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mardi 18 janvier 2011

Turquie-Azerbaïdjan : Le Président Sarkissian fait le point sur les deux processus en cours.

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Le gouvernement arménien a donné, à de multiples reprises, par la voie du ministère des Affaires étrangères, sa position sur les deux processus avec ses voisins Turcs, Ottomans et Azéris.(Cf. article du 15 Janvier)

Cette fois-ci, c'est le premier personnage de l'Etat arménien qui s'est exprimé devant un parterre de parlementaires chypriotes-grecs avec des mots assez durs, tant envers les dirigeants turcs qu'azerbaidjanais. Il n'y a rien de nouveau sur le fond, si ce n'est qu'il ressort clairement que les processus sont loin d'aboutir.

La pré-condition inacceptable posée par Ankara bloque la ratification des protocoles, si tant est que la Turquie soit vraiment désireuse de normaliser ses relations avec l'Arménie. Tout comme qu'elle soit vraiment désireuse d'adhérer à l'Union européenne. C'est avant tout de la poudre aux yeux des Occidentaux ; avec cette seule différence, de taille, c'est qu'avec l'UE elle encaisse plus de 5 milliards d'euros de subventions (Cf. article du 17 Janvier). Alors qu'avec l'Arménie, c'est une épine permanente dans le pied.

Quand aux conditions posées par Bakou, qui en fait n'en sont pas, puisque les dirigeants azéris proposent de revenir purement et simplement à la situation d'avant-guerre, c'est à dire avec un Haut-Karabakh redevant une région autonome de l'Azerbaïdjan avec les sept districts l'entourant.

Reste le travail des grandes puissances qui se fait à travers leur rôle de médiateurs comme coprésidents du Groupe de Minsk dans le conflit du Karabakh, travail qui consiste à ne pas faire de vagues en ménageant ‘la chèvre et le chou'. Surtout si les vagues se déroulent sur des nappes d'hydrocarbures.

Reste l'UE, qui en fait aurait du garder son ancienne appellation Communauté Economique Européenne (CEE). Quand elle sort de son rôle économique et daigne prendre la parole sur un plan politique, cela devient une dzêtakappaphonie (une cacophonie à 27). Elle cite alors derrière sa liste fétiche des Valeurs européennes.

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Le Président Sarkissian a entamé lundi une visite d'Etat en Chypre. Dans un discours prononcé au Parlement de Chypre, Serge Sarkissian a fait le point sur les relations Arménie-Turquie et Arménie-Azerbaïdjan. Il a également condamné l'occupation d'une grosse partie de l'île par la Turquie et a approuvé la position sans équivoque du gouvernement de Nicosie sur le conflit non résolu.

"Avec ses postures et ses déclarations contradictoires et les manipulations sans fondements du processus [de normalisation turco-arménienne], la Turquie l'a détruit. Elle a tourné le dos à ses engagements, non contente de faire échec à la ratification des protocoles qu'elle a signé, elle est revenue à ses anciennes positions d'avant le processus."

Sarkissian a dénoncé la politique étrangère du gouvernement turc actuel, la qualifiant de "néo-ottomane" avec des conceptions impérialistes visant à soumettre ses voisins à sa vision. "Qu'avait fait l'Empire ottoman pour les peuples sous son joug en dehors des massacres, de la tyrannie et des pillages ?"

"Un pays qui garde sa frontière fermée avec l'Arménie sous différents prétextes depuis son indépendance et exerce un chantage sur notre peuple, ne peut aspirer à devenir un leadership régional."

Les remarques inhabituellement acerbes reflètent la frustration du chef de l'Etat devant le refus de la Turquie à ratifier les protocoles turco-arméniens sans conditions. Protocoles qui prévoient l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays voisins et l'ouverture de leur frontière. Ankara a mis comme condition à la ratification que le conflit du Haut-Karabakh soit résolu à la convenance de l'Azerbaïdjan.

Il a rappelé aux législateurs chypriotes qu'Erevan n'a jamais fixé de conditions préalables à la normalisation des relations turco-arméniennes, alors qu'il y a des "raisons morales et juridiques plus que suffisante" de le faire. Et plus précisément la reconnaissance par la Turquie que les massacres dans l'Empire ottoman perpétrés durant la Première Guerre mondiale, étaient bel et bien un génocide.

Le président arménien a souligné que le Parlement chypriote avait été l'une des premières législatures (1982) à adopter une résolution reconnaissant le génocide. Il a de nouveau exprimé la solidarité de son pays avec les Chypriotes grecs dans leur conflit pluri-décennal avec les Turcs.

