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vendredi 28 janvier 2011

Le Président Serge Sarkissian réitère la position de l'Arménie sur les deux processus en cours.

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Reprenant le contenu des discours prononcés devant les parlementaires chypriotes-grecs à la conférence de presse conjointe avec le président grec Karolos Papoulias à Athènes, le Président Serge Sarkissian a fait l'amer constat que les protocoles turco-arméniens signés le 10 Octobre 2009, étaient dans une impasse et que sauf changement de la position d'Ankara, l'Arménie se désengagera officiellement de l'Accord. Les récents propos des dirigeants turcs, Abdullah Gül et Ahmed Davutoglu, ne font hélas que confirmer les craintes du Président Sarkissian.

Quant aux négociations de paix, mis à part que les deux parties continuent de se rencontrer sous l'égide des médiateurs internationaux et/ou avec des dirigeants du Kremlin, force est de constater que les pourparlers non seulement piétinent, mais se dégradent, depuis la dernière déclaration des pays coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE au Sommet d'Astana.

De même qu'Ankara met une pré-condition à la ratification des protocoles, Bakou ne retient qu'un seul des principes de base à savoir : l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan et refuse toute notion d'indépendance du Haut-Karabakh, référendum ou pas.

Si la rupture de l'Accord turco-arménien ne changera pas grand-chose à la situation actuelle, celle des négociations de paix entrainera une reprise partielle voire totale de guerre arméno-azérie. Il serait peut-être temps que les grandes puissances ne se contentent pas de diffuser seulement des paroles lénifiantes.

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Interview accordée par le président arménien Serge Sarkissian à Echo Moskvi

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** Le conflit du Haut-Karabakh **


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"Le règlement pacifique est la seule façon de résoudre le conflit du Haut-Karabakh. La seule option est d'organiser un référendum dans le Haut-Karabakh ou de reconnaître les résultats du référendum effectué en 1991 en conformité avec la législation de l'Union soviétique et le droit international. Le problème ne peut être résolu que grâce à des compromis," a déclaré Serge Sarkissian

Selon le président arménien, tous les problèmes humanitaires dans le Haut-Karabakh ne peuvent être résolus qu'après qu'une solution politique soit trouvée. "Quand je parle de la paix à long terme, je veux dire des changements dans la psychologie des gens. Il y a une telle rhétorique anti-arménienne et une xénophobie en Azerbaïdjan, qu'un nouveau concept est apparu - intriguant tous les Arméniens. Les Azéris accusent les Arméniens d'être la cause de tous leurs problèmes, allant de celui des réfugiés au dysfonctionnement de leurs fers à repasser domestiques.

(…)

Les questions humanitaires pouvaient et devaient être discutées en 1995, au lendemain de la signature du cessez-le-feu. C'était une très bonne occasion pour nous tous d'essayer d'oublier la douleur, d'une certaine manière. Cependant, les dirigeants azerbaïdjanais ont choisi une autre voie, ils ont commencé à s'armer. Ils ont préféré attendre des temps meilleurs, quand l'Azerbaïdjan aurait beaucoup de pétrodollars pour acheter des armes et résoudre le problème par la force.

L'Azerbaïdjan est le seul pays de l'OSCE qui se vante de l'augmentation de ses dépenses militaires. Ce n'est pas très clair pour moi ; Ou pour dire la vérité, c'est plutôt très clair. Je ne comprends pas la position des Etats membres de l'OSCE, des puissances mondiales, qui déclarent toujours que la paix doit être établie au Karabakh de manière pacifique, et que tous les problèmes doivent être résolus pacifiquement. Il n'y a rien à dire, ce sont de bonnes résolutions, mais cela reste seulement au stade des déclarations, et ne sont jamais suivie d'actes. Nous avons tous signé le Traité sur les Forces Conventionnelles en Europe, qui établit des quotas. Je comprends toute la complexité d'un tel traité et l'attitude de certains pays face à ce traité. Mais alors, nous devons dire : soit que l'Accord n'existe pas, soit faire appel aux collègues et aux membres de l'Organisation pour se conformer aux engagements conventionnels," a indiqué le président.

Parlant de la possibilité d'une reprise des actions militaires, le Président Sarkissian a déclaré que ce serait l'option la plus mauvaise. "Pour dire la vérité, nous n'avons pas le choix. Notre volonté seule pour résoudre pacifiquement le conflit ne suffit pas. S'il n'y a pas d'autre issue, nous nous retrouverons dans la situation des débuts des années 90, et nous devrons protéger notre population par tous les moyens.

Je me souviens très bien la situation entre 1988 et 1994, alors que beaucoup de gens prédisaient que dans quelques jours les Azerbaïdjanais boiraient le thé à Stepanakert ou se lavaient les pieds dans le lac Sevan en cas d'actions militaires de grandes envergures. Dieu merci, cela ne s'est pas produit, parce que nous avons protégé notre terre, nos familles et nos foyers.

En 1994, l'Azerbaïdjan a été tout simplement obligé de demander une trêve. En 1993, quatre Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies ont exigé que les hostilités s'arrêtent immédiatement, mais l'Azerbaïdjan n'a pas voulu s'exécuter. Maintenant, Bakou essaie de jeter la faute sur nous, avançant que c'est l'Arménie qui ne s'est pas conformée à ces Résolutions. Mais, la communauté internationale sait que cela ne dépendait pas de nous, et que nous avons dû nous défendre.

Je me suis souvenu du passé, parce que l'histoire a tendance à se répéter. Les Azéris pensent qu'aujourd'hui leur armée est si puissante qu'elle sera en mesure de résoudre la question par une Blitzkrieg [guerre éclair]. Nous sommes prêts à toute évolution des événements," a déclaré le Président Sarkissian.

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** Relations turco-arméniennes **


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"Nous sommes prêts à établir des relations avec la Turquie, si les Turcs veulent ratifier les protocoles sans aucune condition préalable. Par contre, nous ne sommes pas prêts pour de nouvelles négociations ou pour apporter des changements dans les protocoles," a déclaré Serge Sarkissian.

Le président a exprimé sa gratitude envers la Russie, la France et les États-Unis pour leurs déclaration stipulant que les relations arméno-turques doivent être établies sans conditions préalables.

"C'est pourquoi je ne vois pas l'utilité de nouvelles négociations. De quoi parlerons-nous, si ce n'est de la ratification des protocoles par le Parlement turc ?

Si rien ne change, la seule option correcte pour l'Arménie sera le retrait de sa signature des documents. Dans ce cas, les protocoles n'auront aucune validité, même s'ils sont ratifiés par la Turquie. Je dis tout cela parce que, même maintenant que la balle est dans leur camp, les Turcs essaient d'interférer avec le règlement du conflit du Karabakh ou d'autres processus et parlent de leadership dans la région et de politique néo-ottomane.

(…)

Seul un pays, qui n'a pas de problèmes avec ses voisins peut prétendre à devenir chef de file dans la région, mais la politique de la Turquie du ‘zéro problème avec les voisins' consiste à chercher des solutions acceptables seulement pour les Turcs et la Turquie," a souligné le président Sarkissian. Et d'ajouter : "S'ils cherchent à influer sur certains processus qui se déroulent dans la région, ils doivent être constructifs."

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Radio Publique d'Arménie



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