ni une surprise ni une nouveauté pour nous.”

Euronews : “Croyez-vous qu'il y ait une raison particulière à l'adoption de cette résolution maintenant, dans le contexte de la réconciliation turco-arménienne ?”

Serge Sarkissian : “Nous sommes en train de discuter avec la Turquie du rétablissement de nos relations. Cela doit commencer sans conditions préalables, et je pense que la Turquie n'a pas la légitimité morale pour nous blâmer ou imposer des conditions.

Rétablir nos relations sans conditions préalables, cela veut dire que toute question peut être discutée. Dans le cas contraire, on ne peut arriver à aucun résultat.

Admettons que par miracle le Parlement turc ratifie les protocoles, tout comme le Parlement arménien. Nous rétablissons nos relations. Et un pays tiers, qui serait opposé au rétablissement de nos relations, se saisit expressément de la question du génocide. Les Turcs prennent-ils alors ce prétexte pour interrompre à nouveau nos relations ?”

Euronews : “Si les problèmes majeurs de l'Arménie sont actuellement le chômage, l'isolement économique et les disputes de longue date avec la Turquie et l'Azerbaïdjan, est-ce que ces problèmes pourront être résolus plus facilement maintenant ?”

Serge Sarkissian : “Nos difficultés avec la Turquie ne datent pas d'hier. Cela fait 17 ans que la frontière avec la Turquie est fermée. Est-ce qu'il y a 17 ans, il y avait un problème de résolution sur le génocide ?

Nous réalisons pleinement que la Turquie est un grand pays, de par son territoire, sa population, sa puissance. Si nous vivions isolés, nous comprendrions.

Mais si nos pays, l'Arménie et la Turquie, font partie de la communauté internationale, les Etats-Unis, la France, l'Union européenne en font partie eux aussi, et cette communauté internationale doit faire des évaluations, évaluer les nouveaux développements.”

Euronews : “Je reviens sur la reconnaissance du génocide arménien. Si cette question a une signification capitale pour les Arméniens, à la fois pour ceux du pays et pour la diaspora, pourriez-vous nous dire pourquoi l'Université d'Etat d'Erevan a accordé un diplôme honorifique au président Mahmoud Ahmadinejad en 2007 ? Le président iranien nie l'Holocauste.”

Serge Sarkissian : “Vous savez, nous ne pouvons pas obliger les dirigeants des pays voisins à penser comme nous. Il ne faut pas personnaliser. Le fait de remettre un titre à un dirigeant d'un pays, c'est exprimer sa gratitude et sa reconnaissance au peuple de ce pays. Et les Iraniens sont nos voisins depuis des siècles, ils sont très importants pour nous.”

Euronews : “Décririez-vous la décision de l'Université d'Etat d'Erevan comme de la realpolitik arménienne ?”

Serge Sarkissian : “Je considérerais cela comme une approche particulière de l'Université d'Etat d'Erevan sur une question particulière. Cette approche est très courante en Europe et dans les pays démocratiques développés.”

Euronews : “Vous avez été cité comme ayant dit à Londres, en février, que le Haut-Karabakh n'a jamais fait partie de l'Azerbaïdjan indépendant. La communauté internationale semble avoir une autre opinion, une autre interprétation.”

Serge Sarkissian : “La communauté internationale n'a pas une autre vision. L'histoire est connue. Le Haut-Karabakh ne faisait pas partie de l'Azerbaïdjan indépendant. C'est le bureau caucasien du parti communiste de l'Union soviétique qui a rattaché le Karabakh à l'Azerbaïdjan.

Pourquoi la communauté internationale a-t-elle salué l'effondrement de l'Union soviétique ?

Pourquoi la communauté internationale n'a-t-elle pas considéré que l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Géorgie, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan fassent toujours partie intégrante de l'Union soviétique ?

Or dans le cas du Haut-Karabakh, on dit qu'il fait partie de l'Azerbaïdjan. Ce n'est pas logique, n'est-ce pas ?”

Euronews : “Quel genre de compromis êtes-vous prêts à faire pour obtenir une résolution pacifique de ce conflit ?”

Serge Sarkissian : “On ne peut pas éliminer les conséquences de ce conflit sans traiter les causes.

Et parmi les causes, on parle d'une reconnaissance du droit à l'auto-détermination du peuple du Haut-Karabakh. La reconnaissance de ce droit et sa mise en application. Avec cette reconnaissance et son application, les autres problèmes se résoudront très vite.

Vous savez, l'Arménie et le Haut-Karabakh souhaitent profondément une résolution rapide de ce conflit. Mais une résolution durable, qui permette la paix et la sécurité dans la région, et non pas une remise du Haut-Karabakh comme un présent à l'Azerbaïdjan, ce qui signifierait la fin de l'existence du Haut-Karabakh.”

Euronews : “L'Azerbaïdjan le dit très clairement. Il n'acceptera jamais le Haut-Karabagh en tant qu'entité indépendante. Il n'y renoncera jamais.”

Serge Sarkissian : “Que nous propose la communauté internationale ? De résoudre ce conflit sur la base des trois principes du droit international : premièrement l'intégrité territoriale, deuxièmement le droit à l'auto-détermination, et troisièmement le non-usage de la force.
Je veux saisir l'occasion de cette interview pour faire un appel à l'Azerbaïdjan, l'appeler à signer un traité de non recours à la force. Cela favoriserait la confiance des Arméniens du Karabakh et de l'Arménie, et dans ces conditions de confiance, nous pourrions débuter les négociations.

Nous, Arméniens, avons dit à plusieurs reprises, ce que signifiait pour nous l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan. Les Azerbaïdjanais peuvent-ils nous dire ce que signifie pour eux le droit à l'auto-détermination du peuple du Karabakh ?

Lorsque nous faisons des déclarations communes concernant le droit à l'auto-détermination, l'Azerbaïdjan ne parle évidemment pas du droit à l'auto-détermination du peuple arménien, mais du droit du principal acteur concerné, le peuple du Haut-Karabakh.”

Copyright © 2010 euronews

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