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mercredi 9 juin 2010

La carotte et le bâton des autorités géorgiennes envers les Arméniens

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Le camarade Mikhaïl Saakachvili ne sait plus vers quel saint se tourner après sa lourde défaite contre les forces russes en aout 2008. Espérant d'abord un rapprochement rapide avec les occidentaux et notamment avec l'OTAN suite à la visite du président Bush, il s'est retourné vers le tandem Turco-azéri pensant qu'il était toujours dans la direction Ouest-Nord-Ouest, mais manque de chance la Turquie est en train d'effectuer un virage Sud-Sud-Est, côté musulman.

Reste le problème des minorités avec peut-être une attention toute particulière envers les minorités chrétiennes et notamment arménienne. La ‘géorgisation' a commencé par s'accaparement des églises quelles soient catholiques, arméniennes ou grecques ou russes et se poursuit de manière plus sournoise.

Sachant pertinemment que 70% du commerce de l'Arménie voisine transite par les deux ports de Batoumi et de Poti, et maintenant par le poste frontière russo-géorgien de Lars, les autorités géorgiennes tout en sourire par devant, se livrent par en-dessous à des tracasseries administratives rotors envers la communauté arménienne, que ce soit au Djavaghk ou dans la capitale. Les millions versés par l'UE pour améliorer l'infrastructure des provinces et des populations ont été utilisés sans vergogne à d'autres fins. Et Erevan, de faire contre mauvaise fortune bon cœur, bloquée qu'elle est par la Turquie et l'Azerbaïdjan.

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Les futures élections au Djavaghk, s'elles ont lieu, pourraient pousser cette région de Géorgie, peuplée d'Arméniens, à une confrontation avec le gouvernement central de Tbilissi. L'Akhalkalaki [ndlt : Chef-lieu de la région] d'aujourd'hui, hélas, n'est pas différent de ce qu'il était il y a 20 ans : - routes défoncées, pauvreté, chômage, et une migration massive de la population active vers la Russie. En fait, toutes les déclarations du président géorgien sur la prise en compte "des problèmes de cette région" sont restées sans effets : il n'y a ni routes normales, ni emplois. Les gens d'ici se chauffent avec du bois, non parce que la région n'a pas de gaz, mais parce que celui-ci est trop cher. La situation à Akhalkalaki s'est encore plus détériorée après le retrait de la base militaire russe, grâce à qui les Arméniens pouvaient travailler au pays, au lieu de s'exiler à l'étranger.

La base fermée, les difficultés sont apparues, avec en tête le chômage. Aujourd'hui, seulement 800 personnes vivent dans la région, mais elles aussi ont commencé à plier bagages. La situation des Arméniens du Djavakhétie peut être comparée à la situation du Haut-Karabakh avant 1988. Les autorités géorgiennes font le nécessaire pour chasser les Arméniens de la région. Il ne reste presque plus d'Arméniens à Akhaltsikhe, au centre de la région. A Akhalkalaki et dans les villages voisins, la population arménienne est encore majoritaire, pour le moment. Selon des militants locaux, la seule exigence de la population arménienne est de bénéficier d'une autonomie au sein de la Géorgie et la permission de tenir des registres, de développer la culture et la lecture, dans leur langue maternelle. Mais cela, Tbilissi ne peut pas et ne veut pas autoriser. Au contraire, il force la ‘géorgisation' des églises arméniennes, l'introduction obligatoire de la langue géorgienne dans les écoles comme langue principale. Bref, la politique anti-arménienne prend de l'ampleur, et les récentes élections en sont le parfait exemple. Mais il n'y a pas que les élections. Les autorités ont fait de la communauté arménienne de Tbilissi dans une sorte de société éphémère qui ne peut rien faire ou ne fait que ce qu'elles considèrent comme bon pour les Arméniens de Géorgie. Très peu sont les personnes qui évaluent la situation de façon adéquate et ont clairement conscience des objectifs de la politique du président Saakachvili.
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Mikhaïl Saakachvili est finalement arrivé à la conclusion que la meilleure chose à faire était de s'allier avec la Turquie et l'Azerbaïdjan, contre l'Arménie. Les autorités arméniennes ont leur part de responsabilité dans la politique actuelle des dirigeants géorgiens envers la communauté arménienne de Géorgie. Pour diverses raisons, nous pensons qu'il est mal venu de détériorer nos relations avec la Géorgie, car c'est à travers la Géorgie que l'Arménie reçoit le gaz et les produits nécessaires en provenance de Russie. C'est nous qui nous sommes mis dans la position de demandeur, c'est-à-dire en position de faiblesse. Personne à travers le monde ne s'appuie et ne compte s'appuyer sur les faibles. Si Saakachvili avait estimé que la position de l'Arménie dans la problématique du Djavakhk est forte, il n'aurait jamais osé poursuivre une politique active d'assimilation des Arméniens. La région géorgienne de Kvemo Kartli est peuplée d'Azéris, et leurs droits sont à peine supérieurs à ceux des Arméniens. Toutefois, il convient de noter que toutes les minorités nationales sont perçues de façon défavorable en Géorgie, et sous cet angle, il n'y a pas beaucoup de différence entre les Arméniens et les Azéris de Géorgie. Il en est de même pour les Juifs, les Russes et les autres nationalités. Un traitement spécial est réservé aux Turcs meskhètes, que Tbilissi est réticent à recevoir, malgré les engagements signés avec le Conseil de l'Europe. A noter que les autorités et l'opposition sont du même avis sur ce point : la Géorgie doit être peuplée de Géorgiens.

Ici, un parallèle direct avec le panturquisme s'impose : tous ceux qui vivent en Turquie, indépendamment de leurs origines, sont des Turcs. En fait, la Géorgie a choisi la même voie qu'Atatürk, qui avait décidé sur les passeports d'indiquer la religion en lieu et place de la nationalité, ce qui a toujours cours sur les cartes d'identité turques. Un démocrate tel que Saakachvili ne prendra sans doute pas cette mesure extrême, mais la méthode "déportation facile" est déjà mise en œuvre. Que la Géorgie réussira ou pas, est difficile à prévoir. Les Arméniens du Djavaghk, par exemple, ne comptent aller nulle part, à les entendre il devient clair qu'ils attendent le retour de l'armée russe. Ce n'est pas encore annoncé officiellement, mais la vérité est qu'il existe de tels sentiments. Cela peut se comprendre dans un pays où des monuments et des plaques sont érigés à la mémoire des bouchers de la nation arménienne, avec des mots tels que "amitié et amour éternel" ...

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Karine Ter-Sahakian – PanArmenian.net – Département Analyse



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