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mardi 8 février 2011

La communauté arménienne de Turquie ... choyée ( ?)

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Le gouvernement d'Erdogan se dit prêt à discuter avec les Arméniens urbi et orbi, entendez par là avec la communauté arménienne de Turquie et les Arméniens de la diaspora. Croire que les dirigeants turcs vont remettre en cause leur histoire officielle et reconnaître leur responsabilité dans les événements tragiques de 1915, serait une grave erreur.

Compte-tenu que :

1- Les élections législatives turques sont prévues pour cet été ;

2- Les négociations d'adhésion avec l'UE marquent le pas depuis de nombreux mois et les remarques pleuvent sur la lenteur des reformes en Turquie ;

3- Les protocoles en vue de la normalisation des relations avec l'Arménie sont au point mort ;

4- Le 24 Avril approche et les Etats-Unis jouent avec les nerfs d'Ankara sur la reconnaissance ou pas du génocide des Arméniens ;

La stratégie de l'AKP a changé.

Ankara essaie de caresser les Arméniens, et indirectement les Occidentaux, dans le sens du poil. Les pays qui ont reconnu le génocide ne sont plus des ‘méchants qui n'ont rien compris' mais des gens à qui on n'a pas dit la stricte vérité, voire caché la réalité des faits. Donc il ne faut plus les tancer. L'objectif principal étant d'éviter que les Etats-Unis sautent le pas.

Poussant le bouchon plus loin, comme ils ont fait pour les victimes de la Shoah en Janvier à la synagogue d'Istanbul, les officiels turcs comptent venir assister à la messe de requiem pour les victimes arméniennes de 1915 en Avril prochain. Encore un peu et on va les voir à Erevan s'agenouiller devant le Mémorial du génocide de Dzidzernagapert !

Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour continuer à bénéficier des subventions diverses et variées, pour gagner la sympathie de l'Occident et montrer ainsi que l'on est digne de rejoindre l'UE et ses valeurs.

Messieurs les dirigeants turcs, que deviennent les un million et demi d'Arméniens déportés, massacrés et leurs biens confisqués ? On les passe dans pertes et profits ?

Messieurs les dirigeants turcs, nous n'avons pas la même notion de la justice de ce côté-ci du Bosphore.

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* Quelques brèves *

• Le week-end dernier, avec sa casquette d'ambassadeur d'Arménie en Suisse, Charles Aznavour a participé à une réunion du groupe de travail chargé de l'érection d'un monument dédié aux victimes du génocide arménien, dans un parc du centre de Genève. C'est le projet de Melik Ohanian qui a été retenu.

Le groupe de travail est composé de représentants de la Mairie de Genève, de la Fondation d'Art Moderne, de la communauté arménienne de la ville et de l'ambassade arménienne en Suisse.
Aznavour a salué la décision de la municipalité genevoise d'ériger le monument commémoratif. Son inauguration officielle est prévue pour le 24 avril 2012.

• Le ministère britannique des Affaires étrangères recommande à ses ressortissants de s'abstenir de visiter le Karabakh, ainsi que les régions arméniennes de Tavoush et Guegharkounik, mitoyennes de l'Azerbaïdjan.

L'ambassade britannique à Erevan déclare que vu la présence de mines et munitions non explosées dans les zones frontalières, des recommandations de nature similaire sont affichées assez souvent.

De surcroit, l'ambassade britannique ne peut pas fournir d'assistance consulaire aux citoyens se trouvant au Karabakh.

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** Procès Hrant Dink **


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Le bureau du procureur général d'Istanbul a diligenté une enquête à l'encontre de 28 fonctionnaires, comme annoncée lors de la 16e audience du procès suite à l'assassinat en Janvier 2007 du journaliste turco-arménien, rédacteur en chef d'Agos, Hrant Dink.

