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samedi 7 août 2010

Moscou renforce sa présence dans le Sud-Caucase

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

On n'a rien sans rien.

- L'allié de l'Azerbaïdjan est la Turquie, membre de l'OTAN, et donc les Etats-Unis. Surtout maintenant avec le gaz et le pétrole.

- La mieux placée pour être l'allié de la Géorgie, surtout depuis la guerre russo-géorgienne de 2008, les Etats-Unis s'étant rétractés malgré les paroles de G.W. Bush, semble être l'UE.

- Quant à l'Arménie, ce n'est un secret pour personne, est la ‘protégée' de la Russie.

Trois pays, trois grandes puissances économico-politiques. Seul hic, ces trois pays sont des ex-républiques soviétiques du Sud-Caucase, et l'on voit mal les Etats-Unis, par OTAN interposé, venir guerroyer dans la région, aux portes de la Fédération russe, pas plus d'ailleurs que l'UE qui en plus de ne pas avoir de troupes, avance en ordre dispersé.

Reste la Russie. La protection se paie cher, voire même très cher, avec des pans entiers de l'économie et des infrastructures arméniennes aux mains de sociétés moscovites. En cas de guerre avec l'Azerbaidjan, c'est Moscou qui décidera dans quel sens doit pencher le plateau.

Dans le cas de l'Arménie, Charybde et Scylla sont de vrais jumeaux.

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En signant avec Erevan un protocole prévoyant la prolongation du bail de la base militaire russe en Arménie pour 49 ans, Moscou va enfin rétablir son hégémonie dans le Sud-Caucase. Les informations diffusées sur d'éventuelles modifications du traité de la base militaire, qui, selon le protocole, doivent protéger les intérêts de la Russie et assurer la sécurité du pays avec les militaires arméniens, a suscité beaucoup de commentaires sur l'approfondissement du partenariat stratégique arméno-russe et sur l'amitié séculaire entre les deux peuples.

Bien sûr, on ne peut soutenir que, de l'avis de la communauté arménienne de Russie, schématiquement parlant, la Russie agit comme un ‘grand frère', qui est prêt à défendre l'Etat arménien en cas d'agression potentielle de l'Azerbaïdjan ou de la Turquie. Mais si vous étudiez la situation de plus près et au-delà du contexte de "l'amitié séculaire russo-arménienne," vous remarquerez que Moscou cherche faire d'une pierre deux coups.


S-300-Favorit1_maxi
Le récent rapport dans la presse russe sur la vente éventuelle à Bakou de deux batteries anti-missiles de type S-300 PMU-2 Favorit, soulève des doutes sur la sincérité de la Russie envers les Arméniens. D'un côté, Moscou arme l'Azerbaïdjan, de l'autre il propose de prolonger le bail de ses bases militaires en Arménie afin d'empêcher une agression militaire de l'Azerbaïdjan. Le double jeu de la Russie dans la région n'est pas une nouveauté. Maintenir un certain équilibre dans les relations avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan a toujours été l'une des principales particularités de la politique de Moscou dans la région.

Peu importe si les informations sur un possible contrat entre Moscou et Bakou d'un montant total de 300 millions de dollars qui doit être signé lors de la visite en Septembre du président Dimitri Medvedev en Azerbaïdjan, sont fiables ou non, le gouvernement et la société arménienne ont dû apprendre depuis longtemps que : "il n'y a pas d'alliés éternels, mais qu'il y a des intérêts éternels." Malheureusement, les conditions de sécurité actuelles font que la garantie de la Russie est irremplaçable pour l'Arménie. Mais avant de signer le document sur la présence de bases russes en Arménie, les dirigeants arméniens devraient mieux exprimer leur préoccupation au sujet de la conduite de leur allié de l'OTSC [1] et insister sur l'arrêt de l'armement de l'Azerbaïdjan. D'ailleurs, nous ne devons pas oublier une autre vérité : ‘Les affaires sont les affaires,' et il n'y a rien de personnel là-dedans. Le commerce des armes a toujours été l'une des principales ressources de la Russie, y compris à l'époque soviétique. Rappelons-nous que l'URSS a vendu des armes à des régimes plus que douteux, que ce soit dans le monde arabe ou en Afrique.

Beaucoup de gens en Arménie comprennent que la volonté de Moscou de renforcer sa présence militaire en Arménie n'est pas seulement qu'une aspiration sincère à assurer la sécurité et la protection de son alliée "stratégique", mais qu'elle est destinée à prévenir des scénarios défavorables qui peuvent se poser à la Russie, comme la pression croissante sur l'Iran. Alors que les occidentaux sont en train de décider comment passer de la parole aux actes et frapper un grand coup sur l'Iran, notre partenaire stratégique élargit sa présence militaire dans le Sud-Caucase et s'empresse de rappeler à l'Occident qui est le patron dans la région.

Entre autres choses, la prolongation du bail de la base russe peut porter un sérieux coup à l'image de l'Arménie sur le plan international comme État indépendant et affecter ses relations avec l'Iran, qui, tout en restant silencieux, peut répondre à l'expansion rapide de la présence militaire de Moscou. Toutefois, il est utile de rappeler que l'indépendance des anciennes républiques soviétiques du Sud-Caucase reste une notion assez vague. Ainsi, on peut dire que l'Arménie est ‘indépendante' de la Russie, que la Géorgie l'est de l'Occident, ou que l'Azerbaïdjan l'est de la Turquie et du pétrole.

Ekaterina Bogossian - PanArmenian.Net – Département Analyse




[1] Organisation du Traité de Sécurité Collective


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