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mardi 13 avril 2010

Serge Sarkissian à Washington : ‘Le génocide ne peut pas être remis en question'.

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Dimanche, alors que le président Sarkissian transitait par Paris pour se rendre à Washington, se tenait dans les lieux mêmes de l'événement une cérémonie commémorant le 90ème anniversaire du Traité de Sèvres.

Arrivé à Washington, le président déposait une couronne sur la tombe du président W.Wilson, dont l'arbitrage, conformément au dit Traité de Sèvres, déterminait le 22 novembre 1920 les frontières de l'Arménie.

Coïncidence, hasard du calendrier ou coup d'œil malicieux du destin ? Sans doute un imprévu dont la Turquie se serait bien passé.

Déjà que la Commission d'historiens proposée par Ankara est mise à mal, voilà maintenant que le tracé frontalier entre l'Arménie et la Turquie et, pire encore, les territoires arméniens annexés en 1920 par la Turquie, reviennent à l'avant-scène !

Qu'Erdogan veuille ouvrir ses archives à qui le demande, cela ne fait aucun doute, vu qu'ils ont été épurés depuis longtemps. Quant à ceux qui risquent de compromettre l'image de la Turquie, ils sont inaccessibles aux communs des mortels. On comprend alors pourquoi l'avocat turc Bendal Celil Ezman s'est vu récemment refusé les documents concernant les procès tenus en 1918 et 1922, concernant les responsables des déplacements des Arméniens en avril et mai 1915.

Rappel pour info :

« Les ministres inculpés (Takvim-i Vekâyi, n° 3604, p. 217-20), Enver, Djemal, Talaat et le docteur Nazim furent jugés coupables et condamnés à mort. Dans les procès Kharpout, le docteur Chakir fut également jugé coupable et condamné à mort (Takvim-i Vekâyi, n° 3771, p. 1-2) ; tous ces jugements furent rendus par contumace. De nombreux autres fonctionnaires de rang moins élevé furent aussi condamnés à mort par contumace. Parmi ceux qui étaient présents, trois seulement furent condamnés à mort et pendus à Istanbul. Dans tous ses autres jugements, le tribunal choisit de retenir les accusations portant sur l'élimination des Arméniens, en soulignant la présence de preuves démontrant « l'organisation et la mise en place du crime de meurtre (tactile cinayeti) par les dirigeants d'Ittihad. Ce fait est prouvé et vérifié (tahakkuk). » Ni le réquisitoire ni les comptes rendus d'audience ne sont intégralement accessibles aux chercheurs, et aucun Turc n'a à ce jour publié d'étude de ces documents. »

‘En Avril, ne te découvre pas d'un fil' dit le proverbe. Sale temps pour le grand Vizir.

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Le président Serge Sarkissian a rencontré lundi le président Barack Obama et s'est entretenu avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en marge du Sommet international sur la Sécurité nucléaire.
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S.Sarkissian s'est également recueilli sur la tombe du président Woodrow Wilson après avoir déposé une couronne, et s'est adressé aux membres de la communauté et aux survivants du génocide arménien, rassemblés pour l'occasion dans la ‘National Cathedral'.
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"La Turquie ne peut pas parler à l'Arménie et au peuple arménien dans une langue de conditions préalables", a-t-il déclaré lors d'un rassemblement au Mémorial Woodrow Wilson, quelques instants après sa rencontre avec M. Erdogan.

Il a également souligné que pour l'Arménie le génocide arménien n'était pas sujet à discussion, et ne croyait pas que la Turquie puisse avoir un rôle positif dans le processus de paix au Haut-Karabakh.

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B.Obama et S.Sarkissian ont discuté des perspectives de la normalisation des relations turco-arméniennes et de la résolution du conflit du Haut-Karabakh au cours de leur première entrevue lundi à Washington ; rapporte RFE/RL.

La Maison Blanche n'a pas sorti de communiqué sur les pourparlers tenus en marge du Sommet international sur la Sécurité nucléaire, organisé par Obama. Le processus de normalisation turco-arménien qui est bloqué, doit être réactivé vers son objectif principal, et Washington considère comme tentative de dernière minute pour sauver les protocoles signés par Ankara et Erevan en Octobre dernier sous son impulsion.

