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dimanche 29 août 2010

L'accord russo-arménien et l'Azerbaïdjan

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Avec la prolongation du bail de la base militaire russe de Gumri et le renforcement des accords de défense de l'Arménie, et même si Moscou n'interviendra pas directement en cas de conflit, cela va donner à réfléchir aux faucons de Bakou.

Si malgré cet accord, Aliev décidait de lancer ses troupes à l'assaut du Karabakh, il aurait contre lui non seulement la communauté internationale mais également son fidèle alliée, la Turquie. Ankara, qui compte-tenu de la situation régionale ne peut pas se permettre de lancer ses troupes dans la bataille, vu qu'il trouverait en face de lui l'armée russe, et de plus, il est peu probable que l'OTAN laisse faire. Aussi, dans ce contexte une victoire de l'Azerbaïdjan serait loin d'être acquise.

Reste la voie prônée par tout le monde : des négociations pacifiques à partir des propositions faites par les médiateurs, y compris celles portant sur le droit à l'autodétermination des peuples.

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** David Jamalian - Gagik Haroutiounian **


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Les accords russo-arméniens ont donné lieu à de multiples analyses de la part des les experts. Le psychologue David Jamalian et le Président de la Fondation "Noravank", Gagik Haroutiounian, sont arrivés à la conclusion que la société azerbaïdjanaise est sceptique quant à la politique étrangère de leur pays. Pour eux, suite aux récents développements, il sera difficile pour les autorités azerbaïdjanaises de persuader leurs citoyens qu'il est possible de gagner la guerre contre le Karabakh.

"Plusieurs signes indiquent que la politique étrangère de l'Azerbaïdjan donne une image dégradée : Tout d'abord, la situation est mauvaise sur l'axe Azerbaïdjan-Iran, des frictions se font jour de plus en plus souvent, deuxièmement, les relations avec la Russie malgré les énormes accords énergétiques qui ont été signés, sont occultées par celles entre Moscou et Erevan, y compris les récents accords avec Ankara. D'après les médias arméniens, on peut dire que l'image de la Russie dans notre pays n'est pas totalement et clairement perçue," a déclaré Gagik Haroutiounian et d'ajouter que, les médias attendent en silence la visite de Medvedev en Azerbaïdjan.

Selon David Jamalian, la campagne menée par l'Azerbaïdjan a été brisée lorsqu'ils ont essayé de présenter l'Arménie comme un ennemi facile à battre. "Les thèses mettant en avant une économie forte, un budget militaire énorme et nombre d'avantages quantitatifs, ne portent plus."

Les experts pensent que les risques d'une nouvelle guerre diminuent. "Les Etats-Unis ne peuvent pas être contre ces événements, il semblerait qu'il y ait un accord entre les Etats-Unis et la Russie sur une certaine tolérance dans la région. L'Occident ne regarde pas d'un bon œil l'étroite coopération turco-azerbaïdjanaise, dans un contexte de relations Turquie-Israël dégradées. Aussi, la coopération russo-arménienne, où les deux parties trouvent leurs intérêts et s'en contentent, permet un travail ‘d'égal à égal'."

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** Lévon Chirinian **


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"Les développements de ces deux dernières années et les mesures prises par la Russie montrent que notre partenaire du Nord est redevenu actif," a déclaré le politologue Lévon Chirinian lors d'une conférence de presse.

Selon l'expert, le niveau d'activité de la Russie est indépendant, objectif et ne relève pas de la volonté des autres États. "Cette activité, les États-Unis l'acceptent tant qu'elle se déroule à l'amiable."

"Historiquement, la Russie devient active en entrant en Arménie et passive en la quittant. La Russie revient sur notre territoire pour la deuxième fois. Si fin 1920, cette venue s'est faite contre l'Arménie, aujourd'hui elle se fait pour l'aider. Le nouvel accord militaire avec la Russie augmente la sécurité de l'Arménie en tant qu'Etat," a souligné le politologue.

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** Gagik Melikian **


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"Cet accord arméno-russe devrait faire taire les annonces guerrières des dirigeants azerbaidjanais," a déclaré le Vice-président du parti Républicain, Gagik Melikian, lors d'une conférence de presse.

