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vendredi 2 avril 2010

Génocide arménien : Avril, un mois très difficile pour la Turquie

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Que la Turquie soit attaquée de multiples parts pour le génocide des Arméniens en 1915, ce n'est pas nouveau. Que la Turquie soit attaquée par ses propres ressortissants vivant à l'étranger, c'est plus récent mais pas nouveau non plus. Ce qui est nouveau, c'est que des citoyens turcs, vivant en Turquie, osent écrire, voire intenter un procès, sur la réalité du génocide arménien, bravant l'interdit officiel (art.301 du code pénal turc).

A vouloir faire jouer en permanence les ‘trois singes de la sagesse' à leurs concitoyens vis à vis du génocide arménien, tout en voulant faire amis-amis avec les dits Arméniens, il devait arriver un moment où l'édifice étatique se fissure.

‘En Avril, ne te découvre pas d'un fil' - Sale temps pour les négationnistes turcs.

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* Cemil Cicek


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Le porte-parole du gouvernement turc Cemil Cicek a déclaré que les consultations sont en cours pour décider du déplacement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan aux Etats-Unis.

Il a rappelé que la Turquie fait face à des accusations injustes émises par la Commission du Congrès en approuvant la Résolution sur le génocide arménien.

Se référant au projet de loi, Cicek a déclaré : "... La Turquie ne mérite pas cela. Les deux pays ont toujours été en relations étroites et amicales, exprimant le désir d'approfondir des relations mutuellement bénéficiaires. Nous avons toujours rappelé les risques potentiels qui découlent de décisions qui incombent aux historiens, et non à prendre par des parlementaires."

Le porte-parole a noté que la Turquie avait exprimé ses regrets au sujet de ce geste et qu'elle s'en tenait aux protocoles signés récemment, mais l'accord n'avait de sens que si les deux parties s'acquittaient de leurs responsabilités ; rapports la TRT.

* Deringil Selim


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L'éminent historien turc Deringil Selim a déclaré dans une interview au journal Taraf que : "les Jeunes Turcs avaient prévu d'anéantir toute la population arménienne."

Il a précisé qu'il y avait aussi une différence entre les objectifs des Jeunes Turcs et ceux de leur prédécesseur, le Sultan Abdul Hamid, à la fin du 19e siècle ; rapporte le quotidien Asbarez.

"Les Jeunes-Turcs voulaient totalement détruire et anéantir les Arméniens, tandis que le sultan Abdul Hamid cherchait à se débarrasser de certains éléments parmi les Arméniens, afin de diminuer leur domination économique, pour créer une bourgeoisie islamique.

Il y avait des Arméniens [vivant] partout [en Turquie]. Le massacre des Arméniens a eu lieu dans différentes villes. Aujourd'hui, l'histoire officielle de l'Etat est que dans tous les lieux où des gens ont été tués, les Arméniens s'étaient révoltés, mais la majorité d'entre eux n'étaient pas des rebelles," a déclaré Deringil.

Selon Taraf, l'historien indique qu'entre 1841 et 1897, 300.000 Arméniens ont été massacrés sous le règne de sultan Abdul Hamid. Il affirme que 800.000 autres l'ont été pendant le génocide arménien.

Deringil cite également les échecs de la politique turque après la création de l'actuelle République. Il indique qu'au début de la République on estimait à 300.000 le nombre d'Arméniens vivant en Turquie, alors qu'aujourd'hui, ce nombre est passé à 70.000.

"Cette annihilation n'est pas due seulement aux massacres", a souligné Derengil. "Si vous rendez la vie insupportable aux gens, ils vont prendre leurs affaires et s'en laisser."

Derengil a également critiqué les historiens turcs, qui, dit-il, consacrent tout leur temps à essayer de rationaliser la position officielle de la Turquie négationniste sur le génocide. "Ils travaillent essentiellement à prouver que les affirmations de l'Arménie sont sans fondements."

Après la Première Guerre mondiale, indique Derengil, il y avait beaucoup de preuves qui démontraient les crimes d'enlèvement et de viol des femmes arméniennes en Anatolie à partir de 1915. Il a cité qu'à cette période, le nombre d'adoptions avait atteint les 300.000.

"Tout cela vaut la peine d'être discuté."

* Levent Ragip


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Le Parlement de la République Turque de Chypre-Nord (RTCN), non reconnue, va examiner une Résolution sur le génocide arménien ; rapporte l'e-magazine ‘Gibrahayer'.

Un petit parti politique d'extrême gauche, représenté par Ragip Levent a annoncé qu'à la prochaine session de l'Assemblée parlementaire de la RTCN, il présentera une Résolution pour la reconnaissance du génocide arménien, en l'honneur des survivants du Génocide des Arméniens qui se sont réfugiés à Chypre au début du 20e siècle.

Levent a déclaré que les Arméniens et les Turcs vivaient en harmonie depuis des décennies et que les Chypriotes turcs qui ont été témoins de l'afflux des Arméniens à Chypre ont l'obligation morale de faire une déclaration devant l'histoire.

"De même que nous essayons tous de prendre un nouveau départ avec la résolution du problème chypriote, nous en tant que Chypriotes turcs devons faire notre part [de travail], envers nos compatriotes chypriotes arméniens," a conclu Levent.

* Ezman Celil Bendal


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L'avocat turc Bendal Celil Ezman a fait appel devant la justice turque, en exigeant la reconnaissance du génocide arménien, la condamnation de Talaat Pacha et de renommer les rues portant le nom de ce dernier.

Le quotidien Haberturk, indique que l'avocat a signé la pétition lors de la campagne : "Arméniens, pardonnez-nous". Il a insisté sur le fait que les Arméniens furent les victimes en 1915 de pogroms planifiés. L'avocat a fait remarquer qu'on lui a refusé de donner les documents concernant les procès tenus en 1918 et 1922, lorsque les responsables des déplacements des Arméniens en avril et mai 1915, ont été reconnus coupables. "La Turquie doit faire face à son histoire. C'est la première fois que la Turquie se trouve en face d'un tel cas," a-t-il déclaré.

L'avocat attaque les membres du Comité Talaat Pacha conformément aux articles 220, 3713, 76, 77, 78 du Code pénal turc, qui indiquent que les massacres de masse contre les Arméniens en 1915 sont qualifiables de génocide.

L'avocat istanbuliote, Serhat Kamil Zor, a intenté une action en justice contre son collègue Bendal Ezman Celil ; rapporte le quotidien Zaman. Ce dernier a interjeté l'Appel devant la Cour, exigeant la reconnaissance du génocide arménien. Serhat Kamil Zor accuse Ezman d'offenser la nation turque, de calomnier des organes de l'Etat et de contrevenir à la déontologie des Avocats. Dans son plaidoyer, Kamil Zor a indiqué qu'il était né dans l'un des villages de la province d'Erzurum, et qu'il avait relevé qu'il y a de nombreuses colonies avec des noms arméniens et grecs. En outre, il a affirmait que lors de l'invasion de la Russie au début du 20ème siècle, les Arméniens avaient massacré les Turcs.

Public Radio de l'Arménie



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