"L'Arménie n'a jamais accepté et n'acceptera jamais toute tentative de partition fraternelle de Chypre. Nous n'avons jamais accepté et n'accepterons jamais l'occupation du Nord de ce pays accueillant. Les Arméniens et les Chypriotes ne sont pas que des amis et des frères, mais aussi des alliés naturels, et nous restons fidèles à cette alliance."

(…)

"L'Azerbaïdjan n'a ni morale, ni fondement juridique pour réclamer le territoire de la République du Haut Karabakh. L'arménophobie de Bakou et sa politique agressive prouvent que le Haut-Karabakh n'a pas d'avenir au sein de l'Azerbaïdjan.

A en juger par les intérêts énergétiques, certains pays appliquent une politique à courte vue et momentanée, ce qui ne contribue pas à la stabilité dans notre région vulnérable."

Il a également noté que l'Arménie aspire exclusivement à une résolution pacifique du conflit du Karabakh, cependant, si l'Azerbaïdjan recourt à des méthodes basées sur la force, la réaction de l'Arménie sera conséquente.

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Lors d'une conférence de presse commune avec homologue chypriote Dimitris Christofias, le président Sarkissian a déclaré :

"L'Arménie pense que la Turquie n'adhérera pas à l'Union européenne. Dans le même temps nous pensons que la Turquie aura du mal à devenir membre de l'UE sans faire face à son passé et sans avoir établi des relations constructives avec ses voisins immédiats.

Les diplomates des deux pays, Arménie et Chypre, pensent que tous les conflits doivent être résolus en tenant compte des particularités historiques.

C'est la raison pour laquelle nous appuyons les positions de chacun et nous ne pensons pas que les principes de l'intégrité territoriale et le droit des peuples à l'autodétermination, soient contradictoires."

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Une déclaration conjointe des deux présidents a été publiée après leurs entretiens à Nicosie, dont il ressort notamment, que :

Les parties réaffirment leur engagement à l'Organisation des Nations Unies et son rôle dans maintien de la paix et la sécurité, ainsi que les buts et principes de la Charte des Nations Unies,

Les parties soulignent la nécessité d'établir et de développer des relations normales entre Etats voisins sans conditions préalables sur la base du respect mutuel et de compréhension et de respect du droit international,

(…)

La République d'Arménie exprime son soutien aux efforts visant à résoudre le problème chypriote sur la base d'une Fédération bizonale et bicommunautaire avec égalité politique tel que décrit dans les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies,

La République d'Arménie se félicite également des négociations en cours sous les bons offices du Secrétaire général, et partage les attentes de la communauté internationale qu'un accord, durable, juste, viable et mutuellement acceptable de règlement du problème chypriote sera atteint, sur la base du droit international, la Charte des Nations Unies et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, des Accords de 1977 et 1979, des principes fondateurs de l'UE, ainsi que sur le respect des droits de l'homme,

La République d'Arménie se félicite de l'approche créative et des initiatives prises par la République de Chypre pour la résolution du problème chypriote et regrette que la partie turque n'ait pas clairement répondu à ces propositions,

(…)

La République de Chypre exprime son soutien aux efforts visant à résoudre le conflit du Haut-Karabakh dans le cadre du processus du groupe de Minsk de l'OSCE et souligne que le conflit doit être résolu par des moyens pacifiques, sans recourir à l'utilisation de la force et par des négociations fondées sur les principes et normes du droit international,

La République de Chypre exprime son soutien aux efforts constructifs de la République d'Arménie pour résoudre le conflit du Haut-Karabakh dans le cadre du processus du Groupe de Minsk de l'OSCE par des négociations basées sur les principes de la Charte des Nations Unies, sur l'Acte final d'Helsinki et sur les éléments proposés par les présidents des pays coprésidents du Groupe Minsk de l'OSCE, qui englobent, entre autres, la détermination du statut final du Haut-Karabakh par l'expression juridiquement contraignante de la volonté,

Enfin, la République de Chypre salue les efforts, en particulier de l'Arménie, pour lancer et poursuivre le processus pour la normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie, mais regrette que la ratification des deux protocoles sur l'établissement de relations diplomatiques et le développement des relations entre l'Arménie et la Turquie, signée en 2009, soit arrêtée en raison des conditions préalables turques.

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Avant de quitter Chypre le président Sarkissian s'est rendu au mémorial du génocide arménien à Larnaka pour y déposer une gerbe.

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Extrait de Armenialiberty, de Radiolour et de Panarmenian.net



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