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dimanche 18 juillet 2010

Le clan Aliev et le Haut-Karabakh

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

La dernière déclaration des pays coprésidents le groupe de Minsk de l'OSCE, faite hier au sortir de la réunion ministérielle d'Alma-Ata, montre un durcissement de la position des médiateurs quant à l'usage des menaces de guerres et plus encore de la force.

Les dirigeants de Bakou ne semblent pas, ou plus exactement ne veulent pas, prendre la mesure exacte des événements. Comme il a été dit à de nombreuses reprises, une négociation implique que chaque partie fasse des concessions. Aliev ne veut rien ‘lâcher', et le Haut-Karabakh doit toujours resté rattaché à l'Azerbaïdjan, référendum ou pas sur le statut définitif – Intégrité territoriale oblige- . Pourquoi un tel entêtement ? Qu'est-ce que le Karabakh face aux millions qu'il empoche quotidiennement ?

Comme il a été proposé dans le commentaire d'hier, il serait peut-être temps pour les pays médiateurs d'envisager d'autres approches, pacifiques il va de soi, que les sempiternels ‘il faut s'appuyer sur les principes …'.

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Le 14 Juillet 1969, Heydar Aliev fut élu premier secrétaire du Parti communiste azerbaïdjanais et selon les historiens azéris, une nouvelle page d'histoire a été tournée.


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Sans rentrer dans les détails de sa biographie, la chose la plus importante est qu'Aliev a créé l'Azerbaïdjan d'aujourd'hui, c'est à dire un sultanat héréditaire. Entre-temps, il a perdu le Haut-Karabakh et une partie de terres arméniennes volées par ses prédécesseurs, les communistes. Le Major-général de l'ex-KGB savait que, tôt ou tard, le Haut-Karabakh, sortirait de l'Azerbaïdjan, aussi, il fit de son mieux transférer les Arméniens du Karabakh dans d'autres régions de l''Azerbaïdjan. Dans une certaine mesure il a réussi, la communauté arménienne d'Azerbaïdjan a été détruite. Et les déclarations actuelles de son fils sur "le retour des azéris sur leurs terres ancestrales" ne sont rien d'autre que de la poudre aux yeux, et le plus souvent elles n'ont pas d'effets. Ces déclarations, en fait, masquent un risque sérieux : que cela devienne une règle permanente dans le pays. Il est intéressant de lire les médias azerbaïdjanais, Heydar Baba est décrit comme un petit dieu pour son peuple, juste après le Vrai.

En fait, tout n'est pas si simple, car l'inauguration de monuments dans toutes les villes et villages de l'Azerbaïdjan à la gloire des Aliev, ne peut pas nourrir un pays possédant des ressources énergétiques, mais dont la grande majorité vit dans la pauvreté. Il faut reconnaître qu'à l'échelle nationale, beaucoup de gens ont été pris dans les mailles du chef de file.

Et toutes les déclarations agressives et provocatrices du président Ilham Aliev ne sont rien, sinon un complexe d'infériorité. Il est difficile de vivre dans l'ombre d'un tel père, c'est à dire dans l'ombre d'une telle image, sans cesse glorifiée au cours des 15 dernières années.

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C'est devenue une tradition en Azerbaïdjan de faire des déclarations inadéquates avant chaque réunion des ministres des Affaires étrangères ou des présidents arménien et azerbaïdjanais, par les ‘sages' de Bakou pensant que l'Arménie, le Groupe de Minsk ou la communauté internationale va réaliser "un retour des Azéris sur leurs terres ancestrales."

Il peut sembler à un observateur qu'Aliev Jr. S'occupe exclusivement de son pays, de son peuple. Mais, en fait, cela n'a rien à voir ni avec le Karabakh ni avec la population azérie, qui souffrent encore des menaces d'inondations. Ce qui l'inquiète le plus, ce sont les pétrodollars, qui sont devenus une véritable catastrophe pour le pays. L'humeur d'Aliev a également été ébranlée par les Arméniens, qui très justement l'accusent d'occuper les régions de Chahoumian, Guedachen et Mardounachen. Soit dit en passant, contrairement à la propagande de Bakou, les blâmes de l'Arménie et du Haut-Karabakh sont tout à fait justifiés. Aussi, lors de la réunion d'Alma-Ata (Almaty), la question de la restitution des territoires revendiqués notamment par les Arméniens et non par la partie azerbaïdjanaise, a été abordée.

En gros, Ilham Aliev pourrait être plaint, mais pour une seule chose. Jusqu'à récemment, toutes ses déclarations belliqueuses étaient perçues mollement par la communauté internationale, qui d'une part, les considère tout à fait insensées, et de l'autre donne à Aliev un faux sentiment de sa propre importance. Toutefois, selon certaines sources, Aliev aurait reçu une douche froide à Saint-Pétersbourg et il est fort possible que le ministre des Affaires étrangères azerbaïdjanais ait partagé le sort de son président lors de la réunion d'Alma-Ata. Après le conseil ministériel de l'OSCE, deux scénarios sont possibles, tous deux néfastes pour Aliev. Premier cas Aliev déclenche une guerre-éclair sur une semaine. Pendant ce temps, tous les canaux des pétrodollars sont fermés. Des actes terroristes peuvent avoir lieu sur l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, organisés par les Kurdes, profitant de la pagaille générale. La communauté internationale, le mondial de football étant achevé, va rapidement prendre le contrôle de la situation et mettre de l'ordre. Entre-temps Aliev perdra encore 20% de territoires, voire plus. La Turquie n'interviendra pas, en raison de ses obligations vis-à-vis de l'OTAN. En outre, la situation politique interne de la Turquie ne lui permet pas de se lancer dans une guerre. Le deuxième scénario est beaucoup plus plausible : Bakou accepte les propositions faites à Saint-Pétersbourg, où évidemment la question du statut du Haut-Karabakh et des trois régions arméniennes (sus citées), dominent. Au vue des événements, le pseudo-sultan devra quitter le pays. En un mot, les deux variantes sont désastreuses pour l'Azerbaïdjan.

En ce qui concerne l'Arménie, son rôle devrait être minime. Le Haut-Karabakh est un pays indépendant et prend des décisions relatives à sa propre sécurité. Ajoutons que la reconnaissance ou la non-reconnaissance de son indépendance par tel ou tel pays ne veut rien dire ici, comme d'ailleurs pour les frontières. Les frontières sont décidées par les deux pays concernés sur la base d'accords mutuels. Bien sûr, l'Arménie peut reconnaître l'indépendance du Haut-Karabakh, mais elle le fera seulement après Bakou.

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Extraits

Karine Ter-Sahakian – PanArmenian – Département Analyse



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