Sont concerné notamment, l'ancien gouverneur d'Istanbul Muammer Güler, l'ancien chef de la police d'Istanbul Celalettin Cerrah, l'ancien directeur du Service de police de Trabzon, Altay Reşat, l'ancien chef du Département du renseignement de la Direction générale de la sécurité (TNP), Ramazan Akyurek et l'ancien commandant de la gendarmerie de Trabzon, le colonel Ali Öz. Cette action fait suite aux demandes répétées des avocats de la famille Dink pour qu'une nouvelle enquête soit diligentée envers plusieurs fonctionnaires soupçonnés de négligence dans leur devoir de protéger Hrant Dink.
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L'avocate de la famille Dink, Fethiye Çetin, a déclaré à l'audience que certains nouveaux éléments doivent être pris en considération par le tribunal comme éléments de preuve, présentés dans deux nouveaux livres, susceptibles de faire la lumière sur certains événements liés à l'assassinat de Hrant Dink par l'ultranationaliste Ogün Samast.

(…)

La prochaine audience dans l'affaire Dink aura lieu le 28 Mars.

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** Elections législatives **

Avec les élections générales prévues en Juin, les partis politiques turcs proposent de nommer des suppléants d'origine arménienne aux côtés de figures de proue. Depuis les années 1960, aucun Arménien qui n'a été élu au Parlement. Ainsi, sept membres de la communauté arménienne d'Istanbul sont à la recherche d'un poste de suppléant.


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C'est le cas d'Arev Cebeci, candidat sur la liste du principal parti d'opposition, CHP (Républicain du Peuple), qui a déclaré : "Ma candidature est une sorte de défi. Je veux que les gens tiennent leurs promesses. Je suis un Arménien, mais je fais également partie d'un ensemble. Si je suis élu au Parlement, je parlerai bien évidemment des problèmes de ma communauté, mais également des problèmes du pays."

Sur les sept candidats arméniens, seul un seul veut se présenter comme député indépendant.

Selon Cebeci, la communauté arménienne de Turquie répugne généralement à faire de la politique en raison des événements douloureux de son passé. "Nous avons toujours été effrayé par nos familles. Ils ne voulaient pas que nous nous mettions trop en avant. Nous avons toujours mené une vie profile bas." Et d'ajouter que l'assassinat du rédacteur en chef du quotidien Agos, le journaliste turco-arménien Hrant Dink, en Janvier 2007 a marqué un tournant : "Au lendemain de l'assassinat, certains Arméniens sont devenu encore plus silencieux, estimant que si l'on parle, on subira le même sort que Hrant Dink. D'autres, en plus grand nombre, ont commencé à revendiquer leurs droits."

"Avec une Turquie qui désire devenir membre de l'Union européenne, la communauté arménienne du pays devrait saisir l'occasion d'exprimer ses préoccupations et leur trouver des solutions. Malheureusement, notre communauté n'est même pas consciente de ses droits, prévus par le Traité de Lausanne. [1]Elle s'est recroquevillée sur elle-même. Je pense que c'est une très mauvaise attitude," a souligné Cebeci.

L'élection de candidats arméno-turcs au Parlement serait une première depuis les années 1960, selon Ayhan Aktar, professeur à l'Université Bilgi d'Istanbul, connu pour ses recherches sur les minorités en Turquie. Aktar a notamment déclaré : "Dans le Code civil de 1926, un candidat à un poste de fonctionnaire devait être d'origine turque, et donc c'était interdit aux non-musulmans. En 1937, des musulmans d'origine non turque ont pu accéder à certaines fonctions. L'article en question n'a été modifié qu'en 1946 pour inclure ‘tous les citoyens' de la République turque."

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Extrait de PanArmenian.net




[1] Le Traité de Lausanne signé en 1923 a reconnu trois groupes de minorités établies sur le sol turc : les Grecs, les Arméniens et les Juifs. Cette demande émanait des puissances occidentales et obligeait la nouvelle République turque à reconnaître le statut spécial de ces groupes.


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