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samedi 1 mai 2010

Le processus arméno-turc et le génocide

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Au lendemain des commémorations du 24 Avril, rien sinon très peu de choses ont changé.

Le discours d'Obama a déçu et les Arméniens et les dirigeants turcs. Toutefois, l'ambassadeur Namik Tan peut déboucler ses valises.

La Knesset va examiner la question du génocide arménien, tout comme la Commission des Affaires étrangères du Congrès américain a donné son feu vert sur le sujet. C'est une façon comme une autre de lancer un avertissement à Ankara. Sortir un carton jaune n'implique pas forcement un carton rouge pour la suite. Realpolitik quand tu nous tiens …

Quant à la Turquie,

Faussement angélique, elle clame à qui veut l'entendre qu'une reconnaissance de génocide n'est qu'un travail purement d'historiens et que la politique n'a rien faire là-dedans. Quelle hypocrisie. Persister à vouloir lier la résolution du conflit du Karabakh et son désir de rapprochement avec l'Arménie relève, pense-t-elle, de la très haute diplomatie.

Si Ankara pense qu'Erevan va lâcher la proie pour l'ombre, c'est-à-dire abandonner le Karabakh pour voir s'ouvrir sa frontière avec sa voisine, les dirigeants turcs courent au-devant de terribles désillusions. Tout comme voir rapidement la Turquie reconnaître et réparer ses crimes.

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Conseil de Sécurité Nationale Turc

Le Conseil de Sécurité Nationale Turc s'est réuni jeudi sous la présidence du président Abdullah Gül, au Palais présidentiel de Cankaya.

Une déclaration a été publiée à la fin de la réunion, qui précise entre-autres : "Les remarques faites par certains pays sur les incidents de 1915 et les initiatives de la Turquie sur cette question ont souligné que l'histoire partagée de la Turquie et l'Arménie ne peut être évaluée que grâce à une approche impartiale et scientifique, fondée sur des preuves indiscutables et des documents qui sont exempts de préjugés."

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Erdogan veut poursuivre le dialogue

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré vendredi que son pays maintient sa volonté de régler les problèmes avec l'Arménie, en dépit de la coalition gouvernementale d'Erevan qui a décidé de suspendre le processus de ratification des deux protocoles, que les deux pays avaient signé pour normaliser les relations et établir des relations diplomatiques ; rapporte l'Agence Anadolu.

"Nous avons maintenu notre attitude positive et sommes restés fidèle à la parole et à l'esprit des protocoles depuis le début et nous continuerons à le faire", a indiqué Erdogan lors d'un discours télévisé à la nation.

Erdogan a réitéré la proposition de la Turquie de laisser la question du génocide arménien aux historiens, critiquant ainsi "les tiers qui tentent de peser sur la politique intérieure."

"La Turquie est très inquiète de l'attitude insincère des pays que nous considérons comme nos amis, quels qu'ils soient."

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La Turquie et la décision de la Knesset israélienne

Le ministère turc des Affaires étrangères a déclaré que la décision du Parlement israélien d'accepter une proposition pour discuter des allégations arméniennes concernant les incidents de 1915, était une tentative vouée à l'échec comme les précédentes.

Commentant la décision de la Knesset d'accepter la proposition du leader du Parti Meretz, Haim Oron, de débattre du génocide arménien, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères turc, Burak Ozugurgun, a souligné que des propositions similaires avaient été discutées à la Knesset dans le passé et a ajouté : "Nous nous attendons à ce que de telles tentatives échouent, comme dans le passé."

"La position de la Turquie sur le jugement de l'histoire par les parlementaires, en général, est bien connue. Il est préférable de laisser l'interprétation de l'histoire aux historiens," a-t-il précisé.

Ozugurgun a informé que le Sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères, Feridun Sinirlioglu, va prochainement se rendre en Israël pour des consultations régulières, et a ajouté que le processus de paix au Moyen-Orient ainsi que les relations turco-israéliennes seront examinés ; rapporte l'Agence Anadolu.

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Ils ont dit :

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"Notre position est que les parlementaires doivent donner l'occasion aux historiens d'étudier cette question. Je pense que le Parlement israélien ne fera pas un faux pas. (…) La Turquie a beaucoup d'amis en Israël." (Hulusi Kilic)

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« Les ONG turques souhaitent établir des relations chaleureuses avec l'Arménie. Si cela se produit, les questions sur les protocoles et sur l'ouverture de la frontière seront facilement résolues. (…) Nous ne voulons pas parler du passé, nous pensons que nous pouvons le faire à l'avenir." (Sali Yuse)

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"Aujourd'hui, notre ennemi séculaire essaie de nous tromper, donc, je me réjouis de la suspension du processus. Bien sûr, cela doit aboutir afin de ne pas nuire à l'image du pays, mais je peux comprendre l'inquiétude des autorités d'aujourd'hui." (Tigrane Garabédian)

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"Je pense que la Turquie d'aujourd'hui n'est pas coupable des événements de 1915, comme l'Allemagne d'aujourd'hui n'a rien à voir avec le nazisme. Beaucoup de citoyens turcs d'aujourd'hui veulent normaliser les relations avec l'Arménie. Maintenant, les dirigeants turcs doivent se débarrasser des démons du passé, qu'ils refusent d'accepter. (…) Les protocoles n'ont pas un grand avenir." (Gonzalo Guarch)

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"L'Arménie a été la première à prendre une décision pour suspendre le processus de ratification. Par conséquent, la communauté internationale peut éventuellement lui reprocher l'échec, et ce quel que soit le comportement de la Turquie. Le processus est dans l'impasse et il serait naïf de s'attendre à ce que la communauté internationale exerce des pressions sur la Turquie." (Souren Soureniantz)

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"La Turquie ne fera pas de concessions, par contre elle en attend sur la question du Karabakh. Par conséquent, un nouveau processus devrait être élaboré pour corriger toutes les erreurs et les omissions." (Ara Neranian)

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"Nous avons assisté au contraire [de ce que l'on pensait] : le processus s'est intensifié. Par ailleurs, le discours du Président attribue la responsabilité de la situation actuelle à la Turquie." (Soukias Avédissian)

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"Le processus continuera d'être dangereux pour l'Arménie jusqu'à ce que notre pays dénonce les protocoles." (Arthur Ghazarian)

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"Le processus a abouti à une impasse suite à la décision de la Cour constitutionnelle arménienne." (Gagik Melikian)

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"Le processus arméno-turque a été l'occasion d'amorcer un dialogue politique." (Kevork Manoukian)

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Public Radio de l'Arménie



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