La Turquie n'a pas cédé à la pression internationale. L'initiative de Serge Sarkissian s'est confrontée aux annonces guerrières de l'alliance turco-azerbaïdjanaises. Selon Gagik Melikian, la communauté internationale s'est du rendre à l'évidence que ce couple n'était pas prêt à établir des relations sans conditions préalables. "Auparavant, les gens ne nous croyaient pas, mais ils ont été finalement convaincus, et la suspension de l'accord par l'Arménie a été jugée de façon positive."

"Les accords russo-arméniens ont été bénéfiques pour les deux parties. La Russie maintient sa présence dans le Sud-Caucase pour un long laps de temps, et l'Arménie assure sa sécurité pour le même laps de temps. Les spéculations autour de cette question sont menées par deux Etats distincts, qui ne veulent pas que la Russie consolide son pouvoir dans le Sud-Caucase. Je ne crois pas que la Russie garantira pleinement la sécurité de l'Arménie. Je suis sûr que nous devrons assurer par nous-mêmes la sécurité de l'Arménie et du Haut-Karabakh, mais avec l'aide de la Russie, ce sera plus facile," a-t-il souligné.

Concernant le Haut-Karabakh, il a ajouté : "Bien que la Russie ne se soit pas engagée à protéger les frontières du Karabakh, elle s'est engagée à assurer la sécurité de l'Arménie par la fourniture d'équipements militaires et techniques, ce qui nous permettra de protéger les frontières des deux États arméniens.

Selon lui, après la signature des documents arméno-russes, les annonces guerrières contre l'Arménie se sont tues, ce qui n'empêche pas des préparations militaires en secret. Toutefois, il pense que le risque de guerre reste faible.

"La Russie est un facteur important pour assurer l'équilibre et la stabilité dans la région. L'autre facteur étant la stabilité des relations Iran-États-Unis. L'exploitation de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr et la construction d'une nouvelle centrale nucléaire en Arménie assureront l'équilibre dans la région," a-t-il conclu.

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** Mark Toner **


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"Les États-Unis comptent maintenir des relations ‘fortes' avec l'Arménie, même après la signature du nouvel accord de défense russo-arménien potentiellement de grande envergure. Le statut de la base militaire russe de Gumri est une affaire entre la Russie et l'Arménie. Nous considérons cela comme une question bilatérale entre ces deux pays," a déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d'Etat américain, commentant l'accord de défense russo-arménien.

"De toute évidence, les États-Unis bénéficie d'un partenariat solide avec l'Arménie. Nous avons tout lieu de croire que cela va continuer. Les Etats-Unis et l'Arménie sont d'étroits partenaires de coopération, et notre pays espère renforcer cette coopération," a-t-il poursuivi.

Interrogé sur le malaise apparent de l'Azerbaïdjan concernant le pacte russo-arménien, Toner a félicité Moscou pour son "rôle constructif" dans l'effort international de longue haleine sur la négociation d'une solution au conflit du Haut-Karabakh.

Les dirigeants arméniens se sont empressés de saluer la réaction des États-Unis face au renforcement de l'alliance militaire russo-arménienne. Ainsi, le porte-parole du Parti Républicain (majorité), Edouard Charmazanov, a déclaré dans un communiqué : "Cela signifie que les Etats-Unis réagissent positivement à la politique étrangère du Président Serge Sarkissian, et que cela souligne leur volonté d'assurer la continuité dans l'établissement de relations plus étroites avec l'Arménie. Désir exprimé récemment lors de la visite en Arménie de Mme Hillary Clinton."

Charmazanov a également souligné l'importance que donnait le Département d'Etat au rôle de Moscou dans le processus de paix du Karabakh. Il a interprété cela comme une preuve supplémentaire que les propositions de paix faites par le président russe Dmitri Medvedev à ses homologues arménien et azerbaïdjanais, ont été rédigées par les trois coprésidents du Groupe de Minsk. Propositions acceptées par Erevan mais rejetées par Bakou.

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie et de Armenialiberty



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