Le bureau de Sarkissian, pour sa part, a donné quelques détails de la réunion, qui a duré quarante-cinq minutes. Les deux dirigeants ont parlé "de la normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie" et ont "échangé leurs points de vue" sur l'état actuel du processus de paix du Karabakh. Ils ont également discuté "des perspectives de développement des relations bilatérales arméno-américaines."

La Secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, qui a été personnellement impliquée dans la diplomatie turco-arménienne, et le ministre des Affaires étrangères arménien, Edouard Nalbandian, étaient présents à la réunion. L'agence de presse Tert.am a déclaré que H.Clinton avait tenue une réunion distincte avec S.Sarkissian.

Selon RFE/RL, citant une source anonyme de la Maison Blanche, lors de la réunion le président Obama a exprimé l'espoir que, grâce au processus de réconciliation, commencé en 2009, l'Arménie et la Turquie seraient en mesure d'améliorer leurs relations, en "désaccords" de longue date.

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S.Sarkissian et R.T.Erdogan se sont rencontrés lundi matin. Les sources turques ont indiqué que l'essentiel de la discussion a porté sur la lettre remise la semaine dernière à Erevan par l'envoyé de M. Erdogan.

L'agence de presse NTV, citant des membres de la délégation turque, a rapporté que les deux dirigeants ont convenu que les ministres des Affaires étrangères arménien et turc se focaliseront sur le processus de ratification des protocoles.

Edouard Nalbandian et le directeur adjoint du cabinet présidentiel, Viken Sarkissian, ont été rejoints par le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, et son Sous-secrétaire, Feridun Sinirlioglu, au cours de la réunion ; ont indiqué des diplomates.

Aucune annonce officielle n'a été faite à l'issue de la réunion.

Pendant allocution d'ouverture lundi du nouveau Centre d'Etudes Islamiques Générales de l'Université George Mason, M. Erdogan a exprimé sa colère concernant l'adoption, le mois dernier, d'une Résolution sur le génocide arménien par la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants.

"L'histoire ne doit pas s'écrire dans les parlements et ne peut pas devenir un objet de condamnation par un parlement. Nous avons ouvert nos archives et avons suggéré la formation d'une commission historique, mais nous n'avons pas reçu de réponse. Les décisions adoptées par des parlements ne bénéficieront pas à l'Arménie," a déclaré M. Erdogan.

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Le Dr. Viken Hovsepian, du Bureau de la Fédération Révolutionnaire Arménienne, présent à la cérémonie du matin, a appelé le président à revenir sur sa signature des protocoles arméno-turcs.

"Nous avons entendu le discours du président Sarkissian, qui a d'abord honoré la mémoire du Président Wilson et son amitié envers le peuple arménien. Le symbolisme du Président Wilson va bien au-delà de l'aspect amitié. Wilson est l'architecte de ce qui sera connu sous le nom « d'Arménie wilsonienne - une Arménie indépendante qui comprend les provinces arméniennes de l'Empire ottoman ». Nous sommes conscients de la symbolique de la visite du Président Sarkissian sur la tombe de W.Wilson et de son discours d'aujourd'hui," a expliqué Hovsepian lors d'un entretien avec Armenian Weekly.

"Cependant, l'expression réelle de ce symbolisme - et sa logique de continuation - serait que le président Sarkissian annule sa signature des protocoles Turquie-Arménie," a-t-il souligné.

"Les remarques du président Sarkissian - à la fois dans le temps et en substance - sont très encourageantes," a déclaré pour sa part le président du Comité Central de la FRA, Antranig Kasparian, à l'hebdomadaire arménien. "La symbolique de rendre hommage à Woodrow Wilson, - un champion des survivants du génocide et le garant de l'Arménie occidentale - n'a pas échappé à l'assemblée. Pas plus que son évaluation des relations politiques actuelles, où il a clairement rejeté toute condition préalable de la Turquie pour la normalisation des relations bilatérales. Mais le vrai test se produira à huis clos, lorsque Serge Sarkissian devra faire face aux inévitables pressions de Washington et d'Ankara pour le forcer à accepter. S'il suit la voie tracée aujourd'hui, alors nous pouvons raisonnablement espérer que l'Arménie se retirera des protocoles et de la voie dangereuse qu'ils représentent. Sinon, on risque de voir la situation de l'Arménie aller de mal en pis," a-t-il ajouté.

Armenianweekly



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